Préparatifs de noce à la campagne Franz Kafka
(Hochzeitsvorbereitungen auf dem Lande)
Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone
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Un Kafka fragmenté
De Kafka, j’avais adoré « Le procès », qui m’avait particulièrement impressionné. Comme conteur de l’absurde et de l’inextricabilité, il avait atteint avec ce roman son sommet, selon moi. Ses autres romans, « La métamorphose » et « Le château » m’ont moins marqué. Mais il n’en reste pas moins que son style et ses thèmes de prédilection en ont fait un auteur à part dans mes références littéraires particulières et que Kafka sera toujours à lire.
Alors quand je suis tombé sur ce vieux livre des éditions Gallimard de la collection étranger de 1957, aux pages jaunies et à la couverture qui n’arrive plus à tenir que difficilement les pages ensemble, fragile et peu maniable, au titre intriguant « Préparatifs de noce de campagne », je l’ai pris. Je ne savais pas du tout à quoi m’en tenir quant au contenu de ce livre, mais tant qu’il est de Kafka, hein… ça ne peut pas être mauvais !
Et puis je l’ai lu… Alors il s’agit principalement de fragments de textes, plus ou moins courts, parfois de 2 lignes seulement, quelques-uns de 2, 3 ou 4 pages, où se mélangent réflexions philosophiques personnels de l’auteur et morceaux de récits, dont certains se rattachent à des nouvelles dont c’est là l’ébauche inachevée ou abandonnée. Il y a aussi une pièce de théâtre brusquement interrompue en plein milieu (dommage elle commençait bien !) et deux discours. Qu’en ressortir de tout ce fatras ?
D’une part, les fragments de récits confortent l’image de Kafka doté de l’esprit de contradiction et d’absurdité qu’on connaît déjà dans ses romans. Dans cette veine-là, cela se révèle le plus souvent surprenant et amusant. Sa faculté à forger des situations où l’homme est confronté à l’absurdité d’une circonstance et la subit ou doit lutter contre elle est intéressante. On voit là l’esprit bien particulier de Kafka, fécond et pointilleux dans la diversité de ces ébauches d’écrits, jusque dans le détail, où s’entremêlent logique et irrationalité, analyse perçante et éléments extravagants. Malheureusement cela reste bien trop court ou inabouti pour pouvoir vraiment en apprécier toute la saveur, et il y a donc frustration du lecteur puisqu’il n’y a pas développement de toutes ces portions littéraires, délectables amuse-bouche jamais transformés en délicieux repas.
D’autre part, les pensées dites philosophiques qu’il exprime ici sous la forme de courtes observations personnelles, moins nombreuses certes, m’ont paru le plus souvent absconses et dépourvus de sens clair et compréhensible. Un autre peut-être plus versé dans la philosophie que moi, principalement de Kierkegaard, puisque Kafka s’y réfère beaucoup, pourra mieux les apprécier que moi, mais ce n’est pas le plus intéressant du livre.
Ex pris rapidement au hasard : Deux tâches du début de la vie : restreindre de plus en plus ton cercle et t’assurer constamment que tu ne tiens pas caché quelque part à l’extérieur.
Enfin, je ne vois d’ailleurs pas le sens du titre qui a été donné à cet ouvrage, nulle part il n’est fait allusion à des noces de campagne. À moins que ça ne se réfère aux noces de fiançailles de Kafka, qu’il a finalement rompues ? Bref.
Il ne reste de tout ça que le texte le plus intéressant, qui est la fameuse « Lettre au père ». Une lettre que Kafka avait rédigée à l’intention de son père mais qu’il n’a jamais envoyée. Une lettre dans laquelle il exprimait tout son ressenti envers son père, qu’il dit vouloir éviter d’accuser mais qu’en même temps il raconte tout ce qu’il a souffert enfant et adolescent provenant de ce père, qu’il avait admiré mais aussi et surtout craint et même méprisé. Un père, qui selon Kafka, a raté ou n’a pas été capable d’une éducation saine et bienveillante envers lui, son fils, et ses autres enfants. Un père qui s’est montré avare d’affection et a plutôt été source de mépris, d’humiliation, de brutalité, de raillerie. Un père qui était travailleur, s’était enrichi en gérant avec succès un magasin, doué en affaires, entouré de considération et de respect social, mais incapable d’être à la hauteur d’une éducation digne de ce nom. Kafka en a beaucoup souffert et c’est ce qu’il exprime dans sa lettre, en essayant de faire la part de ses sentiments personnels et rester objectif, sans user d’un ton accusatoire (au moins possible en tout cas), ce qui est tout à son honneur. Oui, c’est de loin le texte le plus intéressant de cet ouvrage, et il aurait pu se suffire à lui-même.
Donc au final, un ouvrage intéressant par bien des aspects mais que la trop longue exposition de récits fragmentés et hachurés et d’aphorismes philosophiques peu clairs finit par lasser. Max Brod, puisque c’est lui qui en est l’auteur, si j’ai bien compris, plutôt que d’essayer, dans ce genre d’ouvrage en forme d’hommage à Kafka, de faire exhaustif, aurait dû au contraire se faire plus sélectif et resserrer pour que soit plus qualitatif et enthousiasmant à lire.
Je mets 3,5 étoiles pour l'ensemble du livre mais aurais mis 4,5 pour la seule "Lettre au père"
Les éditions
Préparatifs de noce à la campagne[Texte imprimé], Franz Kafka trad. de l'allemand par Marthe Robert
de Kafka, Franz Robert, Marthe (Traducteur)ISBN : 9782070704569 ; 14/11/1985 ; 516 p. Poche
Autre identifiants: 2070704564
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