Les Belles Endormies de Yasunari Kawabata

Les Belles Endormies de Yasunari Kawabata
(Nemureru bijo)

Catégorie(s) : Littérature => Asiatique

Critiqué par Saule, le 23 mai 2001 (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 56 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 15 avis)
Cote pondérée : 8 étoiles (534ème position).
Visites : 8 313  (depuis Novembre 2007)

Les obsessions de vieillards pour de jeunes femmes endormies

Dans une auberge au Japon, il existe une chambre secrète dans laquelle des vieux 'ayant passé l'âge de se conduire en homme', viennent passer la nuit au côté de belles jeunes femmes entièrement nues et plongées dans un sommeil profond au moyen de puissants somnifères.
Eguchi, bien qu'il ne puisse pas encore être qualifié de 'vieux de tous repos' (autrement dit il n'est pas encore impotent), y passera plusieurs nuits au cours desquelles le corps et l'odeur de la jeune femme endormie à ses côtés évoquera toute une série de souvenirs; les femmes qu'il a possédées, sa vie, ses propres filles... tout lui revient en mémoire dans une sorte de rêve éveillé empreint de nostalgie et de tristesse.
Un livre sensible et profond, bien écrit, légèrement érotique, très japonais en fait. Kawabata décrit bien la tristesse et l'humiliation liée à la décrépitude physique qui va de pair avec la vieillesse. Reconnaissons quand même que cette histoire d'hommes âgés, un peu pervers et obsédés par les jeunes femmes est un peu étrange et ne plaira pas à tous !

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Un vieux

6 étoiles

Critique de Ardeo (Flémalle, Inscrit le 29 juin 2012, 73 ans) - 29 avril 2021

Quand j’étais jeune, Kawabata m’avait ravi avec quelques courts romans tels celui-ci. Je me souviens notamment d’un « Tristesse et Beauté » de … toute beauté. Est-ce l’âge du héros, le « vieil Eguchi » qui correspond plus ou moins au mien alors que ses motivations sont bien éloignées des miennes actuellement mais je n’ai pas vraiment marché avec notre auteur dans ce roman. Les jeunes filles endormies qu’Eguchi va voir sans les toucher ni les réveiller et qui lui rappellent d’autres femmes qui ont marqué sa vie me semblait un bon sujet au départ mais la répétition et le côté « vain » des soirées chez la maquerelle ont fini par me lasser. Rare pour un roman de 120 pages. Reste un superbe style d’écriture.

Tels des pétales de camélias

9 étoiles

Critique de Nathafi (SAINT-SOUPLET, Inscrite le 20 avril 2011, 54 ans) - 25 octobre 2015

Au-delà du thème qui peut choquer, surprendre ou dérouter, l'écriture de Yasunari Kawabata est sublime. Les mots se posent doucement, à l'instar des pétales de camélias évoqués dans le livre, rendant cette lecture des plus plaisantes. Rien de vulgaire, rien de laid, Eguchi découvre cette maison insolite avec crainte, puis se prête au jeu, malgré des pulsions bien légitimes qu'il éprouve encore, ne se considérant pas encore comme un vieillard. Il est assailli de souvenirs, le plongeant dans une grande mélancolie sur ce qu'il fut, mais retourne toujours dans la maison des Belles Endormies, où lui viennent des idées étranges près de ces filles inertes.

Un thème qui pourrait déplaire sans la plume de cet auteur, une maison qui ne saurait trouver sa place dans nos contrées, mais le Japon regorge de moeurs, coutumes et traditions qui nous étonnent.

Comment peut-on se dire homme quand s'approche la mort?

8 étoiles

Critique de Montréalaise (, Inscrite le 7 août 2010, 28 ans) - 23 mai 2012

« Les Belles Endormies », publié en 1960-1961, fait partie des oeuvres maîtresses du Prix Nobel japonais Yasunari Kawabata (1899-1972). Cet écrivain majeur du XXe siècle connut néanmoins une jeunesse malheureuse : les membres de sa famille décédèrent un par un et, né prématurément, celui-ci souffrira toute sa vie de sa composition frêle et de sa laideur. Par conséquent, la solitude, la quête du beau et de la mort deviendront des obsessions qui alimenteront la quasi-totalité de ses récits et romans.

Dans ce roman, Eguchi, soixante-sept ans, décide de passer cinq nuits dans une étrange « maison close » réservée aux vieillards. En effet, on y fait endormir des jeunes filles avec de puissants somnifères et, paradoxalement, on interdit aux vieux clients de « briser » leur virginité.

