Yotoga

avatar 22/04/2014 @ 14:28:17
En discutant avec ma libraire, à la recherche du nouveau Kundera "la fete de l'insignifiance", elle me dit que venant de l'ex-Yougoslavie, elle refuse de vendre cet auteur. Sa position face à la guerre l'a choqué.

J'aurai aimé avoir des précisions, mais nous avons été interrompues. Je recherche alors sur le net quel genre de réaction Kundera a pu avoir et quel lien il a avec les évenements de 1991-1994....et je ne trouve rien ou peu.

Quelqu'un peut éclairer ma lanterne ?

Saule

avatar 23/04/2014 @ 19:49:05
Rien trouvé non plus, il faudra que tu retournes à la librairie et interroges cette dame.

Yotoga

avatar 24/04/2014 @ 09:10:54
Oui, malheureusement, il va falloir que je me force à retourner à la librairie, quel malheur :)

Septularisen

avatar 24/04/2014 @ 09:40:20
Elle ne confond pas plutôt avec Peter HANDKE? Édouard LIMONOV ? (Mais là j'ai des doutes!...).

Stavroguine
avatar 24/04/2014 @ 09:55:58
Je pensais aussi à une confusion avec Handke. Mais de la part d'une libraire, ce serait assez étonnant. Surtout en Allemagne !

En cherchant un peu sur le net, j'ai vu que Kundera avait pris des positions sur le rôle de la Mitteleuropa au moment de l'effondrement du bloc soviétique, mais je ne sais pas vraiment de quoi il ressort, ni si ça avait pu être mal perçu dans les Balkans.

Après, si ta libraire se présente comme "Yougoslave", il se peut aussi qu'elle ait mal vécu la dissolution. Or, il n'est pas impossible que Kundera ait pris le parti des Bosniaques ou des Croates. Parce que brocarder Milosevic comme le seul grand méchant de l'histoire comme on l'a fait en Europe occidentale, c'est aller un peu vite en besogne et on ne peut pas penser que la seule position critiquable par rapport à ce conflit soit celle adoptée par ceux qui l'ont soutenu (après tout, c'est d'abord la Croatie qui déclare unilatéralement et illégalement son indépendance et qui commence à expulser les Serbes de Croatie).

Stavroguine
avatar 24/04/2014 @ 10:06:03
Hop ! Voilà ce que j'ai trouvé en cherchant dans ce sens :

"[A propos de Peter Handke] Dès le début de la guerre, à l'été 1991, l'auteur de la Femme gauchère fait paraître dans Libération un texte, «Ma Slovénie en Yougoslavie», dénonçant les prisons identitaires des petites nations et répondant à l'appel «Il faut sauver la Slovénie» de Milan Kundera"

http://liberation.fr/evenement/2006/…

"«Il faut sauver la Slovénie»: le 4 juillet 1991, Milan Kundera, qui vient de recevoir un déchirant appel au secours d'intellectuels de Ljubljana, sort de son silence. L'exilé tchèque comprend «la consternation des Slovènes devant l'indifférence d'une partie de l'opinion européenne à leur égard. L'indifférence fondée sur l'ignorance.» Kundera rappelle le mot de Chamberlain pliant devant Hitler, en 1938: «Qui connaît la Tchécoslovaquie?»

Qui connaît la Croatie? Un philosophe fiévreux, hanté par la mémoire tragique de la dernière guerre mondiale, et qui se souvient d'un article de 1983 où Milan Kundera traçait un parallèle entre le destin des juifs et celui des petites nations: Alain Finkielkraut monte au créneau pour défendre la Slovénie, puis la Croatie; l'aventure va lui valoir beaucoup d'ennuis ­ et le surnom ironique de «Finkielcroate».

(...)

En octobre 1991, le petit groupe d'intellectuels qui, autour de Kundera et Finkielkraut, signe une pétition pour la reconnaissance de l'indépendance slovène et croate, reste isolé."

http://liberation.fr/cahier-special/1996/…

Il semble donc bien que Kundera ait été un ardent défenseur du démembrement yougoslave et de l'indépendance slovène et croate.

Saule

avatar 24/04/2014 @ 12:37:28
Intéressant l'article de libé (le deuxième lien).

En tant que libraire, je trouve que la dame fait preuve de légèreté en mettant à l'index Kundera. Elle ne doit pas mélanger ses opinions avec son métier je pense.

