Demain les chiens de Clifford D. Simak

Demain les chiens de Clifford D. Simak
(City)

Catégorie(s) : Littérature => Fantasy, Horreur, SF et Fantastique

Critiqué par Voie Lactée, le 16 juillet 2001 (Annecy, Inscrit le 18 juin 2001, 55 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 10 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (964ème position).
Visites : 9 436  (depuis Novembre 2007)

Un conte philosophique et allégorique sur l'homme et les autres...

L'auteur nous raconte le devenir de l'humanité, des chiens, des robots et des fourmis sur une durée supérieure à 10 000 ans, de quoi donner le tournis.
Nous suivons une famille humaine nommée Webster et certaines des influences de ses membres sur le monde. L'une d'elle, essentielle à la thématique de l’oeuvre, sera d’avoir donné la parole aux chiens.
Un robot majordome, nommé Jenkins, accompagne cette famille puis les chiens le long des années qui s’écoulent. Il n'est pas possible de vraiment raconter l'histoire car en réalité, il s'agit de plusieurs histoires décrivant chacune un moment donné de cette longue période avec chaque fois quelque chose de plus qui pousse le conte vers sa fin, celle de la civilisation humaine.
Ce n'est toutefois pas pour moi une oeuvre pessimiste sauf si on a une vue égocentrique des choses. C'est avant tout une sorte de conte philosophique et allégorique sur l’homme et les autres…, construit par la réflexion à laquelle peut conduire chacun de ses morceaux.
Cerise sur le gâteau, l'auteur nous incite dans ce sens par une astuce d’une grande habileté. Les contes sont présentés par l'éditeur qui nous explique qu’ils sont considérés par certains, comme une légende ancienne sur l'humanité et les chiens et, considérés par d'autres, comme une pure invention d’un habile conteur. Cet éditeur est un chien situé à une époque où le souvenir même de l’homme a disparu comme les traces de sa civilisation, ne laissant que des légendes sur lesquelles les chiens s’interrogent pour tenter de connaître leurs origines, tout comme nous le faisons nous-mêmes sur les nôtres.
C'est une bien belle astuce qui donne une continuité au récit alors que l'auteur à l’origine, en 1952, avait publié des nouvelles dont il n'est pas douteux qu’il les ait toutefois conçues comme un ensemble, qui a été réuni plus tard. Il convient de retenir cette date de création lors de la lecture, car cela permet de mieux apprécier la vision de l'auteur.
Ce livre devrait plaire même à ceux qui n’aiment pas la science-fiction, car il parle de tout autre chose : de l'humanité, des autres, de leur perception différente du monde et des finalités différentes de leurs objectifs et de leur vie. Presque une métaphore des différences entre humains.
Certaines illustrations sont belles et indéfinissables comme la vision de Jupiter par les joviens dans le quatrième conte.
Simak semble s'interroger et nous interroger. Quel événement donnera naissance à une espèce pensante, à une civilisation ? Celui qui joue au créateur maîtrise-t-il toutes les conséquences ? (Aujourd'hui, tout bon lecteur de S-F connaît par cœur ces questions mais en 1952 ce n'était pas le cas).
Même Jenkins est une source de réflexion. Il est le robot programmé, le fil conducteur, presque le personnage principal car principal spectateur des évènements. Une seule fois il sera acteur avec des conséquences majeures et radicales pour les chiens. Sur le plan littéraire cela pourrait presque être qualifié de simpliste car on peut facilement admettre qu’un robot plus résistant qu'un être vivant reste intact (le fil conducteur) pendant des millénaires. Pourtant, j’ai le sentiment que Simak au bout de ces millénaires voulait en faire autre chose, quelque chose qui flirte avec le gain que procure à toute créature l’écoulement du temps.
J’ai lu ce livre en 1975 sans en apprécier toute la profondeur. Je l'ai relu deux fois depuis, la troisième pour faire cette critique. Après un quart de siècle je ne lui trouve pas une ride et je l’ai apprécié encore plus qu'auparavant. C'est une perle rare, presque un chef d'œuvre.

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Une vaste parabole

8 étoiles

Critique de Tmichel (, Inscrit(e) le 18 juillet 2010, - ans) - 7 juin 2017

Cette sorte de chronique d'anticipation, pleine de nostalgie et de fatalisme, est un coup de génie à la hauteur des "Chroniques martiennes" de Bradbury. Elle est en avance sur son temps dans la mesure où l'auteur a eu la prescience de la continuité entre l'humain et ce qu'il est convenu d'appeler "l'animal" et où il imagine l'humain contribuer à humaniser, au meilleur sens du terme, le monde qui l'entoure, y compris ce qui relève de son invention: le robot. L'allégorie est fréquente (les fourmis, notamment).

Seuls bémols personnels: j'ai du mal à accréditer les "mutants", pièce rendue aux amateurs de surnaturel. Par ailleurs, je trouve peu efficace l'astuce formelle de la glose des chiens qui précède chaque récit: cela sent le vite fait ad hoc...

