La partie et le tout: Le monde de la physique atomique (Souvenirs, 1920-1965) Werner Heisenberg

La partie et le tout: Le monde de la physique atomique (Souvenirs, 1920-1965) de Werner Heisenberg
(Der Teil und das Ganze : Gespräche im umkreis der Atomphysik)

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Scientifiques , Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Martin1, le 23 août 2026 (Chavagnes-en-Paillers (Vendée), Inscrit le 2 mars 2011, 0 ans)
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La note : 10 étoiles
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Une intelligence lumineuse

Ce qui m'a frappé dans cette "autobiographie" de Heisenberg, c'est la profonde intelligence de son auteur.
Werner Heisenberg est célèbre pour sa découverte du principe d'indétermination : on ne peut déceler avec une précision infinie la position d'une particule et la vitesse de cette même particule. Ou dit autrement, il existe des couples de grandeurs (position - vitesse typiquement), dont la connaissance parfaite n'est pas indépendante. Connaître avec une précision infinie la position, empêche toute détermination de la vitesse - et réciproquement.

Mais ici, Heisenberg s'attarde moins sur ce principe que sur les petits évènements, et les petites conversations qui ont jalonné sa vie, et l'ont aiguillé dans ce difficile chemin de la montagne physique. Etant friand d'alpinisme, et de randonnées avec Bohr, Heisenberg remarque qu'il y a deux façons de parvenir au but. On peut ne penser qu'aux trois prochains mètres, et ne penser à rien d'autre ; ou bien on peut "choisir" son chemin entier parmi tous les autres possibles, et remettre sa confiance dans ce choix initial et ajuster sa méthode en fonction de lui.

Je n'ignore pas qu'Heisenberg fut l'un des complices de la bombe nucléaire allemande (qui ne vit jamais le jour, l'angle choisi présentant des défauts et la quantité d'uranium nécessaire difficile à rassembler). Je n'ignore pas non plus que cela a froissé ses rapports avec Bohr, et au fond, avec tous les autres.

Mais on découvre un homme, qui en réalité, n'est en rien antisémite (il défend Einstein contre tous ceux qui l'attaquent de faire de la physique juive), bien qu'il soit probablement pris, comme bien d'autres jeunes allemands, dans les fureurs du nationalisme allemand ; on le devine à certains passages. Justement, il s'en ouvre avec une candeur étrange à Bohr, qui donne son point de vue de danois - très intéressant également.

Ce qui est admirable, surtout, c'est la qualité, la richesse de ses conversations avec Einstein, Pauli, Sommerfeld, Bohr et Schrödinger... Il s'agit bien de découvrir le réel, rien d'autre ; mais aussi de qualifier ce à quoi doit ressembler notre relation à ce réel qu'on ne connaît pas.
Ainsi des questions d'apparence triviale d'un point de vue scientifque, comme celle de savoir si, quand Einstein dit "Dieu ne joue pas aux dés", se cache une véritable religiosité secrète, ou celle, plus grave, de savoir si la physique quantique, en abolissant la détermination absolue de lieu et de temps pour les objets, cherche vraiment à supprimer l'unicité et l'univocité de la réalité, sont traitées avec une pureté et une précision qui m'ont touché. Les remarques sur le corps (qui n'est finalement qu'un lieu de passage des atomes), le vitalisme, le positivisme, sont toujours d'une grande profondeur.

C'est ce que ces hommes - Einstein, Bohr et Heisenberg - sont revêtus ici d'une sorte d'innocence, une sorte de désir ardent, mêlé de fragilité qui contraste avec le regard que je portais jusqu'ici sur eux.

Pour moi, il faut vraiment séparer tout cela, des questions relatives aux activités de Heisenberg pendant la guerre, où là, il n'est plus question d'innocence. Mais justement, le personnage n'en devient que plus énigmatique.

j'ai beaucoup aimé ce livre, il m'a procuré beaucoup de joie, mais je reconnais que quelques connaissances en physique quantique, même approximatives, permettront de mieux y goûter.

Je terminerais avec cette histoire, tirée du livre :
Le physicien Niels Bohr avait un voisin au Danemark qui accrochait un fer à cheval au-dessus de sa porte d'entrée. C'était censé être porte-bonheur. Tout le monde se moquait de lui et lui demandait s'il y croyait vraiment. « Bien sûr que non, disait-il. Mais on m'a dit que ça marchait même quand on y croit pas ».
Eh bien, il se pourrait bien que la physique quantique, dans ses premiers temps, après 1925, ressemblait beaucoup à ce fer à cheval sous la porte du voisin de Bohr...

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Les éditions

La partie et le tout[Texte imprimé], le monde de la physique atomique, souvenirs, 1920-1965, Werner Heisenberg,... traduit de l'allemand par Paul Kessler
de Heisenberg, Werner Kessler, Paul (Traducteur)
Flammarion / Champs
ISBN : 9782081244825 ; 20/10/2010 ; 432 p. Broché
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