Traverser les montagnes, et venir naître ici Marie Pavlenko
Catégorie(s) : Littérature => Francophone
Visites : 137
Une découverte intéressante
Sur le fond, Marie Pavlenko maîtrise l'art de tisser des liens pudiques entre des êtres malmenés par la vie. La rencontre fortuite au cœur de la montagne entre Astrid et la jeune Soraya (quarante et dix-sept ans, toutes deux lestées d'un lourd passé) est la base d'un récit poignant.
L'autrice excelle à dévoiler, par petites touches subtiles, les fêlures et les secrets de ses protagonistes. C'est une histoire vibrante qui traite avec dignité de la perte, du déracinement forcé, des exactions, mais aussi et surtout de la solidarité, de l'entraide et de la possibilité d'une renaissance sous d'autres cieux.
La montagne, loin d'être un simple arrière-plan de carte postale, s'impose à la fois comme cocon assourdi et juge impitoyable. J’ai quand même regretté une gestion du rythme un peu bancale sur le dernier tiers : après un léger passage à vide en milieu de parcours, la conclusion s'emballe dans une accumulation soudaine d'événements, une constante du roman contemporain pressé d'en finir.
L'intrigue s'égare d'ailleurs dans de curieuses approximations comme, par exemple, affirmer qu'il faut acheter des vêtements en taille "3 mois" pour un nouveau-né de quelques jours décrit comme « pas épais » relève d'une étrange méconnaissance de la puériculture ; une taille « Naissance » s'imposait de toute évidence.
Et puis l'anatomie subit une bizarrerie lorsque l'autrice décrit un enfant aux « sourcils rouges d’avoir trop pleuré », oubliant que les larmes font rougir les paupières mais laisse les sourcils parfaitement intacts.
Le point culminant du manque de relecture est toutefois atteint lors de la scène clé des aveux de Soraya. Alors que les deux femmes communiquent tant bien que mal en anglais depuis le début du livre, Soraya livre enfin les détails de son terrible périple. On lit alors : « Soraya parle arabe, sa langue… C’est elle qui dira le mieux sa peine ». Une question se pose : depuis quand Astrid comprend-elle l'arabe ? Gommer ainsi la barrière de la langue par la seule magie de l'émotion, sans recourir à l'interprète pourtant introduit bien plus tôt, relève d'une erreur grossière qui entache la vraisemblance de ce moment important.
Sur la forme, le texte souffre d'un surprenant télescopage de registres (le familier « mollo » ou « va emmerder » cohabitant mal avec l'érudit « supputent »). Mais cela ne se produit qu’au début et on peut vite oublier ce faux pas.
Les fautes d’orthographe sont peu nombreuses, ce qui est très agréable. J’ai noté :
• Une tournure pas très juste : « Il en est hors de question »
• Une faute de conjugaison : « Soraya se rappelle l’avoir vue rentrée... » au lieu de l'infinitif « rentrer ».
• Oubli du « s » à « pois chiche » et un de trop à des « ouvrages miniatures » (« miniature » restant normalement invariable)
• Utilisation de qui au lieu de qu'il (« poignée de noix qui lui reste », « ce qui va se passer »).
J’ai noté également l'emploi du sempiternel « achalandé » pour décrire des rayons bien approvisionnés. Le chaland est un client.
« Traverser les montagnes, et venir naître ici » demeure toutefois un roman fort, que je recommande pour la beauté des paysages et la noblesse de son message. Si la plume s'égare parfois dans des incohérences et des raccourcis commodes, la rencontre de ces deux femmes sauve le voyage. Une lecture qui a touché mon cœur.
Les éditions
Traverser les montagnes, et venir naître ici[Texte imprimé], Marie Pavlenko
de Pavlenko, MarieISBN : 2365698077 ; 21,00 € ; 22/08/2024 ; 352 p. Broché
Autre identifiants: 9782365698078
Les livres liés
Pas de série ou de livres liés. Enregistrez-vous pour créer ou modifier une série
Forums: Traverser les montagnes, et venir naître ici
Il n'y a pas encore de discussion autour de "Traverser les montagnes, et venir naître ici".


haut de page