Shelton
avatar 13/09/2021 @ 18:46:59
Mercredi 8 septembre

L’été c’est fait pour lire et aussi, surtout dans les dernières semaines de l’été, et aller visiter les salons du livre de la rentrée littéraire, Nancy et Besançon en tout premier lieu, bien sûr. Alors, me direz-vous, point la peine d’aller se perdre dans la foule des festivals et salons littéraires pour trouver de quoi lire et c’est vrai. Mais, car il y a bien un mais, c’est quand même une des meilleures occasions de découvrir de nouveaux livres, auteurs et éditeurs, de rencontrer des romanciers et d’échanger avec eux, d’entendre d’autres lecteurs nous donner leurs points de vue et écouter quelques journalistes et critiques développer leurs regards sur les romans les plus en vue du moment… Bref, ces lieux de foisonnements livresques ne sont pas seulement grands marchés du livre mais bien une aide au choix pour nos prochaines lectures…

Pendant de longs mois, on nous a privés de ces évènements sans aucune précaution. Pire, on est même allé jusqu’à fermer les librairies… Summum de l’absurde, on a déployé des rubans blancs et rouges pour nous interdire formellement d’accéder aux rayons livres de supermarchés… On avait le droit d’acheter de la malbouffe en quantité mais pas les livres si bons puissent-ils être ! Alors, maintenant que tout semble revenir à la normale, il était bien temps de se remettre à arpenter les allées des salons du livre en commençant par le « Livre sur la place de Nancy » que l’on présente comme le premier salon littéraire de la rentrée, comme l’un des plus grands évènements du livre de l’année, bref qui est le grand rendez-vous des lecteurs… et j’y vais depuis si longtemps que je peux presque m’y déplacer les yeux fermés, enfin cette année ce sera surtout masqué !

Le masque (et la plume, petite plaisanterie entre nous) a passablement perturbé les rencontres, reconnaissons-le. Car dans ces lieux dits du livre, les lecteurs connaissent les auteurs et ils se rencontrent d’année en année… Ce sont de véritables rendez-vous, rituels dirait Saint-Exupéry, qui façonnent une forme d’amitié particulière. Certains lecteurs suivent des auteurs depuis parfois plus de quinze ans, ils ont tout lu et attendent avec impatience la nouveauté de l’année… Mais là, avouons que la reconnaissance faciale a été défaillante et que parfois le début des discussions avait quelque chose de surréaliste… Et je vous le dédicace à quel nom ? Ah, c’est vous, je ne vous avais pas reconnu…

Enfin, dernier aspect de ce salon avant de parler livres, il semblerait que tous les lecteurs ne soient pas encore revenus au rendez-vous. Certes, il y eut du monde – surtout le samedi après-midi – à Nancy mais le filtrage « pass sanitaire » et la peur de croiser entre deux romanciers un virus abandonné ont certainement limité l’afflux populaire. On peut remarquer aussi que la presse quotidienne régionale n’a pas été entièrement à la hauteur, au moins si on regarde le nombre de pages consacrées à l’évènement et la nature même des articles… Moins sur les livres et les auteurs et plus sur le côté « célébrités »… En même temps, les journalistes sont de moins en moins nombreux dans ces journaux, lisent de moins en moins et il n’y a plus de critiques… Tout se perd ou presque !

Côté des auteurs, une véritable joie était palpable, le bonheur de se retrouver, de quitter sa solitude, de retrouver ses amis, ses copains, ses lecteurs… Pour beaucoup, il s’agissait bien du premier salon – certains avaient déjà participé à des séances de dédicaces – depuis février 2020 et ils étaient presque en état de manque !

Une fois de plus Nancy s’est illustrée par la présence des principaux romanciers et auteurs de la rentrée… Je ne peux pas tous les citer car c’est impossible ni prétendre les avoir tous lus, autre mission impossible ! Ce qui compte c’est d’en avoir lu quelques uns, d’avoir eu des coups de cœur et maintenant de prendre le temps de les partager avec vous pour vous donner envie de les lire…

Alors, puisque l’été c’est fait pour lire, bonne lecture à toutes et à tous et à très vite pour quelques belles découvertes !

