Bolcho
avatar 29/04/2017 @ 11:36:11
Monde Diplomatique de mai 2017

1. « Duplicité économique du Front national : haro sur les patrons...étrangers », Renaud Lambert
Afin de résumer les termes de son duel avec M. Emmanuel Macron, incarnation selon elle de l’« argent roi », Mme Marine Le Pen a célébré la France « qui protège nos emplois, notre pouvoir d’achat ». En matière économique, le Front national se situe volontiers sur un terrain jadis occupé par la gauche. Mais le libéralisme ne lui pose aucun problème dès lors qu’il reste hexagonal.
Lors des législatives de juin 2012, « pas moins de 76 % des mesures proposées par le Rassemblement Bleu Marine se plaç[aient] à gauche de l’axe économique », a calculé le politiste Gilles Ivaldi. Le programme 2017 n’infirme pas l’observation : réindustrialisation planifiée (proposition 34), retour de la retraite à 60 ans (52), maintien des trente-cinq heures (63), lutte contre les déserts médicaux (67) et l’évasion fiscale (78), refus des traités de libre-échange (127), garantie de l’accès aux services publics (138), renationalisation des autoroutes (144)… Comment expliquer un tel braconnage de l’extrême droite sur les terres traditionnelles de la gauche ?
 « Le FN ment », conclut le « Flash n° 6 » du collectif Vigilance et initiatives syndicales antifascistes (Visa), qui rassemble l’Union syndicale Solidaires, des fédérations et des syndicats de la CGT, de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) ou encore de la Confédération nationale du travail (CNT).
Mai 2016 : Mme Le Pen exige le retrait de la loi travail, alors même que les députés de son parti déposent des amendements visant à en renforcer la nature libérale. Et, dans son programme 2017, le FN promet, d’une part, un accroissement des dépenses et, de l’autre, un déficit structurel égal à zéro, l’équivalent de la « règle d’or » européenne qui impose l’austérité aux peuples du continent. 
Bruno Mégret : « Nous sommes en train de vivre une mutation de très grande envergure. (…) La société de demain sera structurée par d’autres lignes de force. Ce ne sera plus le marxisme contre le capitalisme, mais le mondialisme contre le nationalisme. »
Le FN n’a pas troqué sa flamme bleu, blanc, rouge contre une faucille et un marteau : « Je souhaite que mon programme permette de dire “Heureux comme un entrepreneur en France” », déclare Mme Le Pen le 5 janvier 2017. « Nous sommes des capitalistes, d’abord », nous confirme M. Bernard Monot, économiste, qui se présente comme « l’un des papas du programme économique » du FN. La spécificité de son projet ? « À l’intérieur de l’Hexagone, nous sommes libéraux, c’est-à-dire en faveur du profit. Au-delà des frontières, tout change : il faut lutter contre la concurrence déloyale que nous impose la dérégulation mondialiste. » 
Dans son livre de 2012, Mme Le Pen ne critique jamais le « libéralisme » ou le « capitalisme » sans leur associer un marqueur de dévoiement : « ultra », « hyper », « extrême », « mondialisé », suggérant qu’elle condamne moins un régime économique que sa tendance à l’immodération. 
« Ce ne sera plus le parti des patrons contre celui des ouvriers, mais le parti des étrangers contre le parti de la France », avançait déjà M. Mégret dans la préface de l’ouvrage de 1992.
Si le FN prévoit une « réforme de la représentativité » des syndicats en « allant plus loin que M. François Fillon en 2008 », M. de La Tocnaye partage volontiers son rêve : « Pour moi, notre doctrine saine de réconciliation de l’économique et du social implique de créer de nouveaux syndicats rassemblant salariés, cadres et patrons. » Un modèle corporatiste garantissant que « les gens défendent leur métier plus que leurs intérêts catégoriels ». Au FN, on n’aime pas beaucoup la grève…

