Le Christ philosophe de Frédéric Lenoir

Le Christ philosophe de Frédéric Lenoir

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Spiritualités

Critiqué par Le rat des champs, le 17 février 2008 (Inscrit le 12 juillet 2005, 68 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 813ème position).
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La philosophie du Christ est la base de notre civilisation

Pourquoi, s'est interrogé l'auteur, la démocratie et les droits de l'homme sont-ils une invention occidentale, si ce n'est qu'ils dérivent du message chrétien? Un message essentiel de justice, partage, respect de l'autre, générosité, tolérance et liberté, si souvent trahi par l'institution censée le propager? Dans un passage des "Frères Karamazov"considéré par Freud comme un des plus beaux textes de la littérature mondiale, Dostoïevski raconte que selon une légende, le Christ serait retourné à Séville au XVIe siècle, et que le grand inquisiteur lui aurait dit: "nous avons corrigé ton œuvre, en la fondant sur le miracle, l'autorité et le mystère."

Dès le IVe siècle, lorsque le christianisme est devenu la religion de l'empire, les chrétiens de persécutés sont devenus persécuteurs, tournant ainsi le dos au message évangélique. Le grand philosophe danois Soeren Kierkegaard écrit avec humour: "Dans la somptueuse cathédrale, voici paraître le Très Révérend et Très Vénérable prédicateur secret et général de la Cour, l'élu du grand monde; il paraît devant un cercle choisi d'une élite choisie et il prêche avec émotion sur ce thème qu'il a lui-même choisi: "Dieu a choisi ce qui est humble et méprisé dans le monde" et personne ne rit !" Kierkegaard avait une tellement haute idée du christianisme qu'il répugnait à se dire chrétien, s'en jugeant indigne dans une étrange modestie.

L'appât du pouvoir et des richesses ont éloigné l'Eglise des valeurs évangéliques pendant des siècles, et ce n'est visiblement pas fini quand on voit les richesses du Vatican ainsi que les propos si peu chrétiens de certains prélats actuels, au plus haut niveau de l'institution.

Dans une première partie du livre, Frédéric Lenoir explicite les fondements réels du christianisme, les profondes valeurs du message du Galiléen, puis poursuit l'histoire de l'Eglise en faisant un inventaire non exhaustif des trahisons du message christique. Les meurtres, l'inquisition, le commerce des indulgences, l'accumulation de richesses matérielles furent pendant plus d'un millénaire la règle absolue. Et puis... un renversement s'est produit, avec le siècle des lumières. Il serait injuste de n'en retenir que la terreur et les guillotinages de masse, et incorrect d'y voir une idéologie athée, alors que tous les penseurs français étaient profondément imprégnés de christianisme, et qu'ils avaient fait leurs études dans les écoles chrétiennes, les seuls d'ailleurs qui existaient à l'époque. Contrairement à ce que certains voudraient bien nous faire croire, la révolution française était un phénomène profondément chrétien, et la devise "Liberté, égalité, fraternité" directement inspirée des enseignements de Jésus. Les philosophes des Lumières n'étaient pas athées, ils croyaient en un dieu transcendant et totalement étranger aux pratiques ecclésiastiques. Pour eux, le discours clérical dogmatique était un signe d'un obscurantisme devant être combattu pour libérer la raison. Quand Voltaire disait "Tuons l'infâme", il s'agissait pour lui de lutter contre la vision d'un Dieu aux passions humaines, justifiant la tyrannie des clercs. La "religion naturelle" prônée par Voltaire visait avant tout à croire en un Etre Suprême et en une morale universelle, naturelle, plus proche des enseignements originaux de Jésus. Le meurtre abominable du chevalier de La Barre, écartelé et torturé pour avoir refusé de se découvrir devant une procession de capucins fut un électrochoc pour lui.

On cite souvent la phrase de Nietzsche "Dieu est mort" en la retirant de son contexte. La suite de cette citation est: "Et c'est nous qui l'avons tué". Ce que Nietzsche récusait, c'était "un Dieu aussi dérisoire, étriqué, ure projection de l'esprit humain, né des exigences de la morale chrétienne".