Shelton
avatar 15/09/2021 @ 09:12:46
Jeudi 9 septembre

L’été c’est fait pour lire et depuis quelques jours je vous parle du salon « Le livre sur la place » de Nancy, premier grand salon de la rentrée littéraire sans vous parler d’un seul de ces romans de la dite rentrée… Il va quand même être temps de remédier à cela !

Seulement, avant d’ouvrir ensemble un de ces romans, il faut quand même que je dise pourquoi je suis assez réticent vis-à-vis de cette avalanche de romans dans les librairies dans un laps de temps très court. En effet, il fut un temps où je dévorais dès la mi-juillet une pile de romans qui n’arrêtait pas d’augmenter au fil du temps alors que j’en lisais quasiment un par jour… Puis, lorsque les sélections des grands prix littéraires étaient publiées, j’étais content de constater que j’en avais lu plus de la moitié… Enfin, quand le Médicis, le Renaudot ou le Goncourt étaient attribués, j’étais heureux si je les avais lus, mieux si j’avais déjà interviewé les lauréats…

Seulement, quelques années plus tard, je constate que ces romans n’ont pas laissé beaucoup de traces dans ma mémoire. Certains des romanciers en question m’ont marqué lors de nos rencontres mais ils ne sont pas si nombreux que cela… Enfin, les romans qui m’ont le plus plu, dont je me souviens le plus, voire que j’ai relus – et il y en a encore moins – n’ont jamais été distingués par des prix… et, pourtant, ils sont encore là, y compris dans ma bibliothèque ! Donc, je me méfie beaucoup de cet emballement médiatique autour des parutions de la rentrée…

Néanmoins, cette année, je voulais signaler un roman que j’ai aimé, « Là où la caravane passe » de Céline Laurens. Très difficile de vous en parler rapidement sans tomber dans des clichés qui ne vous aideraient pas à comprendre de quoi il s’agit… On pourrait dire – en tous cas c’est un peu comme cela que je perçois ce roman – qu’il s’agit d’une galerie de portraits, d’un ensemble d’anecdotes, qu’une personne nous livre lors d’un pèlerinage à Lourdes…

Mais, cette personne appartient aux groupes des Gitans, le pèlerinage est celui que les Gitans font chaque année au 15 août, les histoires ne sont pas nécessairement celles du pèlerinage en cours mais parfois datent de quelques années, enfin, cette année là, un personnage est venu bouleverser l’équilibre du clan, l’Etranger.

Si vous cherchez un documentaire sur Lourdes, Marie, les Gitans ou quelque autre sujet, passez votre chemin car il ne s’agit pas de cela ici. Il faut ouvrir ce texte comme quand on prend un roman pour se laisser dépayser, embarquer, fasciner… C’est le texte de l’oralité, on est dans le cercle des caravanes et quelqu’un nous raconte… Il était une fois…

J’ai beaucoup aimé me laisser prendre par ces personnages, sans me poser de questions, sans chercher à savoir plus que ce qu’il m’était donné d’entendre et ce voyage fut très agréable, tout simplement…

Le roman restera-t-il dans les mémoires, appartiendra-t-il à la grande histoire de la littérature ? Je ne sais pas et, en fait, cela n’a aucune espèce d’importance, car j’ai aimé le lire et je suis certain que j’y reviendrai car je n’ai pas envie, pour le moment, d’oublier Amos, Dora, Theresa et les autres… Ni l’Etranger, bien sûr !

J’ai rencontré la romancière, Céline Laurens, et j’aurai le plaisir de vous la faire entendre dans les rendez-vous littéraires de RCF en Bourgogne dans les prochaines semaines… Alors, puisque nous sommes encore en été, puisque l’été c’est fait pour lire, bonne lecture à tous et à très vite !

