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Rien n’était plus pareil depuis Elle… Elle était le vent balayant ses cheveux, se muant en bourrasque lorsque le désir teignait ses yeux d’un vert plus intense ; elle était la caresse du soleil qui lui réchauffait le visage quand il se décidait à affronter la pluie ; elle était l’étoile qui le guiderait désormais… Grâce à Elle, il se sentait exister, agir, faire des projets plus fous les uns que les autres, sans mesure commune avec le simulacre de vie auquel il s’adonnait quotidiennement. En attendant… En attendant…
***
Il se réveille bien avant que ne retentisse la sonnerie ; il n’a jamais réussi à s’habituer aux bruits des autres locataires de l’immeuble. Il ne le souhaite pas d’ailleurs : il déteste cette promiscuité forcée occasionnée par la minceur des cloisons. La stridente sirène se déclenche, l’affreux réveille-matin électronique déchire irrémédiablement le voile des songes encore nébuleux, à demi conscients, sirène se rappelant à lui avant de se taire jusqu’au lendemain, même heure, même endroit, même accueil.
Ensuite tout s’enchaîne… Vite… Il se lève, l’esprit embrumé et les yeux encore éblouis par le rêve du petit matin. Il prend son nécessaire de toilette et descend au sous-sol, là où l’attend l’eau régénératrice de la douche. Il se laisse alors aller sous le jet réconfortant à de tendres pensées qui l’emmènent vers Elle et tente de prolonger au maximum ce moment exquis. Il se rase et décide, comme chaque jour, de ne pas prendre de petit-déjeuner. Il se brosse les dents. Vite… Course… Il est déjà –toujours !- en retard. De retour dans sa chambre, il se presse à regret, il sait pertinemment qu’il ne peut se permettre de traîner davantage mais il n’a aucune envie de se lancer à l’assaut de ce que pudiquement l’on nomme « le monde ». Quel monde ? Pas celui dans lequel il souhaite évoluer en tout cas ! Et puis il se dit que finalement il attrapera le bus suivant. Quinze minutes de « répit ». Quinze minutes avant de côtoyer les fourmis besogneuses se hâtant toutes vers leur « pain quotidien ». Il choisit sa cravate : aucune difficulté, il ne lui en reste qu’une seule depuis qu’il a oublié la seconde chez Elle !
Il est l’heure de partir, à contrecœur (il L’aimerait tellement, là, tout contre son cœur !), comme tous les jours… Et comme tous les jours ici, ou presque, il pleut. Pleurs de la nature à la vue de tous ces gens qui s’affairent, courent, se dépêchent en oubliant peut-être, sans doute, forcément, inévitablement, irrémédiablement l’essentiel… Le bus arrive, débordant déjà d’une masse hétéroclite de pantins articulés, vomissant à intervalles irréguliers un nombre variable d’individus tandis que d’autres s’échinent à y grimper. La gare est vite atteinte ; la cohue commence aux engins dans lesquels, à l’instar des autres, il doit introduire le ticket qui lui permettra de faire fonctionner le tourniquet à trois bras, sésame de la miraculeuse porte du « monde du travail »…
7h56. Le train. Il en gravit les marches maintes fois écrasées dans un sens ou dans l’autre. Il ferme les yeux pour se soulager de la vision chaque jour plus insupportable de ses pairs… Le train s’enfuit à toute vitesse vers Juvisy puis file directement à la station Mitterrand. Le voici dans le métro automatique : mêmes visages impersonnels. Arrêt sec. Gare de Lyon. RER A. Dedans, les parfums bon marché tentent vainement de masquer les odeurs de café refroidi, de sueur surannée, de cuir usagé des mallettes mille fois trimballées. Bousculade. Une habituée parle à une autre habituée du temps décidément pourri depuis des semaines. Quelle chance ce ciel qui n’en finit pas de pleurer : il fournit aisément un sujet de conversation. C’est ça le « contact humain »… étouffé dans la cohue. Et lui ? Lui, il se souvient si bien de la nuance de ses yeux lorsqu’elle l’avait accompagné sur le quai la semaine précédente. Il se rappelle parfaitement le pli maladroit de sa robe, cassant la netteté de la ligne. Il revoit les boucles d’oreilles en forme de lune, croissants de vie vers lui tendus…
