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Mémoires sauvés du vent
C’était l’un de ces jours, l’un de ceux qui, pourtant, n’avait pas si mal débuté. II faisait un temps splendide, la ville sentait le printemps, le ciel crachait du bleu à tout va, et les jolies filles de la terre s’étaient toutes données le mot, car toutes traversaient ce bleu courtement vêtues : mini jupe et tee-shirt à ras de nombril, un vrai régal.
J’avais les yeux encombrés de jambes fuselées, de ventres plats, de seins moulés, de cheveux aux vents, de frimousses irradiantes et bleutées.
Je m’étais installé ici pour lire, mais pour l’instant, je n’avais pu aller plus loin que la couverture du bouquin parce que, je vous l’ai dit : les jolies filles.
Qui pourrait ne pas aimer la vie quand elle passe sur ses gambettes et vous décroche un sourire à faire regrimper le Christ sur sa croix ?
"Mémoires sauvés du vent"
C’est ainsi que s’intitulait le roman que je tenais entre les mains. C’est-à-dire que je tenais entre les mains LE roman du 20ème siècle. Parfaitement, même que dans cette collection* la couverture s’illustrait d’un extrait d’une toile d’Edward Hopper baptisée : « Pennsylvania coal town ». Et quelle toile…
La librairie à laquelle j’avais fait appel pour le commander — car rares étaient/sont les libraires ayant du Richard Brautigan en rayon —, la librairie, donc, l’avait reçu le matin même et m’en avait averti par téléphone. Je m’étais précipité pour le récupérer, des mois que je ne l’avais lu, il me manquait. Sortant de là, j’avais pris place à la première terrasse de bistrot croisée avec l’intention de le dévorer, de m’en repaître, de fêter ça avec quelques bières, et de vous en toucher un mot ou deux afin d’apporter mon humble contribution à vulgariser l’œuvre du maître.
Préparez-vous, ce que je vais vous confesser est tout bonnement énorme. De la part d’un écrivain s’entend.
Et regardez avec moi passer cette jolie fille, voyez comme elle est belle avançant dans le bleu de la vie avec toute la détermination de sa jeunesse. Voyez, elle passe les cheveux aux vents, se passe une main dedans. Je crois bien qu’elle est rousse. Voyez, elle roule des hanches. Voyez, même le soleil s’y attache. Voyez, elle se retourne. Voyez comme elle sourit. Entendez ce que ses lèvres framboise racontent, ce que disent ses yeux plantés dans les vôtres.
Mais trop tard, elle tourne déjà au coin de la rue emportant avec elle ses mots, son regard, et son joli petit cul…
Bon.
N’empêche que c’était une sacrée bonne idée que d’encourager la lecture de Richard Brautigan. C’était faire œuvre de charité littéraire. Ouais, et je le ferai en des termes si bien choisis que chacun, et j’ai bien dit CHACUN, en resterait sur son cul, merdeux d’admiration. Plof. Youpi. Bravo. Je ferai un tabac avec ma critique sur l’œuvre de Richard Brautigan. Je serais reconnu pour ça. Adoré. Invité aux émissions télévisées. Encensé. J’y recevrais une médaille. En direct. Je serais promu chevalier de la légion d’honneur. Au minimum. Frédéric Bengbébé me l’agraferait soi-même à la poitrine. Je saignerais d’émotion. Ou je saignerais parce qu’il serait jaloux, parce qu’il aurait de quoi l’être, lui, les autres, et qu’il m’aurait planté la médaille dans le cœur au nom de tous. Après, on irait boire un coup au Flore, au Machin, au Truc, dans un bidule hautement culturel mais à Saint-Germain-Des-Prés, et entre deux cocktails, il me présenterait B.H.L., Loana, Amélie Nothomb, Didier Van Cauwelaert, Patrick Poivre d’Arvor, Sim, bref, plein de grands écrivains. Et moi, j’en aurai plus jamais rien à foutre des jolies filles puisque hé ho, je serais plein de fafiots.
Ainsi, de la terrasse du bistrot, je me voyais recevoir un prix pour l’ensemble de ma critique sur l’œuvre de Richard Brautigan, avec les honneurs, les flonflons, et tout, et tout, et plus encore : le grand jeu quoi.
