Ne sois pas vulgaire de Mathilde Biron

Ne sois pas vulgaire de Mathilde Biron

Catégorie(s) : Arts, loisir, vie pratique => Photographie

Critiqué par Eric83, le 10 décembre 2018 (Inscrit le 28 août 2016, 45 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 5 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 3 étoiles (48 558ème position).
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un recueil sulfureux, jouant des nuances et des contrastes, pour saisir les ambivalences du désir à notre époque

Ce recueil de photographies est le premier ouvrage publié par Mathilde Biron, jeune photographe dont le travail a déjà acquis une certaine notoriété et reconnaissance via les galeries de son site internet. Les photos, brutes et non retouchées (il y a d'ailleurs beaucoup de polaroïds), sont explicites mais frustreront le lecteur qui viendrait y chercher autre chose que l’expression artistique d’une photographe qui interroge notre rapport au corps et au sexe. D’ailleurs, le titre semble répondre, en les anticipant, aux attentes d’un tel lecteur ! Les photos décevront aussi l’amateur de « jolies filles » : même si toutes les photos mettent en scène des jeunes gens aux formes longilignes et que la beauté n’est pas absente du recueil, les photos sont davantage soucieuses de saisir la réalité du corps que de la magnifier. En fait, ce recueil, qui dégage un charme sulfureux, est, dans son ensemble et sa composition, intéressant par sa diversité (riche comme la vie !) et par la multiplicité des lectures possibles, qui nécessitent de l’attention et suscitent une certaine tension car Mathilde Biron ne s’autocensure pas.

Avant même d’ouvrir le recueil, la couverture et le quatrième de couverture déconcertent le lecteur. Ainsi, la photographie de couverture distille une beauté étrange, avec cette jeune fille dont le corps se détache sur les lignes brisées du parquet et s’extirpe en rampant d’un tapis. L’image est ambiguë. D’un côté, on peut y voir une réification du corps comme un objet traînant au sol ; d’un autre côté, le coin soulevé du tapis évoque une sorte de chrysalide dont émergerait un corps saisi en mouvement, comme dans un processus de transformation, peut-être de la jeune fille vers la jeune femme... On retrouve cette ambiguïté dans la photographie en quatrième de couverture, qui met en scène deux jeunes femmes nues assises côte à côte et regardant le lecteur, car elle superpose un consentement, avec l’une des jeunes filles qui ouvre les cuisses, et un refus, avec l’autre qui tient ses jambes croisées. Le texte en quatrième de couverture accentue cette complexité en inscrivant les photographies dans un rapport au monde un peu frénétique, où tout est mélangé pêle-mêle, l'essentiel (l'amour, le temps, la mort, etc.) et le superflu (le cul, le Chanel n°5, etc.).

Cette tension latente est confirmée dès la première page avec le canon d’un pistolet braqué sans avertissement sur le lecteur. La frontalité de l’image, sa violence exacerbée qui sous-tend que le sexe est d’abord un rapport de forces, m’a fait spontanément songer à « Baise-moi », de Virginie Despentes mais le recueil n’en a pas le caractère jusqu’au boutiste qui, dans « Baise-moi », sombre un peu dans une surenchère d’actes gratuits. Néanmoins, même si les photographies de Mathilde Biron ne virent jamais au trash, elles ne sont pas dénuées de violence. Ainsi, dans les premières pages, une jeune femme, allongée cuisses ouvertes, semble décapitée par le cadrage tandis que son sexe rougi apparaît presque comme une plaie. En contrepoint de cette photo, très explicite mais à rebours des canons de l’érotisme ou même de la pornographie, un couple s’enlace et chemine vers la jouissance. L'ouvrage est complexe, avec une profusion d’instantanés qui dialoguent, se confrontent ou se font écho, composant une mosaïque dynamique de corps et de sentiments...

En fait, peu à peu, la variété des formats, le mélange de photos N/B et couleur, de qualité et de dimensions différentes impose le sentiment d'un désordre et d'un tourbillon où rien n'est lisse et convenu. Ce qu’on ressent n'est pas le désir qui pourrait naître de ces corps de jeunes gens nus ou à moitié nu mais une sorte de tension permanente, née du contraste, parfois sur la même page, entre des photos douces, qui saisissent sur le vif des moments de joie, de complicité et de partage, et des photos où l'être humain se réduit à un corps violenté. Il y a souvent un effort dans la pose, voire une contorsion du corps. Et, même quand le corps est au repos, il semble découpé, presque mis en fragments, par le cadrage ou disloqué et émietté par un jeu de miroirs. Les regards sont parfois durs et fixes, dévisageant le lecteur avec une sorte d’hostilité sourde.

Quelques texto accompagnent les photographies. Ces texto et sms sont des messages réels reçus par Mathilde Biron. Ils sont parfois porteurs, avec humour, d’une complicité de personne à personne mais ils sont aussi parfois révélateurs de la pauvreté et de la superficialité de rapports humains où le sexe devient un objet de consommation comme un autre. Je dois avouer que je considère que quelqu'un capable d'écrire "j'ai fait 70 match baisables en 6 jours" est pour moi juste un connard ! En fait, le sexe pour le sexe transforme nécessairement l’autre en simple objet de plaisir et certaines photos de Mathilde Biron, notamment celles où les visages sont volontairement tronqués comme si le corps se réduisait à un sexe, et aussi ces photos de corps roulés en boule comme compressés ou contraints à l’enfermement par les limites du cadrage, me semblent révélatrices et lourdes de sens, comme une dénonciation implicite de ce qui serait la vulgarité de notre époque et à laquelle le titre ferait référence. Néanmoins, l'ambiguïté de l'ouvrage réside aussi dans son positionnement face à cette vulgarité car il semble parfois en jouer et presque flirter avec elle...

Cette violence sourde n’est pas forcément l’œuvre des hommes et je ne vois pas, dans le travail de Mathilde Biron, de revendication foncièrement féministe, à part l’expression naturelle d’une volonté de liberté, ou de dénonciation d'une omnipotence masculine. D'ailleurs, les femmes sont beaucoup plus présentes dans l'ouvrage que les hommes et Mathilde Biron joue librement avec les codes de la masculinité et de la féminité, les transférant à sa guise de l’un à l’autre sexe avec quelques hommages au travail d’autres photographes (comme cette fleur évoquant les photos d’Araki). Singulièrement, les photos les plus apaisées du recueil sont celles représentant un garçon travesti dans les allées d’un cimetière. Dans les dernières pages du recueil, dans un beau noir et blanc, l’homme pose un regard serein sur les caveaux semblables à de petites maisons nimbées de lumière, qui atténue un peu la tension née d'une sorte d'oscillation permanente entre une sexualité heureuse (faite de complicité et de sourires) et une sexualité violente, où le corps semble un objet anonyme.

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1 étoiles

Critique de Marc123 (, Inscrit le 26 juin 2019, 23 ans) - 26 juin 2019

Amoureux de la photo, passez votre chemin, gardez votre argent, offrez des cadeaux à vos proches, simplement passez votre chemin. En deux mots: inutile et VULGAIRE

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