Le train s’est arrêté net ou presque. Sursaut. Le train repart : stations Châtelet… Auber… Charles de Gaulle-Etoile et soudain « la Défense »… Défense de faire demi-tour, il a atteint le point de non-retour. Il descend, il commence à respirer plus facilement, l’espace est moins confiné. Il emprunte les escaliers plutôt que les escalators surchargés de gens qui s’épient du coin de l’œil. Le hall, puis l’air libre… enfin… mais de manière tellement fugitive puisqu’à peine sorti, il s’engouffre aussi vite dans le bâtiment argenté, glacé, exclusivement fonctionnel dans lequel il attendra que les heures s’égrènent… lentement… trop…
***
Le soir, même chemin… en sens inverse ! Une heure trente de trajet lorsqu’il a « de la chance », lorsque les transports en commun roulent normalement c’est-à-dire lorsque la grève ne rallonge pas encore (-in-utilement ?) cette fuite du temps ou lorsqu’un désespéré n’a pas craché sa détresse, et lui avec, sous le train assassin…
Entre les deux, une journée de « travail », journée durant laquelle il aura accompli les tâches demandées, suggérées, ordonnées, sachant pertinemment qu’il attend de pouvoir enfin voler de ses propres ailes, avant qu’on ne les lui coupe, ses ailes, définitivement. Journée dépourvue de sens ! Journée dépourvue de sens… A moins que… A moins que…
… Il finit par réussir à donner un sens à ces heures enfermées dans l’espace clos des « affaires » : tout simplement, tout naturellement, c’est un jour de moins qui le sépare d’Elle…
***
Il se réveille bien avant que ne retentisse la sonnerie ; il n’a jamais réussi à s’habituer aux bruits des autres locataires de l’immeuble. Il ne le souhaite pas d’ailleurs : il déteste cette promiscuité forcée occasionnée par la minceur des cloisons. La stridente sirène se déclenche, l’affreux réveille-matin électronique déchire irrémédiablement le voile des songes encore nébuleux, à demi conscients, sirène se rappelant à lui avant de se taire jusqu’au lendemain, même heure, même endroit, même accueil.
Ensuite tout s’enchaîne… Vite… Il se lève, l’esprit embrumé et les yeux encore éblouis par le rêve du petit matin. Il prend son nécessaire de toilette et descend au sous-sol, là où l’attend l’eau régénératrice de la douche. Il se laisse alors aller sous le jet réconfortant à de tendres pensées qui l’emmènent vers Elle et tente de prolonger au maximum ce moment exquis. Il se rase et décide, comme chaque jour, de ne pas prendre de petit-déjeuner. Il se brosse les dents. Vite… Course… Il est déjà –toujours !- en retard. De retour dans sa chambre, il se presse à regret, il sait pertinemment qu’il ne peut se permettre de traîner davantage mais il n’a aucune envie de se lancer à l’assaut de ce que pudiquement l’on nomme « le monde ». Quel monde ? Pas celui dans lequel il souhaite évoluer en tout cas ! Et puis il se dit que finalement il attrapera le bus suivant. Quinze minutes de « répit ». Quinze minutes avant de côtoyer les fourmis besogneuses se hâtant toutes vers leur « pain quotidien ». Il choisit sa cravate : aucune difficulté, il ne lui en reste qu’une seule depuis qu’il a oublié la seconde chez Elle !