Stavroguine
avatar 24/04/2014 @ 13:02:22
Oui, intéressant, quoique un peu biaisé, malheureusement.

Pour avoir pas mal bossé sur le sujet, je trouve assez malhonnête de parler d'"agresseur serbe" ou de regretter que les intellectuels ne distinguent pas "les bourreaux des victimes" quand il s'agit de la Croatie. Encore une fois, à la base, c'est la Croatie qui fait sécession unilatéralement et en toute illégalité. Au début du conflit, la Serbie - qui est encore la Yougoslavie - ne fait que préserver sa souveraineté territoriale et lutte contre un mouvement indépendantiste. On peut dès lors difficilement parler d'"agression". D'autant que ce sont les Croates qui initient le nettoyage ethnique en expulsant les Serbes qui habitent les régions frontalières (sans les exterminer, mais en les déplaçant). Après, en effet, les Serbes qui bénéficiaient des infrastructures de l'armée yougoslave ont répondu par un nettoyage ethnique et les crimes que l'on sait dans leur projet d'établir une "Grande Serbie" une fois que l'union yougoslave n'était plus possible. Mais on ne peut pas dire que les Croates soient de simples "victimes". Gotovina, par exemple, le héros de l'indépendance croate, a été condamné à 24 ans de prison par le TPIY pour les crimes de guerre commis par lui ou sous son commandement (avant d'être acquitté en appel à la surprise général et faisant flotter un vent de discrédit sur le Tribunal). D'ailleurs, il y avait aussi un projet de "Grande Croatie". Alors, on ne devrait pas s'étonner que les intellectuels et les politiques aient pour la plupart refuser de choisir leur camp avant que la Bosnie, vraie "victime" pour le coup, se prenne de plein fouet à la fois les assauts des Serbes et des Croates.

Saule

avatar 24/04/2014 @ 13:44:18
Je me souviens que dans Limonov, la bio de Limonov, il y avait un regard assez original et intéressant sur les guerres des balkans (un point de vue Russe, favorable à la Serbie). Il faudrait que je relise car j'ai largement oublié malheureusement.

C'est comme pour l'Ukraine, très difficile de prendre position et comprendre ce qu'il se passe.

Yotoga

avatar 24/04/2014 @ 14:39:45
Tout d'abord, merci pour ces articles. Enfin j'ai des pistes pour chercher plus !


Il semble donc bien que Kundera ait été un ardent défenseur du démembrement yougoslave et de l'indépendance slovène et croate.


Là vont continuer mes recherches. Parce que moi aussi, j'ai pas mal bossé le sujet, sur un point neutre. Je trouve aussi non réaliste de signaler les serbes (comme dans cet article) comme agresseur, surtout sur ta remarque par rapport aux infrastructures de l'armée Yougoslave...je suis tout à fait d'accord, c'est un fait.

Peut être peut on avoir une discution sur le point de vue Slovène...Corrige moi si je fais des erreurs chronologiques ou d'interpretation :

Quand 1989 les serbes veulent rassembler "la grande Serbie", le Voivodine et le Montenegro se sont ralliés à la Serbie, les albanais du Kosovo majoritaires sont rentrés en grève parce qu'ils voulaient vivre en paix avec les serbes du Kosovo sous un régime albanais (interpretation personnelle), certains serbes sont montés à Belgrad pour soutenir Milosevic et (ca y est, j'y arrive) les slovènes soutenaient les albanais du Kosovo, car (?) ils représentaient une union comme une Yougoslavie unie. (Et là arrive ma question : pourquoi les slovènes soutenaient les albanais du Kosovo? Est ce que mon interpretation est fausse ?) J'ai toujours pensé que 1989, les slovenes voulaient encore l'unité Yougoslave et que le tournant s'est fait en 1990. (Hors le texte de Kundera serait de 1991)

J'étais restée sur le fait que les slovènes ne faisaient que se défendre de l'aggression exterieure, ici exterieur dans le sens gouvernement yougoslave (alors finalement, interne) : fermeture de la revue presse Mladina, et journalistes en prison. Le jeu politique de 1990 dans la session congrès du parti où les slovenes ont quittés la salle est le premier symbole pour montrer qu'ils souhaitent l'indépendance.

