Wisconsin de Mary Relindes Ellis

Wisconsin de Mary Relindes Ellis

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Podie, le 16 avril 2007 (Inscrite le 10 septembre 2005, 37 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 27 avis)
Cote pondérée : 8 étoiles (112ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
Visites : 8 602  (depuis Novembre 2007)

Très beau premier roman

A la fin des années 60, la famille Lucas vit dans une ferme isolée du Wisconsin. Le père, John Lucas, alcoolique et violent raconte partout ses exploits pendant la seconde guerre mondiale d’où il est revenu avec deux médailles. La mère, que l’on croit un peu folle parce qu’elle parle seule des heures entières dans la cour de la ferme, subit avec silence les violences de son mari et essaie tant bien que mal de protéger ses deux fils James et Bill, avec l’aide de leurs voisins, qui accueillent volontiers les garçons pour un repas ou une nuit.
Quand James décide de s’enrôler dans les Marines, c’est d’abord par défi pour son père qui le considère comme un moins que rien, mais aussi pour pouvoir échapper à la routine de la ferme. La guerre du Vietnam commence, et James doit partir.
Ce départ chamboule la vie à la ferme pour la mère et le frère cadet qui restent seuls face à John, égal à lui-même. L’attente d’un retour de plus en plus inespéré, la violence et les atrocités de la guerre du Vietnam…, le lecteur suit la vie de la famille Lucas et de leurs voisins jusqu’à l’an 2000.

Premier roman de Mary Relindes Ellis qui écrivait auparavant des nouvelles.

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“I've come to talk with you again”

8 étoiles

Critique de Heyrike (Eure, Inscrit le 19 septembre 2002, 50 ans) - 3 janvier 2018

La poussière du Wisconsin a recouvert depuis longtemps la promesse d’une vie heureuse, désormais Claire vit recluse dans la solitude d’une ferme que son ivrogne de mari est incapable de faire prospérer. Les coups sont son quotidien, la prière son ultime refuge. Ses deux fils, James et Bill, sont très proches l'un de l'autre. Bill affronte des ennemis invisibles armé de son épée en bois et de sa carapace de tortue en guise de bouclier, tandis que James se confronte de plus en plus souvent à son père. Le désespoir de Claire est tel qu'elle en arrive parfois à se montrer très rude avec Bill.

Leurs voisins, Ernie et Rosemary, assistent impuissants au drame qui se déroule chez les Lucas. Leur maison est un havre de paix pour James et Bill qui viennent régulièrement chez eux pour partager un repas loin de la violence de leur foyer. Ces deux enfants sont à leurs yeux ceux qu'ils n'ont pu avoir.

Par défi et aussi par envie de fuir cette maison de malheur, James s'engage pour le Vietnam. Bill en est complètement bouleversé, pour lui c'est l'incompréhension la plus totale. James se retrouve plongé dans un univers chaotique où tous ses repères sont anéantis dans cette guerre sans cause et sans dieu. Bill attend impatiemment les lettres que James lui envoie régulièrement, dans lesquelles il lui confie, entre autres, tout son amour fraternel.

James se volatilise dans la jungle Vietnamienne, laissant désormais Bill affronter seul ses cauchemars, le pire étant son père.

Un récit qui nous entraîne dans la longue chute de la famille Lucas sur plusieurs décennies durant lesquelles Claire tente désespérément de préserver ce qui peut l'être encore, mais les dégâts seront terribles tant pour elle que pour Bill. Devenu adolescent, Bill se retrouve absorbé, à son tour, dans la spirale infernale de la déchéance physique et psychologique, sa vie se résume à une longue errance hantée par le fantôme de son frère et la présence bien réelle d'un père alcoolique, sadique et menteur.

Un roman construit comme un puzzle où chaque pièce parvient à trouver sa place à travers le récit de chacun des personnages et des différents retours en arrière dans le temps. Cette construction, loin d'être hasardeuse, donne une cohérence solide à cette histoire sombre, qui révèle sa part de lumière à la fin. L'auteure a parfaitement maîtrisé son sujet sans jamais tomber dans la facilité larmoyante et dégoulinante des sentiments, bien au contraire tout est y dit avec retenue et sobriété. Les personnages sont profondément attachants (je ne parle pas du père bien évidemment), en particulier celui d'Ernie. Une large place est faite à la nature qui veille généreusement sur ces êtres meurtris.