Il est l’heure de partir, à contrecœur (il L’aimerait tellement, là, tout contre son cœur !), comme tous les jours… Et comme tous les jours ici, ou presque, il pleut. Pleurs de la nature à la vue de tous ces gens qui s’affairent, courent, se dépêchent en oubliant peut-être, sans doute, forcément, inévitablement, irrémédiablement l’essentiel… Le bus arrive, débordant déjà d’une masse hétéroclite de pantins articulés, vomissant à intervalles irréguliers un nombre variable d’individus tandis que d’autres s’échinent à y grimper. La gare est vite atteinte ; la cohue commence aux engins dans lesquels, à l’instar des autres, il doit introduire le ticket qui lui permettra de faire fonctionner le tourniquet à trois bras, sésame de la miraculeuse porte du « monde du travail »…
7h56. Le train. Il en gravit les marches maintes fois écrasées dans un sens ou dans l’autre. Il ferme les yeux pour se soulager de la vision chaque jour plus insupportable de ses pairs… Le train s’enfuit à toute vitesse vers Juvisy puis file directement à la station Mitterrand. Le voici dans le métro automatique : mêmes visages impersonnels. Arrêt sec. Gare de Lyon. RER A. Dedans, les parfums bon marché tentent vainement de masquer les odeurs de café refroidi, de sueur surannée, de cuir usagé des mallettes mille fois trimballées. Bousculade. Une habituée parle à une autre habituée du temps décidément pourri depuis des semaines. Quelle chance ce ciel qui n’en finit pas de pleurer : il fournit aisément un sujet de conversation. C’est ça le « contact humain »… étouffé dans la cohue. Et lui ? Lui, il se souvient si bien de la nuance de ses yeux lorsqu’elle l’avait accompagné sur le quai la semaine précédente. Il se rappelle parfaitement le pli maladroit de sa robe, cassant la netteté de la ligne. Il revoit les boucles d’oreilles en forme de lune, croissants de vie vers lui tendus…
Le train s’est arrêté net ou presque. Sursaut. Le train repart : stations Châtelet… Auber… Charles de Gaulle-Etoile et soudain « la Défense »… Défense de faire demi-tour, il a atteint le point de non-retour. Il descend, il commence à respirer plus facilement, l’espace est moins confiné. Il emprunte les escaliers plutôt que les escalators surchargés de gens qui s’épient du coin de l’œil. Le hall, puis l’air libre… enfin… mais de manière tellement fugitive puisqu’à peine sorti, il s’engouffre aussi vite dans le bâtiment argenté, glacé, exclusivement fonctionnel dans lequel il attendra que les heures s’égrènent… lentement… trop…
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Le soir, même chemin… en sens inverse ! Une heure trente de trajet lorsqu’il a « de la chance », lorsque les transports en commun roulent normalement c’est-à-dire lorsque la grève ne rallonge pas encore (-in-utilement ?) cette fuite du temps ou lorsqu’un désespéré n’a pas craché sa détresse, et lui avec, sous le train assassin…
Entre les deux, une journée de « travail », journée durant laquelle il aura accompli les tâches demandées, suggérées, ordonnées, sachant pertinemment qu’il attend de pouvoir enfin voler de ses propres ailes, avant qu’on ne les lui coupe, ses ailes, définitivement. Journée dépourvue de sens ! Journée dépourvue de sens… A moins que… A moins que…
… Il finit par réussir à donner un sens à ces heures enfermées dans l’espace clos des « affaires » : tout simplement, tout naturellement, c’est un jour de moins qui le sépare d’Elle…
Je rajoute un petit mot pour me présenter puisque je viens tout juste de découvrir ce site (d'emblée mis dans mes "favoris") : bientôt 39 ans, je vis en Belgique (région de Mons) et suis prof de français...
...c’est un jour de moins qui le sépare d’Elle…
Ouf ! heureusement qu'il y a cette dernière phrase ! Depuis le début, je me demande s'il la reverra, si c'est une rupture qui occasionne son spleen si tangible ou s'il l'a perdue d'une autre façon plus ou moins dramatique. J'ai eu ce soulagement d'imaginer que ce terne début de journée si bien rendu se poursuivrait sous peu par des retrouvailles sans doute exceptionnelles ! Merci de ce morceau de vie et, comme on dit dans les réunions Tupperware quand une nouvelle est là : "bienvenue Paikanne !".
Je ne suis pas depuis très longtemps non plus adepte de ce site mais je m'y trouve maintenant très à mon aise après des débuts un peu délicats.
Ecris-tu depuis longtemps ?
As-tu djà publié ?
Tu connais donc les haïkus ??? J'ai vu ta participation sur le forum d'à côté...
Bon, ce soir, c'est un peu désert ! Je pense que le prologue du Tour de France et Wimbledon doivent y être pour quelque chose !
Bonne soirée !
Mo
J'écris depuis longtemps (je devais avoir 8 ans quand j'ai écrit mes premiers "poèmes") mais très très irrégulièrement... Je dirais que c'est surtout quand ça va très mal ou très bien ou qu'une "occasion" se présente (un atelier d'écriture par ex...). Quant aux haïkus, je termine souvent mon "parcours" sur la poésie avec mes élèves en leur demandant d'en créer...
Je ne reviendrais pas sur le fond puisqu’il est là, mais sur la forme. J’aime la cadence du « il », dés le départ, je me dis, ça sonne juste, comme la réponse à Elle, mais pourquoi l’abandonner à mi-parcours ? Hein ???
Bienvenue Paikanne ;-)
Bienvenue Paikanne ;-)
Yali, je ne vais pas répondre à la place de l'auteure, mais où le 'il" est-il abandonné pour toi ? Moins fréquent, oui, mais "il" est là jusqu'au bout.
