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Magicite
avatar 22/11/2020 @ 03:55:14
L’Occulte Banquet
ou Faust sans Méphisto
ou élucubrations horricomique sans intérêt


Le vent sur la plaine faisait bruire les buissons, soulevant des volutes de poussières blanches en fantômes rampant et lévitant avant de s’évanouir dans le néant.
Le soleil harassant frappait à angle droit. La peau hâle et la fièvre inondant sa peau lui donnait un air de rocher de vieux quartz en pleurs.
Sous la virulence de la maladie c’est vrai qu’il bougeait peu, chaque effort était coûteux.
Il regarda les os d’ivoire brunis en décomposition tout autour de lui. Dans la fange à ses pieds gisait un vieux livre maculé de tâches pourpre.
Il grinça des dents en le ramassant, cracha le morceau de dent qui se détachait dans sa bouche et avala le sang dans sa gorge asséchée.
Si ce livre avait été le ‘Liber Pflgornvs’ ou le ‘De Vermis misteriis’(2) il aurait accédé à des secrets qui l’aurait élevé au rang de dieu parmi les dieux songea t’il avec amertume.
Mais sa quête l’avait amené à autre chose autant inattendu que fatal. A la limite il aurait même préféré les élucubrations de Crowley ou son perpétuateur Kenneth(9) qui l’aurait mené à rien mais préservé de son destin funeste.

Agape. Il se souvint avec une sinistre lassitude qu’il riait avant de ce mot. Moquant les chrétiens et les francs-maçons d’avoir détourné l’agapé de Platon pour lui donner le sens de bouffer.
Du revers de sa main il lissa et poussa le sable sur la couverture ocre du livre.
C’est vrai Platon il aimait bouffer, il a même écrit un livre dessus.

‘Auri sacra fames’(1) chuchota t’il à l’adresse de personne.
Il se rappelait les légendes qui couraient sur et sous les tertres, il avait traversé la forêt enchanté(6) bien des éons avant les légendes.
L’or des fous que les habitants du pays d’imagination donnaient aux humains pour les tromper.
Elfes, gobelins, farfadets, trolls, korrigans, quels que soient les noms que l’on leur donnent cela reste les mêmes créatures. Espiègles et détachés autant qu’amusés du monde qui est la terre des humains si limité par leur vision étroite et dans leur mouvements.
Même les chats se moquent d’eux depuis l’antiquité où ils ont appris à les domestiquer.
La seule vision d’un caillou enchanté donnait des illusions à ceux du monde des hommes.
Non seulement la victime du canular voyait la richesse dont il n’osait rêver mais celle ci lui entrait dans l’esprit et l’asservissait. Il n’aura de cesse de pourchasser le chaudron d’or qu’il imagine de l’autre côté de la montagne ou sous un arc-en-ciel. Et si quelque lutin lui laisse l’obtenir il sera perdu, protégeant son trésor avec avidité et paranoïa. Cet or enchanté, cette fausse monnaie du pays fées, devient son unique et seule obsession. Il la tient dans sa main la pierre maudite et ne desserrera plus le poing de peur qu’un autre voit son éclat et convoite son trésor. N’ayant plus que lui comme pensée et se défiant de tout le monde en les soupçonnant de vouloir le voler.
Non seulement il a lui même appris ce tour au royaume enchanté mais il a joué avec, payant ses dettes parfois avec cette monnaie abominable et laissant les familles envers qui il était débiteur dans le deuil.
Il regarda l’ongle sur un doigt de la main tenant son livre. De l’autre main sans difficultés il descella ce bout jaunit et infect rongé par la mycose.
Quelle ironie qu’il se fit avoir à son propre jeu de dupe. N’avait il pas franchit les portes mécaniques de la bibliothèque d’Alexandrie sans encombre et scellé lui même celle ci avec les vestiges enfouis de l’Atlantide?

Et pourtant c’est dans la bibliothèque de Babel(3) qu’il avait mis sa vie en jeu. Deux fois.
La première pour rentrer et accéder au savoir infini de tous les livres qui ont existé, existent, existeront et pourraient exister. Il avait payé son guide au prix de son Pneuma, son souffle vital.
La seconde fois pour sortir. Il est en effet impossible de parcourir les galeries contenant autant de livres, autant de phrases, de mots et de lettres sans perdre l’esprit et s’égarer dans ses rayonnages labyrinthiques.
Son second paiement fut de voir le psychopompe(4) et lui permit de quitter les lieux.
En échange il eut sa part d’or des fous, son tour de danse pour le petit joueur de violon de hollande(5). Parmi tous ces livres il était dur de penser.
Il pouvait prendre un livre et quitter les galeries de tunnels hexagonaux de la bibliothèque.
Celui ci était enchanté à la manière de l’or des fous. Un livre celui-ci une fois tenu en main demandait à être lu. Non seulement son possesseur ne pouvait s’en débarrasser mais il devait aussi se conformer autant que possible à son contenu.

