1983 de David Peace

1983 de David Peace
( Nineteen eighty three)

Catégorie(s) : Littérature => Policiers et thrillers

Critiqué par Peuta, le 3 février 2007 (GRENOBLE, Inscrit le 25 juillet 2005, 42 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (19 423ème position).
Visites : 2 529  (depuis Novembre 2007)

unique mais pas sans conséquences...

Voilà je viens de clore la série du red riding quartet de d. peace. Comme le dit très justement un "collègue" sur une des autres critiques : pffff.... en fermant chacun de ces 4 bouquins (1974 1977 1980 puis 1983 ; à lire impérativement dans l'ordre) on est partagé entre plusieurs sentements très contrastés. Les 2 les plus évidents sont :
1 c'est de la littérature de tout premier plan
2 c'est atroce, épuisant.

Que peut-on dire sur cette intrigue foisonnante ? On baigne tout le long dans les milieux journalistiques et policiers du yorkshire de ces années-là ; des tas de "braves gens" vont être confrontés à 2 séries de meurtres, celle qui a touché des petites filles et celle parmi les prostituées. A vouloir comprendre ce qui se trame derrière ces meurtres, on va brasser la boue, le sang. Qui manipule qui ? Qui est vraiment responsable ? Pourquoi la police a tant de mal à négocier ces enquêtes ? Quels sont les freins ?

Chaque épisode a 1, 2 ou 3 narrateurs. Chacun est impliqué de très près. Chacun voudra, à sa façon, contribuer à remettre de l'humanité dans tout ça. Peine perdue... Surtout quand on n'est déjà pas tout blanc dans sa tête et ses actes.
Par leur intermédiaire, petit à petit, l'auteur nous livre des bribes de solutions. Mais ne nous mache pas le travail. Le but de david peace est de nous faire suer sang et eaux, il n'y a pas de raison que nous lisions cette série confortablement. Absolument aucune raison. D'où ce style (revendiqué) très "ellroyien"... à la hache, au couteau, à la tronçonneuse, comme vous voudrez. Des répétitions, des rêves, et plein plein de situations on ne peut plus concrètes et terre à terre... atroces.

A NE LIRE UNIQUEMENT QUE SI L'ON EST MOTIVÉ, que si l'on a le moral. Alors vous aurez l'occasion de passer un TRÈS TRÈS grand moment de lecture. Et tant qu'à faire, lisez-les d'une traite, l'histoire étant suffisamment complexe pour ne pas trop en laisser en chemin. 1983 est la conclusion d'un cycle monumental.

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Enfin...

