Orlando de Virginia Woolf

Orlando de Virginia Woolf
( Orlando : a biography)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Vda, le 25 février 2008 (Inscrite le 11 janvier 2006, 42 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (18 347ème position).
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Biographie : deux genres, quatre siècles

Orlando me paraît un livre chatoyant et baroque. Après l'avènement du nouveau roman, impossible d'écrire avec cette furiosité joyeuse. Heureusement, Virginia Woolf a précédé le nouveau roman et n'a donc pas eu à en tenir compte.
La biographie d'Orlando débute au seizième siècle, alors qu'il a lui-même seize ans. Elle se clôt en 1928 alors qu'Orlando, devenue mère a atteint trente-six ans. Entre temps, il a aimé comme on aime à vingt ans, été trahi par son amour, s'est réfugié sur ses terres dans la contemplation et la poésie, avant d'être moqué sur la place publique par un poète. Exilé ambassadeur en Turquie, il en est revenu femme, accablée de procès par les fils de sa danseuse d'épouse, en butte à la difficulté de faire reconnaître ses droits. A nouveau, elle s'est retirée dans ses terres où elle s'est attelée à ce poème, Le Chêne, qui depuis son adolescence ne l'a jamais quitté.
Orlando, est cette trame brossée que quelques phrases, mais c'est surtout le texte de Virginia Woolf qui allie rapidité et cadences languides.
Un texte pour moi, d'une drôlerie, d'une impertinence, d'une ironie triste et mordante que je n'imaginais pas sous la plume de Virginia Woolf. A part les dernières pages, plus sombres – dès que l'on rejoint le présent, le temps s'obscurcit – la biographie de Lord / Lady Orlando est menée tambour battant. Elle traverse quatre siècles en moins de quatre cents pages. Un livre intelligent, sans doute plus sérieux que je ne l'ai lu. Une écriture unique.

"Ainsi, de façon insensible et furtive, sans que rien marquât le jour ou l'heure de l'altération, le tempérament de l'Angleterre changea, et personne ne s'en aperçut. Rien pourtant ne fut épargné. Les rudes gentilshommes campagnards qui jusque-là s'étaient assis joyeusement devant un repas de boeuf et d'ale dans une salle à manger dessinée, peut-être, par les frères Adam, avec une dignité classique, soudain furent pris d'un frisson. Les douillettes apparurent; on se laissa pousser la barbe; on attacha les pantalons étroitement par les sous-pieds. Et ce froid qui montait aux jambes, le gentilhomme campagnard eut tôt fait de le communiquer à sa maison; les meubles furent capitonnés ; les tables et les murs, couverts ; et rien ne resta nu. Alors un changement de régime devint indispensable. On inventa le "muffin" et le "crumpet". Le café après le dîner supplanta le porto, et comme le café exigeait un salon où l'on pût boire, comme le salon exigeait des globes, les globes des fleurs artificielles, les fleurs artificielles des cheminées bourgeoises, les cheminées bourgeoises des piano, les pianos des ballades pour salon, les ballades pour salon , en sautant un ou deux intermédiaires, une armée de petits chiens, des carrés en tapisserie, et d'ornements en porcelaine, le "home" - changea du tout au tout."

Un paragraphe pris au hasard, impossible de dissocier les phrases qui le composent, tant l'ensemble est cruel et drolatique, tant il est triste et réaliste.

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Fantaisie historique et sociale

9 étoiles

Critique de Romur (Viroflay, Inscrit le 9 février 2008, 44 ans) - 10 janvier 2015

Orlando est né dans une riche et prestigieuse famille de l’aristocratie anglaise au XVIème siècle. Généreusement doté par la nature, il va connaitre une carrière brillante, même si il la compromet parfois par quelques fantaisies. Au fil des pages, le lecteur se rend compte que cet Orlando est assez hors du commun car les ans semblent le marquer assez peu. Et après une folle soirée à Constantinople, l’ambassadeur du roi d’Angleterre se réveille dans la peau d’une femme… Une nouvelle vie s’ouvre à lui, pardon à elle, pour un siècle ou deux !
C’est un livre brillant, remarquablement écrit, très poétique par endroit (les 10-15 dernières pages notamment), plein d’ironie et de dérision à d’autres, se moquant parfois du lecteur en cassant les codes de la littérature. Cette fantaisie qui s’étale sur près de 400 ans de l’histoire d’Angleterre est un formidable prétexte pour suivre les évolutions de la société, porter un regard croisé sur les deux sexes et les relations qu’ils entretiennent, souligner l’évolution de la place de la femme. Certains passages sont aussi l’occasion d’une réflexion sur la vie, sur l’amour, sur la l’écriture, sur l’identité.
C’est aussi un roman à clés, Virginia Woolf s’étant inspiré et ayant voulu rendre hommage à son amie Vita Sackville-West. Il est donc indispensable de le lire dans une bonne édition avec des commentaires
Lisez Orlando, prenez votre temps pour vous immerger dans le roman et savourer chaque page, c’est un pur délice.

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