Souvenirs de la guerre récente de Carlos Liscano

Souvenirs de la guerre récente de Carlos Liscano
( Memorias de la guerra reciente)

Catégorie(s) : Littérature => Sud-américaine

Critiqué par Alma, le 16 juin 2007 (Inscrite le 22 novembre 2006, - ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 10 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (3 405ème position).
Visites : 2 432  (depuis Novembre 2007)

Enfermement et liberté

SOUVENIRS DE LA GUERRE RECENTE de l’écrivain uruguayen Carlos Liscano, qui a passé 13 années de sa vie dans les geôles d’Uruguay, se présente comme le récit d’un personnage, emmené un jour sans raison dans un camp militaire pour s’entraîner à défendre son pays qu’une guerre imminente est censée menacer, et qui, après 17 années passées dans ce camp à attendre les attaques de l’ennemi et à accomplir le plus sérieusement les tâches qui lui sont confiées, est libéré mais, ne pouvant s’adapter à la vie civile, décide de retourner au camp .

Un récit à la première personne, fait par un homme dont on ne connaît jamais l’identité et qui s’inscrit dans un groupe désigné par nous, un récit qui ne comporte aucun nom propre, aucune information géographique permettant de localiser le pays ou l’endroit du camp, aucune information permettant de dater l’action, apportant seulement des indications de durée ou des expressions comme « le lendemain » « au bout de cinq ans » .
Un récit cependant précis, comportant peu de dialogues et qui, tel un compte-rendu ou plutôt tel un rapport militaire analogue à ceux dont le personnage prend connaissance, est constitué de phrases sèches, juxtaposées relatant les activités routinières , parfois absurdes, mais toujours accomplies scrupuleusement dans cet univers d’enfermement . Un récit qui, quoique sec et dépouillé, n’est pas exempt de poésie dans les passages où le personnage évoque ses rapports fusionnels avec la nature, la nuit, en sentinelle, sur le rocher .
Un récit, donc, qui ne permet pas de répondre aux questions ordinaires : Qui ? Où ? Quand ?
et qui tel une fable possède une portée plus large qu’un roman ancré dans un contexte historique ou politique .

Quel sens alors peut-on donner à cette fable ?, une fable dans laquelle on reconnaît une situation d’attente analogue à celle du DESERT DES TARTARES de Buzzati ( parenté que revendique Liscano dans sa préface ) ou à celle du RIVAGE DES SYRTES de Gracq, un personnage qui rappelle celui du PROCES de Kafka, et des actions sans justification proches du théâtre de l’absurde .
Il semble que au travers de cette histoire on puisse voir l’image de l’individu au sein d’un régime de dictature, soumis, conditionné, accomplissant aveuglément des activités aliénantes et dérisoires comme ramasser du crottin, mais apparemment utiles et par lesquelles il trouve la paix . L’individu qui a fait siennes les lois du régime, s’y sent à l’aise « la liberté c’était faire son devoir……obéir à ce qui avait été stipulé…sans recevoir en échange » et pour lequel c’est la liberté « habillé en civil » qui est effrayante .
Le camp où revient le héros à la fin du roman est d’ailleurs désigné par le mot « maison ». Il ne se désigne jamais du nom de prisonnier et lui préfère celui de soldat plus positif puisqu’il connote l’idée d’un devoir utile à accomplir . Rares sont les soldats qui acceptent de quitter le camp quand ils en ont l’autorisation : ils ne sont que deux, les plus jeunes, ( le camp n’a pas encore eu le temps de produire son effet aliénant ….) considérés alors comme traîtres ou déserteurs . En dehors du camp , présenté comme une chance et à propos duquel le personnage écrit . « On ressentait une chaleur intime, la vie valait la peine d’être vécue. », le héros a développé une maladie cutanée liée à son bref séjour dans la Capitale, qui laisse supposer que son corps est devenu allergique à la liberté .

Nulle part, Liscano ne dénonce ouvertement l’univers carcéral qu’il a pourtant subi de longues années , mais le récit ( et c’est là toute sa force et son intérêt ) ne cesse de montrer, par une sorte d’ironie, le danger de la soumission à l’ordre et à l’autorité . Une phrase du journal de Kafka est placée en exergue : « Je lutte, personne en le sait »
A lire, d’urgence !

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ah la vie militaire!

10 étoiles

Critique de Jfp (La Selle en Hermoy (Loiret), Inscrit le 21 juin 2009, 71 ans) - 14 août 2010

Inspiré du fameux "Désert des Tartares" de Dino Buzzati, "Souvenirs de la guerre récente" nous conte les infortunes d'un jeune marié, recruté de force par l'armée pour une lointaine campagne militaire aux confins de l'Uruguay, face à un ennemi que l'on ne verra jamais, même au bout de neuf longues années de campagne. Splendeurs et misères de la vie militaire, rien ne lui sera épargné de l'ennui quotidien et de l'absurdité d'une vie réglée comme papier à musique, pour un but imaginaire et sans cesse repoussé. Heureusement pour lui, déraciné brusquement d'un foyer qui venait tout juste de se construire, il va se sentir entouré, au sein d'un groupe où les rapports hiérarchiques reproduisent à l'infini le modèle familial. Sera-t-il capable un jour de vivre la vraie vie? En forme de parabole absurde, Carlos Liscano, dans ce roman écrit lors de ses longues années de prison, dresse un portrait au vitriol, bien que non dénué d'humour, de l'univers carcéral, et plus généralement de l'univers concentrationnaire. Absurdité des situations créées de toute pièce, des ordres donnés de façon aussi péremptoire qu'anarchique, on retrouve là le délicieux cocktail qui permet d'asservir les humains et de les emmener aux confins de la folie...

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