Alors j’ai retourné le bouquin histoire de débuter mon irrésistible ascension, de me mettre au parfum, et je suis tombé sur ceci :
« Je donnerais dix milles vies pour la vie de Richard Brautigan. J’essaie de vous dire ça en vous regardant en face. Vingt mille. Au fond, je ne m’écœure pas du tout. Il en tombe des centaines de milliers tous les jours. Est-ce qu’on pense à ses millions de lecteurs, à ces réservoirs de sang neuf qu’étaient Mémoires sauvés du vent ou la Vengeance de la pelouse… ? Quelqu’un essaierait-il de m’arracher des mains Tokyo Montana express… ? »
C’était signé Philippe Djian*.
Je ne connaissais pas Philippe Djian.
J’ai aimé comme un fou une brune à la peau ambrée, à la tignasse de fauve, et qui marchait comme si ça urgeait. Je l’ai aimé, elle, ses guibolles et tout le reste. Un instant, un instant seulement, parce que l’instant d’après, j’ai aimé ce type que je ne connaissais pas, que je lisais pour la première fois. Je l’ai aimé à la folie, puis je l’ai haï d’avoir écrit ça et si bien.
J’ai passé la journée à regarder passer les jolies filles.
Plein.
J’ai passé la journée à regarder passer les demis.
Plein.
Je n’ai pas écrit un mot.
Aucun
Je me suis assis sur ma critique.
Finalement.
Plus tard, quittant la terrasse du bistrot, la rétine gavée de beauté féminine et l’estomac de bière, j’ai maudit Philippe Djian.
Et une fois encore en m’effondrant sur mon lit.
J’étais jaloux ? C’est à ça que vous pensez ?! J’étais jaloux. Hein ? Moi, j’étais jaloux ?! Hé tu rigole ou quoi ?! Moi, jaloux ? T’es dingue, hé ho tu te crois ou ? T’es dans mon texte là ! Oublie pas que t’es dans mon texte ! Que les choses soient claires : ici c’est chez moi. T’es dans mon PUTAIN DE TEXTE et je fais ce que je veux dans MON PUTAIN DE TEXTE. Je fais ce que bon me semble CHEZ MOI ! Non j’étais pas jaloux ! Non j’étais pas jaloux ! Non j’étais pas jaloux ! Pas du tout : j’étais pire.
Je me suis endormie me remémorant le texte de Djian,
« Je donnerais dix milles vies pour la vie de Richard Brautigan. J’essaie de vous dire ça en vous regardant en face. Vingt mille. Au fond, je ne m’écœure pas du tout. Il en tombe des centaines de milliers tous les jours. Est-ce qu’on pense à ses millions de lecteurs, à ces réservoirs de sang neuf qu’étaient Mémoire sauvé du vent ou la Vengeance de la pelouse… ? Quelqu’un essaierait-il de m’arracher des mains Tokyo Montana express… ? »
J’ai envié Richard Brautigan d’avoir si belle épitaphe
Puis j’ai composé celle de Philippe Djian :
ENCULÈ !
* Collection 10/18, N° 2002
C’était l’un de ces jours, l’un de ceux qui, pourtant, n’avait pas si mal débuté. II faisait un temps splendide, la ville sentait le printemps, le ciel crachait du bleu à tout va, et les jolies filles de la terre s’étaient toutes données le mot, car toutes traversaient ce bleu courtement vêtues : mini jupe et tee-shirt à ras de nombril, un vrai régal.
J’avais les yeux encombrés de jambes fuselées, de ventres plats, de seins moulés, de cheveux aux vents, de frimousses irradiantes et bleutées.
Je m’étais installé ici pour lire, mais pour l’instant, je n’avais pu aller plus loin que la couverture du bouquin parce que, je vous l’ai dit : les jolies filles.
Qui pourrait ne pas aimer la vie quand elle passe sur ses gambettes et vous décroche un sourire à faire regrimper le Christ sur sa croix ?
