Dick Contino's blues de James Ellroy

Dick Contino's blues de James Ellroy

Catégorie(s) : Littérature => Policiers et thrillers

Critiqué par Tistou, le 25 octobre 2007 (Inscrit le 10 mai 2004, 64 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (37 156ème position).
Visites : 4 082  (depuis Novembre 2007)

Littérature noire

Noir de chez noir. Le style, les préoccupations de James Ellroy, l’agencement de ses polars ; tout est noir.
« Dick Contino’s blues » a été publié avec cinq autres nouvelles. Pour ma part je n’ai « lu » (écouté en réalité) que cette très grosse nouvelle qu’est « Dick Contino’s blues ». Je ne parlerai donc que d’elle.
Déjà le concept est curieux. Dick Contino existerait réellement, c’est ce que prétend James Ellroy dès l’ouverture de son roman et il semblerait que ce soit vrai. Partant de là, deux options : James Ellroy s’est contenté de relater son histoire ou bien celle-ci n’a été qu’un support à son imagination, féconde ?
La dernière phrase du roman se veut explicite :
« Ce mémoire est vrai du premier mot jusqu’au dernier. » Fermez le ban. Vrai ?
Dick Contino est un jeune américain qui a de l’or au bout des doigts : c’est un artiste de l’accordéon. Progressivement une belle carrière s’ouvre devant lui quand il est appelé pour la guerre, en Corée en 1951. Là, l’image de l’idole se brouille puisque Dick Contino, confronté à une peur irrépressible, se sauve, déserte et acquiert ainsi une réputation de lâche qui va le poursuivre et tuer sa carrière d’artiste dans l’oeuf. Il fera pourtant la guerre mais la tache est indélébile. A son retour à la vie civile, il est sans cesse confronté à cette réputation de lâche et il ne voit plus qu’un moyen de s’en sortir.
Ce moyen est le ressort du polar proprement dit. Disons que ce moyen est à l’image de Dick Contino ; à la marge, « artiste » ! Ca pourrait finir très mal. Ca finira sans trop de dommages et c’est ce qui me fait douter de la véracité de l’histoire. (serais-je désillusionné ? !)
L’intérêt réside davantage dans l’écriture, le style de James Ellroy. Il vous prend à la gorge, vous étouffe, vous secoue dans tous les sens et ne vous lâche plus. Pas de fioritures, pas de beaux sentiments. Du direct, du « rentre-dedans » et de la boue ; de celle qu’on trouve dans les bas-fonds. En cela l’oeuvre de James Ellroy dépasse largement la notion de polar classique. Et puis, Ellroy a des choses à exorciser, dont il parle dans beaucoup de ses romans ; la mort violente de sa mère quand il avait dix ans.

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Du Ellroy court, avec un bon Contino et le reste inégal

7 étoiles

Critique de Cédelor (Paris, Inscrit le 5 février 2010, 49 ans) - 1 février 2018

Ça faisait longtemps que je n’avais plus lu du Ellroy, 20 ans. J’avais oublié à quel point cet auteur de romans noirs excellait dans la construction de l’intrigue, à faire croiser et s’entrecroiser les trajectoires des divers personnages autour de un ou quelques anti-héros. C’est vraiment son point fort, savoir élaborer des intrigues sombres et complexes qui savent culminer vers leur grand final. Avec le court roman de 130 pages de Dick Contino’s blues, on en a ici un exemple en miniature, rappelant ceux qu’il a composé dans ses grands romans noirs qui ont fait sa renommée. Mais il y a ici quelques différences, c’est relativement moins noir, plus léger, avec de l’humour. C’est donc plus abordable, et c’est en outre une excellente introduction à l’univers de James Ellroy. Si on a aimé, alors on pourra passer au niveau au-dessus, en commençant par le Dahlia Noir, son chef d’œuvre, avec le Grand Nulle Part. Chapeau bas, l’artiste.

