Les yeux d'ambre de Joan D. Vinge

Les yeux d'ambre de Joan D. Vinge
(Eyes of amber)

Catégorie(s) : Littérature => Fantasy, Horreur, SF et Fantastique

Critiqué par Cédelor, le 14 août 2020 (Paris, Inscrit le 5 février 2010, 48 ans)
La note : 7 étoiles
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Un recueil de nouvelles de plutôt bonne facture

Entre deux grosses lectures, j’aime me reposer en lisant des vieux livres de SF dont j’ai un petit stock chez moi, acquis au hasard de chines dans des marchés ou des vide-greniers… Ce ne sont pas tous des chefs d’œuvres, loin de là, mais j’aime bien retrouver l’ambiance retro et kitch qu’ils dégagent. Cette fois-ci, ce fut « Les yeux d’ambre » de Joan D. Vinge, qui est un recueil de nouvelles publié en 1980.

Un mot d’abord sur l’auteure : née à Baltimore en 1948, elle est une écrivaine américaine de science-fiction. Elle a été l’épouse de Vernor Vinge, également auteur de SF, et a publié surtout dans les années 70 et 80 des romans et nouvelles de SF. Ses œuvres les plus connues sont « La Reine des Neiges », prix Hugo 1981 du meilleur roman de SF, et le cycle de Cat le psion. Un nom connu mais qui n’a pas dépassé le petit monde de la SF, donc…

Revenons au livre « Les yeux d’ambre ». C’est un recueil de 5 nouvelles, et ce titre donné au recueil est celui de la 1ère nouvelle. Elle a reçu le prix Hugo de la meilleure nouvelle en 1978 à la convention mondiale de science-fiction à Phoenix, Arizona. Ce n’est pourtant pas la meilleure, à mon avis tout personnel. Elle est pourtant basée sur un postulat intéressant : si on pouvait observer et communiquer avec une race extra-terrestre, et qu’on s’aperçoit que le comportement des membres de cette race est en désaccord avec nos valeurs morales humaines, doit-on intervenir pour tenter de corriger les comportements « déviants » ou « immoraux » des extra-terrestres ou doit-on s’interdire de toute intervention au nom de la non-ingérence dans les affaires d’un autre monde et du respect des différences propre à son contexte particulier ? Cela pose évidemment la question de l’universalité des valeurs que se doit d’appliquer tout être pensant. Et c’est à cette question que se retrouve confronté un groupe de scientifiques, face aux paroles et aux actes de T’uupieh, une femme qui vit dans une société de type moyenâgeuse sur Titan, avec qui ils correspondent via une sonde terrienne qui s’est posé sur ce satellite de Saturne. Hélas le traitement donné par la nouvelle de ce postulat m’est apparu peu convaincant, avec des éléments trop peu cohérents. Je n’ai pas « cru » à l’histoire et il y a donc de la déception par rapport à ce qu’elle promettait avec son prix Hugo de la meilleure nouvelle… Dommage, car il y avait du potentiel.

Heureusement, les nouvelles suivantes m’ont davantage fait plaisir et m’ont donné au final une appréciation plutôt positive du talent de l’auteure :
« Depuis des hauteurs impensables », courte nouvelle d’une vingtaine de pages, où est racontée l’histoire sensible et émouvante d’une femme née sans aucune protection immunitaire, condamnée à vivre dans une bulle stérile. Ayant vue un jour à la télé les cosmonautes en combinaison sur la Lune, elle s’est dit que dans l’espace, elle ne pourrait plus être « différente » puisqu’on doit tous être dans une combinaison protectrice, comme sa bulle sur Terre. Elle est donc devenue astrophysicienne et a réussi à être sélectionnée pour partir dans un vaisseau rendu stérile où elle est seule passagère, en voyage vers les confins du système solaire et au-delà. Un texte rempli de tristesse et de mélancolie mais aussi de courage et de volonté malgré la fatalité du sort. Et en le lisant, j’ai eu des réminiscences anciennes, comme si j’avais déjà lu cette nouvelle étant jeune et que j’ai oublié…

La nouvelle suivante, « Mediaman » a été plaisante à suivre aussi. Dans un futur très lointain, où à force de guerres à répétition, l’humanité se retrouve condamnée à vivre sur une ceinture d’astéroïde. Et pourtant, la vie sur une nouvelle Terre serait possible. Une histoire bien ficelée, où médias et vérité ne font pas bon ménage, où l’humain reste toujours capable de trahisons au gré de ses ambitions et de ses intérêts. Finalement la vérité se fait jour grâce au sursaut de conscience d’un journaliste envers la « déontologie » pernicieuse et déloyale de sa profession.

« L’aide du colporteur » est la plus intéressante, avec un certain sens de l’humour. Un homme est doté d’une technologie très avancée qui lui permet de dormir des périodes très longues, et à chaque réveil il s’aventure dans le monde pour vendre des bibelots qu’il transporte avec sa charrette. C’est un petit colporteur et il trouve que ça fait assez longtemps qu’il ne fait plus de bonnes affaires. La faute à un gouvernement mondial qui a standardisé l’humanité en l’abêtissant de façon à ce qu’elle conserve éternellement le même niveau de développement moyenâgeux. Fini les stades de progrès et de régression, fini les guerres et les injustices, le bonheur pour tous est atteint et ça fait dix mille ans que ça dure. Mais ça ne fait pas les affaires de notre petit colporteur. Alors il décide de renverser le gouvernement mondial et de permettre ainsi à l’humanité de reprendre sa chaotique destinée, source de profits pour son affaire de petit colporteur. Une nouvelle drôle et intelligemment écrite.

La dernière nouvelle, « Soldat de plomb » est pas mal non plus, qui reprend le thème du voyage dans le temps et l’espace couplé à celui de l’humain augmenté, aux parties du corps artificiels, et qui lui permettent de vivre plus longtemps. Le premier thème s’incarne en une femme qui voyage dans des vaisseaux spatiaux à la vitesse presque luminique, dans des équipages uniquement formés de femmes, car les hommes, pour des raisons hormonales, sont incapables de voyager à la vitesse de la lumière. Le second thème s’incarne dans un homme qui est barman dans un bar sur une planète qui sert de relais aux vaisseaux spatiaux et qui a conservé sa jeunesse depuis plus d’une centaine d’années déjà grâce à l’artificialisation d’une partie de son corps. Les deux tombent amoureux mais ne peuvent se voir que lors des escales que la femme fait tous les 2 ou 3 ans au bar tenu par l’homme. Et 3 ans dans l’espace pour la femme fait 25 ans pour l’homme sur terre du fait de la distorsion temporelle entre celle qui voyage à la vitesse de la lumière et celui qui reste sur sa planète. Les deux vivent donc une histoire d’amour éternelle à leurs façons. Ils pourront vivre enfin ensemble après plusieurs décennies après que la femme aura eu un accident avec son vaisseau spatial, et qu’elle aura dû faire réparer son corps d’organes artificiels. Elle ne pourra plus voyager comme une déesse dans le temps accéléré à l’infini de l’espace mais pourra rejoindre enfin le temps terrestre et lent de son amant. Une bonne idée d’histoire, à l’ambiance mélancolique, avec des défauts.

Littérairement, ce livre ne constitue pas une qualité extraordinaire mais tout de même supérieur à ce qui était attendu. Joan D. Vinge sait écrire et a de l'imagination. Dommage que toutes les nouvelles ne soient pas aussi également réussies, Je vais mettre la note de 3,5 pour l’ensemble du livre, même si certaines nouvelles méritaient plus.

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