Shelton
avatar 16/09/2021 @ 08:04:12
Vendredi 10 septembre

L’été c’est fait pour lire et comme je le dis souvent, il en faut pour tous les goûts ! Quand j’étais beaucoup plus jeune, du genre lorsque j’étais adolescent, j’ai lu énormément le magazine Pilote et donc un certain nombre de séries BD m’ont accompagné comme « Blueberry », « Tanguy et Laverdure », « Barbe-Rouge »… Vous pourriez me dire qu’un soldat alcoolique et joueur (tricheur de surcroît), un pilote de l’Armée de l’air déjanté (Ernest Laverdure) et un pirate donnent une image assez négative et rebelle de la société ! Et c’est probablement pour cela que la revue Pilote fonctionnait bien (et je ne parle pas des histoires racontées par Gotlib, Reiser et Cabu).

Bref, c’est ainsi que je me suis pris d’une affection particulière pour les pilotes Tanguy et Laverdure, une passion aussi pour les bandes dessinées aéronautiques comme Buck Danny, Dan Cooper, Adler et, aujourd’hui, Team Rafale. Je reconnais que ces histoires sont souvent liées à la guerre, à la chose militaire, à la géostratégie… et que cela peut écarter certains publics. Soit ! Mais d’une façon générale, ce sont des séries avec deux spécificités, la troisième dimension et l’amitié dans l’aventure. On aime ou on n’aime pas, mais moi j’apprécie beaucoup…

Alors, bien sûr, ces séries sont marquées par leur époque et quand « Team Rafale » arrive on voit des femmes pilotes, les héroïnes partagent le devant de la scène avec les héros et c’est très bien ainsi. Tanguy, Laverdure, Danny étaient des célibataires, Tom Nolane, lui est divorcé et père d’une petite fille (qui grandit d’album en album). Il n’en demeure pas moins que les fondamentaux demeurent pour le plus grand plaisir des lecteurs des séries de ce genre.

Je parlais de cette grande amitié qui prend naissance dans la grande aventure (oui tout est grand dans ces séries) et le dernier album de la série Rafale, « Rafale contre Rafale », illustre parfaitement le sujet et vient clore un cycle, une histoire… On est face au porte-avions Charles de Gaulle qui est immobilisé suite à une première attaque terroriste et on sait qu’une deuxième partie du plan diabolique a pour objet de le détruire complètement. Pendant ce temps-là, un pilote de rafale a été capturé… Tom et ses amis ont donc une double mission, récupérer leur camarade pilote et sauver le porte-avions… Je sais cela fait beaucoup mais, rassurez-vous, ils sont quand même très forts !!! Frédéric Zumbiehl, le scénariste semble toujours pousser ses héros loin mais comme il est très bien informé sur ce milieu, on peut considérer que tout cela est assez crédible…

Dans cette série créée au dessin par Eric Loutte, reprise par Olivier Jolivet depuis quelques années, le dessin est à la fois précis, juste et conforme à la réalité sans pour autant faire oublier qu’il s’agit bien d’une bande dessinée, d’aventure et de fiction. Le lecteur navigue donc entre deux sentiments, un petit frisson en se disant que cela pourrait arriver et dépaysement total dans un univers qu’il ne connaitra jamais… Enfin, sauf si le jeune lecteur voulait devenir pilote de chasse !

Chaque album est complété par un dossier texte et photos sur les avions, les unités, le porte-avions… ce qui permet au lecteur néophyte de découvrir ce milieu et d’apprendre beaucoup sur cette aéronautique militaire que l’on voit de temps en temps à travers les informations mais sans jamais avoir tous les détails…

Treize volumes sont déjà sortis dans cette série qui est certainement une des meilleures du genre actuellement ! Certes, j’entends bien que c’est pour un lectorat spécifique mais comme il en faut pour tous les goûts et toutes les passions…

Alors, comme l’été c’est fait pour lire, bonne lecture à tous et à très bientôt !