Faibles réserves, face à la richesse de cette vaste parabole. Je classerai volontiers ce livre parmi les chefs d'œuvre du genre, tant sa portée argumentative et son charme poétique dépassent son seul intérêt narratif, sans que celui-ci ne tombe jamais dans la facilité.

City, 1944

9 étoiles

Critique de Martin1 (Chavagnes-en-Paillers (Vendée), Inscrit le 2 mars 2011, - ans) - 25 février 2013

C'est intéressant de voir comment chaque auteur voit notre futur. Barjavel qui voit la technologie comme la principale menace (cf Ravage), Huxley qui parle du traitement des embryons et l’utilisation de la science pour créer un monde apparemment parfait (cf Le Meilleur des Mondes), Bradbury redoute le désintéressement de la culture et la disparition des intellectuels (cf Fahrenheit 451), Orwell craint la manipulation de nos pensées par un régime qui veut nous rendre heureux, qu'on le veuille ou non (cf 1984)...
Clifford D. Simak, lui, ne « dénonce » rien, ce qui ne l’empêche pas d’exposer un avenir très intrigant et bourré d’interrogations sur l’humanité. Le recueil comprend huit contes + une introduction à chacun d’eux, le tout forme à mon humble avis ce qui s’appelle bel et bien un roman.

"Voyons, l'Homme est remplacé par le Chien... oh non, quelle idée saugrenue. Et on va encore nous rentrer dans la tête que l'Homme est méchant pas beau, et qu'il faut qu'on apprenne à comprendre les toutous qui sont vachement gentils, eux !" m'étais-je dit en lisant la 4ème de couverture. Rassurez-vous, le message est un peu plus profond que ce que je craignais.
L'histoire est bourrée de réflexion, sur la relation entre l'homme et le robot, la transmission du flambeau de la culture (hommes, chiens, fourmis...), l'importance des mutants, la trêve du Crime, le moyen de vivre sur Jupiter ou encore une philosophie permettant d'aborder la réalité d'une autre manière. Simak, c'est de la vraie science-fiction, davantage que les livres cités plus haut, que l'on pourrait simplement qualifier de dystopies. Ici, ce n'est pas une dystopie, c'est une vision étrange, très originale de la progression de l'humanité au travers des siècles. Dans un style qui me rappelle Asimov (auteur plus récent), mais pas si divertissant que je l'espérais, il nous raconte comment nous sommes passées d'une civilisation humaine à une civilisation canine.

Le contenu est réel, peut-être pas toujours exact, mais c'est une question d'avis personnel. Je pense que Simak, dans l'ensemble, se trompe sur beaucoup de choses (la civilisation canine présentée n'a guère les moyens de perdurer, à mon avis ; sa théorie sur les mutations est un peu simpliste). Mais son histoire est très fouillée, et son idée vaut la peine d'être exposée dans l'excellent roman que voici.

Mais je préviens les lecteurs qui veulent se lancer dans la Science-fiction : ce livre doit être lu pour la réflexion, pas pour le divertissement. D'ailleurs c'est un des classiques SF qui ont le plus vieilli. Si vous cherchez le divertissement, jetez-vous plutôt sur Les Voies d'Anubis de Powers, Je suis une légende de Matheson ou tous les livres de René Barjavel !

FLAIR WANTED

10 étoiles

Critique de Antihuman (Paris, Inscrit le 5 octobre 2011, 34 ans) - 12 octobre 2011

La majorité des humains ont été remplacés, depuis un moment déjà, par nos amis canins, et nous continuons à danser sur nos prétentions et notre "intelligence" même si certains d'entre nous le savent ou persistent quant-à-eux à faire l'autruche:
Attention car sur ce thème plus que contrefait, il s'agit là d'un classique de la S/F et de l'anticipation (et non il n'y a pas que là-dedans que des petits hommes verts, des rayons lasers, et de belles vénusiennes) qui agitera n'importe qui de non-prévenu à la base. A la structure à la "Planète des Singes", en plus équivoque, les humains doivent désormais laisser tout honneur, toute éducation, toute séduction, et toute... humanité devant leurs ex-collègues à laisses, qui dorénavant les prennent de haut !

Beaucoup de choses prêtent donc en fait à confusion dans cette histoire sinon à rire et sont plutôt à approcher dans leur exact opposé symétrique, afin de faire apparaître un peu de justesse de vue -Et n'essayez pas svp de séduire, ni de parler à cette grosse serveuse plantureuse et charmante du café ou vous trouvez, il s'agit d'une bonne épagneule breton sérieuse, aux multiples recommandations de ses ex-employeurs, d'autre part bien sous-tous rapports.

Seul ombre au tableau: Mais et demain, qu'arrivera-t-il si les chiens sont à leur tour remplacés par des androïdes ?