Wisconsin

8 étoiles

Critique de Ardeo (Flémalle, Inscrit le 29 juin 2012, 70 ans) - 5 décembre 2016

Quel beau roman cette 1ere œuvre de Mary Relindes Ellis ! La narration est tout à fait agréable et concourt grandement à la qualité de l’ouvrage. Néanmoins, j’avoue que j’ai été plus conquis par la partie consacrée au frère ainé -c’est-à-dire la première partie du roman- que par ce qui a suivi. Malgré des faits de guerre atroces, il s’en dégage une atmosphère trouble, lourde, mystérieuse mais naturelle que je trouvais très attachante. Par la suite, l’évènement qui m’a d’abord intrigué et pour lequel je me suis interrogé et qui ensuite fait partie de l’ossature du roman est cette « idée » du cadet des Lucas que son frère dont le corps n’avait pas été retrouvé après un fait d’armes dans cette sale guerre (elles sont toutes sales) du Viet-Nam, le jeune homme ne serait pas mort. A certains moments, les évènements, rêves ou réalités naturelles, éclairs sortis de l’imagination ou de la prise d’alcool font réellement penser que le roman pourrait « basculer » dans une suite « fantastique ». Il n’en est rien et les voisins de la famille vont remplir leur rôle et donner un autre tournant au roman et à ses personnages. Je trouve aussi un peu outrancière la manière dont l’auteure traite le père des 2 héros principaux ; ce n’est tout de même pas un « monstre » comme par moments, elle le laisse sous-entendre : juste un homme égoïste, alcoolique et brutal. Mais peut-être que le Roman nous a habitué à des personnages tellement horribles qu’un « méchant » homme comme John Lucas parait excusable à certains égards ! J’oubliais un personnage : le Wisconsin, un pays où apparemment il n’a pas toujours fait bon vivre et dont l’actualité de novembre 2016 laisse entendre que ses habitants sont toujours un peu en retrait du rêve américain.

Bouleversant. Bouleversée.

10 étoiles

Critique de Provisette1 (, Inscrite le 7 mai 2013, 5 ans) - 26 octobre 2014

Plusieurs années après cette lecture, il m'arrive de repenser a ce gamin... maltraité, violenté dans son corps et dans son coeur, profondément et à jamais.

Je ne peux que réécrire ce que j'ai déjà écrit un jour:

Non, l'Homme ne sera JAMAIS sage.

L'humain sera TOUJOURS un sauvage.

Le 29 Octobre est la journée internationale de l'enfant...

Beaucoup d’émotions…

8 étoiles

Critique de FranBlan (Montréal, Québec, Inscrite le 28 août 2004, 75 ans) - 13 mai 2013

Mon appréciation se rallie avec enthousiasme aux précédentes, un premier roman magistral, superbe de sobriété, poignant; une lecture captivante et beaucoup, beaucoup d’émotions!

Malgré des thèmes connus, on ne peut réinventer le monde, ni la vie à tout coup, c’est le traitement personnel et très original du propos qui émerveille et passionne tout au long de cette lecture…

Quelques réserves, sans aucun doute; un dénouement quelque peu bâclé, quelques invraisemblances et des éléments surnaturels qui ne sont pas tout à fait ma tasse de thé.
Mais dans l’ensemble une lecture exceptionnelle, un très beau livre!

" Hello darkness, my old friend "

9 étoiles

Critique de Frunny (PARIS, Inscrit le 28 décembre 2009, 52 ans) - 15 avril 2013

Romancière américaine née en 1960 à Gliden (Wisconsin-USA-) Mary Ellis Relindes se fait connaitre du grand public par son premier roman; Wisconsin (The Turtle Warrior).

Une véritable fresque de l'Histoire des Etats-Unis au travers cette famille d'Olina (Wisconsin)
Pour échapper à la violence familiale et à un avenir en cul-de-sac, Jimmy Lucas s'enrôle dans l'armée et va rejoindre le contingent des combattants américains au Vietnam.
Il laisse derrière lui son petit frère, Bill :
"un petit frère qui me collait aux basques en me dévisageant de ses yeux couleur d'écorce de tremble".
Sa mère, Claire, devenue quasi folle et qui parle aux pins.
Son père John, un solitaire, menteur, ivrogne, violent; ne communiquant que pour frapper sa femme et humilier ses fils.
Un roman choral où la parole est donnée à chacun des protagonistes, révélant ses sentiments.
L'enfer du Vietnam côtoie les paysages du nord Wisconsin; "un pays rude, plein de pierres et d'océans; aux senteurs de sphaigne, de pins blancs et de cèdres du marais".