Shelton
avatar 16/09/2021 @ 08:04:43
Samedi 11 septembre

L’été c’est fait pour lire et même si on arrive au bout de l’été, et donc de cette chronique radio et Internet estivale, je vous rassure, nous n’arrêterons pas de lire, je n’arrêterai pas de lire ni de vous proposer quelques idées de lecture… On a même le droit de commencer un livre en été et de le finir en automne… C’est ainsi, presque tout est permis quand il s’agit de lecture ! Nous allons donc aujourd’hui ouvrir le dossier Franck Thilliez, un auteur qui je l’avoue, ne fait pas partie de mes plus tendres amis mais comme il a inspiré des auteurs bédé, allons dans son univers…

Franck Thilliez est un écrivain de romans policiers et thrillers, scientifique de formation, qui a rencontré le succès auprès des lecteurs ce qui lui a permis de vivre entièrement de sa plume. Il a une écriture vive, dynamique, et ses romans comportent une certaine dose de violence y compris vis-à-vis de ses héros qu’il maltraite de façon récurrente… On n’est pas chez les Bisounours, on est chez Thilliez !

L’éditeur Steinkis, avec son label Philéas, propose des adaptations de romans en bédés et c’est donc tout naturellement qu’une place a été ouverte aux romans de Franck Thilliez avec un triptyque dont les deux premiers tomes sont sortis. Dans cet ensemble de trois récits, on trouve deux policiers atypiques, deux personnages hauts en couleurs, Franck Sharko et Lucie Henebelle…

Dans le premier volume, « Le syndrome [E] », tout commence avec un amateur de cinéma gore qui visionne une bobine… Mais, il se retrouve aveugle sans que l’on comprenne ce qui lui est réellement arrivé… probablement un film maudit… Ludo, l’homme victime de ce film, téléphone à Lucie pour lui demander de l’aide…

Pendant ce temps-là ou presque, c’est dans la région du Havre, à Notre-Dame-de-Gravenchon, que l’on trouve cinq corps, crânes sciés, énucléés… Mystère et horreur ! Mais, ce charnier permet de découvrir à l’œuvre le fameux Sharko… Visiblement l’homme est hanté par un accident familial qui a causé la mort de sa femme et de sa fille… Depuis, cette dernière l’accompagne souvent… Oui, Sharko est un policier schizophrène mais qui se soigne !

Les deux, Lucie Henebelle et Franck Sharko se retrouvent ensemble sur cette affaire délicate et c’est leur première collaboration… Mais dans un thriller, encore plus que pour tout autre récit, je dois me limiter pour ne pas détruire votre plaisir de lecteur… Soyons donc sobre !

Pour adapter ce roman en bédé, c’est le scénariste réputé Sylvain Runberg qui s’y est collé et ce n’est pas une mince affaire. En effet, dans un album on ne peut pas tout mettre, tout raconter avec tous les détails et il a fallu qu’il réussisse pour autant à garder sa cohérence au récit… Heureusement, il y avait là un talent et de l’expérience (rappelons, entre autres, que c’est Runberg qui a adapté Millénium en BD).

Quant à Luc Brahy, le dessinateur, il a une expérience dans le polar en BD et cela ne lui faisait probablement pas trop peur de s’attaquer à un auteur populaire de thrillers… Sa narration graphique s’est parfaitement adaptée à l’histoire et au style de Runberg pour finalement proposer au lecteur une excellente bande dessinée très agréable à lire !

De plus, avouons-le, cette histoire est très intelligente avec des implications historiques, archéologiques, biologiques… Plutôt très bien fait !

Alors, comme l’été c’est fait pour lire, pourquoi ne pas se laisser tenter par ce « Syndrome [E] », en BD ou roman… D’ailleurs, qu’importe pourvu que l’on ait l’ivresse du lecteur !

Shelton
avatar 17/09/2021 @ 09:16:59
Dimanche 12 septembre

L’été c’est fait pour lire et parfois c’est aussi le moment propice à de belles discussions sur les livres, les auteurs, la littérature en général… C’est ainsi que lors du dernier salon du livre de Nancy, Le livre sur la place, j’ai eu l’occasion avec un auteur de bandes dessinées d’évoquer, somme toute assez en profondeur, avec la participation d’autres lecteurs présents, Jean Giono, Jean de La Varende, Céline et Rabelais… Rien que cela ! Après, il y en aura encore qui parleront de la bédé comme d’un sous genre, d’une culture au rabais…

Bon, la question essentielle n’est pas dans les apparences de culture ou non, mais plutôt dans le contenu de ces discussions. Tout d’abord, un premier point très précis, les participants à cette discussion libre étaient bien des lecteurs qui, sans prétendre avoir tout lu ces auteurs ni de les avoir compris parfaitement, avaient tous lu au moins un roman de chacun de ces auteurs. Mieux, certains avaient déjà lu des adaptations de certains textes en bédé et pas seulement par l’auteur avec qui nous parlions, Jacques Terpant.