2. « Donald Trump s'épanouit en chef de guerre », Michael T. Klare (professeur et écrivain)
Depuis qu’il occupe le bureau Ovale, le président Trump se montre de plus en plus va-t-en-guerre, donnant les coudées franches à son état-major — « mes généraux », comme il aime à les appeler — pour planifier et exécuter des opérations militaires dans diverses zones de combat, comme l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, la Somalie, la Syrie ou le Yémen.
M. Trump décide d’accorder des pouvoirs accrus à ses officiers en chef, leur donnant carte blanche pour mener des actions militaires dans une demi-douzaine de pays. Au Yémen, par exemple, le président a autorisé le Pentagone à désigner trois provinces comme des « zones d’hostilité active », un label qui permet aux officiers sur place d’ordonner des raids et des tirs de drones pour éliminer des suspects sans devoir en référer à la Maison Blanche.  Les États-Unis ont lancé plus de soixante-dix attaques de drones au Yémen.   En Somalie aussi, des territoires entiers ont été classés zones d’activité hostile. 
Cette délégation d’« autorités » à des officiers de rang inférieur s’est concrétisée en mars par le déploiement de quatre cents soldats américains supplémentaires en Syrie.
Selon de nombreux observateurs, cette stratégie du « Laissons faire les gars sur place » explique en partie le bain de sang du 17 mars, quand des bombardements sur une zone résidentielle de l’ouest de Mossoul ont causé la mort d’au moins deux cents civils irakiens, parmi lesquels des dizaines d’enfants.
M. Trump se métamorphose en adepte inconditionnel de la force militaire.
Il est à craindre que l’épisode des missiles ne soit qu’une étape sur le cheminement d’un homme en train d’acquérir expérience et satisfaction dans l’usage de la puissance de feu américaine contre des pays plus faibles que le sien. Une telle pulsion ne peut être rassasiée par une salve unique sur le seul régime syrien.
M. Trump n'a d'ailleurs pas attendu longtemps pour en faire la démonstration. 
À quoi pourrait ressembler son prochain coup d’éclat ? Des frappes militaires préventives contre la Corée du Nord ou contre l’Iran font partie des scénarios plausibles. 
Le régime nord-coréen a prévenu qu’il répondrait à toute attaque américaine par des tirs meurtriers sur la Corée du Sud et le Japon.
Les perspectives ne sont guère plus rassurantes du côté de l’Iran.  Des sources à la Maison Blanche ont fait comprendre qu’une action militaire était bel et bien envisagée. 
De telles frappes déclencheraient certainement une spirale de représailles lourdes de conséquences. Les Iraniens ont déjà brandi la menace de bloquer les convois de pétrole transitant par le détroit d’Ormuz, ce qui provoquerait une crise économique mondiale majeure. 

