Le banquet des Empouses Olga Tokarczuk

Le banquet des Empouses de Olga Tokarczuk
(Empuzjon)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Pucksimberg, le 22 juillet 2026 (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 46 ans)
Critiqué par Pucksimberg, le 22 juillet 2026 (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 46 ans)
La note : 8 étoiles
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Un sanatorium aux frontières troubles

Le jeune Wojnicz est envoyé au sanatorium de Göbersdorf afin de guérir sa tuberculose. Il loge dans une pension pour hommes et côtoient quotidiennement six personnages masculins qui ne cessent de discuter du monde et des femmes. Ils sont profondément misogynes. Le lecteur suit donc ces individus lors de leurs balades en plein air, de leurs repas copieux et des multiples discussions engagées de ces individus pas toujours sympathiques. Pourtant, des femmes veillent, ou plutôt des créatures féminines qui accompagnaient Hécate dans la mythologie grecque, des Empouses. Elles sont une voix collective, comme le chœur dans les tragédies, et s’affirment comme des narratrices observant le monde par le sol. Elles évoquent souvent les pieds des personnages avant d’évoquer le reste. Ce regard féminin sur ce monde masculin a quelque chose de plaisant car l’écrivaine est une femme qui ne cautionne évidemment pas le discours de la plupart des personnages masculines. Wojnicz est très émotif et semble enfouir quelque chose en lui car son père lui a toujours demandé d’être fort, d’être un homme … Lorsqu’il apprend qu’un mort est retrouvé chaque année, démembré, en pleine forêt, il ne sera que plus intrigué, surtout que l’on parle parfois de sorcières et de rituels …

Olga Tokarczuk est partie de la trame du chef-d’œuvre de Thomas Mann, « La Montagne magique », pour engendrer un texte personnel et original. Et quelle plume ! Elle m’a séduit dès les premières pages. L’incipit est tout simplement génial quand on pense à sa construction et sa manière originale de nous présenter les personnages. Son talent d’écriture est perçu à plein d’endroits dans le roman. Les dialogues rappellent certains dialogues argumentatifs et mondains dans lesquels les personnages sont passionnés par les discussions et les débats. Le lecteur est emporté dans ces dialogues où tous les personnages pensent quasiment la même chose. Ce ne sont pas les thèses les plus morales et ouvertes qui l’emportent, mais l’écrivaine se moque évidemment des postulats masculins. Régulièrement dans le roman, le lecteur rencontrera des passages particulièrement inventifs. L’extrait dans lequel Olga Tokarczuk décrit la façon de tousser des divers personnages souligne vraiment ses qualités d’écriture.

Le roman ne donne pas le bon rôle aux hommes : ils sont misogynes, cruels et intolérants. Ils semblent chercher toutes les raisons qui peuvent justifier ce qu’ils estiment être leur supériorité sur les femmes. Certains propos vont prodigieusement agacer ou révolter les lecteurs, c’est fait exprès et contribue à alimenter la critique que dresse l’écrivaine. Ce qui est encore plus surprenant, c’est quelle énumère en fin de roman les auteurs qui l’ont inspiré dans la construction de ses dialogues machistes et qu’elle a seulement paraphrasés ! La liste est longue, on y trouve Shakespeare, Racine, Burroughs, Kerouac, Freud, Yeats, Conrad, Pound, Sartre … Cela invite à la réflexion … Cette façon de détourner des citations superpose un autre niveau de lecture qui invite à percevoir différemment certaines œuvres dites respectables. On mesure aussi combien l’écrivaine s’est ingéniée à détourner ces grands auteurs pour en faire percevoir le côté nocif parfois.

La qualité de ce roman n’est pas dans la multiplication des péripéties. Le lecteur doit aimer lire des débats sur divers sujets, accepter de se plonger dans le milieu d’un sanatorium avec de nombreux malades, qui ne le sont peut-être pas que physiquement si l’on considère leurs propos. C’est presque un roman d’atmosphère mais qui exerce un charme certain. On se plaît à découvrir ces personnages et Wojnicz nous intrigue malgré tout car il n’est certainement pas comme tous les patients de la Pension pour Messieurs. Il semble ouvrir une autre voie à cette opposition entre les hommes et les femmes …

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Les éditions

Le banquet des empouses[Texte imprimé], roman d'épouvante naturopathique, Olga Tokarczuk traduit du polonais par Maryla Laurent
de Tokarczuk, Olga Laurent, Maryla (Traducteur)
les Éd. Noir sur blanc
ISBN : 9782882508669 ; 23,00 € ; 01/02/2024 ; 304 p. Broché
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Le banquet des empouses[Texte imprimé], roman d'épouvante naturopathique, Olga Tokarczuk,... traduit du polonais par Maryla Laurent
de Tokarczuk, Olga Laurent, Maryla (Traducteur)
le Livre de poche / Le Livre de poche
ISBN : 9782253251477 ; 9,40 € ; 20/08/2025 ; 416 p. Poche
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