"Mémoires sauvés du vent"
C’est ainsi que s’intitulait le roman que je tenais entre les mains. C’est-à-dire que je tenais entre les mains LE roman du 20ème siècle. Parfaitement, même que dans cette collection* la couverture s’illustrait d’un extrait d’une toile d’Edward Hopper baptisée : « Pennsylvania coal town ». Et quelle toile…
La librairie à laquelle j’avais fait appel pour le commander — car rares étaient/sont les libraires ayant du Richard Brautigan en rayon —, la librairie, donc, l’avait reçu le matin même et m’en avait averti par téléphone. Je m’étais précipité pour le récupérer, des mois que je ne l’avais lu, il me manquait. Sortant de là, j’avais pris place à la première terrasse de bistrot croisée avec l’intention de le dévorer, de m’en repaître, de fêter ça avec quelques bières, et de vous en toucher un mot ou deux afin d’apporter mon humble contribution à vulgariser l’œuvre du maître.
Préparez-vous, ce que je vais vous confesser est tout bonnement énorme. De la part d’un écrivain s’entend.
Et regardez avec moi passer cette jolie fille, voyez comme elle est belle avançant dans le bleu de la vie avec toute la détermination de sa jeunesse. Voyez, elle passe les cheveux aux vents, se passe une main dedans. Je crois bien qu’elle est rousse. Voyez, elle roule des hanches. Voyez, même le soleil s’y attache. Voyez, elle se retourne. Voyez comme elle sourit. Entendez ce que ses lèvres framboise racontent, ce que disent ses yeux plantés dans les vôtres.
Mais trop tard, elle tourne déjà au coin de la rue emportant avec elle ses mots, son regard, et son joli petit cul…
Bon.
N’empêche que c’était une sacrée bonne idée que d’encourager la lecture de Richard Brautigan. C’était faire œuvre de charité littéraire. Ouais, et je le ferai en des termes si bien choisis que chacun, et j’ai bien dit CHACUN, en resterait sur son cul, merdeux d’admiration. Plof. Youpi. Bravo. Je ferai un tabac avec ma critique sur l’œuvre de Richard Brautigan. Je serais reconnu pour ça. Adoré. Invité aux émissions télévisées. Encensé. J’y recevrais une médaille. En direct. Je serais promu chevalier de la légion d’honneur. Au minimum. Frédéric Bengbébé me l’agraferait soi-même à la poitrine. Je saignerais d’émotion. Ou je saignerais parce qu’il serait jaloux, parce qu’il aurait de quoi l’être, lui, les autres, et qu’il m’aurait planté la médaille dans le cœur au nom de tous. Après, on irait boire un coup au Flore, au Machin, au Truc, dans un bidule hautement culturel mais à Saint-Germain-Des-Prés, et entre deux cocktails, il me présenterait B.H.L., Loana, Amélie Nothomb, Didier Van Cauwelaert, Patrick Poivre d’Arvor, Sim, bref, plein de grands écrivains. Et moi, j’en aurai plus jamais rien à foutre des jolies filles puisque hé ho, je serais plein de fafiots.
Ainsi, de la terrasse du bistrot, je me voyais recevoir un prix pour l’ensemble de ma critique sur l’œuvre de Richard Brautigan, avec les honneurs, les flonflons, et tout, et tout, et plus encore : le grand jeu quoi.
Alors j’ai retourné le bouquin histoire de débuter mon irrésistible ascension, de me mettre au parfum, et je suis tombé sur ceci :
« Je donnerais dix milles vies pour la vie de Richard Brautigan. J’essaie de vous dire ça en vous regardant en face. Vingt mille. Au fond, je ne m’écœure pas du tout. Il en tombe des centaines de milliers tous les jours. Est-ce qu’on pense à ses millions de lecteurs, à ces réservoirs de sang neuf qu’étaient Mémoires sauvés du vent ou la Vengeance de la pelouse… ? Quelqu’un essaierait-il de m’arracher des mains Tokyo Montana express… ? »
C’était signé Philippe Djian*.
Je ne connaissais pas Philippe Djian.
J’ai aimé comme un fou une brune à la peau ambrée, à la tignasse de fauve, et qui marchait comme si ça urgeait. Je l’ai aimé, elle, ses guibolles et tout le reste. Un instant, un instant seulement, parce que l’instant d’après, j’ai aimé ce type que je ne connaissais pas, que je lisais pour la première fois. Je l’ai aimé à la folie, puis je l’ai haï d’avoir écrit ça et si bien.
J’ai passé la journée à regarder passer les jolies filles.
Plein.
J’ai passé la journée à regarder passer les demis.
Plein.