3 « La rationalité de Pyongyang », Philippe Pons (journaliste)
« Malgré les sanctions, la Corée du Nord poursuit son programme nucléaire »
Les menaces et l’embargo américains répondent aux provocations et essais militaires nord-coréens. Après avoir envoyé un porte-avions en mer du Japon, le président des États-Unis réclame un engagement plus ferme de la Chine. Si Pékin a durci les sanctions contre Pyongyang, il est peu probable que les dirigeants nord-coréens renoncent au nucléaire, devenu leur assurance-vie.
Les fulminations et menaces de MM. Donald Trump et Kim Jong-un ont accru la fébrilité dans les chancelleries.
Ces flambées sont récurrentes depuis la suspension de la guerre entre le Nord et le Sud (1950-1953) par un armistice qui n’a jamais été suivi d’un traité de paix. Les menaces américaines d’intervention militaire ne datent pas d’aujourd’hui. La menace ou le recours à la force ne suffiront pas à eux seuls à régler le problème. Depuis sa fondation, en 1948, la RPDC tient tête aux grandes puissances : États-Unis, Chine et l’Union soviétique. Aujourd’hui, elle fait preuve de la même farouche indépendance en défiant Washington autant que Pékin.
La politique des États-Unis et de leurs alliés a ignoré quelles motivations poussaient les dirigeants nord-coréens à se doter de l’arme nucléaire.
Les attaques américaines sur l’Irak, l’Afghanistan et dernièrement sur la Syrie les ont confortés dans une conviction : seule la possession de l’arme nucléaire peut leur éviter un tel sort.
L’accord-cadre de 1994, prévoyait un gel du programme de production de plutonium de la Corée du Nord en échange de la normalisation des relations avec les États-Unis, de la levée des sanctions et de la fournitures de deux centrales à eau légère. 
Les Américains n’ont jamais respecté leurs engagements.
M. George W. Bush, en 2002, déclare caduc l’accord de 1994 sous prétexte que le programme d’enrichissement d’uranium serait entré dans une phase opérationnelle. Ce n’était pas le cas, comme ont dû le reconnaître en mars 2007 les renseignements américains — ce qui n’est pas sans rappeler la manipulation des informations des services de renseignement pour justifier l’invasion de l’Irak.  Cette stratégie a eu un effet contraire à celui recherché : libéré de l’accord de 1994, et en dépit des sanctions internationales, Pyongyang procédait à son premier essai atomique en 2006. Aujourd’hui,  la nucléarisation de la RPDC est une réalité. 
Renoncer à son armement serait suicidaire pour le régime : il
deviendrait vulnérable à une attaque extérieure, comme l’Irak.
Le régime de Pyongyang suit une ligne politique dont il ne s’écarte pas. Il entend être reconnu comme une puissance indépendante, dotée de l’arme nucléaire. La population est entretenue dans une mentalité d’assiégé permanent.
  Autre constance de la politique nord-coréenne : l’affirmation de l’indépendance nationale, qui signifie le rejet de la séculaire relation tributaire de la péninsule vis-à-vis de la Chine. 
La Chine, qui est de loin le principal partenaire commercial de la RPDC, dispose certes de moyens de pression, mais elle a aussi d’autres priorités que les États-Unis. Pyongyang en joue : les dirigeants chinois ne sont pas favorables à une Corée nucléaire, mais ils veulent encore moins l’étrangler et la placer dos au mur. Son effondrement comporterait plusieurs risques : une guerre civile à leur porte, un afflux de refugiés qui pourrait déstabiliser la région frontalière de Yanbian, où vit une importante minorité d’origine coréenne, et surtout une éventuelle réunification sous l’égide de la Corée du Sud — ce qui signifierait la présence à sa frontière d’un allié des États-Unis, voire des forces américaines elles-mêmes. 
Au renforcement (modéré) des sanctions chinoises, Pyongyang a répondu par une salve d’attaques verbales d’une virulence inconnue depuis la Révolution culturelle, par de nouveaux tirs de missiles et par le refus de recevoir des émissaires de Pékin. Bravade ?
Pour l’instant, la politique chinoise demeure inchangée : les États-Unis et la Corée du Nord doivent négocier. Washington veut faire plier la RPDC par la force ; Pékin veut la faire évoluer économiquement en l’intégrant dans le développement régional.
Toute politique visant à calmer les tensions suppose de prendre en compte trois paramètres : les dirigeants nord-coréens ne sont pas irrationnels mais déterminés à prendre des risques ; le régime n’est pas en train de s’effondrer ; il ne renoncera pas à son arme nucléaire. Autre élément que Washington doit avoir en tête : toute attaque de la RPDC serait suivie d’une réplique de Pyongyang. Or Séoul se situe à cinquante kilomètres des batteries nord-coréennes, et les bases militaires américaines à Okinawa (Japon), à portée de ses missiles. La marge de manœuvre s’avère étroite et les risques sont grands.

4 « Le candidat des médias : Emmanuel Macron, fabriqué pour servir », Marie Bénilde (journaliste)
Inventeur d’une nouvelle manière de promouvoir les vieilles idées sociales-libérales qui ont valu au président François Hollande des records d’impopularité, M. Emmanuel Macron a trouvé dans les médias un solide point d’appui.
  M. Macron plaît à la presse et à ses dirigeants. Et pour cause : son discours libéral, europhile, atlantiste et moderniste évoque une synthèse des éditoriaux du Monde, de Libération, de L’Obs et de L’Express.
En janvier 2017, le coactionnaire du Monde Pierre Bergé annonçait sur Twitter son « soutien sans la moindre restriction à Emmanuel Macron ». 
Après « La bombe Macron » en septembre 2014, L’Express inaugurait sa nouvelle formule, en mars 2016, avec ce titre : « Macron : “Ce que je veux pour 2017” ». « C’est lui qui incarne le plus l’esprit de réforme en France aujourd’hui, avec modernité », insistait Christophe Barbier, directeur du magazine. Le même mois, alors que l’intéressé n’avait toujours pas créé son mouvement politique, L’Obs titrait : « La fusée Macron : son plan secret pour 2017 ». Cinq autres « unes » devaient ensuite rappeler aux lecteurs l’actualité du candidat d’En marche !.
Un peu plus à droite, Le Point a multiplié les couvertures : « Et pourquoi pas lui ? », « L’homme qui dérange », « Qui a peur des libéraux ? » ou « Ce qu’il a dans la tête ». Même Le Figaro, officiellement champion de M. François Fillon, a laissé passer des commentaires élogieux. 
Entre le 1 er avril et le 30 septembre 2016 le candidat d’En marche ! a bénéficié de 42 % des parts de voix dans les médias, alors qu’il n’atteignait que 17 % sur les réseaux sociaux. Le 21 février 2017, l’hebdomadaire Marianne a ainsi calculé qu’en quatre mois BFM TV avait retransmis quatre cent vingt-six minutes de discours de M. Macron au cours de ses meetings, contre quatre cent quarante minutes pour ses quatre principaux adversaires réunis. 
En avril 2016, au moment du lancement d’En marche !, Paris Match titre en « une » : « Ensemble sur la route du pouvoir. Brigitte et Emmanuel Macron », avec les confidences de madame « en exclusivité ». 
Par sa mise en récit, la presse people véhicule puis conforte l’idée d’un Macron transgressif, différent.
Au sein du groupe Lagardère — dont le propriétaire, M. Arnaud Lagardère, a décidé le 20 avril de prendre directement les rênes —, M. Macron peut aussi compter sur Le Journal du dimanche, qui, après avoir successivement chéri MM. Manuel Valls et François Fillon, a fini en mars 2016 par changer de champion.

