Le Chat du Jardinier Thomas Schlesser
Catégorie(s) : Littérature => Francophone
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Un roman doucereux
On ne change pas une recette gagnante ! Après l’énorme succès des Yeux de Mona, Thomas Schlesser récidive avec un roman mâtiné non plus de peinture mais de poésie. Des poésies et des poètes, en veux-tu en voilà, des citations de vers et des explications de textes, en particulier de figures de style, tout ça à gogo, le tout enrobé dans un charmant récit en forme de fable pour que ce soit digeste, tel est le procédé dont use et abuse notre auteur.
Comment s’y prendre pour consteller un roman de citations poétiques, d’explications de textes, de renseignements divers et variés sur un certain nombre de poètes ? C’est simple, il faut imaginer un personnage non seulement féru de poésie mais désireux de transmettre son savoir aux autres, et confronter ce personnage à un ou plusieurs autres protagonistes qui, merveille, font leur miel de ce déluge de savoir, au point de devenir eux-mêmes des experts ès-poésie capables de débiter des vers adaptés à toutes les circonstances et à toutes les personnes.
Dans le roman de Thomas Schlesser, nous avons donc affaire à Thalie, ex-professeure de lettres, amoureuse de poésie, et à Nikola, son compagnon, ex-architecte. À ces deux-là, il faut rajouter un jardinier taiseux en la personne de Louis, un improbable hercule au cœur d’artichaut, tout énamouré d’un chaton malade qu’il voudrait bien pouvoir sauver. Thalie et Nikola habitant dans une magnanerie de l’arrière-pays provençal, ils font appel à Louis, leur voisin, pour remettre en ordre leur jardin dévasté par une tempête. Et c’est ainsi que le brave Louis en vient à être initié par Thalie à la poésie, d’autant plus qu’à son travail de jardinier vient bientôt se greffer un emploi nouveau, mettre de l’ordre dans la gigantesque bibliothèque de Thalie, bibliothèque qui semble n’être composée que de livres de poésies. Louis guérit un jardin, Thalie guérit le cœur et l’intelligence de Louis et sa capacité à s’exprimer, Louis cherche à guérir son chaton, avant de découvrir un véritable guérisseur en la personne (si l’on peut dire) d’un chien, un épagneul venu d’on ne sait où et qui devient aussitôt le garde-malade du chaton.
Que penser d’une telle histoire sinon qu’elle apparaît singulièrement doucereuse, gentillette, maniérée ? Pour compenser un peu, Thomas Schlesser a cru bon de rajouter un autre personnage, un voisin de Louis qui n’est autre qu’un malfrat cultivant des plants de cannabis. En vérité, cela ne change pas grand-chose au ton général du roman, pas plus que l’envahissement de crapauds qui semblent provenir de chez ledit malfrat. Un malfrat à qui Louis est tenté de réciter des vers, ce qui paraît assez saugrenu, autant qu’en cet autre passage où c’est Thalie qui se met à parler de Nerval à un gendarme !
Car, oui, il fallait, d’une manière ou d’une autre, parsemer ce récit de poésie. La science immense de Thalie, bientôt complétée par le goût d’apprendre de Louis, font l’affaire et le texte énumère quantité de poètes, de vers et de figures de style. C’est obligatoirement très didactique. Sont convoqués des poètes de tous les temps et de toutes les langues (enfin, pas toutes, mais de beaucoup de langues) ! Thomas Schlesser remonte jusqu’aux poèmes épiques d’Homère ou à l’épopée de Gilgamesh. Les noms connus et moins connus apparaissent au fil des pages : Trakl, Verlaine, Rimbaud, Hugo, Apollinaire, Baudelaire, Villon, Lamartine, Rilke, Anna de Noailles, T. S. Eliot, José Maria de Heredia, Nerval, Ste Thérèse d’Avila, Ronsard, Goethe, Pavese, Aragon, Eluard, Poe, Dante, Mallarmé, Queneau, Gaspara Stampa, Louise Labé, Lady Mary Wroth, Aimé Césaire, William Blake, Claude Roy, Marceline Desbordes-Valmore, Maurice Rollinat, Marinetti, Ossip Mandelstam, Maïakovski, Marina Tsvétaïeva, Prévert, Hölderlin, Pessoa, René Char, et j’en oublie certainement (au passage, il est même question de Léo Ferré, de Barbara, de Brassens, d’Anne Sylvestre, ce qui n’est pas pour me déplaire). La liste est longue, mais elle est loin d’être exhaustive. Comment ne pas déplorer l’absence de noms tels que ceux de Jules Supervielle ou de René-Guy Cadou, pour ne prendre que ces deux exemples ?