La force de ce roman repose sur l'Amour (au delà de la mort) entre les 2 frères. Le couple "Morriseau" (les parents de substitution) est incroyablement attachant.
On traverse l'Histoire des Etats-Unis; l'immigration allemande au nord Wisconsin, les indiens (Ernie Morriseau est un demi-sang), les assassinats de Martin Luther King et JF Kennedy.
Le Vietnam comme une plaie non encore refermée.
Réalité des faits et fantastique se mêlent pour que jamais Jimmy ne soit véritablement mort.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce magnifique roman où chaque personnage livre ses forces et ses failles.
Un excellent moment de lecture !

A chacun sa blessure et sa peine

8 étoiles

Critique de Grégoire M (Grenoble, Inscrit le 20 septembre 2009, 42 ans) - 27 octobre 2012

J’ai aimé la façon dont Mary Relindes Ellis capte notre attention dès le début du livre par la violence du récit d’un jeu sadique d’enfants blessant une tortue. J’ai été ensuite absorbé par l’immense mélancolie du récit. Aucun des personnages ne semble échapper au désespoir et chacun oscille au bord de l’anéantissement, les deux fils victimes des violences d’un père alcoolique, une mère à deux doigts de sombrer dans la folie. On découvrira que le couple Morriseau, voisins et refuge pour les enfants maltraités, portent eux aussi leur douleur et leur fardeau. Même la mort du père n’apportera aucune rémission et alors que l’on aurait pu s’attendre à un apaisement, l’auteur nous livre une révélation encore plus accablante. Tout ceci n’aurait été qu’un mauvais mélodrame si elle n’avait su donner de la profondeur et de la justesse aux personnages, si elle n’avait su donner une belle présence à la nature très présente tout le long du récit. J’ai beaucoup aimé la structure du livre s’autorisant des sauts dans le temps ou des retours en arrière avec beaucoup de liberté. Ils donnent une respiration au livre qui sans cela aurait pu être trop lourd. J’ai aussi aimé la façon dont le surnaturel s’invite dans le récit par la présence de l’esprit d’un mort.
Comme relevé par d’autres ici, j’ai été quelque peu déçu par la fin du livre. Il semble qu’arrivée au plus bas de toute cette désolation, Mary Relindes Ellis ne savait plus vraiment comment s’en sortir. Le retour à la vie du plus jeune fils me semble un peu trop beau et précipité.

Avec quelques réserves .

7 étoiles

Critique de Naoki70 (, Inscrit le 13 septembre 2011, 39 ans) - 21 septembre 2012

Je rejoins la critique de Nance , les retours en arrière sont assez déstabilisants, mais on s'y fait .
Beaucoup de thèmes sont traités dans ce livre : la guerre du Vietnam (qui m'a fait penser au film Platoon) , l'alcoolisme , les femmes battues, la vie rurale, les couples qui n'ont pas d'enfants ....
Avec quelques réserves , Wisconsin reste un bon livre pour moi !

superbe

10 étoiles

Critique de Jujudequiberon (, Inscrite le 5 avril 2012, 37 ans) - 5 avril 2012

pour tout vous avouer j'ai acheté ce livre un peu par hasard en flânant dans ma librairie je voulais un livre et j'ai rencontré Wisconsin de Mary Relindes Ellis ; car oui il s'agit bien d'une rencontre, avec la dureté de la vie de la famille Lucas, avec les paysages sauvages du Wisconsin, avec le couple Morriseau!!!!
Tout le long de ma lecture je sentais l'odeur des pins rouges, je voyais la ferme des Lucas avec la grange,j'ai ressenti la douleur du jeune Jimmy tombé au Viet-Nam et jusqu'au bout je me sentais assise sur le haut de la colline avec Bill et je me suis reposée avec la gentillesse de Rosemary et Ernie , leur impuissance face à la violence de ce père alcoolique, et leur désir d'aider Claire à la disparition de celui-ci!!!!
Je pense que c'est un des meilleurs romans que j'ai lu!!!
Merci et bravo pour votre livre miss Mary Relindes Ellis

un roman marquant

8 étoiles

Critique de Kabuto (Craponne, Inscrit le 10 août 2010, 57 ans) - 6 décembre 2010

Un roman fort et poignant qui me laissera sûrement un souvenir tenace. J’aime beaucoup quand un livre me trotte longtemps dans la tête, c’est à mon avis un gage de qualité. Une histoire dure traitée sous différents angles et avec beaucoup de maîtrise. Le Wisconsin qui sert de toile de fond semble être le décor idéal de ce drame qui se termine heureusement sur une note d’espoir.
Une très belle découverte.

