Dans les pas de Jacques Bertin: Le géant discret de la chanson Bruno Boulais
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Le géant discret de la chanson
Féru de chansons françaises et toujours avide de découvertes nouvelles, de voix, de personnalités que je ne connaissais pas encore, je ne pouvais pas passer à côté de Jacques Bertin sans prendre le temps de l’écouter. Sa discrétion et son peu de présence dans les médias n’y changeaient rien. Fouinant dans les bacs des disquaires, j’eus le bonheur d’y trouver l’un ou l’autre de ses albums. La sobriété des pochettes ne me rebuta pas, au contraire. J’en fis l’acquisition et, rentré à la maison, quand je me mis à écouter les chansons d’un des albums (je crois que c’était Hôtel du grand retour), je fus aussitôt conquis. La voix de Jacques Bertin me touchait, belle, d’ample tessiture, solide et fragile à la fois. Les textes des chansons me bouleversaient, résonnant d’une poésie au ton singulier, gorgés de vécu, d’intime, tout en rejoignant l’universel, prenant volontiers en compte le chant et les combats des hommes. Les mélodies et les arrangements musicaux, qui ne se souciaient guère des modes, allaient droit à mon cœur.
Je fis bientôt l’acquisition d’autres albums de Jacques Bertin et les écoutai avec le sentiment grandissant d’avoir affaire à un chanteur-poète de premier ordre, aussi talentueux que le furent un Georges Brassens, un Jacques Brel ou même un Léo Ferré. La question qui découla aussitôt de ce sentiment, de cette certitude plutôt, fut la suivante : « Mais pourquoi, pourquoi donc, Jacques Bertin n’a-t-il pas droit à la même notoriété que ces géants de la chanson ? Pourquoi n’est-il connu, écouté, célébré, que par un nombre réduit d’auditeurs ? » La réponse, que j’avais déjà pressentie depuis longtemps, apparaît dans toute son évidence dans le précieux ouvrage écrit par Bruno Boulais, ouvrage retraçant avec précision l’ensemble de la carrière du chanteur (si l’on peut parler de carrière pour quelqu’un comme Jacques Bertin) : notre « géant discret de la chanson », comme dit le sous-titre du livre, n’a jamais fait quoi que soit pour obtenir les bonnes grâces et des médias et des grands manitous du showbiz ! C’est peu de dire qu’il n’a rien fait, il les a en aversion et n’a pas raté une occasion de le leur faire savoir !
On comprend parfaitement, dès lors, pourquoi, au long des années, Jacques Bertin resta dans l’ombre, malgré l’une ou l’autre invitation à la télévision (entre autres pour une « Carte blanche à Jacques Bertin » que l’on peut visionner sur youtube et qui ne manque pas d’intérêt !). L’artiste-chanteur, ou plutôt l’homme qui chante, pour reprendre l’expression de Félix Leclerc (dont Jacques Bertin écrivit la biographie), outre les nombreux albums qu’il fit éditer depuis 1967 jusqu’à 2019 pour le dernier en date (l’œuvre entière ayant été rééditée récemment sous forme de trois coffrets de 5 cd chacun chez Epm), dut se produire chaque année sur scène, en concert, jusqu’à une période récente (j’ai moi-même assisté à un concert au Forum Léo-Ferré d’Ivry-sur-Seine il y a quelques années).
Il est passionnant de suivre, pas à pas, l’itinéraire de Jacques Bertin, tel qu’il est rapporté dans le livre de Bruno Boulais, un livre riche en enseignements et qui peut contribuer à une meilleure compréhension de certains textes (l’écriture de Jacques Bertin étant parfois, il faut le reconnaître, assez complexe). L’amour du pays, celui des bords de Loire, mais aussi les amours heureuses et malheureuses avec les femmes (en particulier Anne-Marie, si présente dans son œuvre), mais aussi les combats et les souffrances des hommes (des ouvriers de Lip, des Chiliens sous la dictature), mais aussi quelque chose d’une foi en lambeaux, désabusée. Les parents de Jacques Bertin étaient des chrétiens convaincus et militants et, même si l’homme qui chante s’est éloigné de la foi, elle rejaillit parfois d’une manière ou d’une autre (dans la chanson intitulée Paroisse, dans La bonté des faibles, dans Merci pour tout, merci pour l’espérance, ou encore dans une superbe chanson-hommage à ceux qu’on appelait les Curés rouges).
Né à Rennes en 1946, Jacques Bertin est aujourd’hui retiré de la scène. On n’aura plus le bonheur de l’entendre en concert. Il reste cependant les nombreux enregistrements cd de son œuvre, il reste les quelques ouvrages qu’il fit paraître, il reste un chant, le chant d’un homme, bouleversant et beau parce que venant de quelqu’un qui n’aime pas tricher, un « cœur pur » en somme, un de ceux que chantait un autre poète de la chanson, Jean-Roger Caussimon.
Les éditions
Dans les pas de Jacques Bertin[Texte imprimé], le géant discret de la chanson
de Boulais, Bruno Levallet, Didier (Préfacier) Bertin, Jean-Yves (Autre) Debard, Jean-Paul (Autre)Les livres liés
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