L'Homme gribouillé de Serge Lehman (Scénario), Frederik Peeters (Scénario et dessin)

Catégorie(s) : Bande dessinée => Légende, contes et histoire , Bande dessinée => Sci-fi & fantastique

Critiqué par Blue Boy, le 31 mars 2018 (Saint-Denis, Inscrit le 28 janvier 2008, - ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (9 978ème position).
Visites : 692 

Un max de menaces

Entre sa mère Maud et sa fille Clara, Betty Couvreur semble mener une vie tout à fait normale, si ce n’était pour les crises d’aphasie (perte de la parole) dont elle est parfois victime, et la récente inondation de son appartement qui l’a conduit à se faire héberger temporairement chez sa mère. Un matin, alors que Paris est noyé sous des pluies diluviennes, un inquiétant personnage masqué se présente, furieux que Maud ne soit pas venue comme d'habitude lui livrer le « paquet ». Et pour cause, la grand-mère ne s’est pas réveillée et vient de tomber dans un profond coma. Betty découvre alors que l’inconnu est un maître-chanteur qui harcèle Maud depuis des années. Dès lors, sa vie va basculer vers une dimension insoupçonnée la poussant irrésistiblement, en compagnie de sa fille, vers le mystère de ses origines.

Fruit d’une collaboration entre deux pointures de la bande dessinée, ce beau pavé inaugure à merveille cette année 2018. D’emblée, le lecteur est captivé par cette histoire à l’atmosphère très particulière, quasi apocalyptique, qui voit Paris littéralement noyé sous les eaux, alors que la pluie tombe en permanence. Grâce à son formidable coup de crayon et son sens du cadrage, Frederik Peeters sait parfaitement distiller le mystère dès le début, accentuant l’aspect fantastique du récit par un gros plan sur une gargouille de Notre-Dame, sur un crapaud égaré sur un trottoir, ou sur le chat noir peu amène confié à Betty par ses voisins… L’auteur de « Lupus » fait preuve ici d’une grande virtuosité tant dans le dessin - magnifique, ces paysages de montagne dans la brume, avec un beau rendu à l’aquarelle - que dans la mise en page, très dynamique, tandis que le choix du noir et blanc est tout à fait adapté au climat menaçant de ce conte moderne.

Le dessinateur genevois fait ainsi honneur au scénario de Serge Lehman, très maîtrisé de bout en bout et ne souffrant d’aucun temps mort. Pour ce faire, Lehman a puisé dans la mythologie juive et la littérature fantastique française du début du XXe siècle, en organisant une rencontre explosive entre le légendaire golem et une sorte de cousin du Fantôme de l’Opéra prénommé Max Corbeau, avec en toile de fond un antique secret lié à la sorcellerie. Comme il le dit lui-même, l’auteur cherche par son travail à redonner au fantastique français la place qu’il a perdue au profit des Américains, en raison notamment de l’état d’esprit trop cartésien qui règne dans l’Hexagone. Et on se rend compte en effet que ce thriller terrifiant, qui ne se contente pas de singer les comics d’outre-Atlantique, n’a absolument rien à leur envier, bien au contraire !

Outre l’aspect fantastique du récit, les personnages ne sont pas négligés pour autant. Qu’ils soient principaux ou secondaires, ils sont tous bien campés, qu’il s’agisse des héroïnes, très attachantes, ou à l’inverse de Max Corbeau, créature vicieuse et cauchemardesque sortie tout droit d’un tableau de Jérôme Bosch. C’est bien ce qui rend cet ouvrage tout à fait unique, comme si le genre fantastique avait fait alliance avec le récit psychologique à la française. Car la quête à laquelle se livre Betty est finalement un peu celle de tout un chacun : remonter à ses origines pour comprendre qui l’on est, chasser ses vieux démons pour, peut-être, enfin trouver l’apaisement…

Entre roman graphique, légende urbaine et conte immémorial, « L’Homme gribouillé » s’impose déjà comme un classique du genre. La synergie entre les deux auteurs semble avoir fonctionné à plein, et laisse véritablement espérer qu’ils n’en resteront pas là.

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L'homme gribouillé

10 étoiles

Critique de Nathavh (, Inscrite le 22 novembre 2016, 54 ans) - 26 juin 2018

Paris 2015, il pleut depuis des jours. Les inondations, l'humidité s'infiltre partout.

Trois générations de femmes :
- Maud la grand-mère, écrivain pour enfants
- Betty, la mère, aphasique qui perd la voix et utilise l'écrit, pas étonnant, elle travaille dans une maison d'éditions.
- Clara, la petite-fille qui raconte très bien des histoires, le point commun de cette famille.

Une étrange visite nocturne d'un personnage surprenant, inquiétant homme oiseau en pleine nuit, c'est Max qui sonne à la porte. Il vient chercher le paquet que Maud ne lui a pas apporté, et pour cause celle-ci se trouve dans le coma victime d'un AVC.

Mais qui est Max le corbeau ? Que cherche-t-il ?

Un secret, un chantage vieux de plusieurs années.

Je ne vous en dis pas plus si ce n'est que ce gros roman graphique de 330 pages en noir et blanc se dévore. C'est super bien conçu, le graphisme est magnifique, l'univers oscille à la frontière du réel et de l'imaginaire fantastique.

Un récit puissant, surprenant, mélant psychologie, folklore juif, fantastique. C'est envoûtant. La tension monte au fil du récit, les personnages sont intrigants.

J'ai adoré. A découvrir de toute urgence.

C'est encore un ♥

Une jolie phrase

Mais le néant se croit vivant quand on lui donne un nom.

Angoisses et mystères garantis

8 étoiles

Critique de Hervé28 (Chartres, Inscrit(e) le 4 septembre 2011, 49 ans) - 16 avril 2018

Annoncé comme la bande dessinée à lire en 2018, je me suis finalement lancé dans ce one-shot de plus de 330 pages.
Je dois dire que j’ai adoré le dessin en noir et blanc de Peeters, qui mérite amplement qu’on s’y attarde. Il excelle aussi bien dans les scènes d’actions, que celles se déroulant à Paris et même les planches muettes sont superbes ! Vraiment du très bon Peeters sur le coup. Superbe travail !
Côté scénario, la première partie va crescendo et l’intrigue nous tient en haleine constamment au fil des pages, on sent la tension monter. Et puis vers la fin, j’avoue que le recours aux légendes du Judaïsme, même si je m’y attendais, a un peu refroidi ma lecture. C’est sans doute mon côté rationnel qui en prend un coup.
En mêlant le destin de Max le Corbeau à celui de la mystérieuse créature, on finit par ne plus savoir le rôle de chacun, comme si le scénariste Serge Lehman ne savait pas comment achever son récit de manière linéaire. A trop mélanger les légendes, on finit par s’y perdre et avoir un goût d’inachevé, une fois le livre reposé. Le rôle de Max depuis encore plus obscur au final , et je ne crois pas avoir vu d’explication précise sur l’origine de ce personnage.
Reste un très bon travail des deux auteurs, une réflexion sur les origines, et les silences au sein d’une famille assez particulière, il faut dire.

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