La séquence Aardtman Saul Pandelakis
Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Littérature => Fantasy, Horreur, SF et Fantastique
Visites : 45
bots en touches, bots touchants
Premier roman de Saul Pandelakis, La séquence Aardtman est un merveilleux livre de science-fiction, ou plutôt de "SHS-fictions", comme le dit malicieusement son auteur. Et c'est vrai que son monde ne se construit pas tant sur des révolutions technologiques (il y en a aussi !) que sur le déploiement de leurs devenirs politiques et philosophiques.
Dans ce livre-brique, il est question de deux destins, celui de Roz, humain impliqué dans une mission d'exploration spatiale, et celui d'Asha, robot humanoïde menant son quotidien sur notre petit caillou de Terre, à l'horizon 2100 et plus. Ces deux espaces se mettent à exister sous nos yeux, alternant entre Terre et vaisseau selon une structure 2-4-2, avec des informations égrenées au fur et à mesure. Saul Pandelakis s'appuie pour densifier son monde sur la création de toute une onomastique, et déplie ensuite les situations qui ont rendu les mots nécessaires (bid, spec, démantèlement, etc.). En prime, sous la forme d'interludes semés entre chaque séquence, il nous est montré comment de nouvelles corporéités et subjectivités (celles des ro/bots) se trouvent être la conséquence d'inventions isolées, d'une chaine d'inventeur.ices dont les actions successives font advenir des IA sentientes.
Tout du long, Saul Pandelakis excelle à deux choses. Primo, il crée un univers riche de descriptions qui parlent à tous nos sens. La canicule de cette fin de printemps trouvait un diabolique écho dans celle de sa Terre en berne. Deuxio, il propose une alternative réjouissante à la binarité "machine qui sauve/machine qui tue". Humains et bots coexistent avec des frictions et des solidarités, et de la sentience des derniers découle l'un des fils les plus passionnants du roman : l'émergence progressive des droits des bots, et la façon dont ils aménagent leurs conditions d'existence. Le processus de reconnaissance des droits de ce groupe social fait inévitablement penser à notre sale histoire humaine, à toutes les situations où certains groupes humains se sont vu/se voient refuser leurs droits, ainsi qu'à nos rapports aux droits des autres qu'humains.
Je pense que ce texte m'a touchée parce qu'il est dans un registre un brin mélancolique qui fonctionne à plein sur mon cerveau. C'est d'une apocalypse qu'il s'agit (inégalités creusées, capitalisme optimisé, biomes sur-abîmés), mais elle parvient à rester douce par endroits, parce que persistent les attachements, la beauté, et une forme d'espoir dans les interstices.
C'est un livre qui donne envie, entre autres choses, de lire plus de SF contemporaine (Kelly Steward, Sabrina Calvo, Ken Liu), d'être tendre et de faire des playlists. Je finirai sur cette citation de Saul Pandelakis, pour vous donner envie de glisser cet ouvrage dans votre valise de l'été : "La fiction peut cela aussi : ouvrir des espaces de répit, des lieux où déposer notre fatigue ou notre lassitude."
Les éditions
La séquence Aardtman[Texte imprimé], Saul Pandelakis
de Pandelakis, SaulLes livres liés
Pas de série ou de livres liés. Enregistrez-vous pour créer ou modifier une série
Forums: La séquence Aardtman
Il n'y a pas encore de discussion autour de "La séquence Aardtman".


haut de page