5 « Pour une décroissance sécuritaire », Laurent Bonelli (maître de conférences à l'université de Paris Nanterre)
La question de la sécurité est revenue s’installer au cœur de la campagne présidentielle. Certains candidats se sont distingués par des propositions particulièrement radicales, comme l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans (pour M. Fillon) ou la mise en place d’un « plan de désarmement des banlieues » (pour Mme Le Pen), mais les modalités proposées par la plupart d’entre eux convergaient étonnamment. Garantir la sécurité requerrait simplement une augmentation quantitative des moyens pour l’assurer : plus de personnel (public ou privé), plus d’infrastructures (prisons, centres fermés, systèmes technologiques), plus de lois.
Cette philosophie a été suivie avec constance par les gouvernements qui se sont succédé depuis la fin des années 1990. Plus d’une quarantaine de lois ont été votées. Elles ont créé de nouveaux délits (la mendicité agressive, le racolage passif, la fraude d’habitude dans les transports en commun, les rassemblements dans les halls d’immeuble, etc.), systématisé et durci les sanctions pénales ou renforcé les pouvoirs de la police (allongement des gardes à vue, extension des capacités d’écoute et d’interception, développement des fichiers, etc.). Conséquence logique de ce mouvement : les prisons françaises débordent.  Les rues de nos villes et de nos campagnes sont-elles plus sûres ? Y a-t-il moins d’agressions, de cambriolages, de vols, de violences sexuelles, d’attentats ?
Devant cet échec, les principaux candidats à l’élection ont parié sur une nouvelle fuite en avant. Ils ont oublié que l’action publique produit des effets sur les individus et les sociétés. Et qu’elle peut reproduire ou aggraver les maux qu’elle prétend combattre. 
Premier chantier : la prison, dont tous les travaux montrent les effets délétères sur les individus.  La solidarité entre détenus se renforce. Appartenir à un collectif apparaît comme une nécessité pour se protéger tant contre la violence institutionnelle que contre celle des autres prisonniers. 
De surcroît, le stigmate pénal aggrave la situation d’individus déjà peu instruits et relégués sur le marché de l’emploi. Ce cercle vicieux explique largement la récidive et donne tout son sens à la désignation des prisons comme « écoles du crime ». Au lieu d’en construire de nouvelles, pourquoi ne pas commencer par les vider, comme le font plusieurs pays européens ?  Les députés français concluaient dans le même sens : « La prison aujourd’hui apparaît une sanction inadaptée à plusieurs types de délinquants : toxicomanes, étrangers, mineurs, malades mentaux. Il faut donc sortir d’un système de sanctions axé sur le tout-carcéral et développer d’autres formes de rappel à la loi pour mieux assurer la sécurité en limitant la récidive. »
Un second chantier concerne les stupéfiants. La France est l’un des pays européens où la consommation de cannabis est la plus importante.  En 2013, 59 % des condamnations pénales concernant les stupéfiants portaient sur l’usage simple. Bien que cela reste sa justification première, la répression ne semble pas empêcher la consommation. En outre, ce contentieux épuise littéralement l’activité des forces de l’ordre et de l’autorité judiciaire.  Ce temps de travail et son coût public ne seraient-ils pas mieux investis ailleurs ?  Comme investir davantage dans la prévention et la pédagogie en matière de toxicomanie ?  Il est sans doute temps non pas de dépénaliser, mais de légaliser la consommation de cannabis, en suivant l’exemple de l’Autriche, de l’Uruguay et de plusieurs États américains (dont la Californie).
L’extension — au gré des lois successives — des pouvoirs d’enquête des policiers ne garantit pas plus d’efficacité, mais plus d’arbitraire. 
Proposer une décroissance sécuritaire, c’est d’abord prendre acte du fait que la sécurité n’est pas le contraire de l’insécurité. L’une et l’autre entretiennent un rapport dialectique, si bien que les efforts pour assurer la première peuvent largement conforter la seconde en enfantant des individus et des groupes irrémédiablement déviants. 
La légitimité de l’ordre politique et social ne peut reposer sur la seule action répressive.

