Magicite
avatar 19/03/2020 @ 13:14:14
//----/!----// AVERTISSEMENT AUX LECTEUR.RICE //----/!----//
Ce texte contient du noir, du décalé et donc même du déplacé. Je ne parle pas de bienséance et évidemment pas de quoi que ce soit contraire aux règles de bonne conduites en société mais potentiellement du noir , de l'humour noir , la dérision grinçante. Donc si tu commence ce texte fait le en ton âme et conscience en sachant que ce n'est pas forcément quelque chose qui met en joie pourtant sur un théme tellementpropice à la rigolade..


#/////////////////////////////////////////////////////////////////////#
# -- Bavardage au temps du Coronavirus 2019 -- #
#////////////////////////////////////////////////////////////////////#




La poussière se soulève et flotte au moindre courant d’air, grêle comme le visage d’une adolescente vérolé les surfaces à l’extérieur avant de se dissoudre en invisibles particules.
Le ciel dégagé et le soleil font ressortir le rouge pourpre de grumeaux recouvrant des sols au toits par plaques amalgamées. Un crépi de la poudre désinfectante, comme du sang séché devenu peinture du monde, de cette partie du monde en tout cas.

Le virus atteint.
Les autorités ont déclenchées une grande pulvérisation sanitaire dans la plupart des pays touchés. Une odeur de Cresil, de mercure et de plomb s’infiltre dans les narines à chaque houle aérienne.
Par la fenêtre il regarde l’extérieur. Depuis hier il a enlevé les draps et tissus qui était coincé autour des jointures des fenêtres et des portes. De l’angle de son lotissement il ne voit qu’une portion de la route, l’autre est masquée par le battant du volet fermé. Il n’y a personne dehors bien évidemment. Regarder la poussière soulevée par l’air, diluée dans les flaques d’humidité, étalées au soleil et sa seule activité.

Il sait qu’il devra bientôt sortir. Il ne lui reste plus qu’un paquet de pâtes et une demi bouteille d’huile ainsi qu’un morceau d’aliment grisâtre indéfinissable et rabougri; momie de légume ou viande ratatinée par le froid.
Il faut dire la porte de son congélateur fuit. Tout ce qu’il met même dans le bac du bas se retrouve à une température négative. Glacé, givré.
C’est un moyen de faire durer plus longtemps les produits frais qu’il n’a jamais eu les moyens d’acheter régulièrement. Pas en fin de mois , c’est à dire autour du 15 ou du 12 en fait. Avoir quelque chose dans le frigo c’est toujours une compensation sur le mauvais karma des jours du calendrier.
Heureusement il a encore un paquet et demi de tabac. Il fait durer, fume à moitié ses cigarettes qu’il fait le plus fines possible. Roule ses mégots à nouveau après les avoir éventrés ou les laissent trôner quasiment intacts après deux bouffées sur la table à côté du cendrier.

Mais la cigarette l’excite. Hier il a décroché le calfeutrement. L’odeur après le passage des employés en combinaison et casque blanc et leur pulvérisateur à la main, bonbonnes dans le dos, était franchement écœurante. Désinfection du monde. Le premier jour de la quarantaine quelqu’un a dit sur le réseau Fachebouc que le virus était une bénédiction. En 24h il avait arrêté l’industrie alors que des dizaines années de pessimisme écologique n’avais pu endiguer une seule minute, de Rika Zaraï à Greta Thunberg. Désaffectation des rues, le réfectoire est réformé en espace vide de gens, remplis d’air comme un temple vide d’idole. Les halls de gares comme les espaces marchands tous les espaces fréquentés il y a peu par la cohue d’exilés journaliers de leur habitats sont maintenant des zones fantômes, semblables à la nuit mais en journée et sans pétarades de motos ou autos. Sans plus de bruit , de présence.
Ou de loin en lointains, surtout depuis les drones.

