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Le Pavillon d'or
de Yukio Mishima
Titre original : Kinkakuji
Catégorie(s) : Littérature => Asiatique
critiqué par Vigno, le 16 juin 2001
(Inscrit le 30 mai 2001, 60 ans)
La note:
Moyenne des notes :  (basée sur 7 avis)
Cote pondérée :  (2 132ème position).
Visites : 2 265 (depuis Novembre 2007)
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La beauté qui tue
En 1950, un jeune moine bouddhique met le feu au Pavillon d'or, construit en 1398 près de Kyôto.
Durant le procès qui suivra, le criminel évoquera plusieurs motifs pour expliquer son geste : sa lutte avec le Prieur, sa « haine de la beauté » qu’il vivait comme un affront, lui qui était laid physiquement et moralement, sa révolte contre l'endormissement du bouddhisme… Les Japonais reconstruiront ce monument qui avait résisté à toutes les guerres et catastrophes naturelles depuis 550 ans. Voilà donc les faits sur lesquels Mishima développe son roman.
L'histoire débute à Maizuru. Le père de Mizoguchi, qui est bonze du village, voue un culte au Pavillon d’or qu’il transmet à son fils. Avant de mourir, il confie celui-ci au prieur du célèbre temple. Au départ fasciné par la beauté des lieux, Mizoguchi est plutôt heureux de son sort. Pourtant, toute cette beauté commence rapidement à lui peser, pour ne pas dire le hanter. Le Pavillon d'or par antithèse souligne la laideur de son âme et son handicap (il est bègue). Il découvre que dans ce lieu de beauté subsistent le mal, les petites combines, les inimitiés. Il se fera deux amis, l'un qui satisfait ses hautes exigences morales et l’autre qui exacerbe son penchant pour la perversité. Pourtant, ces deux amis finiront par se révéler tout autres, lorsqu’il les connaîtra plus profondément. Bref, ce Mizoguchi semble n’être jamais bien dans sa peau, partagé entre le bien et le mal, entre l’abstraite beauté et la réalité, entre ses désirs de pureté et l’appel de ses sens. Beau cas de psychologie.
Au-delà de l’anecdote, ce qui fait la force de ce roman puissant, c'est le style de Mishima. Les descriptions de la nature sont sensibles aux atmosphères et aux moindres détails. Et les analyses, psychologiques ou esthétiques, jamais banales, nous emmènent dans les moindres replis d'une âme tourmentée.
« Plus de rivalités, de contradictions, de désaccord : la Beauté faisait régner l’harmonie entre les parties différentes - et de quelle façon souveraine! Comme un livre sacré où, avec la dernière minutie, sur le papier bleu foncé, chaque caractère fut calligraphié à l'enduit de poudre d’or, ainsi cela avait été construit avec de la poudre d'or sur le fond de l'immense ténèbre.
Je ne savais toutefois pas encore si la Beauté se confondait avec le Pavillon d'or lui-même, ou si elle était consubstantielle au néant de la nuit qui enveloppait le Pavillon d’or. Peut-être était-elle les deux ensemble. A la fois détail et totalité. Temple d'or et nuit enveloppante. »
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| Désolé |
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Désolé d'être le canard boiteux dans ce concert de louanges, mais, contrairement à vous je n'ai pas aimé ce livre. Pour tout dire, il tombe même des mains. On suit un jeune bègue, éperdu de beauté, obsédé par le temple dans lequel il est moine. Tout le livre retrace ses aventures, son hostilité croissante à toute forme de communication, ses démélés avec le prieur, son supérieur, l'influence et les discours fielleux de Kashiwagi, étudiant affecté d'un pied bot. Les chapitres se traînent en longueur au rythme de digressions sans fin. Lent, monotone. Certes, Mishima a une puissance d'évocation brillante. Mais, cela ne m'a pas suffi à trouver un quelconque intérêt à ce livre indigeste.
Mastien (, Inscrit le 7 juin 2007, 38 ans) - 15 mars 2008 |
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| Je plaide coupable, moi aussi. |
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Tout comme Saint-Germain des Prés, j’ai eu un peu de mal a me plonger dans l’univers malsain et délirant de Mizoguchi. Son bégaiement et son physique ingrat l'ont au fil des ans amené à haïr la beauté. Cette beauté est stigmatisée par le Pavillon d’Or qui exerce une véritable attraction sur lui.Il est totalement obsédé par le Pavillon d’Or qui devient le point central de tout sentiment, de toute réflexion, de toute action.
La folie et l’isolement de Mizoguchi, qui ne font qu’empirer tout au long du récit, sont magnifiquement décrits.par Mishima
Au passage, je conseille les films de Ozu, dont une bonne partie se déroulent dans le Japon de l'apres-guerre, et donnent une bonne idée de ce qu'était la vie quotidienne à cette époque.
« Je ne me sentais même pas de solidarité avec le néant »
Manu55 (João Pessoa, Inscrit le 21 janvier 2004, 38 ans) - 22 novembre 2004 |
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| Je plaide coupable... |
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Vigno et Saule, vous avez admirablement parlé de ce livre.
Vous avez su trouver les mots pour décrire la poésie qui s’en dégage, évoquer les nombreuses descriptions.