Un excellent et passionnant livre !

8 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 73 ans) - 8 novembre 2010

J’ai vraiment adoré lire ce livre ! Une fois qu’on est entré dedans on ne pense qu’à ne pas en sortir.

L’histoire est bien menée et tout à fait plausible, les personnages sont très attachants et vrais. Seul le père est un homme plus qu’odieux ! Il est cruel, menteur, ivrogne, paresseux et j’en passe !

Pendant la lecture de ce livre je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Jim Harrison. Mais un Harrison féminin, ce qui change beaucoup de choses ! Il y a dans le livre une indiscutable sensibilité féminine et cela malgré la dureté de nombreux passages.

Nous sommes dans le Middle West des Etats-Unis dans le courant des années 80. La guerre du Vietnam fait des ravages parmi la jeunesse américaine mais l’histoire ira jusqu’en l’an 2000. Le Middle West est avant tout une région agricole, et pauvre, avec très peu d’employeurs. Outre la pauvreté, de nombreux autres problèmes seront abordés comme :

- Le côté attardé de toute cette partie des Etats-Unis
- La toute puissance du père
- La condition féminine
- La croyance en Dieu qui fait que cette région est également appelée « Bible belt »
- L’alcoolisme
- La différence de comportement de la mère envers ses deux enfants
- Le racisme vis-à-vis des amérindiens etc.

La nature joue également un très grand rôle dans ce livre et elle est merveilleusement bien décrite.

Un seul petit reproche : la fin semble rondement menée, comme si l’auteur tenait à en finir…

Ceci ne devrait cependant pas vous décourager de lire ce livre qui m’a donné un très grand plaisir de lecture !

Je n'ai pas lâché ce livre ... même si ...

8 étoiles

Critique de Mandarine (, Inscrite le 2 juillet 2010, 46 ans) - 25 octobre 2010

Découvert grâce à la sélection 2010 de CL !! Merci !!
Je ne vais pas faire de court résumé : les autres critiques l'ont déjà fait et très bien ! Parlons plus impression, et ressenti !
Ce livre est très dur, on s'enfonce dans la douleur et la souffrance et on se demande ce qui pourrait nous faire sortir la tête de l'eau. Je trouve que les Morisseau jouent un peu ce rôle de lumière du bout du tunnel (même si pour eux, c'est finalement aussi un peu compliqué). Ernie est pour moi, le personnage phare de ce livre, personnage auquel je me raccroche pour voir un peu de ciel bleu... Oui ce livre m'a plu mais au fur et à mesure que je tournais les pages, j'espérais toujours que cela irait mieux. Je trouve qu'il y a beaucoup de poésie, de symboles importants qui donnent beaucoup de plaisir à lire ce livre. N'oublions pas que c'est un premier roman !!!!!!!
Seuls bémols pour ma part : les derniers chapitres sont trop rapides, la reconstruction aurait mérité plus de temps...
Quoi qu'il en soit, en rien déçue, mais faut avoir les épaules larges ! A lire, A lire !!!

Superbe sobriété

9 étoiles

Critique de Sahkti (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 43 ans) - 30 septembre 2010

Ce roman est vraiment superbe ! Et Mary Relindes Ellis a du talent, c'est incontestable. Pourtant, les sagas familiales, ça peut être casse-figure, car si on s'ennuie au début, on s'ennuie souvent tout le long mais ici, rien de tout cela, au contraire. Non seulement on trouve dans ces lignes énormément de sensibilité et d'attachement aux personnages, mais il y a aussi une proximité avec le lecteur que je trouve très réussie, car subtile, dénuée d'effets inutiles ou de pirouettes faciles déjà observées chez d'autres auteurs du genre.
Ici, que de la qualité, de la nuance, de la sobriété aussi dans tout ce que ces destins peuvent avoir d'excessif.
Bref, une belle découverte, assurément !

Magistral

10 étoiles

Critique de Dudule (Orléans, Inscrite le 11 mars 2005, - ans) - 5 août 2010

Merci d'avoir mis ce livre dans la sélection du Prix des lecteurs. C'est un roman bouleversant, émouvant, remarquable, malgré toute l'horreur humaine qu'il raconte. Je me suis attachée aux personnages et il m'a été difficile de refermer ce roman.
Un roman poignant.