Ils ressemblaient à des apiculteurs dans leurs tenues imperméables biochimiques quand ils sont arrivés pour assainir les villes et villages. Leur pulvérisateur à la main ils ne sont pas restés immaculés longtemps. Les informations et l’Internet relayent les commentaires et remarques peu fines mais rigolotes. Il furent appelés les croix-rouges, les soldats du Temps Pax, le péril rouge et autre surnom et jeu de mot débiles. Les grognards de Napoléon tout de rouge vêtus. Tout le monde avait besoin de délires, même ceux nombreux qui critiquaient les employés sanitaires. Il y eut même des émissions faisant intervenir des représentants du gouvernement justifiant que l’on n’avait que ces tenues pour les protéger de l’infestation dans l’air et que s’arrêter à des détails comme la couleur de leur accoutrement est un détail par rapport à l’action de ces braves bravant le danger pour le salut de tous. Amen.
Les plus extrémistes les avaient défendus en les qualifiant de nouveaux croisés, lignes de rouges pulvérisées et éventées sur le blanc de leur tenues de protection biochimique imperméable. Amen.
Un journal africain annonce les propos d’un prêtre. Le virus est une punition divine parce que les chinois mangent du porc et persécutent les ouïgours musulmans , les forcent à manger du porc, les empêchent d’aller à la Mecque. Amen.
Un type déclare en vidéos relayées par le réseau que toutes les épidémies sont liées à l’installation de l’électricité, ‘preuve’ historique à l’appui. Wuhan développait la 5G pour concurrencer celle de l’occident. Amen.
Des gens disent n’importe quoi.
Il n’était pas sortit depuis des jours, des semaines , presque un mois. Sauf pour quelque courses avant que l’état d’urgence et le confinement soit décrété. Puis le mot est devenu quarantaine. Une quarantaine dure rarement quarante jours. Il y en a qui durent une semaine, d’autres un mois. Certaines vont jusqu’à quarante jours et même au-delà mais c’est rarement nécessaire. Le mot quarantaine lui faisait toujours penser au radeau de la Méduse et ses rescapés. Combien de temps étaient il restés dérivants, divaguant, les cadavres jetés à la mer ou pourrissants garde manger pour les survivants, marins et soldats ivres morts en permanence?
Que ces jours brûlés au soleil et au vin, à la peine et à la bagarre avaient du sembler long...pour les rares qui sont allés jusqu’au bout du voyage.
Aussi long que quarante jours quoi que fut le temps de leurs heures naufragés.
Il se mouche. tousse dans sa main et s’essuie sur un pantalon qui traîne près de lui.
S’il a ôté le calfeutrage c’est qu’il n’a plus de linge propre. L’odeur de la pulvérisation n’est plus aussi pénétrante que les premiers jours de l’armée rouge, de ces soldats de Mars la rouge venus blancs comme la colombe et tombés dans le rouge du champ d’honneur aseptisant. Ou alors il s’est simplement habitué à l’odeur.
Depuis les premiers jours du confinement puis de la quarantaine il avait eu envie de sortir.
Avant c’était l’ennui, la procrastination et la paresse de mettre le nez dehors pour une quelconque tâche obligatoire. En général matérielle comme mettre quelques choses sur les pâtes et le riz ou acheter du tabac, des feuilles à rouler ou de l’alcool. Les denrées de bases.
Maintenant il était depuis 13 jours à faire traîner en longueur les 2 bouteilles d’eau de vie qu’il lui reste et le tabac. Le rationnement était de mise. Pour la bouffe il avait vidé rapidement ses stocks jusqu’à ne plus avoir qu’un fond de pâtes et d’huile et un truc qui devait être moisit au fond du frigo. Il se rationnait maintenant. Il restait du thé et du café à profusion. Parfois agrémenté de quelques lichettes de rhum ou de whisky, tant qu’il y en avait mais la plupart du temps c’était thé et café nature ou agrémenté de chocolat en poudre, le seul sucre lui restant.

