Dans la guerre de Alice Ferney

Dans la guerre de Alice Ferney

Catégorie(s) : Littérature => Voyages et aventures

Critiqué par Bernard2, le 4 septembre 2004 (ARAMITS, Inscrit le 13 mai 2004, 68 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (9 458ème position).
Visites : 3 055  (depuis Novembre 2007)

Un roman poignant et puissant

On a tellement écrit sur la première guerre mondiale qu'un roman de plus aurait pu sembler superflu.
Mais celui-ci apporte avec force un témoignage original. On vit l'horreur du front, ainsi que l'attente angoissée des épouses. Mais également la guerre nous est décrite au travers... d'un chien, qui rejoindra son maître sur les champs de bataille.
Un livre bouleversant, qui interpelle. J'en extrais cette belle phrase : "Etre celui qui part, être celle qui reste et regarde partir, on ne choisit pas, et qui peut dire quelle souffrance est la plus grande ?".

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Au cœur du chaos au début du XXème siècle …

9 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 61 ans) - 24 septembre 2013

La guerre, la grande guerre. Celle de 14 – 18. La guerre par les yeux d’une femme, pourrait-on penser ? D’une femme à la sensibilité bien affirmée qui plus est …
Pas exactement. D’abord la guerre est vécue par Prince. Prince est un chien, un colley, parti depuis les Landes pour rejoindre son maître, Jules, dans les tranchées sur le Front de l’Est. C’est par lui que nous vivons l’évènement. Un scénario somme toute improbable, sauf à penser qu’un colley, tellement malheureux du départ de son maître depuis les Landes pour combattre sur le front de Meuse, est capable de partir nez au vent et de le retrouver. Car c’est ainsi que ça démarre.
Après, Prince étant un chien intelligent et particulièrement bien éduqué par Jules, il va rendre bien des services au front ; entre autres aller porter des messages, identifier des blessés parmi les cadavres sur le champ de bataille …
Mais la véritable histoire, pour qui connait Alice Ferney, n’est pas là, bien entendu. C’est plutôt le long plaidoyer d’une femme face à l’absurdité des comportements et des situations en temps de guerre.
L’absurdité que vit Félicité, la femme de Jules, qui se retrouve seule à gérer le quotidien d’une ferme, sans homme ou quasi, avec une belle-mère sur le dos qui lui en fait voir de toutes les couleurs.
L’absurdité de la guerre vue au quotidien, à ras de terre, par les soldats littéralement chair à canon dans ce qui fut un grand raout de dépeçage de viande fraîche.
L’absurdité du quotidien de ces soldats à moitié enterré, à attendre la venue d’un éventuel obus, d’un éventuel assaut terrifiant, d’un éventuel ordre de monter sus à l’ennemi et de se faire découper par les mitrailleuses ou embrocher par une baïonnette.
Alice Ferney s’y entend pour nous faire toucher du doigt ces absurdités dans l’horreur au quotidien. Et sa sensibilité féminine l’y aide beaucoup. Là où un homme retrouverait des accents guerriers – tel Bernard Clavel dans « Le soleil des morts » par exemple – Alice Ferney nous installe dans un sentiment d’angoisse permanente. Comme elle n’a rien perdu de ses qualités d’introspection, ça en fait un roman remarquable.

« Depuis dix heures du matin ils attendaient plantés dans leurs trous, continuant de creuser en guettant le ciel, étouffant sous leur masque. A midi un sifflement trancha leur monde, puis l’éclatement fit jaillir une étoile de terre noire. Voilà l’orage qui se prépare, dit Brêle. Le soleil faisait trembler et le dégel faisait briller les champs. Des obus fusants éclataient très bas au-dessus de la ligne. Tout de suite il y eût des morts. Camille Moulin parlait à Jules quand il reçut une giclée dans la gorge. Jules sentit sa main droite entrer dans son tremblement et la glissa dans le pelage de Prince. La boue avait commencé de coller ensemble les longs poils du chien. Tu auras bientôt une armure, murmura Jules. Le chien gémissait doucement. »

Quand la guerre nous est contée avec émotion et talent …

10 étoiles

Critique de Ori (Kraainem, Inscrit le 27 décembre 2004, 81 ans) - 6 septembre 2012

Cette grande romancière qu’est Alice Ferney parvient à nous immerger dans l’angoissante ambiance de la guerre 14-18 opposant il y a près d’un siècle français et allemands, qui d’un côté et de l’autre de la ligne de front se sont sacrifiés par centaines de milliers dans d’innommables boucheries, en combattant dans la boue, le froid, la désolation, loin des leurs, femmes, mères, enfants.

Tout au long de quelque 500 pages, nous suivons avec une intense émotion la vie d’une famille landaise écartelée entre la survie à la ferme et le chef de famille appelé au loin du côté de la Meuse. Celui-ci finit par être rejoint par son chien fidèle, un colley qui devenu la mascotte des troupes joue un rôle éminent, convoyant des messages, ou détectant les survivants au sein des amas de victimes.

De ce grand roman qui baigne sans discontinuer dans la tristesse et l’angoisse d’une mort omniprésente, le lecteur en retire une fois de plus le sentiment de l’inanité des guerres, elles qui broient les individus et les familles, et livre leurs destins à un monstrueux hasard.

Une fresque infiniment éloquente nous est ici dépeinte avec émotion et talent …

Absurdité de la Grande Guerre

7 étoiles

Critique de Voni (Moselle, Inscrite le 1 septembre 2005, 57 ans) - 27 novembre 2005

Certes, la littérature regorge déjà d’ouvrages sur la Première guerre mondiale. Ce roman, toutefois, déroge quelque peu à la règle du livre historique classique puisqu’il met en scène un animal, le chien Prince, sous couvert duquel la barbarie absurde est dénoncée implicitement. L’animal, personnage moteur, incarne parfaitement ce sentiment omniprésent d’avoir été utilisé sans en avoir compris les raisons. Ici, alors qu’on est en plein cœur des batailles, on ne ressent pas les effets de la propagande de l’époque qui diabolisait l’adversaire. Plutôt le contraire avec une certaine forme d’antimilitarisme, de haine de la guerre et d’opposition au patriotisme.
Cette lucidité de ressentis conduit Jules, maître de Prince, à manifester jusqu’à une profonde haine des hommes et ces longues conversations qu’il entretient avec son chien en témoignent.
Une belle histoire d’amour entre le chien et son maître au cœur de la tragédie de la Grande guerre. Une écriture précise, rigoureuse dont la partie centrale languit quand même un peu, à mon goût.

Un bon livre...

7 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 73 ans) - 6 septembre 2004

Mais à chaque fois que je lis un livre sur la guerre 14/18 je ne peux m'êmpêcher de le comparer au "Grand troupeau" de Jean Giono... Pour moi, c'est quand-même toujours celui qui, de loin, emporte la palme ! Pour son réalisme et surtout pour la beauté de son écriture. Celui qui a écrit cela ne pouvait qu'être pacisfiste en 1939/40 !

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