Saint Jean-Baptiste 25/10/2004 @ 23:11:18
LE CANCRE

Jacques Prévert


merci SJB, je n'avais pas ose le mettre....


Et pourquoi donc ?

Saint Jean-Baptiste 25/10/2004 @ 23:15:49
Marquise, si mon visage
A quelques traits un peu vieux
Souvenez-vous qu'à mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux.
Le temps aux plus belles choses
se plaît à faire un affront,
Et saura faner vos roses
Comme il a ridé mon front.
Le même cours des planètes
règle nos jours et nos nuits :
On m'a vu ce que vous êtes
Vous serez ce que je suis.
Peut-être que je serai vieille
Répond Marquise cependant
J'ai vingt six ans mon vieux Corneille
Et je t'emmerde en attendant.
De Corneille (arrangé par je ne sais plus qui ?)

Sido

avatar 26/10/2004 @ 08:25:50
IL FAUT FAIRE SIGNE AU MACHINISTE

la dame attendait l'autobus
le monsieur attendait l'autobus
passe un chien noir qui boitait
la dame regarde le chien
le monsieur regarde le chien
et pendant ce temps-là l'autobus passa

Raymond Queneau
Courir les rues

Tistou 26/10/2004 @ 09:27:22
Alors que ma sensibilité poétique va plutôt vers la mouvance Baudelaire_Verlaine_Rimbaud (séquelle de l'enseignement des années lycée, mais il y a de pires maîtres!) bizaremment ma référence absolue en matière de poésie reste ce passage du Lac de Lamartine (déja cité par Ghislaine) :

Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

J'y suis totalement, je le ressens profondément, je le vois, le devine, l'entend sons étouffés au loin, ... Pourquoi?

Saint Jean-Baptiste 26/10/2004 @ 11:21:11
Tistou, c'est parce que tu es un grand romantique devant l'éternel ;-)
Mais je partage ton avis, pour moi aussi ce poème est le sommet de l'art, tant pour le fond que pour la forme.

Saint Jean-Baptiste 26/10/2004 @ 11:27:18
Ah ce Raymond Queneau ! Un grand Maître en son genre !
Pour ceux qui veulent en savoir plus, je recommanderai "Un rude Hiver". Ce petit roman est un joyau des lettres françaises. (roman dûment critiqué sue ce site)

Saint Jean-Baptiste 26/10/2004 @ 11:31:55
COMME HIER
Hé ! donn' moi ta bouche, hé ! ma jolie fraise !
L'aube a mis des frais's plein notr' horizon.
Garde tes dindons, moi mes porcs, Thérèse.
Ne r'pouss' pas du pied mes p'tits cochons.
Va, comme hier ! comme hier ! comme hier !
si tu ne m'aimes point, c'est moi qui t'aim'rons.
L'un tient le couteau, l'autre la cuiller:
la vie, c'est toujours les mêmes chansons.

Pour sauter l'gros sourceau de pierre en pierre,
comme tous les jours mes bras t'enlèveront.
Nos dindes, nos truies nous suivront légères.
Ne r'pousse pas du pied mes p'tits cochons.
Va, comme hier ! comme hier ! comme hier !
si tu ne m'aimes point, c'est moi qui t'aim'rons.
L'un tient le couteau, l'autre la cuiller:
la vie, c'est toujours les mêmes chansons.

J'ai tant de respect pour ton coeur, Thérèse,
et pour tes dindons, quand nous nous aimons.
Quand nous nous fâchons, hé ! ma jolie fraise,
ne r'pouss' pas du pied mes p'tits cochons.
Va, comme hier ! comme hier ! comme hier !
si tu ne m'aimes point, c'est moi qui t'aim'rons.
L'un tient le couteau, l'autre la cuiller:
la vie, c'est toujours les mêmes chansons.