Immersion totale et réussie

9 étoiles

Critique de Elya (, Inscrite le 22 février 2009, 28 ans) - 3 juillet 2010

Désespoir, contrariété, soulagement; sentiments éprouvés tout à tour par les Lucas et Rosemary et Ernie, ces deux familles dont le voisinage a joué le rôle de destin et les a unis et désunis successivement.

Emotions transmises aussi à nous lecteur, grâce à l'habileté rare et précieuse de Mary Relindes Ellis pour engendrer en nous un flux interminable d'empathie. Cette qualité est sans doute mise en avant par la construction du récit, où les personnages s'emparent alternativement du rôle de narrateur ; on dirait presque que la parole leur est accordée au hasard, tant les récits s'enchainent et le suspens de savoir qui se cache derrière ces lignes demeure. Car c'est au fil d'indices que l'on découvre avec ravissement quel est le personnage central du chapitre.
On peut relever un petit bémol cependant : l'emploi de la première personne pour James, adolescent "rebelle" qui s'exprime alors aussi bien que sa mère, diplômée en langue. Mais comme il faut chipoter pour trouver des défaut à cette délicieuse lecture !

Le désespoir, c'est ce qui résume globalement le parcours des Lucas : un père alcoolique et violent, deux frères délaissés, et une mère qui ne trouve pas sa place. C'est ce qui qualifie chaque événement venant s'ajouter à leur vie déjà douloureuse, dans ces terres reculées où le sentiment de solitude explose de façon exponentielle. C'est aussi ce que ressentent Rosemary et Ernie face à leur désir à jamais inassouvi de devenir parents.
Enfin, c'est ce qui nous assaille face aux terribles situations que traversent ces familles : sévices, décès, déprime, décadence, attente.

La contrariété nous concerne surtout nous, lecteurs. La romancière nous emmène tellement dans l'histoire que lorsqu'on voit un des personnages commettre une faute qui pourrait avoir des retombées gravissimes, on ne peut s'empêcher de s'écrier « non! » violemment dans notre tête. Par exemple lorsque Bill tend à suivre les péchés de son père.
Mais nos comparses l'éprouvent aussi, lorsque leur condition esseulée les rattrape et qu'ils restent les témoins béats de la détérioration inéluctable de ce qu'ils ont bâti : une esquisse de famille, un semblant d'espoir à travers un échange de lettres.

Ces lettres justement, par lesquelles communiquent les deux frères, que l'histoire a éloignés physiquement mais rapprochés sentimentalement, ce qu'elle sont émouvantes! Enrichies par les cadeaux originaux que Bill joint à James, vestiges des campagnes du Wisconsin.
Emotion aussi, lorsqu'on réalise que l'absence permet une ébauche de rédemption. «  Pour ne rien arranger, mon petit frère me collait toujours aux basques, en me dévisageant de ses yeux couleur d'écorce de tremble. Des yeux remplis d'espoir. Comme s'il me trouvait encore des qualités quand je me comportais en misérable salaud. »

Finalement c'est le soulagement qu'il faut retenir. Heureusement, Mary Relindes Ellis ne nous délivre pas de l'emprise de ce roman par une happy-end ; les morts ne ressuscitent pas, les blessures physiques et psychologiques demeurent. « Je me suis tournée vers la fenêtre. Je devais déterminer le bon moment pour agir. Agrandir trop tôt la petite ouverture dans l'oeuf pouvait tuer le poussin. Pourtant, je prendrais le risque, car désormais, je savais : mieux vaut vivre avec ses blessures que mourir étouffé dans sa coquille".

Cependant, l'affection et le courage qui liait certains des protagonistes leur ont permis de surmonter nombre d'entailles et de parvenir à une vie plus douce dans ces terres qui s'y prêtent tant lorsqu'on en mesure l'immensité et la richesse. « C'est cet endroit -cette forêt boréale et ces marais foisonnant de cèdres rabougris – qui a progressivement érodé mes manières de citadine. Qui a mis à nu l'artifice de ma religion. Qui m'a offert le réconfort maternel dont j'avais toujours été privée. (…) J'avais besoin d'une aide ancestrale, plus avisée et dénuée de tout jugement quand je me sentais découragée."

Quel bonheur de s'immerger dans ce roman si intense.

Souffrance

8 étoiles

Critique de Koudoux (SART, Inscrite le 3 septembre 2009, 53 ans) - 27 juin 2010

Ce livre décrit diverses formes de la souffrance.
Tous les personnages vont se décrire et expliquer leur ressenti.
De l'enfance à l'âge adulte, la souffrance se retrouve derrière l'alcoolisme, la maltraitance à la maison, à la guerre, à l'après guerre...
Même si parfois il a des répétitions, le livre est très intéressant.