Oserais-je dire que j'ai eu un peu de mal avec ce que je reconnais être néanmoins un grand livre ?…
A quoi cela tient-il ?
Et bien justement, ces descriptions m’ont semblé longuettes et, au lieu de me laisser bercer par leur musique, de m’en imprégner, je me suis sentie agacée.
Aïe, ouille, stop, ne me frappez pas…
Je sais, j'ai honte, mais bon, je ne peux rien y changer.
Par contre, certains passages sont sublimes et l’auteur va loin dans la réflexion philosophique.
Inutile de dire que c'est cet aspect qui m’a plu…
La confrontation bien-mal est abordée intelligemment, loin de tous les poncifs.
Et l’attrait ambigu de la Beauté est rendu avec toutes les nuances nécessaires.
Génial, mais je suis passée à côté.
Saint-Germain-des-Prés (Liernu, Inscrite le 1 avril 2001, 44 ans) - 10 avril 2003 |
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| Et vive critlib !... |
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Et Saule pour tous ses auteurs japonais, et Vigno pour cette critique !... Oui Mishima est un très très grand auteur ! Au passage je signale qu'il était un des préférés de Marguerite Yourcenar... Mais il y a aussi Tanizaki, Kawabata, Inoué, Ogawa et bein d'autres ! C'est une autre façon de percevoir le monde et les gens, mais elle est très riche ! Nous pouvons en dire autant de pas mal d'auteurs russes, mais aussi albanais, comme Kadaré, tchèques comme Kundera, chinois, comme Lao She, canadiens comme Tremblay... Ils sont tous très bons et nous rendent plus riches par la diversité des visions qu'ils nous donnent du monde. Ne soyons pas trop "franco-français", ou "hexagonaux" comme ils disent!
Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 67 ans) - 3 avril 2003 |
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| Une magnifique découverte |
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Je me suis longtemps désintéressée de la littérature japonaise, convaincue que je n'avais aucun attrait et aucune affinité pour cette culture, et ce principalement à cause d'a priori (idiots comme tous les a priori) et d’avis défavorables de mon entourage. Suite à la lecture des nombreuses critiques enthousiastes et aux conseils de Saule, j’ai décidé de malgré tout tenter l’expérience, de dépasser mes préjugés et de me lancer dans ce roman de Mishima.
Et là révélation, j’ai été subjuguée par la beauté de l’écriture et de l'histoire. Les descriptions sont empreintes d’une poésie qui ne peut laisser indifférent. Saule et Vigno en ont magnifiquement parlé. Merci pour cette découverte d’une littérature qui m’était jusque là inconnue.
Féline (Binche, Inscrite le 27 juin 2002, 34 ans) - 28 mars 2003 |
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| Pour l'amour de la Beauté |
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Qu'est-ce qu'il y a de plus beau, de plus pur que la beauté ? La destruction de la beauté.
Fasciné par le pavillon d'or, qui dans son esprit embrasse toute la beauté du monde, un jeune moine est pris d'une envie de destruction qui le conduit à incendier ce trésor architectural. Il dira avoir agit par haine de la beauté.
La relation ambivalente d'amour et de haine qu'éprouve le jeune bonze pour le pavillon est éclairée par une scène extraordinaire; alors qu'un typhon est annoncé qui menace de détruire le pavillon, le jeune moine qui veille sent qu'il ne fait plus qu'un avec le temple mais en même temps, comme écoeuré par l'arrogante beauté, il ne peut s'empêcher d'encourager le vent qui souffle en tempète; "j'essayais d'éperonner le vent, en criant les mots dont on excite un cheval lançé au galop: Plus fort! Plus vite! Allons encore un effort."
A un autre moment, le jeune moine encore vierge se retrouve seul avec une jeune fille. Au moment critique, alors qu'il glisse sa main sous la jupe de la jeune fille, une vision du pavillon d'or dans toute sa beauté lui remplit l'esprit, le coupant du monde extérieur ("Cerné de partout par la Beauté, quel moyen de tendre les bras vers la vie ?"). Il se retrouve humilié avec le mépris qu'éprouve la fille devant sa timidité soudaine ("son mépris me transperça par toute la peau")
La beauté et sa destruction est un des thèmes majeur de Mishima, comme le jeune héro de 'Chevaux échappés' qui se fait seppuku (ce qu'on appelle harakiri en occident) dans un acte de pureté absolue. Mishima lui-même parachèvera son oeuvre par un seppuku spectaculaire, ce suicide rituel constituant en quelque sorte son dernier chef-d'oeuvre.
A coté de l'aspect philosophique et psychologique du Pavillon d'Or, c'est une livre que j'ai adoré pour toute une série de raisons, difficile à expliquer. Pèle-mêle il y a l'athmosphère du livre, les paysages, les personnages (inoubliable Tsurugawa, le compagnon au coeur pur et Kashiwagi le cynique aux pieds bots), et surtout l'écriture et le style de Mishima qui fait surgir les images dans notre esprit. Le pavillon d'or est indéniablement mon livre phare et je suis bien content de le voir (enfin) critiqué sur ce site !
Saule (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 46 ans) - 22 juin 2001 |
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Il n'y a pas encore de discussion autour de "Le Pavillon d'or".
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