Les gais lurons de Robert Louis Stevenson

Les gais lurons de Robert Louis Stevenson
( The merry men)

Catégorie(s) : Littérature => Voyages et aventures

Critiqué par Sahkti, le 25 juillet 2005 (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 43 ans)
La note : 8 étoiles
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Mourir par avidité

Charles Darnaway est un jeune homme épris de Dieu qui débarque sur l'île d'Aros rendre visite à son oncle et sa cousine, habité par le rêve un peu fou de mettre la main sur l'épave de l'Espiritu Santo, fabuleux navire qui a naufragé au large des côtes de cette île et dont la cargaison mettrait sa famille à l'abri de tous les soucis. L'intention est pure, Darnaway ne veut aucun enrichissement personnel mais seulement le bonheur des siens. Face à cette candeur et à ce qui pourrait passer pour le Bien, Stevenson oppose un autre visage, le Mal, celui de l'oncle qui a récemment fait main basse sur une épave et un butin. Moins prestigieux que celui recherché par Charles mais suffisant pour faire perdre la tête à cet homme jadis austère et pieux, aujourd'hui ivre de boisson et de démence.
Parallèlement à cet antagonisme entre Bien et Mal, la mer impose sa présence et ses colères. Les Gais Lurons sont des bruits fantômatiques et effrayants qu'elle fait retentir lorsque le vent se déchaîne. De quoi avoir peur. De quoi respecter la puissance marine.
Au fil de l'histoire se développe avec force le cruel dilemme qui habite l'Homme, partagé entre de bonnes intentions et d'autres plus viles. La nature a tôt fait de reprendre ses droits et Stevenson clôture son récit par un fin moraliste avec laquel le bon devenu mauvais est forcément puni pour ses péchés.
Simpliste? Pas vraiment. Stevenson a déposé énormément de lui-même dans ce récit. L'île d'Aros qu'il décrit, c'est Earraid, le Ross de Mull, le Ross de Grisopol et d'autres endroits découverts par l'écrivain lors de son enfance écossaise. Des territoires qui l'ont marqué à vie et l'ont longtemps poursuivi (on en retrouve trace dans sa correspondance), des paysages qui le font rêver à cause de leur nature cauchemardesque lorsqu'ils grondent et qui lui offrent la possibilité d'explorer de manière intime sa perception du monde et du drame. Stevenson se sent partagé, déchiré entre cette mer qui fait peur et les multiples aventures qui se déroulent sur son écume. De quoi lui inspirer de très belles pages avec ces Gais Lurons qui démontrent que Stevenson n'est pas uniquement un écrivain du voyage et de la mer, mais aussi un auteur qui s'interroge sur le bien, le mal, l'homme, le rôle de Dieu, la place de la cupidité et de la bonté dans la vie. Une réflexion à mener en refermant cet ouvrage qui sent bon récit d'aventure mais aussi l'essai sociologique.

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