Avec ce court roman, j’ai fait connaissance de Dick Contino, un accordéoniste qui a vraiment vécu (qui vit encore ?) et qui a eu son heure de gloire à la fin des années 40. La guerre de Corée qui est arrivée ensuite a brisé sa carrière. Voir la préface qui explique en détail. Le personnage qui en est donné dans le roman est touchant, on s’y attache et quand on doit le quitter, c’est avec un petit regret au cœur. Lui et tous ceux qui gravitent autour de lui ont tous un grain plus ou moins gros dans le cerveau et c’est cette humanité décalée que James Ellroy a le talent de faire vivre devant nos yeux dans toute leur réalité crue, sans juger, et de nous les rendre proches (au moins pour les moins fous d’entre eux), pour notre plus grand plaisir (le plaisir d’être lecteur et non personnage de ses romans !). Pour en terminer avec Dick Contino, cette histoire est-elle vraie, comme cela est affirmé à la fin du livre ? je ne le crois pas, c’est juste une histoire brodée à partir de la vie réelle de ce chanteur accordéoniste et voilà tout !

Quoi qu’il en soit, un très bon récit, court, qu’on a plaisir à lire.

Quant aux 5 nouvelles qui suivent le court roman de Dick Contino’s blues, je les ai trouvées un ton en dessous. En les lisant, ça m’a fait plus l’effet de romans noirs classiques, banals, qui ne reflètent pas la force et la maîtrise des romans qu’Ellroy a écrits, même s’il en est aussi l’auteur. Ses éléments caractéristiques sont toujours là, violence, corruption, sexe, amours tristes ou fatales, humanités perdues… (sinon ce ne serait pas du Ellroy !) mais non la profondeur. Comme il le dit lui-même dans la préface, il préfère écrire des romans plutôt que des nouvelles, qui lui permettent de déployer tout son talent et son originalité, à construire d’énormes histoires très complexes où peut s’exprimer tout son génie.

Il n’en reste pas moins que c’est toujours du Ellroy, et qu’un Ellroy ne peut jamais être totalement mauvais ! Disons que ce sont des nouvelles de bonne facture, qui portent bien la marque Ellroy et qui peuvent donner un goût de nostalgie à leur lecture. D’ailleurs Dick Contino’s blues aussi a sa charge de nostalgie de cette époque passée, de ce monde disparu, obsession de l’auteur qui n’en sort jamais, la preuve par les nouvelles qui suivent, qui se déroulent tous à LA dans les années 40 et 50. Nostalgie, quand tu nous tiens…
Les voici : « Appeler AX minster 6-400 » d’un type classique, où l’on a le plaisir de revoir Lee Blanchard en jeune flic qui débute et Ellis Loew en jeune procureur déjà mordant, qu’on retrouvera plus tard dans le Dahlia Noir. « Un filon en or » une histoire d’héritage qui a du chien, seule nouvelle qui ai de l’humour ! « Négreville-la-haute », Noir et violent, où l’on retrouve Lee Blanchard, encore lui, embringué dans une sordide affaire familiale. « Prison d’amour » l’histoire d’une passion pour une femme qui conduit un homme à perdre les pédales et à commettre les plus violentes extrémités rien que pour la retrouver.

Finalement, la nouvelle qui se rapproche le plus de l’univers d’Ellroy est la dernière, où on retrouve des personnages récurrents dans ses autres romans, comme Le Grand Nulle Part, notamment Mickey Cohen, Howard Hugues, Buzz Meeks, entre autres, et à mon sens, qui est aussi la meilleure des 5, intitulée « Puisque tu n’es pas mienne ». Qui de Howard Hugues ou de Mickey Cohen aura la femme qu’ils désirent tous deux ? Buzz Meeks devra la jouer fin pour les satisfaire tous deux et éviter des ennuis qui peuvent être mortels !

A lire pour le plaisir de retrouver l’univers d’Ellroy.

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