Saint Jean-Baptiste 03/05/2017 @ 12:00:10
Les articles 2. « Donald Trump s'épanouit en chef de guerre », de Michael T. Klare (professeur et écrivain) et 3 « La rationalité de Pyongyang », de Philippe Pons (journaliste), donnent froid dans le dos.

C’est quand même inimaginable que le sort du monde dépende d’une décision de seulement deux individus : l’un, Kim Jong, dont le pouvoir n’a rien de légitime et l’autre, Donald Trump, dont la modération et le bon sens sont loin d’être avérés. C’est littéralement affolant !

Mais ce n’est pas nouveau.

Le 16 octobre 1962 a éclaté ce que le monde a appelé « la crise des missiles de Cuba ». Ces missiles étaient à tête nucléaire et braqués sur New-York et d’autres villes américaines. La vie de 80 millions d’Américains était en jeu.
Tous les membres des États-majors, tous les commandants des armées américaines, tous les membres du comité Exécutif de la maison Blanche et la grosse majorité des membres du Congrès voulaient déclencher une guerre nucléaire contre Cuba et Moscou. L’équilibre de la guerre Froide était rompu, Moscou nous déclarait la guerre… Ils accusaient John Kennedy d’être un lâche, un poltron, un traître… !

C’est grâce au sang-froid et à la ténacité d’un seul homme, John Kennedy, il est vrai, bien conseillé par son frère Bob, que le monde a évité un véritable massacre planétaire.

(cette épisode est magistralement raconté dans le livre « Crise à la Maison Blanche » : http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/34317 )

Mais les temps ont changé : peut-on compter sur la sagesse de nos deux va-t-en-guerre d’aujourd’hui ? ...Affolant !

Saint Jean-Baptiste 04/05/2017 @ 10:59:46
L’article 4 « Le candidat des médias : Emmanuel Macron, fabriqué pour servir », Marie Bénilde (journaliste) est révélateur : Macron chou-chou des médias.
Ça ne veut pas dire qu’il fera un mauvais président mais les riches risquent de devenir encore plus riche et les pauvres encore plus pauvre avec les classes moyennes qui vont casquer une fois de plus.

Mais la presse joue un mauvais rôle. La presse d’opinion annonce bien la couleur mais les stations de TV neutres, ne sont pas neutres du tout : elles font campagne contre à peu près la moitié de leurs auditeurs qui, pourtant les financent comme les autres.

Vince92

avatar 17/01/2019 @ 16:07:09
Dommage qu'il n'y ait plus de recension du Monde Diplomatique.

Dans la livraison du mois de janvier, un bon article sur la crise en Mer noire et un dossier sur les gilets jaunes

Pieronnelle

avatar 17/01/2019 @ 16:15:49
Bolcho tu nous as oubliés ! Remarque devant tant d'ingratitude ! :-)

Pieronnelle

avatar 17/01/2019 @ 16:17:12
Le message de SJB juste avant est assez amusant (si l'on peut dire ) et prémonitoire en tout cas !

Hiram33

avatar 20/01/2019 @ 17:29:19
Quand tout remonte à la surface

Serge Halimi

Avec les « gilets jaunes », un pouvoir trop sûr de lui et prétendant servir de modèle à l'Europe a dû céder devant la révolte de groupes sociaux jusque-là peu mobilisés collectivement. En un mois, transports, fiscalité, environnement, éducation et démocratie représentative ont été remis en cause.


En moins d'un mois, la colère inspirée par une taxe sur les carburants a ainsi débouché sur un diagnostic général, à la fois social et démocratique : les mouvements qui agrègent des populations peu organisées favorisent leur politisation accélérée. Au point que le « peuple » se découvre « dépossédé de son avenir » un an et demi après avoir porté à sa tête un homme se targuant d'avoir balayé les deux partis qui, depuis quarante ans justement, s'étaient succédé au gouvernement.