Il arrive que des notules consacrées à l’un des poètes soient intéressantes au point de susciter le désir d’en savoir davantage. C’est le cas, par exemple, lorsqu’il est question de Hölderlin qui voyait « la civilisation moderne entamer sa quête du confort bourgeois et se détourner peu à peu du culte du Christ sur la croix, c’est-à-dire du salut par la souffrance. » En fin de compte, c’est la seule véritable qualité de ce roman : activer la curiosité, le désir de connaître (ou de mieux connaître) un auteur. Le reste est anodin.
Les éditions
Le Chat du jardinier[Texte imprimé], roman
de Schlesser, ThomasISBN : 9782226507389 ; 28/01/2026 ; 384 p. Broché
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Une ode à la poésie et à l’humanité
Critique de CHALOT (Vaux le Pénil, Inscrit le 5 novembre 2009, 78 ans) - 22 mai 2026
Que voulez -vous ! c’est la magie de ces bibliothèques municipales comme celle de Vaux le Pénil qui sortent et offrent des petits bijoux.
Louis est un jeune rural qui vit dans une petite maison dans la campagne du Var.
Il est un peu fort, musclé mais pas du tout porté à priori par la poésie.
Cet homme que certains pourraient considérer un peu vite comme un rustre est un homme qui va dans et avec la nature.
Ayant adopté un petit chat qu’il surveille et soigne, il est inquiet car son ami qu’il n’a pas encore nommé risque de mourir à cause d’une petite tumeur qui grossit.
Que faire ?
Seul un miracle peu sauver l’animal !
Un jour, un vieux couple s’installe en face de chez lui, la femme, la soixantaine et un peu plus est une professeure qui adore les lettres et surtout la poésie alors que son compagnon, octogénaire est un ancien architecte.
La professeure, Thalie, propose à Louis un échange de savoirs, elle l’initiera à la poésie pendant que Louis s’occupera de restaurer le jardin du couple, ravagé par la tempête.
« Quelqu’un aurait-il jamais cru…. » laissons là, La Fontaine et d’ailleurs il ne fait pas partie des dizaines et dizaines de poètes qui égayent ce récit.
Mais comme dans le lion et le rat, l’un et l’autre ? Louis et Thalie vont s’aider mutuellement pour ne faire, presque, qu’un !
Les pouvoirs de la poésie, la beauté du site, la bonté de ces trois là et l’aide d’un chien vont conduire, non à des mirages mais à un miracle ou presque.
Cette histoire est belle, fleurie, quasi musicale et nous fait oublié l’actualité peu reluisante.
Jean-François Chalot
Guérir par la poésie
Critique de El Gabal (Strasbourg, Inscrit le 10 janvier 2022, 37 ans) - 13 mai 2026
Nous y suivons Louis, un jardinier trentenaire profondément affecté par la maladie de son chat, atteint d’un cancer. C’est dans ce contexte de fragilité qu’il rencontre Thalie, ancienne professeure de français retraitée, figure singulière et presque initiatique, qui lui propose un étrange pacte : elle l’initiera aux pouvoirs de la poésie s’il accepte, en retour, de prendre soin de son jardin. À partir de cette rencontre se déploie bien davantage qu’un simple récit : une profession de foi dans le pouvoir transfigurateur de la parole poétique.
Le postulat du livre est clair : la poésie possède un pouvoir quasi magique de guérison, de métamorphose et de réconciliation avec le vivant. En effet, dans ce livre pour le moins singulier, les vers semblent agir sur les êtres, les plantes, les animaux eux-mêmes, comme si la parole juste permettait de réaccorder le monde. Le roman convoque ainsi des poètes de tous temps et de tous horizons, dans une vaste célébration de la langue comme refuge et comme force de transformation.
Et pourtant, il faut reconnaître ce qui pourra en rebuter certains lecteurs : à plusieurs reprises, on a moins l’impression d’être dans un roman que face à un cours de stylistique ou à une leçon de transmission littéraire un peu trop démonstrative. Cet aspect didactique, parfois très appuyé, entame par moments la chair romanesque du livre. De même, le fait que Thalie s’exprime presque exclusivement à travers des vers cités peut sembler peu crédible et fragilise quelque peu le principe de vraisemblance.
Mais réduire ce livre à ses défauts serait, me semble-t-il, profondément injuste. Car malgré ses maladresses, Le Chat du jardinier est porté par une sincérité évidente et par une foi touchante dans ce que la poésie peut encore offrir à nos existences désenchantées. Louis, peu à peu, découvre un autre rapport au monde. Son rapport à la souffrance, au vivant, au langage se transforme, et il devient à son tour un passeur.
Ce n’est peut-être pas un grand roman au sens strictement littéraire du terme. Son didactisme l’empêche parfois d’atteindre toute la puissance émotionnelle qu’il vise. Mais c’est un livre généreux, habité, qui rappelle avec conviction que la poésie n’est pas seulement affaire d’esthétique ou d’érudition : elle peut aussi être un soin, une consolation, une manière d’habiter le monde autrement.
Et rien que pour cela, il mérite d’être lu.
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