C'est justement autour de cette quête vers l'inaccessible que tourne le roman et qui en fait son essence même. À soixante-sept, Eguchi (l'alter-ego de l'auteur) sait qu'il a passé l'âge « d'être un homme » et qu'il ne pourra retourner en arrière pour retrouver sa jeunesse. Devant ces belles jeunes vierges, dont le corps pur est décrit dans un mélange d'érotisme et de subtilité, sa vieillesse et sa laideur le rendent tout à coup misérable et pitoyable. Néanmoins, chaque couleur, chaque odeur, chaque mouvement qu'exercent ces « belles endormies » sur Eguchi lui réveille des souvenirs sur les femmes de sa vie passée : sa mère, ses amours de jeunesse, son épouse, ses filles, ses maîtresse... Tous devenus chimères lointaines et dorénavant inaccessibles, hors de sa portée.

Quand approche la mort, comment peut-on se dire « homme »? Devant cette question, l'issue semble réduite : plonger au côté des belles dans des rêves profonds à l'aide de somnifères ou bien, plonger dans cet autre sommeil, celui dont on ne sortira jamais. Dans cette optique, le sort d'Eguchi n'est pas sans rappeler celui que subira Kawabata vers la fin de sa vie.

Un roman écrit dans un style tout aussi dépouillé que magnifique.

Le désir poussé à son paroxysme

8 étoiles

Critique de Pucksimberg (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 41 ans) - 23 mars 2012

La maison des "belles endormies" est un lieu mystérieux dans lequel des jeunes filles sont endormies par des drogues et se livrent à la contemplation d'hommes âgés, souvent impuissants ou tout simplement amoureux de la jeunesse et de la vie. Ce ne sont pas vraiment des prostituées, ou alors d'un nouveau genre. Les hommes peuvent les admirer, les sentir, s'approcher d'elles, mais aucun rapport sexuel n'est toléré. Autant dire par avance que le climat de ce roman est sensuel, poétique, parfois malsain et empreint de voyeurisme. Mais l'écrivain, tout comme le photographe, n'est-il pas à sa manière un voyeur ?

Eguchi, homme de 65 ans, se rend régulièrement dans ce lieu presque onirique et fréquente la beauté au contact de ces jeunes filles, flirte avec la jeunesse, tout en prenant conscience de sa vieillesse et de la mort approchant, notre meilleure ennemie qui se reflète dans l'endormissement de ces jeunes filles.

On ne peut juger ce roman avec un regard européen, il faut accepter le regard étranger d'un japonais. J'ai très vite condamné ce vieillard vicieux et pathétique, à tort ! Le roman propose une réflexion sur le vieillissement, la vie, l'amour, le sexe, surtout le désir qui lui ne vieillit pas. L'univers peint par Kawabata est empli de zones d'ombre, de sensualité et de considérations philosophiques plus angoissantes.

Ce roman est comme le bon vin, il gagne avec l'âge. C'est avec de la distance et de la maturité que j'ai appris à apprécier cette oeuvre.

Mourir de plaisir

8 étoiles

Critique de Débézed (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 74 ans) - 21 septembre 2011

Le vieil Eguchi vient pour la première fois dans cette maison où les clients peuvent passer une nuit avec une jeune fille endormie artificiellement qui, ainsi, ne risque pas de se réveiller et de les surprendre dans la déchéance de leur impuissance. Ils peuvent ainsi masquer leurs défaillances tout en satisfaisant leurs maigres désirs sans craindre de souffrir dans leur orgueil de mâle déclinant. Eguchi, lui, n’est pas encore impuissant mais il sent déjà les premiers symptômes de la déchéance envahir son corps vieillissant.

Pour sa première visite, il n’ose pas toucher la belle qu’il observe sous tous les angles et dans les moindres détails susceptibles d’éveiller son émotion et de lui rappeler ses jeunes années et ses anciennes amours. Et puis, il y aura d’autres filles et toujours cette recherche esthétique dans les détails du corps humain de ces nymphettes pour titiller la sensibilité du vieil homme. Une façon de retarder la mort en essayant de croire encore en ses capacités à séduire et à donner du plaisir ? Une façon d’attendre la mort paisiblement ? Une façon d’appeler la mort en oubliant les outrages de l’âge ? Peut-être aussi un espoir de s’approprier les vertus de la jeunesse étendue à ses côtés ?