Et puis le premier de cordée a dévissé. Comme, avant lui, d'autres prodiges de son acabit, eux aussi jeunes, souriants, modernes : MM. Laurent Fabius, Anthony Blair et Matteo Renzi, par exemple. Pour la bourgeoisie libérale, la déception est immense. À l'époque du couronnement de M. Macron sur fond d' Hymne à la joie, l'hebdomadaire britannique The Economist, parfait étalon du sentiment des classes dirigeantes internationales, le représenta, tel Jésus, marchant sur l'eau, en costume éclatant et le sourire aux lèvres.

La mer a englouti l'enfant prodige, trop confiant en ses intuitions et trop méprisant de la condition économique des autres. L'effacement d'une mémoire de gauche en France explique qu'on ait si peu relevé les analogies entre le mouvement des « gilets jaunes » et les grèves ouvrières de mai-juin 1936. Déjà, la même surprise des classes supérieures devant les conditions d'existence des travailleurs et devant leur exigence de dignité : « Tous ceux qui sont étrangers à cette vie d'esclave, expliquait alors la philosophe et militante ouvrière Simone Weil, sont incapables de comprendre ce qui a été décisif dans cette affaire. Dans ce mouvement, il s'agit de bien autre chose que telle ou telle revendication particulière, si importante soit-elle. (...) Il s'agit, après avoir toujours plié, tout subi, tout encaissé en silence pendant des mois et des années, d'oser se redresser, se tenir debout. Prendre la parole à son tour . » Évoquant ensuite les accords de Matignon, qui accouchèrent des congés payés, de la semaine de quarante heures et d'une augmentation des rémunérations, Léon Blum rapportera cet échange entre deux négociateurs du patronat : « J'ai entendu M. Duchemin dire à M. Richemond, tandis qu'on lui mettait sous les yeux les taux de certains salaires : "Comment est-ce possible ? Comment avons-nous pu laisser faire cela ?" »

Un univers de contraintes technologiques, de questionnaires à remplir, de productivité à mesurer

M. Macron a admis que « l'effort qui leur a été demandé était trop important » et qu'il « n'était pas juste ». La « pédagogie » peut être joyeuse quand elle change de destinataire.

Chacun connaît mieux, grâce aux « gilets jaunes », la liste des injustices commises par l'actuel gouvernement : 5 euros de moins par mois en 2017 pour les bénéficiaires de l'aide personnalisée au logement (APL) et, en même temps, la suppression de la progressivité de la fiscalité sur le capital; l'élimination de l'impôt sur la fortune (ISF) et, en même temps, la baisse du pouvoir d'achat des retraités. Sans oublier le plus coûteux : la « simplification comptable » du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) versé aux entreprises. L'an prochain, le Trésor public le paiera donc deux fois à M. Bernard Arnault, première fortune d'Europe, propriétaire de Carrefour et de LVMH, du Parisien et des Échos. Cette seule mesure va coûter près de 40 milliards d'euros en 2019, soit 1,8 % du produit intérieur brut (PIB) ou, si on préfère... plus de cent fois le montant de la réduction des APL.

Un plein d'essence exorbitant, un contrôle technique automobile encore plus tatillon, et tout est remonté à la surface. Les banques qui se gavent sur chaque crédit qu'elles octroient, mais qui, par souci d'économies, « regroupent » leurs agences, c'est-à-dire les ferment, et clôturent les comptes de leurs clients lorsqu'ils rédigent un chèque sans vérifier leur solde pour boucler une fin de mois. Les retraites, déjà trop faibles, que le gouvernement ponctionne comme si elles étaient sa caverne d'Ali Baba. Les femmes qui élèvent seules leurs enfants et qui peinent à toucher la pension alimentaire de leurs anciens compagnons, souvent aussi pauvres qu'elles. Les couples qui doivent cohabiter malgré leur mésentente parce qu'ils ne peuvent pas payer deux loyers. Les nouvelles dépenses obligatoires, Internet, ordinateur et smartphone, qu'on règle non pas pour le plaisir de regarder des films sur Netflix, mais parce que la rationalisation des services de La Poste, du fisc, de la SNCF, la disparition des cabines téléphoniques aussi, ont détruit toute possibilité de vivre sans. Et les maternités qui ferment, les commerces qui s'étiolent, Amazon qui partout étale ses entrepôts.