Certes, ces auteurs sont souvent classés et enfermés sous des étiquettes pas très valorisantes. Je le reconnais d’autant plus que j’ai œuvré plus d’une fois pour défendre Rabelais et Céline que je considère comme des grands auteurs même si on peut, c’est légitime, ne pas partager tous les choix de vie, toutes leurs idées… Ils avaient d’ailleurs plus d’un point commun comme par exemple celui d’avoir exercé le métier de médecin… Mieux de l’avoir exercé au profit des nécessiteux sans se faire payer… Juste par vocation et humanisme ! Attention, je ne transforme pas ces deux hommes en saints, concept intellectuel et religieux qui ne les concernait en rien ! Je dis juste qu’ils furent des auteurs rejetés et des médecins attentifs à l’humanité qui sommeille en chacun de nous… Et ce n’est pas rien !

Leur verbe n’était pas le plus académique, les expressions qu’ils utilisaient étaient bien souvent crues, violentes et agressives. Ils furent outranciers, c’est indiscutable ! Mais ils portaient sur la société un regard profond souvent aiguisé et perspicace qui, aujourd’hui encore peut nous apporter beaucoup…

Rabelais était face à un Moyen-âge basculant avec violence dans la Renaissance, un monde dans lequel on n’hésitait pas à tuer celui qui ne pensait pas comme nous, surtout qui voulait changer de religion. On torturait, on assassinait et déclenchait des guerres pour des interprétations bibliques et il ne supportait pas cela… les moutons de Panurge l’insupportaient ! « Gargantua » est le livre de l’éducation pour sortir de ce monde qu’il vomit…

Céline était sorti blessé et meurtri de la Première Guerre mondiale et il était prêt à tout pour ne plus jamais refaire une telle guerre, participer à une telle boucherie, envoyer à la mort autant de jeunes du pays… Il était prêt à tout y compris s’allier aux pires personnages de la planète car pour lui le pire était tout simplement la guerre, sa cruauté, sa violence… Le « Voyage au bout de la nuit » est avant tout un roman du pacifisme total !

Alors, on ne reconstruit pas le monde en quelques minutes mais comme l’été c’est fait pour lire, comme cette belle saison n’est pas encore terminée, il est temps de, peut-être, relire (ou lire car il n’y a aucune honte à ne pas l’avoir encore fait) ces deux textes que je trouve extraordinaires, « Voyage au bout de la nuit » de Céline et « Gargantua » de Rabelais… et, après, il sera toujours temps de voir certaines adaptations en bédé ou récits mettant en scène ces personnages en bédé !

Très bonne lecture à toutes et à tous !

Shelton
avatar 17/09/2021 @ 09:17:33
Lundi 13 septembre

L’été c’est fait pour lire et lorsque l’été approche à sa fin, pris d’un petit blues, j’ai toujours envie de lire un petit Agatha Christie pour me remonter le moral… Sitôt dit, sitôt fait, nous y voilà…

Dans les nombreux romans policiers d’Agatha Christie, on trouve de très nombreux acteurs détectives, même si souvent ce sont les frasques prétentieuses d’Hercule Poirot qui ont pris le dessus, au moins dans notre mémoire collective… A tel point qu’on finirait presque par oublier les commérages de Miss Marple… et les amours tumultueuses de Tuppence et Tommy… et pourtant comme ils sont beaux à regarder et contempler… Côté efficacité, le résultat final est toujours là mais avec quelques difficultés… Puis, avec ces derniers, on a un couple et de l’humour ce qui est fort agréable pour terminer l’été…

Mais, j’ai parlé un peu rapidement de romans policiers car avec ce roman, « Mister Brown », un texte de 1922, nous sommes beaucoup plus dans un roman d’espionnage. Ce texte va avoir un siècle dans quelques mois et c’est fascinant de voir que certains aspects sont très modernes, à commencer par la place de la femme dans cette histoire… Tuppence, une des « détectives », et Jane, la victime amnésique et porteuse sans le savoir d’un secret incroyable pour la Couronne, sont deux femmes qui tiennent un rôle assez important… Tandis que Tommy, l’autre « détective », semble au départ plus subir que provoquer…

On peut lire le roman dans sa version originale (à condition de maitriser la langue de Shakespeare) ou en bande dessinée et si vous choisissez cette dernière version, on prendra sans hésiter celle adaptée par Emilio Van der Zuiden !

