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Forums  :  Vos écrits  :  Les bas sons.

Pierrot
avatar 15/08/2021 @ 11:42:52
Seul impassible, il jouait de son instrument à vents, malgré un cor aux pieds, alors que retentissait la septième trompette de l’apocalypse. Et que de toutes part, nombre de survivants ne chantaient plus, au son des pipeaux des dominants, mais déambulaient dans la rue, semblables à des morts-vivants.
Ainsi l’ère du glas avait sonné, sans qu’on puisse entendre au loin le moindre son de cloche, émit par croyant sonné, vaincu par le bourdon. La canicule, les virus, les séismes, la sécheresse, et la poussière avait coupé le sifflet de tous…
Partout régnait désolation, résignation et misère, seul, oui seul ce pauvre diable sans tambour ni trompette, continuait à jouer son petit air de musique. Il était là, appuyé contre une paroi de béton, torse nu, le pantalon en accordéon, usant de sa flûte de pan, tout en songeant peut-être, aux condors qui volaient sans louis.
Tandis quand bas, des rats sans doute en chaleur, s’accouplaient et donc, en se multipliant devenaient dés lors, la race dominante sur terre. Ils poursuivaient sans relâche les bipèdes les plus faibles, les harcelant pour les mordre. On ne comptait plus ces humains qui succombaient là, au bord d’un caniveau, ou ici, dans une rigole sans joie. Les plus vaillants apprirent à se terrer, se refugier dans les décombres d’immeubles effondrés. Mais les rongeurs arrivaient toujours à les débusquer, par la pestilence d’un Maur, mort.
Seul, notre étranger indifférent au chaos qui régnait, semblait être épargné par les rayons de Râ, la contagion et les rongeurs ; puisqu’il continuait à se distraire semble t-il en soufflant, dans le bon tuyau afin d’éviter la fausse note, hélas inaudibles aux mortels.
Plus question pour les arrogants, de jouir de la vie, de prendre leurs pieds, dans un lupanar, de faire la queue devant une maison close aux chastes, de parties fines, de jambes en l’air, en montant au septième ciel, ou ce genre d’échanges pour le moins graveleux sous la couette.
« Dis, tu la veux mon ange ?»
« Oh oui, oh oui, oui, oui, Fred mets là… ».
Puisque même la bandaison était tombée en quenouille.

Ainsi seul, ce diable de trouvère dans son capharnaüm à ciel ouvert, ce no man’s land aux corps entr'ouverts, arrivait hélico, encore à chanter ceci…

C’est un trou d’ordure ou chante la misère
Accrochant follement aux herbes des haillons
De gens ; nus au soleil qui castagne et macère
Des chairs sans rival, et jouit des ses rayons.

Cyclo
avatar 16/08/2021 @ 21:37:46
pas mal et plutôt amusant, se terminant par ce pastiche de Rimbaud. Faut-il voir dans l'ensemble une allusion à nos temps incertains ?

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