Pour sauter l'gros sourceau de pierre en pierre,
comme tous les jours mes bras t'enlèveront.
Nos dindes, nos truies nous suivront légères.
Ne r'pousse pas du pied mes p'tits cochons.
Va, comme hier ! comme hier ! comme hier !
si tu ne m'aimes point, c'est moi qui t'aim'rons.
L'un tient le couteau, l'autre la cuiller:
la vie, c'est toujours les mêmes chansons.

J'ai tant de respect pour ton coeur, Thérèse,
et pour tes dindons, quand nous nous aimons.
Quand nous nous fâchons, hé ! ma jolie fraise,
ne r'pouss' pas du pied mes p'tits cochons.
Va, comme hier ! comme hier ! comme hier !
si tu ne m'aimes point, c'est moi qui t'aim'rons.
L'un tient le couteau, l'autre la cuiller:
la vie, c'est toujours les mêmes chansons.

Paul Fort (Prince des Poètes).

Sido

avatar 26/10/2004 @ 12:26:41
Merci SJB, et encore pour toi un peu de soleil queneautien

FORME DE LA FERME

la vache vêle un veau velu
le boeuf boit à l'abreuvoir
la poule picore
le chat cherche à se hucher
en haut du bûcher
le cheval et sa charrette
charroient des sacs de son
l'ouvrier agricole sur sa motocyclette
soulève un peu de pôussière
le chien aboie
le fumier fume
le fermier fume
la ferme est de forme
parallélépipédique
la cheminée cylindrique
et l'arrière de la ménagère
sphérique

Karl glogauer 26/10/2004 @ 12:59:55
LE CANCRE

Jacques Prévert


merci SJB, je n'avais pas ose le mettre....


Et pourquoi donc ?


les reactions ont toujours ete dubitatives, pour ne pas dire sarcastiques...
j'aime bcp le corneille que tu cites ensuite.

Saint Jean-Baptiste 26/10/2004 @ 21:19:40
Oui, c'est très bon. Je ne sais plus de qui sont les quatre derniers vers, mais c'est ça qui fait tout le charme du poème, parce qu'en fait de goujaterie, ce vieux Corneille, on ne pouvait pas faire mieux.

Saint Jean-Baptiste 26/10/2004 @ 21:32:12
Merci, Sido maintenant c'est à mon tour de t'envoyer un poème.
Mais il est de moi ! Alors attention, hein ! ;-)
C'est une élucubration !
Je dois l'envoyer sur "vos écrits", ce sera moins intime mais tant pis ;-)

Saint Jean-Baptiste 01/11/2004 @ 17:01:24
(Un poème bien de saison)


PENSEE DES MORTS
Voila les feuilles sans sève
qui tombent sur le gazon
voila le vent qui s'élève
et gémit dans le vallon
voila l'errante hirondelle
qui rase du bout de l'aile
l'eau dormante des marais
voila l'enfant des chaumières
qui glane sur les bruyères
le bois tombé des forêts
**
C'est la saison ou tout tombe
aux coups redoublés des vents
un vent qui vient de la tombe
moissonne aussi les vivants
ils tombent alors par mille
comme la plume inutile
que l'aigle abandonne aux airs
lorsque des plumes nouvelles
viennent réchauffer ses ailes
à l'approche des hivers
**
C'est alors que ma paupière
vous vit pâlir et mourir
tendres fruits qu'à la lumière
Dieu n'a pas laisse mûrir
quoique jeune sur la terre
je suis déjà solitaire
parmi ceux de ma saison
et quand je dis en moi-même
"ou sont ceux que ton coeur aime?"
je regarde le gazon
**
C'est un ami de l'enfance
qu'aux jours sombres du malheur
nous prêta la providence
pour appuyer notre coeur
il n'est plus : notre âme est veuve
il nous suit dans notre épreuve
et nous dit avec pitié
"Ami si ton âme et pleine
de ta joie ou de ta peine
qui portera la moitié?"
**
C'est une jeune fiancée
qui, le front ceint du bandeau
n'emporta qu'une pensée
de sa jeunesse au tombeau
Triste, hélas ! dans le ciel même
pour revoir celui qu'elle aime
elle revient sur ses pas
et lui dit : "ma tombe est verte!
sur cette terre déserte
qu'attends-tu? je n'y suis pas!"
**
C'est l'ombre pâle d'un père
qui mourut en nous nommant
c'est une soeur, c'est un frère
qui nous devance un moment
tous ceux enfin dont la vie
un jour ou l'autre ravie,
emportent une part de nous
et murmurent sous la pierre
"vous qui voyez la lumière
de nous, vous souvenez-vous?"
**
Voila les feuilles sans sève
qui tombent sur le gazon
voila le vent qui s'élève
et gémit dans le vallon
voila l'errante hirondelle
qui rase du bout de l'aile
l'eau dormante des marais
voila l'enfant des chaumières
qui glane sur les bruyères
le bois tombé des forêts
******