Il avança vers un cactus de la plaine dans sa tête jouait les plaintes orchestrales du Lacrimosa(7).
Rageusement il empoigna celui ci et broyant pulpe et peau âcre avec sa mâchoire tenta de s’y désaltérer. Le jus ignoble ruissela autour de ses lèvres craquelées et couvertes de sang séché.
Le livre l’appelait encore.
Il ne pouvait résister à l’ouvrir. La page à laquelle il s’était arrêté 3 jours avant s’ouvrit comme si elle contenait une volonté propre. Les vers avait attaqués la moitié coupée sous sa cuisse gauche.
Il pouvait commencer à suivre les instructions suivante. La jambe droite y passa et il avala la chair goulûment jusqu’à ce que ses intestins soient remplis d’autant de viande.
Ayant des garrots fait de ses habits maintenant hardes il put continuer son opération.
Quelques jours plus tard il n’avait plus que le buste qui fut long à avaler.
Quand il plongea ses mains dans les entrailles et intestins conformément aux instructions la fièvre avait disparu pour laisser place à une froide anémie. Comme il avait déjà abandonné son cœur le repas fut plus rapide pour cette partie là.
Avec anticipation il parcourut les chapitres et mangeait toujours plus de son corps selon les tracés et découpes indiquées.
Quand il attaqua ses mains et qu’il ne resta que sa tête et son cou les choses se compliquèrent un peu mais en suivant les instructions il put se débrouiller.
Le cerveau étant le plus mou et digeste après la chair pulpeuse et épaisse il s’en régala bien que ce fut un peu fade et manquait de sel.
Puis les yeux et le nez avec l’ensemble du visage.
Enfin il suivit la gymnastique complexe pour retourner ses lèvres et ainsi entreprendre de manger sa bouche seule restante à la façon du chat de Chesire(8) et son sourire persistant après son départ.
Il ne restait plus que des os et quelques lambeaux nerveux ratatinés dessus.
Et bien sûr le livre au sol dans une mare de sang caillé.
L’auto-cannibalisme pour les Nuls par Grenouille(10).

Alors commença pour lui une nuit infinie dans un espace sans étoile ni aucune chaleur.
Enfin.
Faim.
Fin.
Pourtant:

Dans une maison vaste et conviviale quelqu’un frappe à une porte.
Il étira ses bras engourdis et poussa le rideau proche du lit pour laisser filtrer la lumière.
_’Tu est réveillé?’
Un bâillement, suivit d’un gémissement ressemblant à un ‘voui’ grogné suivit de
_’Quel drôle de rêve? Quelle heure est-il. Oh.’
_’Tu veut manger quelque chose avant de partir?’
_’choisit un autre livre hurla t’il’.

‘O degli altri poeti onor’e Lume’ Dante, inferno.

Magicite
avatar 22/11/2020 @ 03:55:35
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NOTES:
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(1)locution latine signifiant ‘exécrable soif de l’or’
(6)référence à ‘La fille du roi des Elfes’ de Dunsany
(2)De Vermis Misteriis livre magique imaginaire dans les écrits de R. Bloch puis intégré dans des écrits de HP. Lovecraft. Le Liber Pflgornvs se moque des noms de livre savants mais n’existe pas encore sauf ici.
(3)dans Fictions de GL. Borges la nouvelle ‘La bibliothèque de Babel’ fait référence à une bibliothèque qui contient toutes les livres possibles ou pouvant être écrits.
(4)juge des morts, la plupart du temps pesant le cœur des gens. Parfois vautour, chacal ou un gars habillé avec des draps et portant un outil agricole. Chacun ses hobbies après tout.
(5)conte hollandais semblable au joueur de flûte de Hamelin mais avec un violon qu’un enfant dénigré par les habitants d’une ville fait danser jusqu’à épuisement pendant des jours. Je n’ai pas retrouvé la source ailleurs que dans mon souvenir.
(7)requiem en partie composé par Mozart.
(8)sorte de chat mystique dans ‘Alice au pays des merveilles’ de L. Caroll qui à la particularité d’apparaître et disparaître en laissant derrière lui un sourire énigmatique évanescent.
(9)A. Crowley connu comme Maître Therion, Frater Perdurabo, The Great Beast 666(surnom donné par sa mère - que c’est mignon NDA) ou ‘L’homme le plus malsain du monde’. C'est un écrivain, poète, occultiste, franc-maçon, tarologue, et astrologue brittnique(source wikipédia). Kenneth Grant fut son élève dans l’Ordo Templis Orientis/ordre Typhonien et propagea le Thelema (loi inventé par Crowley s’inspirant de Rabelais entre autre) dont la 1ère règle est:
‘Fais ce que tu voudras sera le tout de la Loi ’
et la 3ème est: ‘Il n'y a d'autre Loi que Fais ce que tu veux’. Il y a bien une seconde loi mais au vu des 2 autres je me passe de la citer.
(10)principal personnage de ‘Le parfum’ de P. Suskind

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