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Les Belles Endormies
de Yasunari Kawabata
Catégorie(s) : Littérature => Asiatique
critiqué par Saule, le 23 mai 2001
(Bruxelles - 42 ans)
La note: Moyenne des notes: (basée sur 9 avis)
Les obsessions de vieillards pour de jeunes femmes endormies
Dans une auberge au Japon, il existe une chambe secrète dans laquelle des vieux 'ayant passé l'âge de se conduire en homme', viennent passer la nuit au coté de belles jeunes femmes entièrement nues et plongées dans un sommeil profond au moyen de puissants somnifères.
Eguchi, bien qu'il ne puisse pas encore être qualifié de 'vieux de tous repos' (autrement dit il n'est pas encore impotent), y passera plusieurs nuits au cours desquelles le corps et l'odeur de la jeune femme endormie à ses côtés évoquera toute une série de souvenirs; les femmes qu'il a possédés, sa vie, ses propres filles... tout lui revient en mémoire dans une sorte de rêve éveillé emprunt de nostalgie et de tristesse.
Un livre sensible et profond, bien écrit, légèrement érotique, très japonais en fait. Kawabata décrit bien la tristesse et l'humiliation liée à la décrépitude physique qui va de pair avec la vieillesse. Reconnaissons quand même que cette histoire d'hommes âgés, un peu pervers et obsédés par les jeunes femmes est un peu étrange et ne plaira pas à tous !
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Volume |
Editeur/Collection |
Pages |
ISBN/ASIN |
Parution |
Amazon |
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Les Belles Endormies |
Albin Michel
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205 |
2226019537 |
1970-01-01 |
go
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| Il y a 8 critiques éclairs sur ce livre |
| Éros et Thanatos |
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On a déjà eu l'occasion de croiser ici Yasunari Kawabata, l'un des deux prix Nobel nippons de littérature (rien que ça), avec l'excellent Pays de neige.
Revoici cette belle écriture venue d'extrême-orient avec Les belles endormies.
Moins accessibles que Pays de neige, encore plus japonaises, Ces belles endormies nous proposent une bien étrange visite.
Celle d'une maison de «passe». Une maison où l'on «passe» la nuit aux côtés d'une belle.
Aux côtés d'une belle endormie.
Une maison où quelques vieillards avisés, mais plus tout à fait en mesure d'honorer une belle (des «vieillards de tout repos» !), passent une nuit paisible auprès d'une belle, endormie artificiellement.
[...] Et pourtant, pouvait-il exister chose plus horrible qu'un vieillard qui se disposait à coucher une nuit entière aux côtés d'une fille que l'on avait endormie pour tout ce temps et qui n'ouvrait pas l'oeil ?
Comble de l'horreur ou comble du bonheur ?
[...] ... le vieux Kiga, celui qui avait introduit Eguchi, avait dit que c'était comme si «l'on couchait avec un Bouddha caché».
Un bien étrange rituel, très loin de nos fantasmes occidentaux, très proche du shinjû, le double suicide amoureux de l'imaginaire nippon. Car du sommeil tout court au sommeil éternel, il n'y a qu'un pas. Un pas de deux.
En contrepoint des rêveries d'Eguchi, le client que nous suivons au fil des nuits, les réparties sans réplique de la maîtresse des lieux qui tient sa maison d'une main ferme :
[...] - De nos clients, aucun ne fait jamais rien. Nous ne recevons que des clients de tout repos.
Ou encore, le lendemain matin :
[...] - Ne pourriez-vous me permettre de rester ici jusqu'à son réveil ?
- Ça ! cela ne peut se faire ici ! dit la femme d'un ton un peu plus précipité. Même nos clients les plus fidèles ne font pas cela.
Ou encore :
[...] - J'aurais voulu avoir de la même drogue que la fille. J'avais envie de dormir d'un sommeil pareil au sien.
- Ça, c'est interdit ! Et d'abord, ce serait dangereux à votre âge !
- J'ai le coeur solide rassurez-vous ! Et si par hasard, je m'étais endormi pour l'éternité, ce n'est pas moi qui m'en serais plaint !
Oui, car au-delà de la fascination pour les corps délicats de ces jeunesses endormies, Eguchi le vieillard, est tout autant obsédé par leur sommeil que rien ne vient réveiller. Un sommeil que l'on pourrait croire éternel.
Un sommeil qui sera bientôt le sien, vu son âge avancé.
Dix ans après avoir écrit Les belles endormies, Kawabata se suicidera, un an après le seppuku de son ami Mishima.
BMR & MAM - Paris - 47 ans - 5 avril 2008 |
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| BEAU |
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Que dire encore sur ce magnifique livre qui n'a pas été dit dans les critiques précédentes...
Parler de l'écriture peut-être, toute en finesse, en nuances, jamais un mot de trop, jamais un mot déplacé, jamais un mot malvenu, jamais un mot insultant...
Enfin, il y a aussi dans ce livre outre la réflexion sur la vieillesse inéluctable et les différents maux qui l'accompagnent, une réflexion très approfondie sur la mort... ce n'est pas trop révéler du livre (même si il s'agit d'un des moments forts du livre) que de dire qu'une des "belles endormies" succombe aux puissants somnifères alors qu'elle se trouve au lit avec le héros du livre...
Un grand, très grand livre, du GARCIA MARQUEZ avant l'heure, par le Prix Nobel de Littérature 1968.