Un petit roman tout d’élégance, de distinction et de pudeur à la façon de Kawabata qui met en scène des Lolita offertes et fraîches pour vieillards contemplatifs qui essaient d’échapper à la déchéance annonciatrice de leur fin prochaine. Mais aussi un roman prémonitoire qui annonce sans ambigüité aucune le suicide de l’auteur qui ne voulait pas supporter la vieillesse, les outrages de l’âge et la déchéance. Et qui aurait pu, comme le vieil Eguchi, rêver de mourir près d’une fille qui dort d’un sommeil de mort, par suicide ou par suicide après meurtre, une façon de se familiariser avec la mort, de l’apprivoiser et de l’attendre le passage dans l’autre monde avec plus de quiétude. La perversion élevée au niveau d’un art, d’une émotion esthétique ou d’un rite cultuel.

Ivresse de l'âge

8 étoiles

Critique de Monito (, Inscrit le 22 juin 2004, 49 ans) - 2 mars 2011

Eguchi a 67 ans et est encore très vert pour son âge… Ce n’est pas un vieillard lui ! Pas un vieillard pour qui les femmes ne se concrétisent plus que dans les rêves. Et pourtant Eguchi, sur l’invite d’un « ami » va à la rencontre de ces belles endormies dans cette maison, close, mais si particulière.
Ce court roman de Kawabata a autant de chapitres que de visites effectuées dans cette maison où de vieux hommes bien sous tout rapport passent des nuits avec de belles jeunes femmes, parfois à peine nubiles, endormies.
Droguées, elles dorment tellement profondément que rien ne les réveille. Tout serait donc possible, même le pire. La première expérience d’Eguchi vire au cauchemar, mais aussi à l’attraction… fatale.
La description des corps, des ambiances, des ressentis sont époustouflantes. Une atmosphère résolument glauque aussi mais poétique à la fois, donne à ce roman une force assez étonnante. Il ne se « passe » pas grand-chose mais le bouleversement intérieur chez Eguchi comme chez le lecteur sont incroyables.
Revisiter son histoire charnelle, son histoire amoureuse. Interroger son rapport à la femme, au corps de la femme mais aussi à sa propre décrépitude jusqu’à aboutir au rapport à la mère sont le fil conducteur de cet opuscule.
La mort enfin, comme lien de tous les rendez-vous, jalonne bien notre histoire par trop commune.
Vues au théâtre avant de les avoir lues, ces belles endormies sont décidément de beaux souvenirs.

Sommeil de mort

7 étoiles

Critique de Aliénor (, Inscrite le 14 avril 2005, 53 ans) - 31 octobre 2010

Eguchi est un vieil homme qui, au début du livre, vient pour la première fois passer la nuit dans une maison close d’un genre particulier. Il s’agit ici, pour les vieillards, de s’offrir quelques heures de repos auprès d’une jeune femme plongée artificiellement dans le sommeil, un sommeil de plomb durant lequel tout peut arriver. Et c’est précisément ce qui gêne Eguchi, tenté dès le début de réveiller la belle jeune fille endormie à ses côtés. Mais la règle est très claire : il est ici interdit de toucher. Très vite, il va devenir un client assidu de cet établissement géré par une femme d’une quarantaine d’années tenant parfois d’étranges propos…comme si la vie de ces filles n’avait au fond que peu d’importance.

Eguchi, au cours de ces nuits, remonte le fil de son existence et de ses souvenirs d’autres femmes, rencontrées et aimées il y a longtemps. Epouse ou maîtresses, toutes ont laissé en lui une empreinte olfactive qui renaît auprès de ces belles endormies. Avec une étonnante vivacité.
Roman étrange et sensuel, attachant et déroutant, il est peut-être le plus célèbre de Kawabata et on comprend pourquoi à sa lecture. Alors que le récit pourrait aisément tendre vers la perversion, il n’est ici question que de désir et de sensualité. Ces hommes cherchent sans doute à éprouver une dernière fois leurs sens avant une mort qu’ils sentent proche. Et qui bien sûr ne pouvait être absente du récit. Elle rôde et finit par devenir une héroïne à part entière. Une héroïne brutale venant clore un peu brusquement cette histoire. Mais n’est-ce pas après tout ainsi qu’elle agit dans la vie ?

La maison du sommeil

8 étoiles

Critique de Alma (, Inscrite le 22 novembre 2006, - ans) - 22 février 2009

Un roman troublant à plusieurs titres : tant par la relation qu’il met en scène (qui frôle le tabou) entre un vieil homme Eguchi et de toutes jeunes filles endormies artificiellement , donc entièrement à sa merci , que par les mystères qu’il distille tout au long de ses pages . De nombreuses questions se posent au lecteur sur les belles endormies . D’où viennent-elles ? Savent-elles qu’elles sont offertes ? Sont-elles consentantes ? On peut aussi s’interroger sur ce qui se passe pendant le sommeil des deux partenaires ….