Traumatismes.

8 étoiles

Critique de Pat (PARIS, Inscrit le 21 mars 2010, 54 ans) - 24 mai 2010

Histoire avec en toile de fond, la guerre du Vietnam.
Ce livre aborde de nombreux sujets, comme l'enfant maltraité, le traumatisme suite à la perte d'un être cher, l'alcoolisme, le fait pour un couple de ne pouvoir avoir d'enfant... etc.
J'ai trouvé que c'était un beau livre, les sujets sont traités avec beaucoup d'humanisme, même si parfois on sent une certaine résignation devant les évènements.
On ne peut s'empêcher en lisant ce livre, de penser aux familles des 50.000 G.I, qui sont morts durant la guerre du Vietnam.
Au fait que leurs familles ont dû continuer à vivre avec ce vide au sein de leurs foyer.
Même chose du côté Vietnamien d'ailleurs, en des proportions plus importantes encore.
C'est un livre qui fait le constat de la faiblesse humaine, en particulier des hommes.

Une touche féminine

10 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 61 ans) - 1 mai 2010

Très beau roman américain, et féminin par-dessus le marché. Une sensibilité toute en finesse pour aborder des choses pas simples, dont beaucoup plutôt masculines … Imaginez un Jim Harrison qui aurait une sensibilité féminine …
On retrouve dans « Wisconsin » ce sens des grands espaces propre au Jimmy. Ces grands espaces qu’on trouve dans l’Ouest profond, ou le Middle West tout aussi profond, toutes contrées peu traitées par les auteurs américains, plutôt urbains, sauf, … sauf notre Jim Harrison bien entendu ! Des situations carabinées dans un milieu où l’on ne nait pas une cuillère d’or dans la bouche, et un souffle rafraichissant qui emporte l’adhésion.
« En silence, ils s’étaient dissimulés derrière des pins rouges espacés de cinq mètres. A vrai dire, Ernie ne s’attendait pas vraiment à croiser le douze cors. Les cervidés n’aimaient pas se coucher sur ce terrain trop humide ; en général, ils s’y réfugiaient seulement lorsqu’ils tentaient de semer leurs poursuivants.
Il s’était écoulé encore une demi-heure avant que l’obscurité ne vire au gris puis s’éclaire suffisamment pour leur permettre de distinguer les grands pins blancs en bordure de la ferme des Morriseau. Au début, le sous-bois boréal avait paru complètement désert. Peu à peu, la lumière avait dissipé la brume, révélant des étendues entières de roseaux et de mousse. Soudain, une sorte d’aboiement avait résonné, et trois biches avaient émergé de derrière un gros cèdre blanc. Aucun des deux chasseurs ne les avait visées. Leur permis leur en donnait l’autorisation, mais, d’un commun accord, ils étaient convenus d’abattre d’abord un mâle. Elles s’étaient éloignées en file indienne sur le sentier qui serpentait à travers les arbres jusqu’à son champ, et Ernie s’était dit qu’elles étaient les seules de leur espèce dans le marais quand, du coin de l’œil, il avait vu Jimmy lever lentement sa carabine. Il avait alors reporté son attention sur le cèdre près duquel elles étaient apparues. »

Il y sera question du Middle West profond, de la pauvreté, de maltraitance du père vis-à-vis de sa femme, de ses enfants, de la guerre du Vietnam, de la sauvagerie des hommes, de la désespérance, et du rapport des humains à la nature, qui peut les sauver, et de l’entraide humaine, qui peut sauver aussi … C’est très beau, très bien agencé, d’une magnifique sensibilité. Quelquefois, on se demande comment les hommes peuvent survivre aux situations auxquelles ils sont confrontés – maltraitance ou guerre – on se demande, on doute, et puis … Mary Relindes Ellis nous apporte l’espoir …

Superbe roman

10 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 59 ans) - 25 avril 2010

Magnifique premier roman que celui-ci.
Beaucoup d'épreuves, de malheurs surtout dans la première moitié du livre, mais aussi beaucoup d'amour entre tous les principaux personnages avec une tendresse particulière pour le couple Morriseau.
Rien à ajouter à l'excellente critique de Débézed.
Un livre qui m'a bouleversé et profondément marqué.