Mais avant de parler dessin, narration graphique et couleur, revenons sur l’histoire, pour ceux qui ne connaîtraient pas l’original. Nous voilà à bord du Lusitania, le 7 mai 1915, lorsque, touché par l’ennemi, le paquebot s’apprête à sombrer dans les flots… Un homme s’approche de Miss Fish et lui dit tout simplement :

« Je dois sauver des documents d’une importance capitale… Acceptez-vous de les prendre ? Sachez qu’il existe un réel danger… »

Oui, l’espion britannique savait bien que l’on sauverait, si c’était possible, les femmes et les enfants d’abord… Il prenait une option sur l’avenir et les documents seraient sauvés !

Mais voilà, la guerre est maintenant terminée et on ne sait toujours pas ce que sont devenus les fameux documents. Ont-ils encore une importance le conflit n’ayant plus cours ? Oui, car un groupuscule bolchevique pourrait bien en faire usage contre la couronne…

Mais, pendant ce temps là, Tommy et Tuppence qui se retrouvent, eux-aussi après la guerre, et décident de créer une sorte d’agence de recherches, Les jeunes aventuriers SA, pour gagner de l’argent… Ils passent une annonce dans le journal pour trouver un employeur mais le trouvent avant même la publication de l’annonce, ils vont devoir récupérer les documents disparus pour le service d’espionnage de la Couronne…

La narration graphique est parfaite, tout fonctionne bien, le lecteur s’y retrouve sans problème… Il faut juste oublier les films avec Catherine Frot et André Dussollier qui incarnent magnifiquement les Beresford car, ici, dans la BD, Tuppence et Tommy sont beaucoup plus jeunes…

« Mister Brown », un bon roman, une belle bande dessinée, que demander de plus ? Alors, comme l’été c’est fait pour lire, bonne lecture !

Shelton
avatar 17/09/2021 @ 19:54:36
Mardi 14 septembre

L’été c’est fait pour lire et je sais bien que si je vous invite à découvrir la vie de Pie VII en bande dessinée, certains vont immédiatement se précipiter à leurs activités préférées, que ce soit Poney ou Pétanque, sans demander leur reste. Pourtant, ils auront bien tort car la vie de Pie VII présente un intérêt majeur dans la mesure où il s’agit du pape qui s’est opposé à Napoléon 1er sans jamais prendre de précaution personnelle, c'est-à-dire qu’il a bien failli y laisser sa vie…

Généralement, dans cette collection, on raconte la vie d’un pape. Il y a déjà eu six albums parus, souvent passionnants, mais très directement collés à la réalité biographique du pontife choisi. Ici, avec Pie VII, les choses vont un peu changer parce que le scénariste, Philippe Thirault, a choisi de faire raconter la vie de Pie VII par Napoléon 1er lui-même. Ce dernier est en fin de vie, à Sainte-Hélène, et avant de quitter cette planète il évoque devant son confesseur, la vie de son opposant majeur, un opposant qui à la fois l’a exaspéré mais qu’il admire… Enfin, qu’il respecte car Napoléon n’admire que lui !