Cependant : ceux qui s'en sortent bien, diplômés, bourgeois, habitants des métropoles, communient dans le même optimisme que Macron. Aussi longtemps que le pays est calme, ou désespéré, ce qui revient au même, le monde et l'avenir leur appartiennent. Propriétaire d'un de ces pavillons qui, dans les années 1970, représentaient un symbole d'ascension sociale, un « gilet jaune » ironisait avec amertume : « Quand les avions passent à basse altitude au-dessus du lotissement, on se dit : "Tiens, c'est les Parisiens, qui, eux, peuvent partir en vacances. Et, en plus, ils nous lâchent du kérosène." »

M. Macron peut toutefois compter sur d'autres appuis que celui des bourgeois nomades de la capitale, journalistes compris. Celui de l'Union européenne, par exemple. Avec un Royaume-Uni qui retourne à son insularité, une Hongrie qui renâcle, une Italie qui désobéit, elle ne peut pas se passer de la France ni la punir comme la Grèce quand ses comptes dérapent. Car, pour affaibli que soit M. Macron, il reste l'une des rares pièces encore vaillantes sur l'échiquier de l'Europe libérale. Bruxelles et Berlin veilleront donc à ce qu'il tienne.

La bourgeoisie, qui a le sens de ses intérêts, sait faire bloc quand la maison brûle

Au point de concéder à Paris quelques péchés capitaux. Quatre jours avant que le président français annonce qu'il acceptait plusieurs demandes des « gilets jaunes », ce qui entraînerait une révision à la hausse du déficit budgétaire au-delà de la sacro-sainte limite des 3 % du PIB, le commissaire européen aux affaires économiques et financières Pierre Moscovici, au lieu de le gronder et de le menacer dans l'espoir de le dissuader de faire preuve d'une aussi folle imprévoyance, fit savoir qu'il n'y verrait aucun inconvénient : « Mon rôle à moi, qui suis le gardien du pacte de stabilité et de croissance, n'est pas de dire à tel ou tel pays : "Vous devez couper dans telle ou telle dépense sociale, vous devez toucher à tel ou tel impôt. " « Dans les moments de crise, le chiffrage est secondaire », a plaidé M. Macron devant les parlementaires de sa majorité pour justifier la dizaine de milliards d'euros de déficit supplémentaire à laquelle il venait de se résoudre. Et Mme Angela Merkel a presque aussitôt appuyé le recul de son partenaire, destiné, selon elle, à « répondre aux plaintes des gens ». L'opposition de droite française s'est également empressée d'appeler à l'arrêt des manifestations. La bourgeoisie, qui a le sens de ses intérêts, sait faire bloc quand la maison brûle. Pour « sauver le soldat Macron », le patronat a même encouragé les entreprises à verser une prime exceptionnelle à leurs salariés - son président allant jusqu'à réclamer une hausse du smic ! Et les médias ont cessé de persifler un pouvoir aux abois. Un économiste et un politologue bien introduits les avaient prévenus : « Les journalistes doivent se rappeler qu'ils ne sont pas de simples observateurs mais qu'ils font partie des élites dont le rôle est aussi de préserver le pays du chaos . »

Un sentiment de défiance absolu envers les canaux habituels de représentation

On ne saurait exclure que ce voeu soit exaucé. Le pouvoir a vacillé, il n'est pas à terre; il s'est ressaisi, protégé par les institutions de la Ve République et par une majorité parlementaire qui lui restera d'autant plus fidèle qu'elle lui doit tout. Il a aussi fait comprendre que son libéralisme d'affichage ne l'empêcherait pas de déployer des véhicules blindés à Paris et d'interpeller préventivement des centaines de manifestants.

Le pouvoir pourra également se prévaloir de la faible prise en compte par les « gilets jaunes » de l'ordre économique international. Mais la France ne dispose plus de sa monnaie, ses services publics sont subordonnés à la politique européenne de la concurrence, son budget est scruté ligne à ligne par les responsables allemands, et c'est à Bruxelles que se négocient ses traités commerciaux. Pourtant, dans la liste des quarante-deux demandes les plus diffusées par les « gilets jaunes », le terme « Europe » et l'adjectif « européen » ne figurent pas une seule fois.