Je n’ai pas écrit un mot.
Aucun
Je me suis assis sur ma critique.
Finalement.
Plus tard, quittant la terrasse du bistrot, la rétine gavée de beauté féminine et l’estomac de bière, j’ai maudit Philippe Djian.
Et une fois encore en m’effondrant sur mon lit.
J’étais jaloux ? C’est à ça que vous pensez ?! J’étais jaloux. Hein ? Moi, j’étais jaloux ?! Hé tu rigole ou quoi ?! Moi, jaloux ? T’es dingue, hé ho tu te crois ou ? T’es dans mon texte là ! Oublie pas que t’es dans mon texte ! Que les choses soient claires : ici c’est chez moi. T’es dans mon PUTAIN DE TEXTE et je fais ce que je veux dans MON PUTAIN DE TEXTE. Je fais ce que bon me semble CHEZ MOI ! Non j’étais pas jaloux ! Non j’étais pas jaloux ! Non j’étais pas jaloux ! Pas du tout : j’étais pire.
Je me suis endormie me remémorant le texte de Djian,
« Je donnerais dix milles vies pour la vie de Richard Brautigan. J’essaie de vous dire ça en vous regardant en face. Vingt mille. Au fond, je ne m’écœure pas du tout. Il en tombe des centaines de milliers tous les jours. Est-ce qu’on pense à ses millions de lecteurs, à ces réservoirs de sang neuf qu’étaient Mémoire sauvé du vent ou la Vengeance de la pelouse… ? Quelqu’un essaierait-il de m’arracher des mains Tokyo Montana express… ? »
J’ai envié Richard Brautigan d’avoir si belle épitaphe
Puis j’ai composé celle de Philippe Djian :
ENCULÈ !
* Collection 10/18, N° 2002
Mémoires sauvés du vent
C’était l’un de ces jours, l’un de ceux qui, pourtant, n’avait pas si mal débuté. II faisait un temps splendide, la ville sentait le printemps, le ciel crachait du bleu à tout va, et les jolies filles de la terre s’étaient toutes données le mot, car toutes traversaient ce bleu courtement vêtues : mini jupe et tee-shirt à ras de nombril, un vrai régal.
J’avais les yeux encombrés de jambes fuselées, de ventres plats, de seins moulés, de cheveux aux vents, de frimousses irradiantes et bleutées.
Je m’étais installé ici pour lire, mais pour l’instant, je n’avais pu aller plus loin que la couverture du bouquin parce que, je vous l’ai dit : les jolies filles.
Qui pourrait ne pas aimer la vie quand elle passe sur ses gambettes et vous décroche un sourire à faire regrimper le Christ sur sa croix ?
"Mémoires sauvés du vent"
C’est ainsi que s’intitulait le roman que je tenais entre les mains. C’est-à-dire que je tenais entre les mains LE roman du 20ème siècle. Parfaitement, même que dans cette collection* la couverture s’illustrait d’un extrait d’une toile d’Edward Hopper baptisée : « Pennsylvania coal town ». Et quelle toile…
La librairie à laquelle j’avais fait appel pour le commander — car rares étaient/sont les libraires ayant du Richard Brautigan en rayon —, la librairie, donc, l’avait reçu le matin même et m’en avait averti par téléphone. Je m’étais précipité pour le récupérer, des mois que je ne l’avais lu, il me manquait. Sortant de là, j’avais pris place à la première terrasse de bistrot croisée avec l’intention de le dévorer, de m’en repaître, de fêter ça avec quelques bières, et de vous en toucher un mot ou deux afin d’apporter mon humble contribution à vulgariser l’œuvre du maître.
Préparez-vous, ce que je vais vous confesser est tout bonnement énorme. De la part d’un écrivain s’entend.
Et regardez avec moi passer cette jolie fille, voyez comme elle est belle avançant dans le bleu de la vie avec toute la détermination de sa jeunesse. Voyez, elle passe les cheveux aux vents, se passe une main dedans. Je crois bien qu’elle est rousse. Voyez, elle roule des hanches. Voyez, même le soleil s’y attache. Voyez, elle se retourne. Voyez comme elle sourit. Entendez ce que ses lèvres framboise racontent, ce que disent ses yeux plantés dans les vôtres.