8 étoiles

Critique de Kaftoli (Laval, Inscrit le 29 mai 2010, 52 ans) - 11 juillet 2012

L'enquête aurait pu être bouclée avec 1980. L'enquête principale, celle qui ciblait le tueur en série qui a sévi pendant de nombreuses années, se moquant des forces policières à ses trousses. Cette enquête-là, on l'a constaté avec les trois premiers romans de la série n'est en fait qu'un prétexte, elle sert de toile de fond pour dépeindre un univers engoncé dans la corruption, la perversion, le chaos violent d'un réalisme cru duquel aucun personnage ne sort indemne. Il fallait bien boucler la boucle: qu'arrive-t-il de l'indic, BJ, qui apparait dans chacun des romans ? Et qu'advient-il des maitres d'œuvre de la corruption policière ?
Après la lecture du premier volet de la tétralogie, j'hésitais à poursuivre la lecture. Maintenant, après avoir terminé 1983, qui conclut le cycle amorcé avec 1964, je peux mieux apprécier la très grande efficacité de cette œuvre complexe. Ce qui m'apparaissait brouillon, confus, voire gratuit par moment au tout début, se présente aujourd'hui sous un autre jour. Oui, la confusion et le brouillard s'incrustent toujours, rien n'est clair, chez Peace, les zones d'ombre et d'incertitudes contribuent à accentuer le trouble.
Les romans de Peace reposent sur une architecture précise (une archi-texture), une construction qui relève d'une implacable logique. L'irrationalité du chaos et la corruption, les travers pulsionnels des personnages trouvent écho dans le rythme syncopé des phrases, la répétition lancinante de certains passages qui hantent le lecteur comme les personnages, la succession d'images glauques, rapides, fugaces et tenaces, le déséquilibre des paragraphe qu'on pourrait même associer à des strophes tant leur rôle est autant sémantique que rythmique, même la typographie est mises à contribution (mais c'est là l'aspect le moins singulier). Toute cette kyrielle d'effets pour raconter une enquête criminelle qui s'est échelonnée sur un peu plus d'un quart de siècle. Ce chaos s'ancre pourtant dans une structure rationnelle très précise, trop précise pour être le fruit du hasard. Notons d'abord l'alternance systématique du temps d'énonciation. 1974 est campé à la fin décembre, juste avant la période des fêtes; 1977 se concentre sur le début d'un été très lourd, début mai fin juin; 1980, du 11 au 31 décembre, fait écho à la même période que le premier volet; avec 1983, on revient sur l'ensemble de ces périodes, mais le récit principal couvre le mois de mai et de juin, comme dans le deuxième volet de la tétralogie.
Sur le plan de la structure, chacun des romans répond à une logique similaire. Par exemple, 1980 était divisé en 3 parties, constituées chacune de 7 chapitres, eux-mêmes introduits par un "bloc" narratif, tous d'égales longueurs. Avec 1983, l'histoire se répartit en 5 parties: les parties impaires comportent 12 chapitres; les parties paires, 13 chapitres. Une citation de Voltaire amorce chacune des parties. Trois narrateurs prennent la parole à tour de rôle: d'abord, Maurice Jobson, dit La Chouette, qui amorce le roman, en utilisant la première personne du singulier pour se désigner, comme on doit s'y attendre d'ailleurs; ensuite, John Piggott, avocat obèse et fils d'un policier qui s'est suicidé, semble se narrer à lui-même le récit troublant des événement en se désignant par le pronom de la deuxième personne du singulier, comme pour se donner plus de distance, espérer échapper à une partie de lui-même; puis il y a BJ, qu'on a connu dès le premier roman, jeune prostitué, devenu mouchard malgré lui, qui relate des moments clés de son histoire depuis la veille de Noël 1974, en se désignant par les initiales auxquelles se réduit désormais son identité:
"Sur la banquette du fond, BJ se met soudain à trembler et à pleurer, et BJ ne peut pas s'empêcher de trembler et de pleurer, à cause de tout ce que BJ a vu et de tout ce que BJ a fait, de ce qu'on a obligé BJ à voir et de ce qu'on l'a obligé à faire, de toutes ces putains de choses qu'on a obligé BJ à faire, et BJ pense à Grace, et BJ tremble et pleure parce que BJ sait ce qu'ils lui ont fait et ce qu'ils feront à BJ" (p. 33)
Dans toute la première partie, le récit de BJ se situe le 24 décembre 1974, au moment même où se terminait le premier roman du cycle. Jobson et Piggott racontent les jours qui suivent la disparition de la jeune Hazel, le récit couvrant du 13 au 23 mai 1983. Dès la deuxième partie, les temps de narration se divisent: Jobson retourne en arrière, en juillet 1969; BJ témoigne de ses journée du 20 et 21 novembre 1975; Piggott reste quant à lui en 1983, pour raconter les événements qui se déroulent du 26 au 29 mai. Dans la troisième partie, Jobson situe toujours son récit avant les événements du premier roman, soit en mars 1972; BJ revient sur des scènes déjà abordées dans 1977, et Piggott continue son compte à rebours, en décrivant ce qui est arrivé du jour 10 au jour 7 (30 mai au 2 juin 1983). Dans l'avant-dernière partie, BJ campe son récit en 1980, rappelant un épisode du troisième roman; Jobson reprend les événements de décembre 1974; et Piggott reste toujours en juin 1983. Dans la cinquième et dernière partie, le récit des trois protagonistes se recentre à la même période: 7, 8 et 9 juin 1983. Chacun s'exprime désormais à la première personne du singulier pour la grande finale. Comme si après ces longues années où les personnages, dépossédés d'eux-mêmes, tentaient vainement de survivre dans ce monde aliénant, chacun recouvrant au moins, au final, son identité propre.
Mais, personne ne sort indemne, pas même le lecteur, témoin impuissant de ces cruels interrogatoires, par même le noble avocat Piggott, le "pur" Peter Hunter, le dur à cuire Jack Whitehead: la Loi et l'Ordre sont bafoués, étouffés.
Peace a construit une œuvre singulière, une œuvre forte. Inutile de chercher des comparaisons. Il vient de poser un nouveau jalon dans le genre, voire de forger un nouveau genre, avec une intelligence et un talent redoutables.

un rien déçu par la fin....

6 étoiles

Critique de Clubber14 (Paris, Inscrit le 1 janvier 2010, 37 ans) - 5 janvier 2011

Et bien voilà, j'arrive au bout de cette tétralogie de David Peace, celui-ci m'ayant fait vibrer pendant près de 2 000 pages. 2 000 pages de sang, de sexe, de drogue, de prostitution. 2 000 pages de haine, de règlements de comptes, d'esprits torturés, de tueurs en série. 2 000 pages de dialogues coupés à la serpe, basés sur la répétition, les mots chocs. Une véritable plongée en enfer et ici l'enfer s'appelle Leeds. L'Angleterre de la fin des 70s en prend un coup.

Dans ce 4e et dernier volet le style est demeuré le même. Malheureusement j'ai trouvé cet opus un peu en dessous des 3 autres pour plusieurs raisons : d'abord Peace, qui s'était largement amélioré dans les volets 2 et 3, retombe dans ses travers concernant la multitude des personnages. J'ai été assez perdu (je pense ne pas avoir été le seul?!) alors que pourtant j'ai lu les 4 volets dans l'ordre et en plus dans un laps de temps très court. Il est impossible de lire les livres dans le désordre et il est également impossible de lire les livres avec plusieurs semaines d'écart entre les lectures. Ensuite, la fin est assez trouble, Peace nous perd toujours et il est finalement difficile de comprendre pourquoi le tueur a commis ses gestes.

En gros, même si j'ai adoré le style, direct, franc, le scénario reste très difficile à suivre (mélange de personnages, d'années, de crimes). Cet auteur est néanmoins indispensable aux vrais passionnés de romans noirs et thrillers.

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