Certains disent que le chocolat en poudre est fabriqué à partir de cheveux d’indiens. D’habitants d’Inde bien entendu, les indiens d’Amérique n’ayant pas la texture capillaire à donner un breuvage onctueux. Bien entendu réduit en poudre après avoir été vendus par leur possesseurs mais le plus souvent récupérés au sol des coiffeurs et des barbiers. Cela rajoute de l’arôme car les fèves de cacaotiers ne sont plus d’assez bonne qualité et les indiens ont une histoire d’exportations de denrées alimentaire. Il trouve cela un peu tiré par les cheveux mais bon qui sait?
Certains disent n’importe quoi.
Comme ce shaman blanc et bobo autoproclamé promoteur des médecines alternantes qui avait fait une vidéo diffusée sur Internet. Il y explique de façon humoristique tout sourire que les virus sont bien pour la santé et qu’ils aident le corps à produire des anticorps qui permettent de lutter contre les maladies. Serpent se mordant la queue et fier de l’être il renseigne sur le complot des états nous abreuvant de peur, nous empêche déployer notre être de lumière et enferme les personnes des uns des autres.
Il se dit que si c’était pour être sur le radeau de la Méduse il préférait être seul et son propre bourreau tortionnaire et victime.




#############################
//-- La suite et fin sont écrites, a peu près d'une longueur équivalente je coupe le texte parce que je pense qu'un long texte sur un écran c'est vite rébarbatif (et fatiguant pour les yeux car il y a énormément de contraste et que tout le monde n'a pas envie ou le loisir d'imprimer mes élucubrations). Aussi je doit encore finir de la corriger --//
#############################

Magicite
avatar 20/03/2020 @ 14:10:48
Derrière les volets il y avait probablement le soleil. Au début il avait épié les pulvérisateurs par la partie entrouverte. Après quelques jours et comme les tenues étanches étaient toutes tâchées de rouge des savants de l’armée avaient fait équipés des drones de produits sanitaire désinfectant ce qui évitait que les braves gens risquent leur santé dehors et portent des habits tâchés leur donnant des airs ridicules et risibles.
Dommage il y avait tellement peu de choses drôles dans le confinement de 40 jours qui peut durer une toute autre durée. Il mettait la main régulièrement sur son front pour vérifier que son sa température n’est plus élevée qu’elle ne devrait. La toux avec tout le tabac qu’il consommait ce n’était pas une surprise. En fait il avait été malade bien des jours avant le confinement et l’épidémie. Mais comme il ne sortait jamais, ne voyait personne , en tout cas personne qu’il avait eu envie d’approcher ou de serrer la main ou une autre partie du corps il se doutait bien qu’il n’était pas malade.
Il y avait bien un numéro d’appel disponible pour se renseigner mais bien sûr plus personne n’était admis chez les docteurs et les hôpitaux avaient étés rapidement fermés et évacués.
Le numéro faisait venir invariablement des hommes en noir qui l’amenait en fourgon sanitaire vers des dispensaires improvisés ou personne n’en était revenu pour en parler. Le noir était beaucoup moins salissant et avec les pulvérisations de la poudre rouge composée de thallium, de Cresyl et de fluor à intervalle régulier par les drones les villes entières semblaient couvertes de neiges rouge et sèche. En tout cas c’est ce qui se disait hors des médias officiels. Personne n’ayant prouvé le contraire beaucoup de gens y pensaient: peu de gens informés n’aurais appelé le numéro pour se faire diagnostiquer.

Heureusement et malgré le couvre-feu perpétuel à toutes les heures de jour comme de nuit les drones équipés de caméra pouvait surveiller les contrevenants.
Cela avait semblé improvisé après qu’il furent affectés à la pulvérisation sanitaire mais dans le même temps ils permettait de signaler toute personne se trouvant dehors. La première semaine beaucoup avaient bravés les mesures de sécurité au risque de leur santé et de celle des autres, celui de propager encore l’épidémie. Il était recommandé de rester chez soi, regarder la télévision et ses programmes d’urgence, entrecoupées par des films classiques français, policiers et comédies des années 50 à 80, surannées ou trop souvent rediffusées et donc vues. Peut-être une tentative de rassurer les gens avec des histoires qui leur sont familières.
Communiquer devait se faire uniquement par téléphone ou visioconférence.
La soupe aux choux était-elle un huis clos semblable au radeau de la Méduse?
Des gens ensemble survivant entre incompréhension de l’autre,violence et amitié et ivrognerie jusqu’à une libération espérée.

