Le manoir de Isaac Bashevis Singer

Le manoir de Isaac Bashevis Singer
(Der Hoyf in Forverts I)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone , Littérature => Anglophone

Critiqué par Sahkti, le 9 octobre 2007 (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 45 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (12 766ème position).
Visites : 4 291  (depuis Novembre 2007)

Libertés polonaises

Pologne, 1863, le peuple tente la révolte contre la Russie. C'est l'échec, le comte Wladislaw Jampolski est envoyé en prison et doit abandonner ses terres. Un paysan juif, Calman Jacoby, décide de s'occuper du domaine et de vendre une partie des bois pour fabriquer des traverses ferroviaires. C'est que la Pologne se développe, on construit des routes et des voies ferrées. Jacoby s'enrichit mais son esprit n'est pas vraiment au modernisme, il garde encore bien ancrées des idées conservatrices qui le rendent très méfiant. A l'image de nombreux autres juifs polonais.

Vaste fresque romanesque étalée sur deux tomes ("Le manoir" et "Le Domaine"), ce récit nous entraîne sur les traces su'une famille juive polonaise au XIXe siècle.
Un milieu que Isaac Bashevis Singer connaît et maîtrise bien.
Le lecteur est littéralement emporté dans la tourmente des événements, dans le déroulement de la vie des uns et des autres. Singer détaille, explique, raconte encore et encore, c'est un art subtil sous sa plume, on se laisse prendre au jeu avec plaisir.
A travers l'histoire s'esquisse en filigrane une certaine amertume, un regard désabusé aussi. Celui de l'antisémitisme qui est là et que Singer dénonce avec ses moyens.
Mais le réduire à ce combat serait trompeur, car Isaac Bashevis Singer, c'est bien plus que cela. C'est un être qui sait parler d'humour, de joie, de chagrin, de la vie et des hommes. Comme par magie, le décor s'installe, l'ambiance est posée et la pièce peut commencer, les personnages s'agitent sous nos yeux et nous invitent dans la danse. Je suis frappée par cette capacité de faire dans pratiquement chacun de ses livres.
Même ici où on peut reprocher certaines longueurs au récit, des descriptions pas tout le temps intéressantes, il se passe quelque chose, la sauce prend assez vite.

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Captivant et émouvant

9 étoiles

Critique de Provisette1 (, Inscrite le 7 mai 2013, 7 ans) - 3 mars 2015

Deux thèmes présents dans cette longue saga familiale m’intéressaient au départ: 1/l'histoire d'une famille juive 2/dans une Pologne encore sous le joug tsariste.

Très rapidement, ce récit s'est révélé captivant tant par l’évocation de coutumes, moeurs propres à un autre siècle si éloignées de nos modes de vie actuels- récit situé entre 1863 et la fin du XIXe siècle- que par l’intérêt personnel que je porte à l’étude d'une religion que je méconnais encore trop et ses "pratiques" spirituelles et qui, dans cette "fresque", nous sont relatées avec une véritable humanité par l'auteur.

En ces temps d’extrémismes barbares, d’antisémitisme virulent. renaissant comme jamais, ce récit nous en donne quelques clés.

Très belle lecture.

Recherche identitaire

9 étoiles

Critique de Lorrie (Montréal, Inscrite le 14 novembre 2011, 26 ans) - 14 novembre 2011

Le Manoir et sa suite, c’est plus de mille pages sorties d’un univers parallèle : des couleurs d’un autre temps, d’une autre époque, certes déjà rencontrées, au hasard de romans, de films, mais pas de ce côté, pas du côté juif (à moins que l’on soit juif et/ou passionné par la culture yiddish depuis longtemps, j’imagine).
Cette culture yiddish pratiquement disparue à laquelle l’auteur nous donne accès (son œuvre est d’ailleurs d’un précieux secours pour la sauvegarde de la langue yiddish, Singer n’écrivant que dans sa langue maternelle malgré sa naturalisation américaine) apparaît comme bruyante, riche en contrastes, avec des personnages, notamment des personnages féminins, à la personnalité forte, frappante. Des femmes vraies, qui, en vieillissant, perdent parfois leur beauté mais pas leur charme. Qui portent, sauvent ou détruisent les hommes qu’elles aiment et qui les aiment.
La Pologne et son contexte historique ne sont ici que fond, sur lequel se détache un peuple, dont Singer nous montre l’imperméabilité : le fil rouge de cette fresque est la recherche identitaire de ses personnages, toujours entre religion et athéisme, entre appartenance à la communauté et assimilation, entre volonté d’intégration et confrontation à l'antisémitisme. Et lorsque certains tentent de ne devenir que polonais, aux dépens de leur judéité, allant jusqu’à la conversion, toujours ils ressentiront cet amour du peuple juif, et seront victimes de discrimination. Pendant toute la lecture, nous sommes témoins de débats sur l’avenir du Juif en tant que groupe, les uns prônant le rejet le plus total du judaïsme, les autres l’isolement en communauté ; les uns la diaspora, les autres l’immigration en Palestine. La fin de la saga nous propose une réponse, qui semble être la position de l’auteur, dans le respect des lois religieuses, à sa mesure du moins, et l'acceptation de son héritage spirituel. Les personnages ayant tourné le dos à leurs traditions meurent misérables tandis que les repentis accèdent à la paix, juifs ou non.
Cette quête identitaire, pas forcément en tant que peuple – sur ce point, le peuple juif est certainement imbattable – mais du moins en tant que religion, nous concerne tous. Me concerne moi, en tout cas. Confronter la vérité scientifique et la vérité religieuse, qui souvent se contredisent, et parfois ne pas pouvoir les accepter toutes deux ; assister aux désastres provoqués par les extrémismes et s’interroger quant au bien-fondé de la religion ; abriter en son sein aussi bien la foi que le doute ; s’intéresser aux autres religions et ne pas savoir qui, au fond, peut se targuer de posséder la vérité religieuse unique, la connaissance de la volonté divine. Toutes ces questions, je me les pose, et il arrive que je me sente tout aussi hérétique, ou tout aussi croyante que les personnages de Singer.
En un mot, si la longueur d’un texte (dont, je l’avoue, il est tentant de sauter quelques passages) et quelques prises de tête ne vous effraient pas, lisez Singer.

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