(Alphonse de LAMARTINE)

Sahkti
avatar 01/11/2004 @ 17:08:27
Je ne sais pas Lislei comment sera la mort
comment je passerai là-bas dessous les planches
avec ce corps de rire sur le satin muet
je ne sais pas Lislei si je pourrai dormir
ou si l'éternité nous offrira ses fêtes et ses supplices.

Ils sont silencieux les en-allés même les plus bavards
ils dodelinent comme un sable tassé
quand les chevaux s'en vont étonnés de plumets
dans l'étrange carrière où les trous sont comblés
par ces bagages vains que sont aux survivants
les bien-aimés d'hier.

Je ne sais pas Lislei ils ne nous diront rien
ils ne reviendront pas
nous irons voir Lislei dans l'apparat grotesque
au son des bêches et des jurons et des cordes aussi
et de l'eau qui sommeille avec les morts
sous les maisons tranquilles et les jonchées de fleurs.

Alain Borne, Poèmes à Lislei, Editions Seghers, 1945.

Fee carabine 03/11/2004 @ 03:14:12
C'est la lumière, bleue, ou très pâle, ou vive. C'est le chant d'un oiseau, un bruit de rue. C'est la sonnerie d'un réveil, rarement un coq, simplement assez de sommeil. C'est le matin. La merveille de la vie comme l'eau souterraine qui a tracé son chemin dans le mur plein de la nuit. Mes lèvres cherchent tes seins, leur chaleur, leur douceur d'avant qu'on donne un nom au soleil, une forme à la lune. La lumière t'ouvre les yeux. La main trouve la main. Juste un geste et le monde peut commencer.
Et plus tard, on réapprend à parler, à marcher. On façonne des objets, on ouvre des dossiers, on porte des enfants à hauteur des fenêtres. Sable et eau, verre et cristal. on fait des rires, parfois quelques grimaces. Et vite on va, ou lentement, vers le quai du soir où accoste la nuit et l'on s'y glisse. Corps accordés. La vie est un quart de seconde qui n'en finit pas de durer.

Francis Dannemark, La longue course

Saint Jean-Baptiste 06/11/2004 @ 18:46:01
Voilà un poème bien de saison.
Attention ! Interdit aux tempéraments dépressifs !


CHANSON D'AUTOMNE

Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon cœur
D'une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure.

Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà delà
Pareil à la
Feuille morte.

(Paul Verlaine)

Sido

avatar 07/11/2004 @ 18:49:45
Essayons de trouver l'antidote.

Saint Jean-Baptiste 07/11/2004 @ 22:59:30
Essayons de trouver l'antidote.


Allez, c'est à toi Sido :
-l'antidote-l'antidote-l'antidote...

Dirlandaise

avatar 08/11/2004 @ 00:05:09
FIVE O'CLOCK

Comme Liszt se dit triste au piano voisin !
.............................................

Le givre a ciselé de fins vases fantasques,
Bijoux d'orfèvrerie, orgueils de Cellini,
Aux vitres du boudoir dont l'embrouillamini
Désespère nos yeux de ses folles bourrasques.

Comme Haydn est triste au piano voisin !
.............................................