Le problème c’est qu’une fois les soldats en combinaison noire furent allés chercher la personne dangereuse ayant mis le nez dehors on ne savait pas quoi faire d’elle. Bien sûr il y avait une amende. Les services d’état et toutes les activités étant suspendues beaucoup de versements l’était. Il n’était pas logique d’enfermer les gens chez eux et de libérer l’argent qui dit-on fait tourner le monde avec la gravité et certains phénomènes astrologiques. Et puis qu’aurai fait les gens avec de l’argent, aucun commerce était ouvert et les livreurs comme tout le monde ne pouvait pas accomplir leur tâches. Les frontières sociales du riches et du pauvre sont abolie par la contagion et la crainte. Bien que certains furent partisans d’enfermer les délinquants s’étant fait attrapés hors de leur domicile il fut clair que ce n’était pas la solution pour la majorité. Les prisons étant déjà trop peuplés et un risque on les avaient scellés dans les premiers jours. Le personnel était bien entendu rentré dans leur domicile bien avant même si certains d’entre eux par symbole de Stockholm inversé(dixit une psychothérapeute à la télé) étaient restés auprès des détenus. Leur dévouement fut loué et certains des ministres dirent que l’on devait s’inspirer de leur sacrifice et faire passer le bien de tous avant tout.
En effet qu’est ce qu’un prisonnier sans gardiens se dit-il? Quelqu’un reclus chez lui par volonté? Quelqu’un enfermé chez lui par mesure d’urgence pour réduire la phase trois épidémiologique?
Il n’en savait rien mais se dit encore que bien des gens disent n’importe quoi.
Enfin comme il y avait des logements vides de ceux qui n’avaient pu rentré chez eux on y mit les gens qui s’étaient échappés de leur confinement. Les portes furent scellés par les autorités une fois qu’ils y furent installés.

Magicite
avatar 20/03/2020 @ 14:11:05
Une semaine plus tard il trouve un paquet de biscuits tellement sec et mauvais qu’ils est enfouit en bas au fond de l’armoire à provision depuis des temps immémoriaux. Il y a cinq jours il faisait revenir un dernier sachet de farine déjà entamé sur la poêle essayant de faire des chapatis(sorte de crêpe mais en différent , ça vient d’Inde comme les cheveux) , bien que le résultat fut plutôt trop mou et épais c’était ce qui lui semblait son dernier repas. Il ne s’était nourrit que de café, thé et cacao aux cheveux d’indiens en poudre. Les biscuits ramollis n’était pas bon mais firent baisser sa fièvre de faim, lui rendirent un peu d’énergie car il se sentait faible et malade. Il n’écoutait déjà plus ni la télé, ni ne consultait Internet. Il avait par contre entrepris pour passer le temps de lire les quelques livres qu’il possédait encore, bien qu’il les aient lus et relus. Par petit bout, lentement en savourant, parfois même revenant en arrière ou sautant des passages tellement il les connaissait bien.
Le reste du temps il regardait le mur allongé dans son lit , assis à son bureau. Parfois il fixait la fenêtre aux volets maintenant complètement clos pour ne plus voir passer les drones terribles de silence quotidiens. Cela lui rappelait trop que le monde dehors était vide de sa substance humaine et populeuse, couvert d’une poudre rouge de plus en plus épaisse jour après jour et de plus en plus foncée. Aseptisé de son humanité, le virus terrien le plus persistant et proliférant parmi les espèces vivantes.
Il avait essayé de manger du dentifrice mais la faim le tenaillant cela lui avait retourné le ventre et mis comme de l’écume aux lèvres pendant au moins une heure.
Il y avait ce livre d’Umberto Eco qu’il avait commencé et toujours arrêté au bout des premiers chapitres. Décidément c’était bien écrit mais trop peu en rapport avec son humeur et sa torpeur du moment. Il fallait une vivacité d’esprit qu’il n’avait pas pour parcourir les couloirs de l’abbaye avec ses personnages et s’engouffrer dans la richesse italienne de la verve précise de l’auteur.
Parfois il dormait mais rarement et peu. Se contentant du repos de rester allongé les yeux clos ou mi-clos ou assis et se balançant lentement sur la chaise en soufflant de temps en temps.
Mais ayant peu de livres sous la main à son domicile et encore moins la possibilité d’en obtenir d’autres et ayant délaissé depuis déjà longtemps la TV et ses rediffusions, Internet et ses gloseries ou images et articles bariolés il se résigna au choix de livres qu’il avait déjà lu et épuisé dans sa substantielle moelle.
Fédor Dostoïevski.