Pas aimé

6 étoiles

Critique de Pauline3340 (BORDEAUX, Inscrite le 2 août 2008, 49 ans) - 5 septembre 2010

Un roman intéressant , mais qui ne m'a pas plu.
Je ne suis pas fan de ce genre de récit, soit c'est de la philosophie et j'adhère, mais là ce sont des contes. Pas aimé. Je viens de le passer à mon beau-fils je pense que la gent masculine sera plus concernée.

A moi de jouer la rabat-joie

3 étoiles

Critique de Badzu (versailles, Inscrite le 6 novembre 2005, 42 ans) - 25 novembre 2005

Effectivement un livre qui pourrait plaire à ceux qui ne lisent pas de SF parce pour les autres, ça risque de sentir un peu la poussière...
Les 3 premiers contes parlent d'un futur relativement proche de nous, mais Simak l'imagine avec l'esprit années 50, ça se sent énormément. Par contre il est vrai que le 4ème conte est assez fort, Simak arrive à nous plonger dans une atmosphère jupitérienne à souhait.
Mais pour le reste, la prise de contrôle de la planète par les chiens est assez peu crédible. Simak aborde trop de thèmes intéressants en ne faisant que les effleurer, comme le sixième sens des chiens, ou leur relation avec les autres animaux. Il nous donne toutes ces notions pour acquises.
Bien sur, on n'est pas obligé d'avoir des descriptions hyper techniques pour adhérer à la vision de l'auteur, mais là il manque la poésie qui aurait pu y pallier.
Alors oui, moi aussi j'ai un chien, et les descriptions de leurs truffes humides est très chou, mais ça ne suffit pas. Cette oeuvre est certes construite de manière originale, mais en terme de crédibilité et de réflexion sur l'humain, mieux vaut lire LA PLANETE DES SINGES.

pourquoi "presque" un chef d'oeuvre?

9 étoiles

Critique de Virgile (Spy, Inscrit le 12 février 2001, 38 ans) - 14 juin 2005

C'en est bien un de chef d'oeuvre selon moi! Plein de poésie et d'idées on ne s'ennuie pas une seule seconde à la lecture de ce livre. Simak est vraiment un auteur attachant. Je l'ai découvert avec ce livre et aucun de ceux que j'ai lu par la suite ne m'a déçu.
Alors qu'est ce que vous attendez pour mettre ce bouquin au dessus de la pile de ceux que vous devez lire? ;o)

vite fait alors

9 étoiles

Critique de Drclic (Paris, Inscrit le 13 mars 2004, 41 ans) - 11 septembre 2004

Juste pour conseiller a tout le monde la lecture de ce livre ... rien de plus à ajouter aux critiques déjà présentes.
J'adhère au consensus.

A lire, pas que pour l'aspect SF et futuriste mais aussi pour réfléchir un peu.

Superbe critique pour un superbe livre !

10 étoiles

Critique de Pendragon (Liernu, Inscrit le 26 janvier 2001, 46 ans) - 13 septembre 2002

J'ai terminé ce grand classique il y a quelques semaines et je m'apprêtais à en faire la critique quand je m'aperçus que Voie Lactée l'avait faite avant moi. Ce n'est pas grave, sa critique est somptueuse ! Je ne puis donc qu'ajouter ma voix (e?) à la sienne et à celle d'Elric pour encourager tous ceux qui considèrent la S-F comme un genre mineur de prendre la peine de lire ce roman-ci (et d'autres, comme Ubik, par exemple) pour se rendre compte de la profondeur philosophique et de l'étonnante clairvoyance qu'avaient certains auteurs pour notre futur. Non pas au niveau de la technique, parce que ça, ma foi, c'est encore "facile", mais plutôt sur l'évolution des mentalités. C'est tout simplement vertigineux de lire ce que ces auteurs de l'après-guerre ont imaginé pour nous en ce début du troisième millénaire... ils n'étaient vraiment pas loin... "Demain les chiens" est et reste une oeuvre de toute première importance, à lire de toute urgence !

Classique incontestable !

10 étoiles

Critique de Elric (Boussu, Inscrit le 15 mai 2001, 43 ans) - 7 septembre 2001

Encore un de ces livres qui sera apprécié par ceux qui n'aiment pas la SF. J'ai aussi utilisé la formule pour "Des Fleurs pour ALgeronon". En fait il faudra un jour que la majorité de l'humanité prenne conscience que la SF ce n'est pas / plus / pas seulement de gros martiens verts qui veulent nous envahir et qu'on repousse au pistolet lazer. La SF maintenant, embrasse tous les genres, que ce soit le polar ( voir Dantec ), l'érotisme ( voir Ballard ), la philo ( voir Blish ), la religion ( voir Dick ), etc. Bref, la SF de papa ( plutôt de grand-papa ! ) a vécu. Quand à ce "Demain les Chiens", vieux, lui, d'un demi-siècle, c'est un chef d'oeuvre incontesté et visionnaire. Il suffit d'ouvrir n'importe quel dico sérieux sur la SF pour voir qu'il figure parmi les 20 classiques que tout amateur se doit d'avoir lu.

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