Ces interrogations sont non seulement entretenues par les réponses évasives de la tenancière de la maison mais surtout par le fait que le récit est toujours fait sous l’angle d’Eguchi , donc que prévaut constamment son point de vue d’homme ignorant . Le corps endormi des femmes perçu par l’homme allongé apparaît ainsi toujours comme déstructuré, un peu comme dans un tableau cubiste de Picasso .

Le mystère culmine dans les dernières pages avec en premier lieu la mort d’un des clients , puis surtout par celle de la dernière compagne de sommeil de Eguchi, deux morts qu’on escamote rapidement et qui confèrent au roman un dénouement ouvert .

Un huis clos étouffant dont on ne sort que lors des passages où Eguchi - dont en fait on ne connaît guère la vie- voit apparaître des images de son passé

Éros et Thanatos

7 étoiles

Critique de BMR & MAM (Paris, Inscrit le 27 avril 2007, 61 ans) - 5 avril 2008

On a déjà eu l'occasion de croiser ici Yasunari Kawabata, l'un des deux prix Nobel nippons de littérature (rien que ça), avec l'excellent Pays de neige.
Revoici cette belle écriture venue d'extrême-orient avec Les belles endormies.
Moins accessibles que Pays de neige, encore plus japonaises, Ces belles endormies nous proposent une bien étrange visite.
Celle d'une maison de «passe». Une maison où l'on «passe» la nuit aux côtés d'une belle.
Aux côtés d'une belle endormie.
Une maison où quelques vieillards avisés, mais plus tout à fait en mesure d'honorer une belle (des «vieillards de tout repos» !), passent une nuit paisible auprès d'une belle, endormie artificiellement.
[...] Et pourtant, pouvait-il exister chose plus horrible qu'un vieillard qui se disposait à coucher une nuit entière aux côtés d'une fille que l'on avait endormie pour tout ce temps et qui n'ouvrait pas l'oeil ?
Comble de l'horreur ou comble du bonheur ?
[...] ... le vieux Kiga, celui qui avait introduit Eguchi, avait dit que c'était comme si «l'on couchait avec un Bouddha caché».
Un bien étrange rituel, très loin de nos fantasmes occidentaux, très proche du shinjû, le double suicide amoureux de l'imaginaire nippon. Car du sommeil tout court au sommeil éternel, il n'y a qu'un pas. Un pas de deux.
En contrepoint des rêveries d'Eguchi, le client que nous suivons au fil des nuits, les réparties sans réplique de la maîtresse des lieux qui tient sa maison d'une main ferme :
[...] - De nos clients, aucun ne fait jamais rien. Nous ne recevons que des clients de tout repos.
Ou encore, le lendemain matin :
[...] - Ne pourriez-vous me permettre de rester ici jusqu'à son réveil ?
- Ça ! cela ne peut se faire ici ! dit la femme d'un ton un peu plus précipité. Même nos clients les plus fidèles ne font pas cela.
Ou encore :
[...] - J'aurais voulu avoir de la même drogue que la fille. J'avais envie de dormir d'un sommeil pareil au sien.
- Ça, c'est interdit ! Et d'abord, ce serait dangereux à votre âge !
- J'ai le coeur solide rassurez-vous ! Et si par hasard, je m'étais endormi pour l'éternité, ce n'est pas moi qui m'en serais plaint !
Oui, car au-delà de la fascination pour les corps délicats de ces jeunesses endormies, Eguchi le vieillard, est tout autant obsédé par leur sommeil que rien ne vient réveiller. Un sommeil que l'on pourrait croire éternel.
Un sommeil qui sera bientôt le sien, vu son âge avancé.
Dix ans après avoir écrit Les belles endormies, Kawabata se suicidera, un an après le seppuku de son ami Mishima.

BEAU

10 étoiles

Critique de Septularisen (Luxembourg, Inscrit le 7 août 2004, 54 ans) - 10 juillet 2005

Que dire encore sur ce magnifique livre qui n'a pas été dit dans les critiques précédentes...

Parler de l'écriture peut-être, toute en finesse, en nuances, jamais un mot de trop, jamais un mot déplacé, jamais un mot malvenu, jamais un mot insultant...

Enfin, il y a aussi dans ce livre outre la réflexion sur la vieillesse inéluctable et les différents maux qui l'accompagnent, une réflexion très approfondie sur la mort... ce n'est pas trop révéler du livre (même si il s'agit d'un des moments forts du livre) que de dire qu'une des "belles endormies" succombe aux puissants somnifères alors qu'elle se trouve au lit avec le héros du livre...