Quelques jours plus tard il y eut un tintamarre, un brouhaha , un vivat global et tonitruant.
Les gens qui avaient approchés de 40 jours de confinement étaient relâchés. La plupart des quarantaines durent en effet d’un peu plus de deux semaines à 30 jours ce qui les vieillies un peu en leur rajoutant des jours qu’elles n’ont jamais vécues.
Cela devait se faire dans le calme mais il y a toujours des gens pas sérieux qui profite de toute occasion possible pour ne pas être sérieux.
Certains jouaient même de la musique sur le pallier de la porte. Beaucoup couraient en ligne droite s’exténuant d’affronter l’horizon sans la contrainte de murs épais. Les familles retrouvaient les familles, les amis retrouvaient les amis, les amoureux isolés ensemble pouvaient enfin se tourner le dos sans avoir à se sentir coupable de mutinerie. Les amoureux séparés pendant ces jours voulaient se boire de haut en bas.
Il y eut des contacts physiques directs en total dépit des consignes, ce n’était plus l’heure de suivre les consignes. Des gens pataugent dans la gadoue rouge et gris, empreintent de foulée longtemps refoulées les trottoirs et les rues auparavant délaissées.
Les travailleurs se remettent sur le pied de guerre et vont faire repartir le pays d’ici quelques heures mais pour l’instant c’est le bouchon de champagne comprimé dans le goulot et sa muselière trop longtemps qui jaillit dans un ‘Plop’ et des bulles étincelantes.
Les cafés et magasins d’alcool furent pris d’assauts avec plus ou moins le consentement des commerçants qui durent en urgence se remettre à leurs affaires si longtemps délaissées, l’argent dûment aspergé de solution hydroalcoolique, passé au UV de machines prévues à cet effet partit d’abord pour du liquide. Ayant échappées par miracle à la désinfection des employés puis des drones des plantes printanières font l’étonnement des reclus forcés et leur joie.
Chant, cri, hurlements.
Les policiers et officiels recrutés en nombre pour l’événement ont du mal à contenir et organiser la recrudescence de la marée vivante de vivats et de libertés, surtout que certains des badauds essaient de leur mettre des fleurs sur le chapeau ou dans les cheveux.
Bien sûr le sérieux repris ses droits simultanément. Chacun retrouve son train-train déraillé provisoirement. Il faut moucher l’enrhument pour chasser les derniers crobes, libérer la congestion bloquante pour revenir à la respiration normale du monde.
L’épidémie a régressée et disparue progressivement les soignants sont encore et toujours mobilisés, les édits et ordres à la population encore placardés et assenés aux haut-parleurs. Tout rentre dans l’ordre mais en s’étirant comme un chat, et c’est difficile voire impossible de faire obéir complètement un chat. Surtout un chat enfermé dans sa boîte trop longtemps et affamé d’air libre et de ses vadrouilles.
L’ordre reprit ses droits autoritaires et dominateurs Non sans raison. Hormis la joie il y avait quantité à faire. Ouvrir les prisons et maisons scellés, remettre la loi ou l’individu laissé à lui même a eut le temps de penser et vivre sans ses chefs et dirigeants…
Il y avait bien sûr du nettoyage. A la poussière normale et celle des drones d’aspersion l’abandon remplit de vide invoque son remplissage, cette société qui est au-delà de l’intimité du foyer.
Lorsque que l’on frappa à sa porte il ne répondit rien ni même entendit.

Les pompiers et volontaires chargé de la réappropriation durent forcer sa serrure et lorsqu’il pénètrent dans l’appartement par la porte qui pivote sur ses gonds ils virent en passant un bureau avec des bouteilles vides, des tasses à café salle et ébréchées et des dizaines de mégots à moitié fumés alignés sur la table près d’un cendrier, la forme de son corps recroquevillée sur le lit.
La peau sèche et les yeux protubérants ne laissent aucun doute sur son état. Les pompiers, particulièrement adaptés à cela grâce à leur habits rouges pulvérisèrent du désinfectant sur le corps et partout dans la pièce avant de s’en approcher avec des masques et des gants.
Quand il le soulevèrent pour le mettre dans un sac mortuaire, ils constatent dans sa bouche une grosse boule de nourriture avariée visiblement pas passé et cause de suffocation. Sa maigreur et la sécheresse de sa peau laissait penser un jeune prolongé.
’’Pourquoi donc n’avait il pas contacté le numéro spécial pour se faire livrer par drone des rations de nourriture?’’
À partir de la deuxième semaine le message était partout, à la radio, sur les télés et réseaux sociaux…
Sous son visage se trouvait un livre ouvert en page une.
Après avoir secoué la poudre rouge qui macule la page le pompier du nom de Guy Lundi y lut:

‘Je suis un homme malade… Je suis un homme méchant. Un homme repoussant, voilà ce que je suis. Je crois que j’ai quelque chose au foie. De toute façon, ma maladie, je n’y comprends rien, j’ignore au juste ce qui me fait mal. ‘

Il y avait de nombreuses personnes qui n’ont pas survécus à l’isolement prolongé.
Leur stock de sacs mortuaire disponibles s’amenuise au fur et à mesure que lui et ses collègues les remplissent. Uniquement des gens seuls, très peu décédés de la maladie.
Sans soupirer, parce que ce n’est pas une chose à faire quand on est confronté à tellement de drames qu’il se force de se dire que l’on s’y habitue, il regarda la couverture et mis le livre dans un sachet plastique translucide qu’il rangea dans sa poche.
Après avoir finis d’asperger les sols et murs de poudre rouge et avoir emporté le corps au fourgon ils partirent vers la maison suivante à vérifier.
Le gouvernement fiche évidemment les gens seuls et au tempéraments particuliers pour ce genre d’urgence et parce que c’est ce qui fait aussi son pouvoir.

Cyclo
avatar 20/03/2020 @ 17:12:36
Ben dis donc, c'est pas tout à fait réjouissant, mais assez réaliste...

Un peu fin du monde, ou fin de notre façon d'être... Dans notre société de consumérisme effréné, les magasins fermés nous plongent dans la solitude presque totale...
Tout au moins tous ceux et celles qui n'ont pas d'autre horizon que le prochain gadget (la plupart du temps inutile), la dernière nouveauté qui démode le modèle précédent (smartphone, par exemple), le truc qu'il faut avoir (les machines à café nespresso, la trottinette électrique) pour ne pas passer pour un dinosaure...
Pourtant la solitude, quand elle est choisie, peut être féconde, on peut y retrouver son rythme intérieur, sa spiritualité, sa créativité :
"Comme au désert, c’est en ralentissant le rythme que l’on a la sensation d’avoir plus de temps. Comme au désert, c’est l’espace et la solitude qui sont les vraies richesses", écrit Vivi Navarro dans "Géants des mers" (Magellan & Cie, 2014).
Là, avec le confinement, la solitude est subie.Mais pourquoi ne pas tenter de renouer le contact avec soi d'abord, avec les autres confinés avec nous (je pense aux enfants dont on s'est habitué à ne plus s'occuper, déléguant l'éducation à la télé et au smartphone), ou même avec son conjoint : la maison, l'appartement, sont comme une île déserte, faisons du confinement une robinsonnade.
"Nous grandissons comme des bonsaïs, torturés, élagués et rapetissés par les circonstances, les conventions, les préjugés culturels, les impératifs sociaux, les traumas infantiles et les attentes familiales", ai-je noté dans le beau livre de Rosa Montero, "L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir" (Métailié, 2015).
Cessons d'être brimés, ne soyons plus des bonsaïs volontaires, redevenons des arbres en liberté, montons en graine, sublimons-nous !