De la même manière, les occupants des ronds-points et leurs partisans ont semblé plus soucieux de protester contre le nombre de parlementaires et les privilèges des ministres que de mettre en accusation l'impuissance de leurs gouvernants. Analysant, il y a vingt ans, le mouvement des chômeurs de l'hiver 1997-1998, Pierre Bourdieu y voyait un « miracle social », dont la première conquête était son existence même : « Il arrache les chômeurs, et avec eux tous les travailleurs précaires, dont le nombre s'accroît chaque jour, à l'invisibilité, à l'isolement, au silence, bref à l'inexistence . » Le surgissement des « gilets jaunes », aussi « miraculeux » et beaucoup plus puissant, témoigne de l'appauvrissement graduel de franges toujours plus larges de la population. Mais aussi d'un sentiment de défiance absolu, proche du dégoût, envers les canaux habituels de représentation : le mouvement n'a ni dirigeants ni porte-parole, il rejette les partis, écarte les syndicats, ignore les intellectuels, combat les médias. D'où, probablement, sa popularité, qu'il a conservée y compris après des scènes de violence dont n'importe quel autre pouvoir aurait tiré profit. Il pourra également mettre en avant la satisfaction d'une partie de ses revendications. À l'exception des détenteurs de fortunes, qui peut en dire autant depuis dix ans ?

Inutile de prétendre lire l'avenir d'un mouvement aussi culturellement étranger à la plupart de ceux qui font ce journal et de ceux qui le lisent. Ses perspectives politiques sont incertaines; son caractère hétéroclite, qui a contribué à son audience, menace sa cohésion et sa puissance : l'accord entre ouvriers et classes moyennes intervient plus facilement quand il s'agit de refuser une taxe sur les carburants ou la suppression de l'ISF que quand une revalorisation du smic ferait craindre à un petit patron ou à un artisan l'augmentation de ses cotisations.

Deux cortèges qui se croisent sans se répondre, deux gauches qui s'ignorent

En 2010, le journaliste François Ruffin évoquait l'image de deux cortèges progressistes qui, à Amiens le même jour, s'étaient croisés sans se rejoindre. D'un côté, un défilé des ouvriers de Goodyear. De l'autre, une manifestation d'altermondialistes contre une loi antiféministe en Espagne. « C'est, écrivait Ruffin, comme si deux mondes, séparés seulement de six kilomètres, se tournaient le dos. Sans possibilité de jonction entre les "durs" des usines et, comme l'ironise un ouvrier, "les bourgeois du centre qui font leur promenade" . » C'est aussi ce divorce que le mouvement des « gilets jaunes » a rappelé à sa façon. Il ne lui appartient pas seul d'y porter remède...


Vince92

avatar 04/04/2019 @ 13:15:39
J'ai acheté le journal dans son éditions du mois d'avril mais je n'ai pas encore pris le temps de lire le moindre article.
Un article disponible en ligne (https://monde-diplomatique.fr/2019/04/…) a attiré mon attention...je n'ai pas de mots pour exprimer la haine que m'inspire les media qui font la leçon à tout le monde (Le Monde en tête avec leur "fact-checking" ) avec leur fake news.

Dans le grand bouleversement que s'apprêtent à connaître les pays d'Europe occidentale, les éditorialistes de ces canards vont être en première ligne et il sera difficile pour certains d'entre eux d'échapper au sort funeste qui leur est réservé.

Saint Jean-Baptiste 06/04/2019 @ 11:56:12
(https://monde-diplomatique.fr/2019/04/…) a attiré mon attention...
Remarquable ton lien, Vince, qui remet les choses en place à propos du Kosovo.
Le fouille-poubelles Edwy Plenel n’en sort pas grandi. « Le Monde » non plus.
Il serait grand temps de faire le procès des medias. Ce sont les premiers diffuseurs de « fake news ».

On commémore le génocide du Ruanda. A ce propos, le journaliste Alain Duhamel interrogé sur RTL : « la France a-t-elle quelque chose à se reprocher dans ce génocide ? » répond, après quelques secondes de réflexion profonde, « non » !
Un « non » sentencieux et définitif ! La honte !

La France a formé l’armée hutue génocidaire, leur a fournit les armes et les a payé pendant et après tout le génocide. Le gouvernement Mitterrand avait initié l’opération « Turquoise » pour bombarder les secours Tutsi qui venaient de l’Ouganda voisin...

Les Belges n’ont pas fait mieux, mais eux, au moins, ils ont mené une enquête publique qui a révélé la vérité.


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