"Il" est la cadence. les mains frappant la peau du tambour "Elle"…
Yali, je ne vais pas répondre à la place de l'auteure, mais où le 'il" est-il abandonné pour toi ? Moins fréquent, oui, mais "il" est là jusqu'au bout.
Merci Mo pour avoir employé "auteure" plutôt que "auteuse" comme la dernière fois, c'est un mot que je ne comprends pas bien : "auteuse".
Il serait intéressant d'en parler.
Mais au fait, elle en pense quoi l’auteure de nos textes à nous ?
ok, Yali, ok, je te laisse chalouper, tanguer, rouler, mais ne coule pas, laisse répondre le capitaine...
Mais au fait, elle en pense quoi l’auteure de nos textes à nous ?
L'auteur a uniquement posté le texte ci-dessus en ajoutant : "Je rajoute un petit mot pour me présenter puisque je viens tout juste de découvrir ce site (d'emblée mis dans mes "favoris") : bientôt 39 ans, je vis en Belgique (région de Mons) et suis prof de français...".
Quelques haïkus très réussis aussi d'ailleurs... Donc, on attend...
Beau texte, qui remplit bien son volume. Je veux dire adapté à ce format court. Moi ce sont les adverbes, l'abondance des adverbes qui m'a marqué. Je ne retourne pas voir, ni compter mais je sais que je m'en suis fait la réflexion. Monique et Yali doivent être heureux de voir un nouveau membre aux écrits, eux qui ont beaucoup donné pour que cette rubrique vive!
Evidemment aussi, bienvenue Paikanne!
Enfin, simple constatation qui découle de ce que j'ai lu ; qu'est ce que je suis heureux d'avoir quitté la région parisienne il y a 10 ans!
L'enfer décrit (car c'en est un) je peux le frôler lors de quelques passages furtifs pour le boulot.
Evidemment aussi, bienvenue Paikanne!
Enfin, simple constatation qui découle de ce que j'ai lu ; qu'est ce que je suis heureux d'avoir quitté la région parisienne il y a 10 ans!
L'enfer décrit (car c'en est un) je peux le frôler lors de quelques passages furtifs pour le boulot.
Mais au fait, elle en pense quoi l’auteure de nos textes à nous ?
L'auteure (première fois que j'emploie ce mot...), elle commence seulement à découvrir et prend son temps... Cela dit, j'apprécie beaucoup les inspirations, les styles, les genres différents...
A vous lire sur l'absence ou la présence du "il", ça m'a fait sourire parce que j'avais l'impression de retrouver les commentaires faits en classe à propos de tel ou tel texte (quand les élèves demandent si l'auteur voulu faire ceci ou cela...) ; or, en l'occurrence, je dois bien avouer que je ne m'étais même pas posé de questions à ce propos...
L'enfer décrit (car c'en est un) je peux le frôler lors de quelques passages furtifs pour le boulot.
Pour la petite histoire : c'est "l'enfer" vécu encore aujourd'hui par mon compagnon (Nantais exilé au Plat Pays qui travaille la semaine à Paris -c'est ça l'Europe...-) ; il avait écrit ce que l'on pourrait appeler un canevas de ce texte et je l'ai "retravaillé"...
Merci Mo pour avoir employé "auteure" plutôt que "auteuse" comme la dernière fois, c'est un mot que je ne comprends pas bien : "auteuse". Il serait intéressant d'en parler.
Parlons-en dans le fuseau du capitaine...
le fuseau du capitaine ???
le fuseau ad hoc...
ouais, ben, bravo. Moi ça m'épate, sans savoir vraiment dire pourquoi ça me plait. Arriver à mettre par écrit, de façon tangible des sentiments, des impressions, donc de l'immatériel. Faire partager en arrivant à mettre des mots jetés comme des passerelles entre celui qui écrit et celui qui lit. Je me sens tout petit.
vivre une histoire, un bout d'existence, la partager avec les protagonistes... C'est génial
vivre une histoire, un bout d'existence, la partager avec les protagonistes... C'est génial
cf "Dix ans, Vos Ecrits ...2004, le démarrage"
Paikanne, qui a participé au démarrage et disparut avant la fin 2004 ... Un symbole du "turn-over" de Vos Ecrits.
Paikanne, qui a participé au démarrage et disparut avant la fin 2004 ... Un symbole du "turn-over" de Vos Ecrits.
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