Un grand, très grand livre, du GARCIA MARQUEZ avant l'heure, par le Prix Nobel de Littérature 1968.

Erotisme de la vieillesse?

8 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 65 ans) - 22 janvier 2005

Les Belles Endormies de KAWABATA participent de cette écriture étrange, aux thèmes … étranges, qui nous viennent du Japon, dans la famille par exemple de « La Femme des Sables » de Abe Kobo. Singulier tout de même qu’un roman ait pour trame ce drame statique de la vieillesse des hommes. Leur désir ne meurt pas, mais la bête ne suit pas. Singulier que développer la vie d’un homme depuis cet acte singulier que de s’étendre pour la nuit aux côtés d’une belle (jeune) endormie. Egutchi passera 5 nuits ainsi dans le roman et se remémorera des faits saillants de sa vie au fil d’images fugaces, d’odeurs, d’impressions, fulgurées lors de ces nuits. Ambiance toute japonaise, feutrée, réservée, en introspection. Fée Carabine a raison de dire qu’elle ne parvient pas à dire si elle aime ou non. C’est tellement hors normes. Moi aussi c’est la seconde fois que je le lis (que je l’écoute en fait en roman-cassettes) et je peux quand même dire que j’aime par la performance d’écriture que cela représente. Amateur d’actions échevelées s’abstenir ! Amateur d’introspections douces menèes par un homme sensible au soir de sa vie, c’est pour vous.

Perversité? Oui, sans doute

8 étoiles

Critique de Fee carabine (, Inscrite le 5 juin 2004, 47 ans) - 4 novembre 2004

Y a-t-il de la perversité dans ce livre de Yasunari Kawabata? Oui, sans doute. Ce sont des beaux objets finalement que ces belles endormies si profondément qu'on pourrait les croire mortes n'était la chaleur de leurs corps, endormies si profondément qu'une de ces belles ne se réveillera pas. Et le fait même de considérer ces belles comme de beaux objets me paraît assez pervers, oui. J'ai lu ce livre avec plus d'horreur que de plaisir, peut-être parce que j'ai été profondément touchée par la vulnérabilité de ces belles que la mort peut frapper tout comme les vieillards qui tentent désespérément de se réchauffer à leur contact, la vulnérabilité de ces belles abandonnées inconscientes entre les bras de ces vieillards qu'on ne peut pas s'empêcher de prendre en pitié tant leur détresse est palpable.

"Les belles endormies" ne plaira pas à tout le monde, non. Je l'ai lu en 1997 et je n'ai toujours pas réussi à décider si ce livre me plait ou non (j'avais 23 ans à l'époque, de là sans doute ma compassion pour les belles auxquelles je pouvais m'identifier mieux qu'aux vieillards. Il était quand même temps qu'une femme vienne donner son avis sur ce livre...). Mais c'est vraiment un très beau livre. Yasunari Kawabata traite ce sujet pour le moins scabreux tout en délicatesse et en nuances, et son écriture est, comme toujours, de toute beauté. Et puis, si vous connaissez quelqu'un à qui ce livre pourrait plaire et que vous décidez de le lui offrir, il y a une superbe édition des "Belles Endormies", illustrée de très belles photographies de Frédéric Clément (paru chez Albin Michel, ISBN 2226090339)

Perversité ?

9 étoiles

Critique de Catinus (Liège, Inscrit le 28 février 2003, 70 ans) - 3 novembre 2004

Si l'on peut considérer qu'il y une sorte de perversité dans le fait d'être allongé auprès de jeunes femmes nues, endormies profondément sous l'effet de barbituriques, il n'en reste pas moins que Kawabata nous décrit ces scènes avec retenue, un immense respect. La sensualité qui s'en dégage ne peut que nous faire frissonner de plaisir.
Les " dérives ", par exemple cette pulsion d'étrangler " les filles " durant leur sommeil, n'est jamais que la partie immergée de l'iceberg - effrayant ! - qui constituent l'être humain. Sigmund Freud et d'autres ont dû se délecter... J'ai également suivi cette ligne, sans frémir, ou presque ...

Très bon choix

9 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 77 ans) - 16 juin 2001

Une excellente critique de Saule, toute en finesse et nuance pour un sujet qui ne peut qu'effrayer un peu... la vieillesse !... C'est un peu tout qui fout le camp et tant que l'esprit reste on le sent. Difficile de savoir comment on réagira... Les belles femmes seront toujours là (je l'espère bien) et ne plus faire que regarder doit laisser plus qu'un arrière goût amer... Vive Victor Hugo ou Charlie Chaplin... Il faut garder l'espoir !

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