Débézed

avatar 25/04/2014 @ 00:38:18
Ma dernière lecture sur le sujet montre une partie de l'extrême complexité qui règne depuis des siècle dans cette région :

http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/40681

Stavroguine
avatar 25/04/2014 @ 01:48:11

Quand 1989 les serbes veulent rassembler "la grande Serbie", le Voivodine et le Montenegro se sont ralliés à la Serbie, les albanais du Kosovo majoritaires sont rentrés en grève parce qu'ils voulaient vivre en paix avec les serbes du Kosovo sous un régime albanais (interpretation personnelle), certains serbes sont montés à Belgrad pour soutenir Milosevic et (ca y est, j'y arrive) les slovènes soutenaient les albanais du Kosovo, car (?) ils représentaient une union comme une Yougoslavie unie. (Et là arrive ma question : pourquoi les slovènes soutenaient les albanais du Kosovo? Est ce que mon interpretation est fausse ?) J'ai toujours pensé que 1989, les slovenes voulaient encore l'unité Yougoslave et que le tournant s'est fait en 1990. (Hors le texte de Kundera serait de 1991)


J'ai un peu de mal à suivre ta formulation...

Moi, ce que je comprends, c'est que le problème du Kosovo marque le début du conflit. C'est là que nait l'idée de Grande Serbie : les Serbes sont minoritaires au Kosovo, largement peuplé par des Albanais musulmans qui ne veulent pas de la Yougoslavie (ils ne sont ni yougoslaves, ni orthodoxes, leur langue n'est pas le BCS) mais être rattachés à l'Albanie. Milosevic refuse (le Kosovo est historiquement un territoire serbe et n'est même pas considéré comme une république au sein de la Yougoslavie : le Kosovo, c'est la Serbie) et veut lancer un programme de reconquête du Kosovo par les Serbes, eux-mêmes victimes sur place d'un nettoyage ethnique.

Mais depuis les années 1980, après la mort de Tito, la Yougoslavie prend l'eau de toutes parts. Ca aboutit en 1990 avec les premières élections libres qui aboutissent à l'élection d'indépendantistes dans toutes les républiques yougoslaves sauf la Serbie, mais ça couvait dans l'oeuf depuis un bout de temps, notamment pour les Slovènes qui, historiquement, sont plus austro-hongrois que yougoslaves et ont eux aussi une langue différente du BCS, de plus, son éloignement d'avec la Serbie fait qu'elle est peu peuplée de Serbes (ce qui explique d'ailleurs que leur indépendance se passe relativement bien : les combats durent à peine 10j entre la déclaration d'indépendance et les accords de Brioni ; processus accéléré par le fait que la JNA yougoslave s'est cassée les dents contre une armée slovène financée par l'Allemagne).

Le soutien des Slovènes au Kosovo me semble donc être purement opportuniste : les Slovènes voulant eux-mêmes l'indépendance, ils soutiennent le mouvement indépendantiste kosovar. Car même si, en effet, le référendum sur l'indépendance date de 1990, les revendications slovènes datent de bien avant.


J'étais restée sur le fait que les slovènes ne faisaient que se défendre de l'aggression exterieure, ici exterieur dans le sens gouvernement yougoslave (alors finalement, interne) : fermeture de la revue presse Mladina, et journalistes en prison. Le jeu politique de 1990 dans la session congrès du parti où les slovenes ont quittés la salle est le premier symbole pour montrer qu'ils souhaitent l'indépendance.


Il y en a avant : en 89, il y a déjà une réforme de la Constitution au sein de la République slovène qui affirme son droit de quitter la RSFY (sans le mettre en oeuvre avant le référendum de 90, puis la déclaration d'indépendance de 91).

Yotoga

avatar 25/04/2014 @ 18:18:10

J'ai un peu de mal à suivre ta formulation...


Oui, je suis désolée...J'ai vraiment du mal à m'exprimer clairement dans un francais correct et sans fautes d'orthographe, surtout quand le sujet m'interesse et que je m'envole et que je n'arrive pas à classifier mes idées dans ma tête. (Le but premier pour moi de m'inscrire sur CL, c'était de "m'entrainer" à écrire en francais...)

Mais je crois que tes efforts ont porté leurs fruits parce que je comprends parfaitement ton raisonement et ca répond à mes questions.

Je retourne voir la dame demain...

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