Uranus de Marcel Aymé

Uranus de Marcel Aymé

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Enzo, le 22 novembre 2005 (Inscrit le 21 novembre 2005, 48 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (2 629ème position).
Visites : 4 836  (depuis Novembre 2007)

Galerie de portraits

Quel excellent roman que celui de Marcel Aymé. Quel courage d'avoir écrit ce livre.

Blémont 1946. Lourdement bombardé par les Américains en 1944, le village a perdu 1/3 de ses habitations, les quartiers ouvriers ayant été pulvérisés. Les rescapés sont relogés dans les quartiers bourgeois ce qui amène à une "surpopulation" et une promiscuité peu désirée.

Ancien pétainiste, un peu cynique, Archambaut est ingénieur à l'usine. Il loge chez lui Gagneux, un brave militant communiste et son horrible femme, une mégère qui n'a d'égal en méchanceté que la harpie qu'est madame Archambaut... Il loge également Watrin, un prof de maths débonnaire obsédé par Uranus. Il lisait un traité d'astronomie quand, arrivé à la page Uranus, sa maison fut pulvérisée par les bombes.

Un beau jour, Archambaud se trouve avec une tuile sur les bras : Maxime Loin, ancien rédacteur en chef d'un journal fasciste et condamné à mort lui demande asile. Catholique, Archambaut se doit de l'aider. Il y a le problème visible : comment empêcher Gagneux de le voir... Il y a le problème invisible : comment Loin va-t-il échapper à madame Archambaut qui a jeté son dévolu sur lui ???

Le village, ce n'est pas seulement les Archambaut : c'est Monglat, le ponte enrichi au marché noir et qui méprise tout le monde. C'est le fils Monglat, amant de la petite Archambaut, qui a un fond d'honnêteté et ne rêve que de devenir marchand de chaussures. C'est Léopold, le patron de bar truculent et alcoolique. C'est Rochard, le cheminot sadique et lâche, tortionnaire de l'épuration mais qui s'écrase devant Léopold. C'est Jourdan, le fanatique communiste, qui n'aime que le parti et maman. C'est David, le prof de français qui ne croit plus dans son métier. C'est enfin Maxime Loin, intellectuel sensible et romantique traqué par tous, redevenant le petit garçon victime des brimades de ses camarades de classe qu'il avait été.


Ce qu'il y a de bien dans ce roman, c'est que les personnages ont tous leurs qualités et leurs défaut, même les pires. On s'aperçoit qu'avec trois baffes, Rochard devient un brave type. On s'aperçoit que Monglat est rongé par le remords. On s'aperçoit que Jourdan le stalinien et Loin le fasciste étaient au fond faits pour devenir les meilleurs amis du monde s'ils avaient été dans le même camp...

Bravo Marcel Aymé

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7 étoiles

Critique de Pierrot (Villeurbanne, Inscrit le 14 décembre 2011, 66 ans) - 14 août 2017

Au lieu d’arrêter sa camionnette dans la cour, le fils de Monglat lui fit contourner la maison et vint se placer, côté jardin, au bord du perron. Là, les arbres étaient suffisamment denses pour lui permettre d’en décharger le contenu sans être vu des voisins. Monglat père apparut à la fenêtre de son bureau et lorsque son fils fut descendu de son siège, il l’interrogea d’un coup de menton. Michel répondit à mi-voix :
- Trois machines à écrire neuves, un dictionnaire en douze volumes, un sabre de samouraï…
- De quoi ?
- De samouraï, c’est japonais. Un lustre Louis XVI, je te l’ai dit ? J’ai une armure du XVé et des jumelles de marine.
- Monglat eut un ricanement maussade, le regard de ses yeux troubles coula sur la bâche de la camionnette, et il haussa les épaules.
- Ah ! tu me barbes, li dit Michel, tu n’es jamais content. A la fin j’en ai jusqu’au bord.
Si tu te crois plus malin que moi, tu n’as qu’à acheter toi-même. Ou alors, garde tes billets pour te torcher les fesses.
Il faisait allusion au prochain changement de la monnaie et à la nécessité pressante qui en résultait pour Monglat de convertir en marchandises le plus possible de billets de banque. Le distillateur avait chez lui une quantité de papier monnaie si considérable qu’il ne pouvait se permettre d’en échanger seulement la dixième partie sans déchaîner contre lui le contrôle fiscal et alerter en même temps l’opinion publique de Blémont…

Un bon petit moment.

Découvrir Marcel Aymé...

10 étoiles

Critique de FranBlan (Montréal, Québec, Inscrite le 28 août 2004, 75 ans) - 29 janvier 2010

Dès les premières lignes, moi qui n'ai connu ni la guerre, ni l'Occupation, encore moins la Libération me retrouve happée au coeur d'une histoire aussi passionnante que si elle était la mienne!
Marcel Aymé, un fin observateur des carences humaines, fait vivre ses personnages dans la promiscuité avec une fougue satirique unique.
Une comédie noire, s'il en est une!
Un chroniqueur lucide et acerbe de son temps. Travelingue (1941) retrace l'avènement du Front populaire ; Le Chemin des écoliers (1946), évoque les années de l'Occupation ; Uranus (1948), achève cette trilogie en prenant pour cadre la Libération et les sombres épisodes de l'épuration.
Mon choix s'est arrêté sur ce dernier titre pour la simple raison que j'étais en possession de ce livre..., mais inutile de préciser que j'ai commandé les deux autres titres que je lirai aussitôt!
Un grand écrivain, un fin conteur, un esprit libre et indépendant...
Autre fait à signaler concernant Uranus; une excellente version cinématographique a été réalisée par Claude Berri en 1990, mettant en vedette une pléiade de grands noms tels que Michel Blanc, Gérard Depardieu, Jean-Pierre Marielle, Luchini, Noiret, etc., disponible en DVD.

Léopold...

10 étoiles

Critique de Le rat des champs (, Inscrit le 12 juillet 2005, 67 ans) - 23 novembre 2005

Marcel Aymé est un grand monsieur dont l'humanisme et la liberté de penser sont admirables. Il a été un des premiers à se foutre complètement du politiquement correct et il est indémodable. Dans une oeuvre aussi riche, on peut trouver tout et son contraire, et n'en retenir que les aspects anticommunistes est sommaire. Pour moi, ce livre, c'est surtout la touchante et triste histoire du merveilleux Léopold, cafetier poète, victime de la bêtise humaine. Mais celle-ci ne se trouve pas que chez les cocos, comme semble le sous-entendre la critique principale de ce livre.

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