Ne sors pas ! Voudrais-tu défier les bourrasques
, Battre les trottoirs froids par l'embrouillamini
D'hiver ? Reste. J'aurai tes ors de Cellini,
Tes chers doigts constellés de leurs bagues fantasques.

Comme Mozart est triste au piano voisin !
.............................................

Le Five o'clock expire en mol ut crescendo.
- Ah ! qu'as-tu ? tes chers cils s'amalgament de perles.
- C'est que je vois mourir le jeune espoir des merles
Sur l'immobilité glaciale des jets d'eau.

..............sol, la, si, do.
· Gretchen, verse le thé aux tasses de Yeddo


NOËL DE VIEIL ARTISTE

La bise geint, la porte bat,
Un Ange emporte sa capture.
Noël, sur la pauvre toiture,
Comme un De Profundis, s'abat.

L'artiste est mort en plein combat,
Les yeux rivés à sa sculpture.
La bise geint, la porte bat,
Un Ange emporte sa capture.

Ô Paradis ! puisqu'il tomba,
Tu pris pitié de sa torture.
Qu'il dorme en bonne couverture,
Il eut si froid sur son grabat !

La bise geint, la porte bat...


BERCEUSE


Quelqu'un pleure dans le silence
Morne des nuits d'avril ;
Quelqu'un pleure la somnolence
Longue de son exil.
Quelqu'un pleure sa douleur
Et c'est mon coeur...



LES BALSAMINES

En un fauteuil sculpté de son salon ducal,
La noble Viennoise, en gaze violette,
De ses doigts ivoirins pieusement feuillette
Le vélin s'élimant d'un missel monacal.

Et sa mémoire évoque, en rêve musical,
Ce pauvre guitariste aux yeux où se reflète
Le pur amour de l'art, qui, près de sa tablette,
Venait causer, humant des fleurs dans un bocal.

La lampe au soir vacille et le vieux Saxe sonne ;
Son livre d'heures épars, Madame qui frisonne
Regagne le grand lit d'argent digne des rois.

Des pleurs mouillent ses cils... Au fier blason des portes
Quand l'aube eut reflambé, sur le tapis hongrois
Le missel révélait des balsamines mortes...

Émile Nelligan

Sido

avatar 11/11/2004 @ 14:28:42
Extrait de MERE COURAGE ET SES ENFANTS
B. Brecht

Eh ! capitaines, laissez les tambours
Et laissez donc souffler votre piétaille :
Mère Courage a des chaussures pour
Que le pied à l'aise marchent vos ouailles
Avec leur vermine et leurs animaux,
Harnachement et canons et racaille -
C'est des bonnes chaussures qu'il leur faut
Si vous les envoyez à la bataille.

Le printemps vient. Debout, chrétiens !
La neige fond. Dorment les morts.
Et ce qui n'est pas mort encore
Maintenant part à fond de train.

Eh ! capitaines, vos gens n'iront point
Pour votre compte à la mort sans saucisses.
Laissez d'abord Courage avec son vin
Faire que de corps et d'âme ils guérissent.
Capitaines, vraiment, ce n'est pas sain
Quand le canon frappe l'estomac vide.
Mais s'ils sont rassasiés, vos fantassins,
je vous bénis. Vers l'enfer qu'on les guide.

Le printemps vient. Debout Chrétien !
La neige fond. Dorment les morts.
Et ce qui n'est pas mort encore
Maintenant part à fond de train.


"Mais la guerre ne se présente pas si mal. Jusqu'à ce que tous les pays s'y mettent, elle peut durer quatre ou cinq ans comme un rien. Un peu de nez et pas d'imprudence, et je fais e bonnes affaires."
Mère courage ou comment vivre de la guerre sans trop y participer.

L'action se passe pendant le guerre de Trente ans, mais on peut la transposer pendant n'importe quel conflit.

Saint Jean-Baptiste 11/11/2004 @ 14:45:53
Hé oui !
Et nous sommes bien le 11 novembre, n'oublions pas !

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