Vivre dans le feu Antoine Volodine
Catégorie(s) : Littérature => Francophone
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Dans l’univers « volodinien »
»L’avion a commencé son épandage de napalm en haut du village. Je ne sais à quelle civilisation modèle il appartenait ni en quel charabia le pilote conversait avec sa base et ses donneurs d’ordre. Une langue d’assassins, forcément, mais peut-être pas de l’américain militaire basique …/…
Nous nous trouvons en terrain découvert et nous sommes en plein air sur la trajectoire de l’immense nuage orange. La mort se précipite sur nous. S’abriter ? Fuir ? …/…
Je suis sur le point d’atteindre le dernier moment, celui où on passe en revue tout ce qu’on a vécu, de l’enfance à l’âge adulte et à sa conclusion brutale. Comme tout le monde j’ai entendu ceux qui prétendent que, pendant l’ultime sursaut, le film de la vie se déroule en accéléré derrière les paupières, à toute vitesse, offrant au condamné une somptueuse satisfaction de cinéphile …/…
Voilà, je ne pense soudain plus qu’à moi. Il faut dire que je ne vois plus du tout les autres. Et là, droit devant, une gigantesque vague, avec déjà ses embruns de kérosène.
Je me retiens de respirer. Je déteste cette odeur.
Et puis, bon, puisqu’on en est là, autant réagir. Après tout, pour cet ultime pétillement d’agonie, plutôt que visionner le film de ma vie, cette suite apocalyptique que je connais par cœur et qui ne m’apportera aucun plaisir de découverte, autant composer un roman. Un petit roman hurlé en accéléré, à toute vitesse. A la va-vite. C’était dans mes cordes, autrefois, pas de raison que ça rate ici, même si les circonstances m’empêcheront de revenir dessus pour corriger répétitions et maladresses.
Voyager une dernière fois. Dire tout, inventer tout, ne pas s’affoler en face de l’indicible.
C’est dans mes cordes.
Et vu comme ça, au jugé, je dispose d’une seconde.
J’ai donc tout mon temps. »
Voilà un extrait du tout premier chapitre qui pose le cadre. Un cadre qui semble posé solidement, pieds ancrés au sol (encore que la toute fin …). Mais voilà, nous sommes chez Antoine Volodine et les pieds ancrés au sol, ce n’est pas trop le genre de la maison ! On va donc d’emblée larguer les amarres et rentrer dans l’univers du sieur Volodine. Un univers en l’occurrence uniquement peuplé de figures féminines.
Tantes, cousines, grands-mères, … toutes celles qui sont convoquées ci, court chapitre après court chapitre, ne sont pas des femmes ordinaires. Chamaniques. Ou pas. Oniriques. Toujours. On est chez Antoine Volodine et il faut lâcher prise et accepter le non-probable, l’étrange extraordinaire et se laisser secouer. C’est comme ça. Et si ça ne vous convient pas, mieux vaut passer son tour …
Distorsion temporelle (que ne fait pas notre soldat en une seconde chrono !), distorsion de la réalité, c’est un onirisme couleur sombre qui vous attend si vous franchissez les pages de Vivre dans le feu.
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Vivre dans le feu[Texte imprimé], roman, Antoine Volodine
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