Mais trop tard, elle tourne déjà au coin de la rue emportant avec elle ses mots, son regard, et son joli petit cul…
Bon.
N’empêche que c’était une sacrée bonne idée que d’encourager la lecture de Richard Brautigan. C’était faire œuvre de charité littéraire. Ouais, et je le ferai en des termes si bien choisis que chacun, et j’ai bien dit CHACUN, en resterait sur son cul, merdeux d’admiration. Plof. Youpi. Bravo. Je ferai un tabac avec ma critique sur l’œuvre de Richard Brautigan. Je serais reconnu pour ça. Adoré. Invité aux émissions télévisées. Encensé. J’y recevrais une médaille. En direct. Je serais promu chevalier de la légion d’honneur. Au minimum. Frédéric Bengbébé me l’agraferait soi-même à la poitrine. Je saignerais d’émotion. Ou je saignerais parce qu’il serait jaloux, parce qu’il aurait de quoi l’être, lui, les autres, et qu’il m’aurait planté la médaille dans le cœur au nom de tous. Après, on irait boire un coup au Flore, au Machin, au Truc, dans un bidule hautement culturel mais à Saint-Germain-Des-Prés, et entre deux cocktails, il me présenterait B.H.L., Loana, Amélie Nothomb, Didier Van Cauwelaert, Patrick Poivre d’Arvor, Sim, bref, plein de grands écrivains. Et moi, j’en aurai plus jamais rien à foutre des jolies filles puisque hé ho, je serais plein de fafiots.
Ainsi, de la terrasse du bistrot, je me voyais recevoir un prix pour l’ensemble de ma critique sur l’œuvre de Richard Brautigan, avec les honneurs, les flonflons, et tout, et tout, et plus encore : le grand jeu quoi.
Alors j’ai retourné le bouquin histoire de débuter mon irrésistible ascension, de me mettre au parfum, et je suis tombé sur ceci :
« Je donnerais dix milles vies pour la vie de Richard Brautigan. J’essaie de vous dire ça en vous regardant en face. Vingt mille. Au fond, je ne m’écœure pas du tout. Il en tombe des centaines de milliers tous les jours. Est-ce qu’on pense à ses millions de lecteurs, à ces réservoirs de sang neuf qu’étaient Mémoires sauvés du vent ou la Vengeance de la pelouse… ? Quelqu’un essaierait-il de m’arracher des mains Tokyo Montana express… ? »
C’était signé Philippe Djian*.
Je ne connaissais pas Philippe Djian.
J’ai aimé comme un fou une brune à la peau ambrée, à la tignasse de fauve, et qui marchait comme si ça urgeait. Je l’ai aimé, elle, ses guibolles et tout le reste. Un instant, un instant seulement, parce que l’instant d’après, j’ai aimé ce type que je ne connaissais pas, que je lisais pour la première fois. Je l’ai aimé à la folie, puis je l’ai haï d’avoir écrit ça et si bien.
J’ai passé la journée à regarder passer les jolies filles.
Plein.
J’ai passé la journée à regarder passer les demis.
Plein.
Je n’ai pas écrit un mot.
Aucun
Je me suis assis sur ma critique.
Finalement.
Plus tard, quittant la terrasse du bistrot, la rétine gavée de beauté féminine et l’estomac de bière, j’ai maudit Philippe Djian.
Et une fois encore en m’effondrant sur mon lit.
J’étais jaloux ? C’est à ça que vous pensez ?! J’étais jaloux. Hein ? Moi, j’étais jaloux ?! Hé tu rigole ou quoi ?! Moi, jaloux ? T’es dingue, hé ho tu te crois ou ? T’es dans mon texte là ! Oublie pas que t’es dans mon texte ! Que les choses soient claires : ici c’est chez moi. T’es dans mon PUTAIN DE TEXTE et je fais ce que je veux dans MON PUTAIN DE TEXTE. Je fais ce que bon me semble CHEZ MOI ! Non j’étais pas jaloux ! Non j’étais pas jaloux ! Non j’étais pas jaloux ! Pas du tout : j’étais pire.