Minoritaire

avatar 20/03/2020 @ 22:12:02
J'aime beaucoup.
J'aime beaucoup ta façon de peindre ce chaos cadenassé. Ton décor est extrêmement net et le temps qui s'écoule en s'écoulant.
J'aime beaucoup ton personnage procrastinateur, bourreau et victime, seul sur son radeau, comme médusé.
J'aime aussi beaucoup certaines trouvailles comme les répétitions ("Amen", "les gens disent n'importe quoi"), le chocolat indien ou cette phrase (parmi d'autres) "il y a toujours des gens pas sérieux qui profite de toute occasion possible pour ne pas être sérieux."
J'aime beaucoup la "muselière" du champagne qui saute à la -presque- fin. Et on se demande bien pourquoi, car une fois les derniers rots exprimés, on se retrouvera sans doute...comme avant.
J'aime beaucoup (façon de parler) le climat fliqué-fiché que tu décris.
J'aime beaucoup de choses donc, et l'inéluctable destin de ton "héros" aussi.
Mais surtout, je suis impressionné par ta réactivité face à ce que nous vivons aujourd'hui. Et la richesse de ta transcription du réel vers un futur peut-être pas si irréel. Pour moi, l'avertissement du début n'avait pas lieu d'être, mais chacun sa sensibilité.

Ignorant en littérature, je découvre l'incipit de Dostoïevski ‘Je suis un homme malade… Je suis un homme méchant. Un homme repoussant, voilà ce que je suis. Je crois que j’ai quelque chose au foie. De toute façon, ma maladie, je n’y comprends rien, j’ignore au juste ce qui me fait mal. ‘ et je "vois" un peu mieux ton personnage; sa "logique", peut-être? Ton texte m'a renvoyé à des tas d'images que je ne parvenais pas à saisir parmi mes maigres ressources de SF écrite ou filmée. Finalement, je pense à "la métamorphose".

Merci, en tout cas.


Minoritaire

avatar 21/03/2020 @ 11:12:57
J'aime aussi beaucoup ce que "ça dit" de l'isolement et de la solitude.

Et j'ai découvert sur youtube ce texte lu par H.-F. Thiéfaine https://www.youtube.com/watch?v=huxTXQ4wAko

Magicite
avatar 23/03/2020 @ 03:52:55
merci de vos lecture et belle Citations Cyclo.
Le suis aussi toujours preneur d'offre de lecture même si je n'arrive pas toujours à les concrétiser, en tout cas pas comme je le voudrais.
Je partage aussi l'idée que la solitude est aussi un moyen d'épanouissement personnel(la plupart du temps).

"Nous grandissons comme des bonsaïs, torturés, élagués et rapetissés par les circonstances, les conventions, les préjugés culturels, les impératifs sociaux, les traumas infantiles et les attentes familiales"

belle image pleine de sens

Je n'ai pas cherché le réalisme et n'avais d'ailleurs pas prit la mesure de l'importance du confinement...ni fait attention à ce qu'il se passait particulièrement.
Je n'ai pas cherché le réalisme dans ce texte sauf que tout les éléments de la première partie (du découpage parce que il n'y a pas de parties dans ce texte, il est d'un bloc pour donner le découpage du temps) existent réellement...en tout cas je les aient entendus et des gens doivent y croire...même (et je l'ai retenu tellement c'est fantastique) que le chocolat est fait avec des cheveux d'indiens...(la théorie du Stockholm inversée est inventée seule).
Même chose pour la durée de la quarantaine, j'avais lu des publications sur les épidémies(quelle drôle d'idée) il y a plus de 15ans qui m'avaient marqué ou on apprends que la quarantaine dure rarement 40 jours mais souvent moins et parfois plus.

Bien sûr c'est une fiction tout comme le personnage est inspiré mais pas existant.

Oui Minoritaire c'est un peu de la SF la façon dont j'ai traité le sujet. J'avais involontairement en tête les livres de Ray Bradbury auteur de Fahrenheit 451(qui devient volontaire Guy Lundi = Guy Montag) avec cet enfermement de la société qu'il y a dans ce livre mais où la pense est interdite(et fortement découragée) comme toute activités intellectuelle menant à la conscience de soi et du monde comme la solitude. Oui la solitude peut-être une activité.
En effet je fais allusion aux carnets du sous-sol de Dostoïevski (pas le meilleur ni le plus intéressant de cet auteur).
Merci pour cette version lue par Thiéfaine.

C'est marrant en écoutant le début de "Les carnets du sous-sol" l'avertissement au lecteur je l'avais oublié et je soupçonne que mon inconscient s'en souvenait mieux et a inconsciemment complété le récit avec...

Page 1 de 1
 
Vous devez être connecté pour poster des messages : S'identifier ou Devenir membre

Vous devez être membre pour poster des messages Devenir membre ou S'identifier