Dès le début de ma lecture, je fus emportée dans un monde onirique et étrange, au point de rencontre exact entre le rêve, la réalité, l’imaginaire et le récit historique fantasmé.
Mauve, l’héroïne par son indépendance de vie et d’esprit, endosse contre son gré sous la pression de l’époque, l’image inquiétante et dangereuse de la sorcière. C’est l’histoire d’une femme sensitive, passionnée, entière et libre mais dont l’issue ne peut être que fatale dans l’antique société patriarcale.
Une sorte de mélodie héroïque et dramatique intérieure accompagne en sourdine le récit qui avance librement, rythmé comme une cavalcade et vous amène le plus sûrement du monde vers des contrées fantastiques et pourtant connues.
Mauve, ce sublimé, cette essence de femme, belle, fine, douce, spirituelle qui tombe amoureuse de cet homme sauvage, prédateur brutal, primaire, une attirance des contraires qui existe dans l’imaginaire de tous.
L’action se situe en Provence au temps des seigneurs, dans une nature habitée et façonnée par le vécu des hommes et de leurs mythes, une Provence totalement étrangère aux folklores réducteurs.
C’est dans une garrigue odorante et griffue, parmi les plantes médicinales et les animaux sauvages, que se livre un éternel et irréductible combat, celui de l’amour de l’autre contre l’amour de soi ou vice et versa ;
« Ne savait-elle que les chevaux de Camargue après des années à servir l’homme, peuvent subitement retourner à l’endroit ou ils sont nés ? En lui elle était fascinée par cette irréductible sauvagerie, cette liberté-En lui elle avait rencontré la radicale altérité de l’animal ou de Dieu, ce tout autre auquel confronte inévitablement l’amour –et qui tue, si on ne sait pas le dompter ; »
Un livre qui en deux temps trois mouvements vous fait décoller de la réalité, vous fait remonter le temps et l’histoire et pourtant vous replace au centre de vous-même.
Camarata (, Inscrite le 13 décembre 2009, 59 ans) - 27 mai 2010 |