Je me suis endormie me remémorant le texte de Djian,
« Je donnerais dix milles vies pour la vie de Richard Brautigan. J’essaie de vous dire ça en vous regardant en face. Vingt mille. Au fond, je ne m’écœure pas du tout. Il en tombe des centaines de milliers tous les jours. Est-ce qu’on pense à ses millions de lecteurs, à ces réservoirs de sang neuf qu’étaient Mémoire sauvé du vent ou la Vengeance de la pelouse… ? Quelqu’un essaierait-il de m’arracher des mains Tokyo Montana express… ? »
J’ai envié Richard Brautigan d’avoir si belle épitaphe
Puis j’ai composé celle de Philippe Djian :
ENCULÈ !
* Collection 10/18, N° 2002
Bravo, je le savais que la colère t'irait si bien!
Salut Kilis,
juste un petit détail pour le confort de la consultation et de la lecture des posts, si tu pouvais éviter de recopier tout le texte dont au sujet duquel que tu réagis, ce serait plus sympa parce que j'ai les yeux qui clignotent déjà le matin comme les phares d'une mobylette dans le brouillard...
juste un petit détail pour le confort de la consultation et de la lecture des posts, si tu pouvais éviter de recopier tout le texte dont au sujet duquel que tu réagis, ce serait plus sympa parce que j'ai les yeux qui clignotent déjà le matin comme les phares d'une mobylette dans le brouillard...
Yali, voilà un bel hymne d'amour, encore un, même si tu rediffuses sous le coup de la colère... qui t'est déjà passée. Je ne parlerai pas du fond, je sens bien que c'est trop délicat et que tu as au sujet de cet IMMENSE écrivain des réactions épidermiques incontrôlées.
Donc pour la forme : quelques phrases d'une platitude ! On dirait du moi ! "C’est ainsi que s’intitulait le roman que je tenais entre les mains" - "La librairie à laquelle j’avais fait appel pour le commander […] la librairie, donc, l’avait reçu le matin même et m’en avait averti par téléphone. Je m’étais précipité pour le récupérer".
Dommage à cause de tout le reste qui reflète si bien "le style Yali".
Et j'ai beaucoup aimé la fin où tu fais réellement ressentir le type qui as vraiment trop ingurgité de bière et qui crache ses derniers mots à la lune avant de s'écrouler sur sa couche pour cuver.
J'ajoute que pour les lecteurs très observateurs et à la mémoire très développée, la phrase "chacun en resterait sur son cul, merdeux d’admiration" ne va pas tarder à faire son effet... Me trompé-je ?
Quand est-ce que tu m'écris un poème Yali ?
Donc pour la forme : quelques phrases d'une platitude ! On dirait du moi ! "C’est ainsi que s’intitulait le roman que je tenais entre les mains" - "La librairie à laquelle j’avais fait appel pour le commander […] la librairie, donc, l’avait reçu le matin même et m’en avait averti par téléphone. Je m’étais précipité pour le récupérer".
Dommage à cause de tout le reste qui reflète si bien "le style Yali".
Et j'ai beaucoup aimé la fin où tu fais réellement ressentir le type qui as vraiment trop ingurgité de bière et qui crache ses derniers mots à la lune avant de s'écrouler sur sa couche pour cuver.
J'ajoute que pour les lecteurs très observateurs et à la mémoire très développée, la phrase "chacun en resterait sur son cul, merdeux d’admiration" ne va pas tarder à faire son effet... Me trompé-je ?
Quand est-ce que tu m'écris un poème Yali ?
Très juste Mo, trois phrases me gênes aussi. Vais corriger. Et non Mo tu n’es pas plate (sans insinuation d’aucune sorte), mais pourquoi donc, ne te sert-tu pas plus souvent des renvois à la ligne, ce qui dynamiserait ?
"chacun en resterait sur son cul, merdeux d’admiration" : très observatrice, je n’avais pas fait le rapprochement !
Suis infoutu d ‘écrire un poème, j’ai pas le tempo pour ça !
"chacun en resterait sur son cul, merdeux d’admiration" : très observatrice, je n’avais pas fait le rapprochement !
Suis infoutu d ‘écrire un poème, j’ai pas le tempo pour ça !
Bonsoir Yali,
J’ai lu ton texte tout habité par tes monstres sacrés - Et je ne parle pas que des filles et de la bière – Tu t’y es bien lâché, on t’y retrouve tout entier, du moins pour ce que nous, ici, nous en connaissons.
