Tea-Bag de Henning Mankell

Tea-Bag de Henning Mankell
( Tea-Bag)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Sahkti, le 24 mai 2007 (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 43 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (10 085ème position).
Visites : 4 703  (depuis Novembre 2007)

La voix des sans-noms

(Il me semblait avoir vu passer une critique de ce livre sur CL mais je ne la retrouve nulle part, désolée donc si je commets le crime de doublon!)

Il n'y a pas que dans le polar que Henning Mankell se défend bien et ce roman le prouve une fois de plus, si besoin en était.
Jesper Humlin est poète, un homme attaché à la date du 6 octobre, anniversaire de sa mère. Date à laquelle il publie, de manière rituelle, un ouvrage de poésie, qui lui vaut une certaine réputation dans le milieu et un prix littéraire qui rime avec voyage à l'étranger. A son retour en Suède, Humlin considère le monde autrement, éprouve quelque lassitude à l'encontre de sa compagne ou de son éditeur, de sa mère aussi. Plus rien n'est comme avant. Jusqu'à cette soirée-lecture avec des prisonniers distraits, au sein desquels se trouve Tea-Bag, immigrante ayant échoué dans un camp de réfugiés en Espagne avant de prendre la fuite vers la Suède.
Coup de poing pour Jesper Humlin qui décide de s'atteler à la rédaction d'un recueil sur les réfugiés, ces êtres anonymes vivant trop souvent dans la clandestinité. Sa vie en sera bouleversée.

Le statut de réfugié, Mankell l'a souvent abordé lors des enquêtes de son héros Wallander. Il connaît aussi très bien le problème vu depuis l'Afrique, passant la moitié de son temps au Mozambique.
Alors plutôt que se faire militant enragé, Mankell raconte à sa manière, à travers des personnages tendres et hauts en couleur, à travers la galère de tous ces réfugiés ayant pris tous les risques pour trouver un petit coin de paradis en Europe. Mais est-ce vraiment un paradis...
En se glissant dans la peau d'un poète égoïste et encensé, Mankell prend le recul nécessaire, dans la narration, pour éviter une implication trop directe, une revendication étouffante au fil des pages. Le principal protagoniste n'étant pas vraiment quelqu'un à qui on s'attache au début, il est dès lors facile d'observer et de pénétrer l'âme des autres, ceux qui se racontent et évoquent leur parcours difficile. Des histoires qui prennent aux tripes, on les vit, on les ressent. C'est un livre vivant sur les sans-noms, sur ceux qu'on ne regarde jamais et qui ne sont que des ombres. Des ombres qui respirent. C'est à lire, vraiment.

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Improbables rencontres

7 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 59 ans) - 27 juin 2010

" Je ne crois pas qu'il y ait de place dans ta tête pour quelqu'un d'autre que toi."
Voilà ce que dit Andrea à son petit ami Jesper Humlin, poète peu connu et égocentrique total.
N'ont d'importance pour lui , que ses livres, son éditeur, son courtier en bourse et la tyrannie de sa mère.
Un personnage sans intérêt, sans volonté, pas forcément sympathique, et la plupart des pages le concernant ne sont pas passionnantes, ses aventures étant souvent à la limite du loufoque.

"Comment expliquer à quelqu'un l'effet que ça fait de courir devant soi, en pleine nuit, pourchassé par la mort, la douleur, l'avilissement?"
C'est le destin de Tea-bag et d'autres jeunes femmes immigrées que nous allons croiser. Le début du roman avec son arrivée dans un camp espagnol est très dur. Le contraste entre la vie de ces femmes et celle de Humlin est saisissant.
La rencontre entre ces deux univers va faire évoluer le destin , pas forcément de celui auquel on s'attendait.
Un début peu prenant, mais parce que c'est Mankell, je suis allée jusqu'au bout pour retrouver ce qui m'avait touchée dans Comédia Infantil... en moins réussi d'après moi.

Autre thème, même technique

8 étoiles

Critique de Saint-Germain-des-Prés (Liernu, Inscrite le 1 avril 2001, 49 ans) - 4 août 2008

La ressemblance entre « Comedia infantil », autre roman « non policier » de Mankell, et « Tea-bag » saute aux yeux. Le premier traite de la problématique des enfants des rues, le second des immigrés. Où se situe la ressemblance ? Dans le fait que l’auteur choisit de développer des sujets de société qui le touchent hautement (ça se sent tout de suite) par le truchement du roman. Il veut manifestement transmettre son émotion, ouvrir nos yeux, prêter sa voix à ceux qu’on n’écoute pas, à ceux qui ont perdu leur voix à force de crier leur souffrance en silence. Ni analyse sociologique, ni mise en question du politique, ce livre ne se veut pas plus le vecteur d’une solution simpliste au phénomène de l’immigration.

