Blanc Han Kang

Blanc de Han Kang
(Hûin)

Catégorie(s) : Littérature => Asiatique , Théâtre et Poésie => Poésie

Critiqué par Septularisen, le 19 juin 2026 (Luxembourg, Inscrit le 7 août 2004, 0 ans)
Critiqué par Septularisen, le 19 juin 2026 (Luxembourg, Inscrit le 7 août 2004, 0 ans)
La note : 10 étoiles
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CINQUANTE NUANCE DE… BLANC!

«Les flocons se dispersent au hasard.
Dans le vide noir que la lumière des réverbères ne traverse pas.
Sur les arbres noirs et silencieux.
Sur les cheveux des passants à la tête baissée.»

À la faveur d'un séjour à l'étranger, (à Varsovie en Pologne, bien que cela ne nous est jamais précisé dans le livre…), HAN Kang (*1970), pose sur une feuille quelques mots, tous liés à une seule couleur… Le blanc!..
Le blanc d'une couverture pour bébé, le blanc du sel, le blanc de la neige, le blanc de la lune, le blanc du magnolia, le blanc du grain de riz, le blanc des cheveux, le blanc de la feuille blanche, le blanc du sucre… Dans la droite ligne d’un Michel PASTOUREAU (1), elle va, pour chacun de ces mots, - et bien d’autres encore -, faire un commentaire… Mais, contrairement à l’auteur français qui parle surtout d’histoire, de symbolique, de technique, de science elle va elle, privilégier et dire ce que cela représente dans sa vie, sa mémoire, son histoire, son inspiration, son intimité, ses sentiments, ses souvenirs….

Une remarque préliminaire avant de commencer ma recension sur ce livre, je dois dire que bien plus qu’un roman, c’est un livre de poésie que j’ai lu. J’ai eu en effet beaucoup de mal à comprendre le mot «Roman» utilisé par l’éditeur pour désigner ce livre. Il s’agit plus ici de «réflexions», de «chroniques», plus ou moins longues (quelques lignes, à plusieurs pages…), sur le thème de la couleur blanche, que d’un récit continu. Mais, comme le tout est d’une «douceur» hors normes, intime, contemplatif, j’ai eu du mal à ne pas assimiler le tout à de la poésie!..

Le livre est divisé en trois grandes parties. La première, qui est d’ailleurs la plus courte -, est sans doute la plus intimiste. Mme. Han nous y révèle p.ex. la mort de sa sœur aînée quelques heures après sa naissance. Mais surtout, elle nous explique pour la genèse de l’écriture de ce livre

«Nous avançons ainsi sur la surface tranchante du temps – au bord d'une falaise transparente qui se renouvelle de seconde en seconde. Nous posons un pied sur l'extrémité dangereuse de la durée vécue et, sans qu’une quelconque volonté puisse intervenir, avançons machinalement l'autre pied dans le vide. Non que nous soyons courageux, mais nous n'avons pas le choix. En ce moment même, je ressens cette menace. Je me hasarde dans un livre que je n'ai pas encore écrit, dans un temps que je n'ai pas encore vécu.»

La deuxième parte est intitulée «Elle», est plus centrée sur la mort et le deuil. L’autrice nous parle aussi ici de certains de ses souvenirs de jeunesse. Le tout toujours bien sûr « relié » à la couleur blanche, comme le sel, la lune, le riz, le chien blanc de ses voisins…

«Haleine»

«Un souffle blanc sort pour la première fois de la bouche un matin où le temps s’est rafraîchi, telle une preuve que nous sommes vivants. Une preuve de la chaleur de notre corps. L’air froid afflue dans l’obscurité des poumons, s’y réchauffe et ressort en une vapeur blanche. Notre vie se diffuse ainsi dans l’atmosphère, émanation visible et blanchâtre. Un miracle.»

La troisième partie, la plus courte intitulée : «Tout ce qui est blanc», c’est sans doute la plus intimiste. On pénètre ici véritablement la tête de l’écrivaine, et dans son idée, sa description, sa relation avec la couleur blanche… Elle nous explique entre autres sa relation à l’écriture…

«Tels quelques mots écrits sur une feuille blanche»

«Mes chaussures laissaient des traces noires sur la neige qui à l'aube s'était déposée en une couche consistante sur le trottoir.
Tels quelques mots écrits sur une feuille blanche.
J’avais quitté Séoul en été et retrouvais la ville glacée.
Me retournant, j’ai vu que la neige recouvrait les traces de mes pas.
Elles blanchissaient.»

Et je m’en voudrais de finir sans dire un mot de la magnifique écriture de Mme. HAN. C’est beau, mélancolique, délicat, léger, poétique, doux, intime, ciselé, lumineux, c’est d’une tendresse et d’une esthétique expurgée très rare. Et ce même quand elle parle des choses les plus banales…

«Sucre en morceaux»

«Elle avait une dizaine d’années. Dans le café où elle avait suivi sa plus jeune tante, elle a vu pour la première fois du sucre en morceaux. Le cube enveloppé dans du papier blanc était d’une régularité parfaite – trop parfaite, lui semblai-il. Après avoir précautionneusement ôté l’emballage, elle a passé le bout de son doigt sur la surface du sucre blanc. Elle a exploré l’object, en cassant un coin, posant sa langue sur la surface voluptueusement sucrée, rongeant cell-ci et observant la façon dont il fondait dans un verre d’eau.

Elle n'est pas particulièrement portée sur les friandises, mais quand elle voit des morceaux de sucre, elle a l'impression de se retrouver devant quelque chose de précieux. Certains souvenirs ne se délitent pas avec le temps. Il en va de même pour certaines douleurs. Il n'est pas vrai qu'elles contaminent et détruisent tout.»

Je finis ce livre ébloui par la merveilleuse écriture de l’autrice Sud-Coréenne, c’est sans aucun doute le meilleur que j’ai lu de cette écrivaine. Si vous voulez vous faire plaisir, avec un petit livre qui va vous «câliner» avec une tendresse infinie, lisez ce petit livre tout doucement, a doses «homéopathiques», et que vous prendrez un plaisir infini à lire… Croyez-moi, je parle par expérience!

«Les vagues»

«La surface de l'eau entre au loin en éruption. Les puissantes lames de cette mer hivernale déferlent avec de plus en plus de force. Quand elles atteignent leur point culminant, les vagues se brisent en innombrables flammèches blanches. La mer ainsi disloquée glisse sur le sable en se retirant.
Pendant qu'elle observe sur la frontière entre la terre et l'eau ce va-et-vient qui semble ne jamais devoir cesser (mais en fait l'éternité n'existe pas - la Terre et le système solaire finiront par disparaître), elle ressent comme une vérité tangible que notre vie ne représente qu'un instant.
Chaque fois qu'elles explosent, les vagues sont d'une blancheur éblouissante. Au loin, l'eau étale fait penser à d'innombrables écailles de poissons. On y distingue des milliers ou des dizaines de milliers d'éclats. Des milliers ou des dizaines de milliers de renversements. Mais rien n'est éternel.»

(1). : Cf. Ici sur CL : https://critiqueslibres.com/i.php/vauteur/…

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Les éditions

Blanc
de Kang, Han Battilliot, Jacques (Traducteur)
le Livre de poche
ISBN : 9782253909996 ; 20/05/2026 ; 160 p. Poche
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