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Laventuriere
(Je lis...)
15 juillet 2010 @ 06:12
De profundis clamavi

J'implore ta pitié, Toi, l'unique que j'aime,
Du fond du gouffre obscur où mon coeur est tombé.
C'est un univers morne à l'horizon plombé,
Où nagent dans la nuit l'horreur et le blasphème ;

Un soleil sans chaleur plane au-dessus six mois,
Et les six autres mois la nuit couvre la terre ;
C'est un pays plus nu que la terre polaire ;
- Ni bêtes, ni ruisseaux, ni verdure, ni bois !

Or il n'est pas d'horreur au monde qui surpasse
La froide cruauté de ce soleil de glace
Et cette immense nuit semblable au vieux Chaos ;

Je jalouse le sort des plus vils animaux
Qui peuvent se plonger dans un sommeil stupide.
Tant l'écheveau du temps lentement se dévide !

Charles Baudelaire


..Merci,Mich,pour ce poème.....
Alma

16 juillet 2010 @ 15:40
Maintenant que la jeunesse ....

Maintenant que la jeunesse
s'éteint au carreau bleui
Maintenant que la jeunesse
machinale m'a trahi

Maintenant que la jeunesse
tu t'en souviens souviens-t-en
Maintenant que la jeunesse
chante à d'autres le printemps

Maintenant que la jeunesse
n'est plus ici n'est plus là
Maintenant que la jeunesse
suit un nuage étranger

Maintenant que la jeunesse
a fui , voleur généreux
me laissant mon droit d'aînesse
et l'argent de mes cheveux
Il fait beau a n'y pas croire
Il fait beau comme jamais

Quel temps quel temps sans mémoire
on ne sait plus comment voir
ni se lever ni s'asseoir
Il fait beau comme jamais

C'est un temps contre nature
comme le ciel des peintures
comme l'oubli des tortures
Il fait beau comme jamais

Frais comme l'eau sous la rame
un temps fort comme une femme
un temps à damner son âme
Il fait beau comme jamais

Un temps à rire et à courir
un temps à ne pas mourir
un temps à craindre le pire
Il fait beau comme jamais.

Louis ARAGON
Saint Jean-Baptiste
17 juillet 2010 @ 22:33
Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites !
Tout peut sortir d'un mot qu'en passant vous perdîtes ;
TOUT, la haine et le deuil !
Et ne m'objectez pas que vos amis sont sûrs
Et que vous parlez bas.
Ecoutez bien ceci :
Tête-à-tête, en pantoufle,
Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,
Vous dites à l'oreille du plus mystérieux
De vos amis de cœur ou si vous aimez mieux,
Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,
Dans le fond d'une cave à trente pieds sous terre,
Un mot désagréable à quelque individu.

Ce mot — que vous croyez qu’on n'a pas entendu,
Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre —
Court à peine lâché, part, bondit, sort de l'ombre ;
Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin ;
Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,
De bons souliers ferrés, un passeport en règle ;
Au besoin, il prendrait des ailes, comme l'aigle !
Il vous échappe, il fuit, rien ne l'arrêtera ;
Il suit le quai, franchit la place, et cætera
Passe l'eau sans bateau dans la saison des crues,
Et va, tout à travers un dédale de rues,
Droit chez le citoyen dont vous avez parlé.
Il sait le numéro, l'étage ; il a la clé,
Il monte l'escalier, ouvre la porte, passe, entre, arrive
Et railleur, regardant l'homme en face il lui dit :
"Me voilà ! Je sors de la bouche d'un tel."
Et c'est fait. Vous avez un ennemi mortel.

(Victor Hugo)

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