Loin de nier les qualités évidentes de ce roman, je regrette néanmoins certaines longueurs où Henning Mankell perd le côté incisif de son écriture. C’est d’autant plus dommage que ça lui arrive lorsqu’il laisse la parole à ces jeunes immigrées… et que c’est là, précisément, qu’il avait besoin d’être le plus percutant. Un autre aspect m’a dérangée : à peu de choses près, il utilise ici la même technique que dans « Comedia infantil » : longs témoignages des personnes concernées (enfant des rues dans un cas, immigrées dans l’autre) recueillis par le narrateur qui passe dès lors au second plan. Le schéma est le même dans les deux livres, ça sent la redite…

Même si ma préférence va à « Comedia infantil » (peut-être parce que je l’ai lu en premier), j’ai beaucoup aimé celui-ci et je reconnais un talent certain à l’auteur qui réussit, notamment, à introduire de l’humour dans un sujet si grave. Les dialogues claquent au vent, et le lecteur, même « cultivé » et au fait de cette problématique, se prend une belle gifle…

Un autre visage de Mankell, plus connu pour ses polars

8 étoiles

Critique de BMR & MAM (Paris, Inscrit le 27 avril 2007, 57 ans) - 8 août 2007

On connaissait Henning Mankell pour ses fameux polars (et notamment Le retour du professeur de danse qui vient de sortir en poche) mais voici avec Tea-Bag l'occasion de découvrir une autre facette des nombreux talents de ce suédois (il écrit aussi des pièces de théâtre : Les Antilopes étaient jouées en 2006 à Paris).
Tea-bag est un roman étrange à deux facettes, une sorte de conte social qui dépeint d'un côté, la vie vaine et privilégiée d'un poète hypocondriaque en panne d'inspiration, écartelé entre une mère possessive, une maitresse possessive, un éditeur possessif, ... bref, un écrivain en panne à qui sa propre vie semble échapper ...

[...] - Si tu refuses d'avoir des enfants, je dois me demander s'il ne me faudrait pas un autre homme.
- Moi aussi, je veux des enfants. La seule question est de savoir si c'est le bon moment.
- Pour moi, oui.
- Je suis en train de modifier mon image en tant qu'auteur. Je ne suis pas certain que ce soit conciliable avec le fait d'avoir des enfants.
Clin d'oeil : son éditeur veut absolument le forcer à écrire ... un polar.

... et de l'autre côté de ce miroir social, 3 jeunes filles immigrées dans une banlieue suédoise : une black (c'est Tea-bag), une fille des pays de l'est et une autre venue du moyen-orient. Bref, un concentré de la société multi-culturelle suédoise.
Mankell s'étend longuement sur les traumatismes de ces douloureuses fuites qui ont fini par conduire ces jeunes filles jusque dans la banlieue de Göteborg (toute ressemblance avec d'autres grandes villes européennes étant, bien sûr, purement fortuite).

[...] Dans le camp, il y avait un trafic de passeports, qui avaient parfois été falsifiés plusieurs fois de suite. Un vieux Soudanais, sentant approcher le vent froid de la mort et comprenant qu'il ne ressortirait pas vivant de ce camp espagnol, m'a échangé ce passeport contre la promesse qu'une fois par mois, aussi longtemps que je vivrais, j'entrerais dans une église, ou une mosquée, ou un autre temple, et je penserais à lui pendant une minute exactement. Voilà ce qu'il voulait, en échange du passeport, un rappel qu'il avait existé autrefois, même s'il avait tout laissé, tout abandonné dans le pays qu'il avait fui.

De la rencontre incongrue entre ces personnages, Mankell construit une étrange fable où son héros écrivain finit par gratter son vernis social pour aller à la découverte de ces 3 jeunes femmes et de leurs histoires, dont il fera très certainement un ... roman !

Une construction en contrepoint

8 étoiles

Critique de Alma (, Inscrite le 22 novembre 2006, - ans) - 23 juin 2007

Ce qui m’a semblé particulièrement réussi dans ce roman, c’est l’entrelacement des deux histoires.
Celle de Jesper Humlin, « l’un des auteurs les plus en vue de sa génération » », sorte de personnage hypocondriaque à la Woody Allen, victime héroïcomique « j’ai l’impression d’être précipité dans une pièce de théâtre dont je n’ai pas choisi le rôle » aux prises avec d’ autres personnages, perdu au milieu de leurs incitations, leurs ordres, leurs interdictions, communiquant avec eux dans des dialogues secs, incisifs, d’un comique frôlant parfois l’absurde .
Celles des 3 jeunes filles immigrées, vivant dans la clandestinité, à l’identité variable selon les circonstances, victimes de leur société d’origine mais toujours actrices de leur destin, histoires distillées progressivement au long du roman ,( on retiendra en particulier la poésie qui émane de celle de Tea-bag ) qui, par leur gravité, rendent dérisoires les problèmes rencontrés par Jesper .

Cette construction en contrepoint nous fait passer alternativement de l’émotion : pitié ou indignation , au sourire .
L’humour qui émane des conversations (souvent téléphoniques) de l’écrivain avec ses proches arrive à propos pour désamorcer le caractère parfois insoutenable des péripéties des 3 femmes et évite qu’elles ne basculent dans le pathos, le mélodrame

Autre intérêt : le roman démythifie le monde de l’édition, associé à celui des pétroliers, en donnant l’image d’une activité plus soucieuse de quantité ( il faut écrire des « pavés » ) que de qualité. L’éditeur apparaît comme celui qui impose à l’écrivain qu’il accepte de publier des plans d’écriture, des dates de livraison, un titre même et qui lui force la main en dévoilant aux médias ses prétendus projets auxquels l’auteur qui n’a plus ensuite qu’à se soumettre pour ne pas perdre la face . Le livre est envisagé comme un produit d’investissement, une sorte de fond de placement , dont on achèterait des parts . L’écriture, le style, ne semblent pas être prisés, ce qu’il faut c’est du roman policier (genre que pratique Mankell..) qui réponde à des codes censés plaire au public .

On remarque que tout le monde dans le roman a des projets d’écriture : la mère, la compagne, le copain, les jeunes femmes.. ;sauf ( ironie du sort puisque ce sont les non-auteurs qui écrivent ) notre poète patenté en panne d’inspiration .

Ce que montre ici Mankell c’est que nul ne peut écrire s’il n’est poussé par un besoin intime et pressant de se livrer


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