Mais que reste-t-il en nous de chrétien, s'interroge Lenoir dans son dernier chapitre. Alors que les religions semblaient moribondes il y a deux décennies, elles opèrent actuellement un retour en force, avec le créationnisme et l'intégrisme religieux étatsunien et musulman, mais ces tendances restent heureusement minoritaires. Actuellement, la proportion d'athées purs et durs est très faible: moins de 5% en Europe et aux Etats-Unis, avec une pointe de 14% en France. La majeure partie de la population est formée de ce que l'auteur appelle des "chrétiens culturels", c'est-à-dire de gens qui adhèrent profondément au message d'amour de liberté et de tolérance de Jésus, tout en prenant leurs distances vis-à-vis des religions institutionnalisées.

L'épilogue de celivre est consacré à un des textes les plus importants des évangiles, celui de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine: "Si tu savais le don de Dieu". Tout est dit... Et si bien dit.

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Une histoire du christianisme

8 étoiles

Critique de Saule (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 53 ans) - 14 décembre 2008

Frédéric Lenoir montre dans son essai que la religion instituée a été une négation de l'enseignement du Christ, et aussi à quel point le christianisme a été dévoyé par l'Eglise. Mais paradoxalement, il montre aussi que l'essence du christianisme est à la base de la pensée humaniste et de la modernité, alors même (ou alors justement à cause de ça) que les modernes s'étaient opposés à la religion.

J'ai trouvé ce livre de F. Lenoir vraiment passionnant.

Contrairement à SJB j'ai moyennement aimé le premier chapitre, qui résume la 'philosophie' du Christ, j'y ai vu une sorte de cours de catéchisme pour adulte sans grand intérêt. Par contre j'ai vraiment apprécié la partie sur l'histoire du christianisme, sa naissance, et ensuite l'histoire de l'Église. L'auteur nous amène de l'empereur Constantin, celui qui aura institué la religion chrétienne, jusqu'à l'âge moderne. Avec toutes les vicissitudes de l'institution religieuse et les nombreux schismes, mais sans masquer les bonnes choses non plus. La partie la plus intéressante est celle où l'auteur explique comment la pensée moderne est née en opposition à la religion mais en même temps s'est imprégnée du christianisme. L'auteur semble dire que la doctrine chrétienne a profondément marqué nos civilisations, ce qui me semble très vrai.

Magistral !

9 étoiles

Critique de Saint Jean-Baptiste (Ottignies, Inscrit le 23 juillet 2003, 83 ans) - 23 octobre 2008

Voilà un livre que j'ai bien failli ne jamais entreprendre à cause du titre : Le Christ Philosophe. Je pensais que c'était encore un livre qui allait nous expliquer que le Christ était un philosophe un plus chanceux que les autres ; ou bien que son enseignement avait été repris par des gens qui voulaient fonder une nouvelle Église toute puissante ; bref, le genre d'histoires qu'on a déjà lu cent fois et qui finalement n'a pas grand intérêt.

Mais pas du tout ! Ce livre est un livre magistral.
L'auteur nous montre d'abord le cadre historique dans lequel le Christ est apparu.
Ensuite il nous parle de ce qu'il appelle la "philosophie du Christ" c'est à dire de son enseignement et de sa doctrine. Ce chapitre est sensationnel ! Toute la religion chrétienne est expliquée en quarante pages avec toujours les références et parfois les extraits des évangiles sur lesquels l'auteur a basé ses explications.
Rien que pour ça, le livre en vaut la peine : tous ceux qui voudraient savoir, en peu de temps et d'une manière complète, ce qu'est cette fameuse religion, trouveront tout ce qu'ils cherchent dans ces quarante pages.

Mais l'auteur va plus loin qu'un simple enseignement comme on le trouve dans les catéchismes. Il nous explique en quoi l'enseignement du Christ est une révolution : l'individu est libre, nous dit Jésus. Il est le maître de son destin. Il n'existe ni déterminisme, ni conditionnement dû à la position sociale, au sexe, aux ethnies...
Ce qui aujourd'hui nous apparaît comme une évidence est dû à l'enseignement du Christ et, à cette époque, c'était tout à fait révolutionnaire.