Evidemment, cette fois, ce n’est pas une histoire vraie. C’est un défouloir et, comme dit Monique, sur la fin, ça gerbe un peu dans tous les sens. Le truc qui soulage quoi.
Mais c’est à ça que ça sert d’écrire, non ?
J’ai lu ton texte tout habité par tes monstres sacrés - Et je ne parle pas que des filles et de la bière – Tu t’y es bien lâché, on t’y retrouve tout entier, du moins pour ce que nous, ici, nous en connaissons.
Evidemment, cette fois, ce n’est pas une histoire vraie. C’est un défouloir et, comme dit Monique, sur la fin, ça gerbe un peu dans tous les sens. Le truc qui soulage quoi.
Mais c’est à ça que ça sert d’écrire, non ?
Oui sans doute, c'est à ça que cela sert en partie. Mais le texte est en partie vrai dans le sens ou si j'avais entendu parler de Djian, c'est bien au dos de "Mémoires sauvés du vent" que je l'ai lu pour la première fois. Et ça m'a réelement foutu un choc.
Je pense sincèrement que Philippe DJIAN mérite mieux que ce que tu lui proposes! C'est pas beau la jalousie! (Je le sais, moi je le suis!)
Et puis quoi, tu nous fais une petite criser d'amour? Ouin, personne ne me lit plus, ne me critique plus! ON T AIME, Yali. ca va comme ça.
Je vais me répéter mais trop d'un coup ça coupe les pattes. Quand je vois l'afflux qui nous est tomé sur le coin de la tronche ces derniers temps ... J'essaie de faire respecter la file d'attente. Et on voudrait un texte pour ce soir? Et quoi encore, je n'ai même pas le temps de tout lire!
Sur ton texte, j'admire la mise en mots et idées que tu parviens à réaliser sur un fait, certes important, BRAUTIGAN et DJIAN quand même, mais qui ne ferait pas l'amorce d'un polar. Ca c'est grand et depuis que j'essaye d'écrire de courts textes (et c'est tout frais), je mesure la perf.
Quand même, enculé, c'est pas gentil!
Et puis quoi, tu nous fais une petite criser d'amour? Ouin, personne ne me lit plus, ne me critique plus! ON T AIME, Yali. ca va comme ça.
Je vais me répéter mais trop d'un coup ça coupe les pattes. Quand je vois l'afflux qui nous est tomé sur le coin de la tronche ces derniers temps ... J'essaie de faire respecter la file d'attente. Et on voudrait un texte pour ce soir? Et quoi encore, je n'ai même pas le temps de tout lire!
Sur ton texte, j'admire la mise en mots et idées que tu parviens à réaliser sur un fait, certes important, BRAUTIGAN et DJIAN quand même, mais qui ne ferait pas l'amorce d'un polar. Ca c'est grand et depuis que j'essaye d'écrire de courts textes (et c'est tout frais), je mesure la perf.
Quand même, enculé, c'est pas gentil!
Merci Tistou.
Il faudra peut-être que je modifie le dernier mot. En fait, faut savoir que Enculé (Prononcer Ongulé) en néo-Calédonien est un terme qui peut-être affectueux. On dit aussi "mon con" (Prononcer mon gon).
ex : L'ongin…(l'engin) regard' le mon gon comme il est fin sapé! L'ongulé, ça pète hein !
Il faudra peut-être que je modifie le dernier mot. En fait, faut savoir que Enculé (Prononcer Ongulé) en néo-Calédonien est un terme qui peut-être affectueux. On dit aussi "mon con" (Prononcer mon gon).
ex : L'ongin…(l'engin) regard' le mon gon comme il est fin sapé! L'ongulé, ça pète hein !
L'ongulé, ça pète hein !
Plus qu'enculé, sans aucun doute!
Plus qu'enculé, sans aucun doute!
Quelle trivialité Tistou ?!
Yossi, mais y s'moques de mon accont le zor ?! Ben là !
Yossi, mais y s'moques de mon accont le zor ?! Ben là !
cf Dix ans, Vos Ecrits ... 2004, le démarrage
Yali fut le véritable initiateur de Vos Ecrits
"Vos critiques sont les bienvenues (14)" Fallait ramer !
Yali fut le véritable initiateur de Vos Ecrits
"Vos critiques sont les bienvenues (14)" Fallait ramer !
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