On va donc suivre la vie de Pie VII à travers les yeux de Napoléon, parfois de son confesseur… Pour ceux qui ne connaissent pas trop l’histoire pontificale de cette période, voici quelques repères. Bonaparte envahit les Etats Pontificaux et le traité de 1797 (Tolentino) ampute les terres papales de presque tout. En 1798, le général Berthier envahit Rome et proclame la République. Pie VI, alors pape, fuit la « ville éternelle », tente de trouver un refuge, est fait prisonnier à Sienne, est conduit vers la France et il va mourir d’épuisement à Valence. Les révolutionnaires français pensent que le dernier pape vient de rendre l’âme… C’est à Venise que les cardinaux tentent de trouver un successeur à Pie VI, protégés qu’ils sont alors par l’empereur d’Autriche. Le choix est délicat car les cardinaux les plus fins savent qu’ils vont devoir affirmer leur indépendance tant envers la France révolutionnaire que l’Empire catholique d’Autriche… Il faut cent jours – un chiffre qui ne sera pas sans rappeler les derniers jours de l’empereur – pour trouver un nouveau pape et ce n’est pas celui que l’on attendait. En effet, le choix se porte sur Barnaba Chiaramonti, un ancien moine bénédictin. On le choisit pour ses qualités humaines et religieuses, mais surtout car il n’appartient à aucun des deux camps en présence.

Dès lors, ce pape doux et pieux va tenter de trouver un chemin pour éviter tous les pièges de Napoléon. Il va tenter de sauver ce qui peut l’être dans les discussions avec le dictateur, mettre sur lui les gestes chaque fois qu’il désapprouvera ses choix, il ira jusqu’à l’excommunier au moment de son remariage et il sera longtemps tout simplement, le prisonnier de Napoléon. Mais, et c’est bien là qu’il montrera sa vision évangélique, il sera le seul qui restera humain avec l’empereur déchu, accueillant à Rome certains membres de sa famille comme sa mère Letizia… Il ira même jusqu’à demander un assouplissement des conditions de détention de l’empereur… Mais vous découvrirez toute la vie de cet homme de qualité en lisant ce très bel album !

Le dessin et les couleurs de Thomas Verguet rendent cet objet beau, efficace, conforme et historique. C’est l’illustration qu’un album de commande, dans une collection historique et thématique, peut devenir par le talent des auteurs une excellente bande dessinée qui peut satisfaire, sans aucun doute, les passionnés d’histoire, les fans de papauté mais, surtout, tous les lecteurs fans d’aventure humaine… et je dirais même tous ceux qui détestent ce dictateur Napoléon…

Alors, comme l’été c’est fait pour lire, il est encore temps de découvrir ce « Pie VII » de Thirault et Verguet… Très bonne lecture à toutes et à tous !

Shelton
avatar 17/09/2021 @ 19:57:11
Mercredi 15 septembre

L’été c’est fait pour lire et parfois la bande dessinée qui tombe dans mes mains ne m’est pas complètement inconnue… Depuis déjà longtemps j’avais entendu parler de ce « Sang des Valois », une série dessinée par Marc Jailloux… J’avais même vu quelques dessins… et je le dis honnêtement, j’attendais la sortie avec impatience ! Autant le dire tout de go, la lecture fut à la hauteur de mes espérances !

Mais reprenons tout avec sérénité et calme. J’attendais une série qui puisse permettre à Marc Jailloux de donner la pleine mesure de son talent sans être enfermé dans l’attente de certains lecteurs qui veulent de lui un dessin comme celui de Martin… Ici, on est chez Jailloux, c’est clair, précis, efficace dans la narration et beau… Du grand art, du moins à mon avis et j’aime !

L’histoire – écrite par Didier Decoin sur une idée de Jérôme Clément – commence avec François 1er et là encore ce n’est pas un choix anodin. François 1er, c’est ce roi chevalier qui après avoir brillé à Marignan tombe de haut à Pavie et devient le prisonnier de Charles Quint, un prisonnier que l’empereur redonne à la France moyennant une grosse rançon…

Ce règne de François 1er est aussi celui de l’arrivée de la Réforme en France. La sœur du roi se laisse presque séduire et le roi reste au départ assez silencieux mais lorsque l’on vient placarder au sein même de son château des libelles luthériens sur les portes, il déclenche des actions beaucoup moins humanistes… des bûchers sont dressés et pas seulement pour réchauffer les passants…

François 1er c’est aussi le roi qui est séduit par l’humanisme ambiant ramené d’Italie mais aussi qui est vogue du côté de Constantinople. Pour un peu, on pourrait presque croire à un roi ouvert et pour la mondialisation… Ce qui n’est quand même pas le cas…