Le chapitre suivant nous explique la naissance du christianisme. C'est la partie la plus difficile mais aussi la plus intéressante de l'ouvrage.
L'auteur nous explique comment il a fallu Paul de Tarse, Saint Paul, pour imposer la nouvelle religion. Il nous montre comment Saint Paul s'est servi de tout ce qui existait dans la philosophie grecque pour expliquer les concepts théologiques chrétiens. Et entre autres, ce Logos, ce fameux Logos des Grecs, dont il se sert pour expliquer le Dieu des chrétiens, trinitaire et Créateur par Amour.
Son explication est simple et lumineuse. Moi qui n'ai jamais ouvert un livre de philosophie, j'ai tout compris. C'est bien la preuve que ce n'est pas compliqué. Je crois que le génie des grands auteurs est d'expliquer simplement les choses qui ne le sont pas.

Dans un autre chapitre l'auteur nous brosse une Histoire de l'Église et j'ai trouvé que cette tentative était plutôt ratée : à quoi bon vouloir nous raconter l'Inquisition en dix lignes, et les Croisades en une page, et Christophe Colomb en une demi-page... ?

Cette critique est déjà beaucoup trop longue. Mais il y a tellement à dire sur ce livre !

Je voudrais seulement ajouter que l'auteur nous explique encore comment notre civilisation a été fermentée par le christianisme. C'est même, probablement, le but principal de son livre. Ici, Frédéric Lenoir plaide et, personnellement, j'ai été convaincu (il faut dire qu'il prêchait un converti.)
Il nous montre comment toute la pensée occidentale a été structurée par la foi chrétienne. Comment les Lumières sont nées du christianisme contre le Clergé et contre l'Institution ; et comment, du christianisme, en passant par les Lumières, on en est arrivé aux Droits de l'Homme d'aujourd'hui.
Au passage, je me suis réjoui de voir avec quel brio l'auteur balaye de la main cette prétention d'écrire la Constitution européenne sans faire référence à nos racines chrétiennes.

Frédéric Lenoir est un grand philosophe et un grand théologien. Dans son épilogue il nous explique en 25 pages comment il a compris la rencontre entre Jésus et la Samaritaine. Si vous voulez lire 25 pages d'une beauté miraculeuse, il faut lire cet épilogue.
Si je pouvais je dirais à Frédéric Lenoir :
Faites-nous une relecture de tous les épisodes des évangiles comme vous l'avez fait pour cette rencontre avec la Samaritaine. Ce sont des lectures qui nous enrichissent, qui nous instruisent et qui nous font du bien.

En résumé, et avec mes excuses d'avoir été si long, ce livre est écrit avec clarté, par un théologien qui sait de quoi il parle. C'est tellement rare, je trouve, que ça valait la peine d'être commenté avec quelques prolongements.
C'est un livre à recommander à tous ceux qui voudraient en savoir un peu plus sur la religion chrétienne et qui voudraient en parler en connaissance de cause.

Intéressant, clair et accessible.

10 étoiles

Critique de Naturev (DOLE, Inscrit le 29 mai 2008, 52 ans) - 7 août 2008

L’une des principales craintes que l’on peut avoir avec les ouvrages traitant de philosophie, de théologie et d’histoire de la pensée humaine sont les phrases trop compliquées, la multiplication des mots peu accessibles ; ainsi que la complexité des concepts et des réflexions, voire leur hermétisme pur et simple. Sur ce plan là, Frédéric Lenoir nous donne ici une réflexion accessible à tous qui se lit facilement.

Ce livre reprend une approche qui n’est pas entièrement nouvelle en soi. Une approche qui dit que les tendances essentielles de l’humanisme se trouvent dans les évangiles pourvu qu’on les dénude de ce qui est religieux à proprement parler (théologie, foi, croyance, spiritualité, etc.). Ainsi, l’histoire de l’humanisme s’inscrirait dans son sillage, souvent contre l’institution chrétienne elle-même. L’humanisme serait donc le résultat de l’évolution de la réflexion en Europe, dont l’évangile est l’une des sources de valeur et l’un des moteurs de réflexion.

L’un des intérêts de ce livre est que ce point de vue soit exposé alors que les sujets très débattus de la religion, de l’humanisme et de la laïcité, souvent en lien avec l’actualité, nous sont en général présentés de façon manichéenne voire profondément idéologisés et passionnels. On s’en doute donc, l’ouvrage permet de s’ouvrir à autre chose et de nourrir sa propre réflexion dans des domaines où beaucoup cherchent à imposer d’unique point de vue partial.

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  JESUS 245 Oburoni 2 novembre 2008 @ 18:40

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