Septularisen - Luxembourg - 40 ans - 10 juillet 2005 |
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| Erotisme de la vieillesse? |
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Les Belles Endormies de KAWABATA participent de cette écriture étrange, aux thèmes … étranges, qui nous viennent du Japon, dans la famille par exemple de « La Femme des Sables » de Abe Kobo. Singulier tout de même qu’un roman ait pour trame ce drame statique de la vieillesse des hommes. Leur désir ne meurt pas, mais la bête ne suit pas. Singulier que développer la vie d’un homme depuis cet acte singulier que de s’étendre pour la nuit aux côtés d’une belle (jeune) endormie. Egutchi passera 5 nuits ainsi dans le roman et se remémorera des faits saillants de sa vie au fil d’images fugaces, d’odeurs, d’impressions, fulgurées lors de ces nuits. Ambiance toute japonaise, feutrée, réservée, en introspection. Fée Carabine a raison de dire qu’elle ne parvient pas à dire si elle aime ou non. C’est tellement hors normes. Moi aussi c’est la seconde fois que je le lis (que je l’écoute en fait en roman-cassettes) et je peux quand même dire que j’aime par la performance d’écriture que cela représente. Amateur d’actions échevelées s’abstenir ! Amateur d’introspections douces menèes par un homme sensible au soir de sa vie, c’est pour vous.
Tistou - - 51 ans - 22 janvier 2005 |
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| Perversité? Oui, sans doute |
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Y a-t-il de la perversité dans ce livre de Yasunari Kawabata? Oui, sans doute. Ce sont des beaux objets finalement que ces belles endormies si profondément qu'on pourrait les croire mortes n'était la chaleur de leurs corps, endormies si profondément qu'une de ces belles ne se réveillera pas. Et le fait même de considérer ces belles comme de beaux objets me paraît assez pervers, oui. J'ai lu ce livre avec plus d'horreur que de plaisir, peut-être parce que j'ai été profondément touchée par la vulnérabilité de ces belles que la mort peut frapper tout comme les vieillards qui tentent désespérément de se réchauffer à leur contact, la vulnérabilité de ces belles abandonnées inconscientes entre les bras de ces vieillards qu'on ne peut pas s'empêcher de prendre en pitié tant leur détresse est palpable.
"Les belles endormies" ne plaira pas à tout le monde, non. Je l'ai lu en 1997 et je n'ai toujours pas réussi à décider si ce livre me plait ou non (j'avais 23 ans à l'époque, de là sans doute ma compassion pour les belles auxquelles je pouvais m'identifier mieux qu'aux vieillards. Il était quand même temps qu'une femme vienne donner son avis sur ce livre...). Mais c'est vraiment un très beau livre. Yasunari Kawabata traite ce sujet pour le moins scabreux tout en délicatesse et en nuances, et son écriture est, comme toujours, de toute beauté. Et puis, si vous connaissez quelqu'un à qui ce livre pourrait plaire et que vous décidez de le lui offrir, il y a une superbe édition des "Belles Endormies", illustrée de très belles photographies de Frédéric Clément (paru chez Albin Michel, ISBN 2226090339)
Fee carabine - - 33 ans - 4 novembre 2004 |
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| Perversité ? |
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Si l'on peut considérer qu'il y une sorte de perversité dans le fait d'être allongé auprès de jeunes femmes nues, endormies profondément sous l'effet de barbituriques, il n'en reste pas moins que Kawabata nous décrit ces scènes avec retenue, un immense respect. La sensualité qui s'en dégage ne peut que nous faire frissonner de plaisir.
Les " dérives ", par exemple cette pulsion d'étrangler " les filles " durant leur sommeil, n'est jamais que la partie immergée de l'iceberg - effrayant ! - qui constituent l'être humain. Sigmund Freud et d'autres ont dû se délecter... J'ai également suivi cette ligne, sans frémir, ou presque ...
Catinus - Liège - 57 ans - 3 novembre 2004 |
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| Rectitude et roman |
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Il est vrai que ce roman ne plaira pas à tout le monde. Dans nos sociétés où règne la rectitude politique le sujet est proprement immoral. A-t-on idée d'endormir de très jeunes filles et de les offrir à des vieillards impuissants? Poutant, ce roman propose une vue pénétrante sur la vieillesse, sur la décrépitude physique et sur l'impuissance sexuelle qui en découlent. Ici aussi la rectitude nous oblige à ne pas trop nous étendre sur le sujet.
Vigno - Québec - 57 ans - 16 juin 2001 |
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| Bravo à Vigno... |
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sa dernière phrase de cette critique éclair (très bonne par ailleurs) m'a bien fait rire ! J'adore Kawabata ! Un gigantesque écrivain.
Jules - Bruxelles - 64 ans - 16 juin 2001 |
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| Très bon choix |
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Une excellente critique de Saule, toute en finesse et nuance pour un sujet qui ne peut qu'effrayer un peu... la vieillesse !... C'est un peu tout qui fout le camp et tant que l'esprit reste on le sent. Difficile de savoir comment on réagira... Les belles femmes seront toujours là (je l'espère bien) et ne plus faire que regarder doit laisser plus qu'un arrière goût amer... Vive Victor Hugo ou Charlie Chaplin... Il faut garder l'espoir !
Jules - Bruxelles - 64 ans - 16 juin 2001 |
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