Alors, ce « Sang des Valois » commence par tout cela, un récit bien construit, passionnant et agréable à lire. Il y a les personnages bien réels et historiques et d’autres qui sont là pour mettre en place certains aspects fictionnels. Ici, ce n’est pas une thèse d’histoire mais une véritable bande dessinée d’aventure, le récit historique étant parfois plus vrai que la fiction, c’est bien connu des historiens…

De toute évidence, la série ne va pas se limiter à François 1er et la suite va certainement nous permettre de profiter de cette famille étonnante qui verra des rois très surprenants se succéder sur le trône… Le prochain qui va arriver a déjà fait quelques petites apparitions alors qu’il n’était même pas encore dauphin, le futur Henri II…

Donc, sans plus attendre, car l’été c’est fait pour lire comme vous le savez bien maintenant, je ne peux que vous conseiller de dévorer ce début de série dont je vais attendre avec impatience la suite car cette série pourrait bien me rendre accro… Allez savoir !

Shelton
avatar 19/09/2021 @ 10:17:18
Dimanche 19 septembre

L’été c’est fait pour lire mais comme vous pouvez le constater vous-même en regardant par la fenêtre, l’été est sur le point de titrer sa révérence… Dorénavant, il faudra se convaincre de lire en automne, puis en hiver sans oublier le printemps… « L’été c’est fait pour lire », du moins je parle là de la chronique radio et Internet que j’ai le plaisir de réaliser chaque année, reviendra l’année prochaine pourvu que je sois encore là et qu’il y ait encore des livres dont j’ai envie de vous parler… Heureusement, pour ce qui est de nos habitudes de lecture, on a bien le droit de lire quand on veut, ce que l’on veut et même de relire ce que l’on aime… Alors profitons-en !

Alors, comme chaque année quand l’automne arrive, je pourrais lister tous les livres dont je n’ai pas eu le temps de vous parler, tous ces ouvrages que j’ai lus mais dont je ne vous parlerai pas maintenant… Enfin, ce sera peut-être demain quand même car ne croyez pas que je vais cesser instantanément de vous parler de livres !

Merci à ceux qui ont écouté ou lu cette chronique, merci pour vos réflexions, vos suggestions et encouragements (pas à lire, j’y arrive bien seul !)… Chaque été est une aventure et c’est toujours une performance d’aller au bout sans lâcher prise… Quant à ceux méticuleux qui pointeraient, avec raison, quelques petites fautes dans les dates ou manques dans le nombre de chroniques, sachez que vos observations sont bien réelles mais qu’elles sont dues au fait que la radio, le commanditaire de départ de ce travail, ne diffuse pas le 14 juillet et le 15 août… et que la grille d’été se termine avant la fin de l’été… Voilà, vous savez tout et tout s’explique, heureusement !

Il faut que je termine aussi en précisant que « l’avalanche » de bandes dessinées en fin d’été est lié à la sortie massive de rentrée et comme je suis chroniqueur/critique BD, c’est le moment où je n’ai plus le temps de relire Tchekhov ou Balzac… On se rattrapera plus tard !

Voilà, place maintenant à l’automne, à la pluie et au rafraichissement des températures qui nous pousseront à rester bien au chaud dans nos salons à lire et relire tout ce qui nous aura échappé durant l’été…

Très bonne lecture à toutes et à tous !

Saint Jean-Baptiste 20/09/2021 @ 09:52:13

Merci à ceux qui ont écouté ou lu cette chronique,

C’était un vrai plaisir, Shelton, c’est nous qui te disons merci et à l’été prochain.

SpaceCadet

avatar 20/09/2021 @ 11:04:09


L’été c’est fait pour lire



... et tant qu'il en est ainsi, il passe bien trop vite, l'été.

Merci et à l'été prochain!

Pieronnelle

avatar 20/09/2021 @ 12:35:21
Merci pour cette chronique dont je suis une lectrice assidue ..J'aime particulièrement cette façon de s'adresser directement aux lecteurs ,créant une sorte de familiarité bien agréable...

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