Un Wisconsin dur

6 étoiles

Critique de Nance (, Inscrite le 4 octobre 2007, - ans) - 24 avril 2010

Le récit se passe dans le Wisconsin rural américain des années 50 à nos jours où l’on suit les Lucas : John, un père alcoolique qui délaisse sa ferme, Claire, une mère violentée et qui perd un peu la raison depuis que son fils aîné James est parti au Vietnam et Bill, le cadet qui trouve refuge dans son imaginaire. On croise aussi les Morriseau, les voisins qui va soutenir la famille dans les temps durs.

Un intéressant portrait avec des thèmes comme l’alcoolisme et la violence familiale dans un village rural pauvre, la guerre... Des personnages bien dessinés, mais pour l’histoire, j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup trop de retour en arrière et de répétitions.

Du plus profond de l'Amérique

8 étoiles

Critique de Débézed (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 70 ans) - 25 mars 2010

Tout au fond de la cambrousse, dans le plus profond du Wisconsin, deux familles vivent, dans une nature quasi originelle, avec leurs blessures secrètes et leurs douleurs muettes en exacerbant les tensions qui les unissent et les opposent. Les Lucas où le père imposteur et ivrogne bat sa femme qui se venge sur son fils cadet, où la mère se réfugie dans son monde pour oublier les coups et les humiliations, où le fils aîné, sosie d’Elvis, menace le père et ne pense qu’à quitter cet enfer, où le fils cadet s’invente une vie dans ses rêves pour s’évader de ce monde de brutes sans amour ni tendresse. Les Morriseau, un couple qui a connu la guerre du Pacifique et qui cache ses blessures dans une vie amoureuse altérée par l’impossibilité d’avoir un enfant. Toutefois, cette frustration est tempérée par la présence des enfants Lucas qui trouvent un refuge dans cette famille pour fuir la violence de la leur.

Le départ du fils aîné pour l’armée provoque une rupture des équilibres précaires qui réunissaient les membres de cette petite communauté isolée dans une forme de huis clos artificiel, en pleine nature, au milieu de cette contrée perdue où les pionniers se sont fossilisés. On pense alors à David Treuer et « Little ». Alors, commence une nouvelle ère avec l’attente des nouvelles, l’angoisse de l’annonce fatale, la redistribution des forces en présence, le cadet supplée l’aîné au côté de la mère contre le père. Et, quand la nouvelle arrive enfin, c’est un monde qui s’effondre, chacun réagit à sa façon luttant avec ses propres démons, essayant de dompter ses propres angoisses issues d’un passé où chacun a connu son lot de peines.

Ce roman polyphonique, construit comme un toit de tuiles avec des pièces qui se recouvrent partiellement mais en se complétant parfaitement, un roman, où tour à tour, l’auteur et les personnages racontent l’histoire, leur histoire, sonde au plus profond des âmes et des êtres les stigmates que le passé a pu y graver pour expliquer ses comportements violents, ses haines rentrées, ses frustrations à fleur de peau, ses douleurs qu’on ne peut dire. Une véritable psychanalyse de ces personnages en rupture avec leur être. Un roman qui dénonce au passage les tares de notre société, cette guerre imbécile au Vietnam, la démolition de la nature originelle, la jalousie, l’envie, la médisance, la calomnie, la haine, …

Un roman où l’espoir n’est pas mort car les livres aident à mettre des mots sur les sentiments et les sensations et, ainsi, à faire surgir les douleurs enfouies et les frustrations tues. « Les livres affirmaient que, belle ou laide, la vie avait de la valeur. » La rédemption pourrait ainsi venir par cette voie et les filles et les fils ne seraient pas fatalement destinés à répéter les erreurs des mères et des pères. « Ils auraient voulu le condamner pour le restant de ses jours à reproduire les erreurs de son père. » Mais, Ils ont appris à dessiner un avenir possible avec le poids de leur passé dans cet univers où la mort est très présente et où la culpabilité pèse lourdement sur les âmes.

Un texte écrit avec une grande sensibilité et beaucoup de délicatesse mais sans concession, raclant jusqu’au fond des êtres pour en extraire le moindre sentiment, la plus infime lésion, le plus petit souffle de douleur, par une romancière, issue de cette région pas très favorisée, qui a connu l’attente d’un frère parti au Vietnam et qui veut nous faire comprendre que la vie ne s’arrête pas forcément aux êtres de chair et de sang que les esprits habitent aussi avec nous comme nous l’ont enseigné les indiens qui vivent dans cette région et dont Ernie Morriseau est partiellement descendant.

