L'homme révolté de Albert Camus

L'homme révolté de Albert Camus

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Essais

Critiqué par Jules, le 24 octobre 2001 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 73 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 587ème position).
Visites : 4 930  (depuis Novembre 2007)

Des nécessités de la révolte

Quand j'ai lu ce livre, il y a de cela une bonne vingtaine d’années, il m'a fortement impressionné. En faire la critique est très difficile tant les idées qui y sont exprimées sont nombreuses et variées.
Il me semble essentiel d'expliquer le point de départ de la réflexion de Camus. Le monde est absurde et, de ce point de vue, nous pourrions accepter l'idée que ce siècle (le XXeme) qui a tué, exterminé, tant d’individus, ne serait pas plus mauvais qu'un autre et qu’il ne resterait à l’homme qu'à assister aux faits, puisque l'absurde, en lui-même, exclut les jugements. L'un vaut l'autre. Mais l'homme crie l’absurdité du monde et ce cri, en soi, le force à croire à sa protestation : c’est la révolte. « La révolte naît du spectacle de la déraison, devant une condition injuste et incompréhensible. »
La révolte suppose une notion de valeur et celui qui se révolte contre un état qu’il juge insupportable rend cet état insupportable pour tous les hommes. Sa révolte devient collective et rejoint la notion d'une certaine « condition humaine » comme le supposaient les Grecs.
Dans son livre, Camus évoque également longuement le problème des idéologies et constate qu'elles ont bien souvent pour effet de mener aux pires crimes. Il écrit : « L'idéologie, aujourd’hui, ne nie plus que les autres, seuls tricheurs. C’est alors qu'on tue. »
Dieu est mort, mais cette pensée n'a donné naissance qu’ à un humanitarisme « privé de justification supérieure » et Marx remplacera l'au-delà par le « plus tard ». Nietzsche avait prévu ce qui allait arriver, dit Camus, et avait écrit : « Le socialisme moderne tend à créer une forme de jésuitisme séculier, à faire de tous les hommes des instruments » et « Ce qu'on désire, c’est le bien-être. Par suite on marche vers un esclavage spirituel tel qu'on n’en a jamais vu. » Et Camus d'écrire : « Le grand rebelle crée alors de ses propres mains, et pour s’y enfermer, le règne implacable de la nécessité. Echappé à la prison de Dieu, son premier souci sera de construire la prison de l’histoire et de la raison. » Nous voyons ici pourquoi Sartre à « excommunié » Camus ! Et Camus ira bien plus loin dans sa critique de la pensée de Marx et du communisme stalinien que ce que je vous en montre ici.
La révolte ne peut se soumettre à une idéologie sous peine de bien vite se transformer en une nouvelle tyrannie et devenir une autre mécanique meurtrière. La révolte doit rester générosité, amour de la vie. Elle ne supprimera jamais les souffrances, ni les injustices, mais elle aura pour obligation de se lever contre elles à chaque fois qu'elles se présentent.
Voici seulement quelques idées de base développées par Camus dans ce livre qui en développe bien d’autres. Mon seul objectif serait de donner envie à certains de le prendre et de se lancer à sa découverte. On en ressort plus riche, plus ouvert aux autres, à la vie et, surtout, à la tolérance dans le refus des idéologies qui rétrécissent la vie, la pensée et donc l’homme.

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10 étoiles

Critique de Ayat (, Inscrit le 4 novembre 2009, 39 ans) - 26 décembre 2009

Certains livres sont indispensables. "L'homme révolté" en fait évidemment partie. Se poser la question d'un éventuel nihilisme de Camus semble hors de propos. J'étais beaucoup plus jeune lorsque j'ai lu cet essai et il a profondément éveillé et influencé mon point de vue sur l'histoire et l'humanité.

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9 étoiles

Critique de MOPP (, Inscrit le 20 mars 2005, 80 ans) - 13 février 2008

Ayant assisté à une conférence du philosophe André Comte-Sponville à propos de "Mondialisation, civilisations", j'ai été amené à relire Albert Camus et plus particulièrement "L'homme révolté".
Certes le contexte a évolué, mais "le choc des civilisations" est-il à l'ordre du jour ?

Pour être plus précis, faut-il craindre un affrontement entre la civilisation judéo-chrétienne et la civilisation musulmane ?

J'avance une phrase de Camus (page 35) :

"La révolte est le fait de l'homme informé, qui possède la conscience de ses droits".

A C-S semble retenir les valeurs de base de "notre" civilisation (amour, droits de l'homme, ...) pour une civilisation utopique au niveau mondial, mais retient-il l'aspect "homme révolté" ancré au sein de "x" civilisations ?

J'apprécie Camus lorsqu'il écrit : (page 36) "L'homme révolté est l'homme situé avant ou après le sacré et appliqué à revendiquer un ordre humain où toutes les réponses soient humaines , c'est-à-dire raisonnablement formulées."

Et "la la pensée révoltée ne peut pas se passer de mémoire ", comme nous ne pouvons pas, non plus oublier "nos" valeurs à transmettre (respect de la femme, par exemple).

Je ne vois pas non plus Albert Camus comme un nihiliste mais plutôt comme un homme qui pointe le point vers les problèmes à résoudre, non pas en notre âme et conscience, mais bien, avec raison.

A lire ou relire.

Leçon d'espoir

10 étoiles

Critique de Bételgeuse (, Inscrite le 7 décembre 2007, 39 ans) - 7 décembre 2007

Un grand livre, une leçon d'espoir au tournant des années 50. Comme l'avenir lui a donné raison!

Un testament d'humanité

8 étoiles

Critique de FightingIntellectual (Montréal, Inscrit le 12 mars 2004, 35 ans) - 14 juin 2006

Le nihilisme de Camus, j'ai parfois beaucoup de difficulté à y croire complètement. Ne me comprenez pas mal, c'est là un recueil philosophique PRESQUE nihiliste, mais il ne fait pas oublier que c'est là un ouvrage basé sur une réflexion empathique à propos de la souffrance humaine. Cette révolte, cette volte-face dont il fait part n'est-elle pas déjà à la base prise dans un désir d'égalité? De rapports égaux et chaleureux entre les êtres humains.

Le caractère de la révolte aura toujours eu comme geste moteur de se lever dans l'adversité et d'instiguer un nivellement dans les libertés de l'individu. Sans vouloir s'arroger la liberté absolue par l'acte du meurtre, elle est avant tout recherche de cohésion, avec un monde immanent, donc rejette quelconque injustice faite dans un nom divin.

Oui cet ouvrage aborde le nihilisme, mais écorchez moi si je me trompe, mais Camus lui.. a des tendances humanistes dans ses réflexions.

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