Une histoire qui nous ramène vers les années rock and roll quand Elvis était l’idole de toute une génération et qu’on pouvait, comme James, siffler « My baby does the hanky panky », écouter Roy Orbison chanter « In dreams » et se révolter avec James Dean avant que Martin Luther King et Robert Kennedy se fassent assassiner et qu’une époque se termine pour laisser place à de nouveaux espoirs.

Poignant

9 étoiles

Critique de Shan_Ze (Lyon, Inscrite le 23 juillet 2004, 34 ans) - 17 mars 2010

Je ne savais pas à quoi m'attendre en lisant ce livre (je n'avais pas lu le résumé). J'ai été un peu surprise mais j'ai finalement bien aimé cette complicité entre les deux frères, l'amour entre Ernie et Rosemary ou l'amitié entre James et Ernie. Même si ça reste une histoire dans l'ensemble assez sombre : une famille éclatée par la haine du père, la guerre du Vietnam et des incompréhensions. On suit longtemps les Lucas et on voit que certaines évènements marquent vraiment. C'est parfois difficile de suivre les changements de narrateur/personnage suivi, mais il est en même temps, agréable de découvrir les pensées de chacun. Même si certaines sont ... "déstabilisantes".

En plus d'une histoire remarquablement racontée, Mary Relindes Ellis nous décrit très bien les lieux et les animaux qui sont présents à Olino. On a vraiment l'impression d'y être. Le titre original est The turtle warrior, titre beaucoup plus significatif quand on pense au plus jeune des frères. Un roman poignant (et une belle couverture !)

Le Midwest américain

8 étoiles

Critique de Saule (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 52 ans) - 30 décembre 2009

Ce roman très prenant raconte la vie d'une famille d'agriculteur dans le grand Nord américain. Deux frères, James et Bill, et leur mère, qui vivent dans la peur et la haine du père, un alcoolique violent. C'est pour échapper à ce père violent, que James s'engage dans les marines et part se battre au Vietnam. A la ferme, son jeune frère Bill et sa mère vivent dans l'angoisse des lettres qui viennent du Vietnam. L'auteur explique dans la postface que cet aspect du roman est basé sur son expérience d'adolescente dont le frère ainé était parti au Vietnam et dont la famille vivait dans l'angoisse à l'attente des lettres. Le récit alterne les scènes à la ferme et les scènes au Vietnam.

Ce roman est très riche, par les sensations qu'il procure et les thèmes abordés. Le décor est celui d'une petite ville du Midwest, à la mentalité étriquée, dans une nature sauvage et rude, avec des exploitations agricoles tenues par des immigrés allemands qui boivent de la bière pour oublier la dureté de l'existence.

Un livre qui nous transporte dans un autre univers, qui nous fait découvrir un monde bien éloigné du notre et qu'on n'oublie pas de sitôt. J'ai vraiment beaucoup aimé.

Magnifique

10 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 48 ans) - 7 avril 2009

Les romans sur l’Amérique profonde abondent sur les étagères des libraires. Celui-ci est remarquable. Il ne faut pas se rebuter par les thèmes abordés ; la guerre, l’abus physique, l’autodestruction, car l’auteur évoque les plus grandes douleurs avec une sensibilité tout simplement exceptionnelle. La densité des personnages et l’utilisation de différentes voix ajoutent à la richesse d’une histoire racontée de manière admirable.

Pour un premier effort, c’est un exploit.

wisconsin

8 étoiles

Critique de Alcomijo (, Inscrite le 26 mars 2009, 46 ans) - 26 mars 2009

le gout de l'enfance reste dans notre mémoire avec ce très beau premier roman, ces deux frères sont tout simplement magnifiques

Magistral

10 étoiles

Critique de Casajordi (, Inscrit le 29 juin 2008, 49 ans) - 26 décembre 2008

Ce livre est un des plus beaux que j'ai pu lire. Une histoire émouvante, terriblement belle et dramatique, un récit qui passe d'un personnage vers un autre, comme une main tendue. Magistral, bouleversant... un chef d'oeuvre, tout simplement

Amérique profonde

8 étoiles

Critique de Manumanu55 (Bruxelles, Inscrit le 17 février 2005, 38 ans) - 11 décembre 2008

Encore une peinture de l'Amérique profonde comme j'adore! Des personnages typés, attachants (dans l'ensemble) et une quasi impuissance face au destin qui mine ces gens. Vraiment mon type de lecture favori du moment. Seul point négatif : beaucoup trop de voyage dans le temps avec un nombre impossible de flash-back's.

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  Un énooooorme merci a Podie ! 14 Jules 1 décembre 2011 @ 00:28

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