quarantaine: quelques érotiques Jean-Pierre Otte
Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Théâtre et Poésie => Théâtre
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Quandonporte son propre cocon sous la peau
Quand on porte son propre cocon sous la peau
Dans ce recueil de la Quarantaine, Jean-Pierre Otte nous ramène au temps du confinement. Souvenons-nous : nous étions alors sans communiquer.Vivant isolés, peut-être même isolés de soi. Il ne se passait rien, et s’il se passait vraiment quelque chose, nous n’en avions pas la perception.
Aucune radiographie ne pourrait révéler
ce qui se trame dans les paysages du dedans.
C’est le temps mort dans le champ personnel.
Le vent est en suspens au-dessus des ravines.
Nous-mêmes étions en suspens. C’était le "temps mort". Dans le champ personnel, rien ne semblait bouger, plus rien de neuf ne semblait pouvoir advenir. Mais, en réalité, tout se jouait dans l'invisible, dans ce qui se dissimule dans l’intimité. dans « le camp retranché ». Le monde intérieur était à la fois figé et en perpétuel remuement, juste au-delà de notre perception.
L’on porte son propre cocon sous la peau,
tout en continuant de vaquer à ses occupations,
d’aller et de venir selon ses horaires
et ses humeurs, comme si de rien n’était.
Quelque chose se passe en nous qui
ne sommes au mieux que des passants.
.
Oui, nous étions intérieurement en mouvement et extérieurement en retrait, en marge, largués sur place, immobiles entre deux mouvements, portant en nous nos fragilités et nos self-défenses sans trop les exposer.
Il nous faut apprendre la perception d’un réel
qui ne soit pas englué en nous-même.
Ne plus se ressembler en rien et se faire
à une autre façon d’être dans le présent.
La quarantaine, c’est l’opportunité par excellence.
C’est tout le mérite de Jean-Pierre Otte, dans une écriture concise et magnifique, de nous restituer ces moments-là, d’en définir le mérite, de nous les donner à comprendre, de saisir le sens de ce « cocon » porté en nous-mêmes, qui offre l'idée de la transformation, d'une métamorphose silencieuse qui s’accomplit en dedans. Un peu comme si nous étions à la fois les promoteurs et les témoins de nos propres changements possibles.
Dans la seconde partie du recueil, ce sont des poèmes érotiques dont celui-ci qui inaugure l’ensemble :
Ce sont, en éternel retour, des temps revenus
de passions innervées qui ne semblent
pas nous appartenir et nous emploient
pour se satisfaire elles-mêmes, sans autre
profit pour nous que sèves agitées et secousses.
Ce sont de brèves lunes de miel
où l’on ne fait qu’entrevoir,
dans un coït rude et prompt,
la figure foudroyante de l’amour.
L’homme se satisfait de l’épanchement
tandis que la femme, par le sortilège du corps,
voudrait enclore en elle l’univers entier,
tel l’arbre à papillons qui, à la nuit tombante,
se referme sans bruit dans ses propres bras.
Voiz’art
Les éditions
quarantaine: quelques érotiques
de Otte, Jean-PierreISBN : 9782491438425 ; 15/04/2026 ; 84 p. Broché
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Le désir de se déprendre
Critique de Loutre (, Inscrit le 2 février 2022, 76 ans) - 9 juin 2026
Parfois, écrit-il, il faut se déposséder de soi-même, s’impersonnaliser dans l'instant, loin de toute actualité et de la noise, se préserver des informations intempestives : en vérité, se vider dans un vertige, tout rendre avant même d’avoir rien pris.
Il y a ce besoin vital de se déconnecter, de faire le vide en soi pour ne pas être submergé par la noise du monde extérieur. C’est un lâcher-prise radical. On ne peut pas toujours "prendre", accumuler, consommer des informations intempestives. Il y a des moments où il faut "rendre » et simplement être dans l'instant, libre de ses mouvements, détaché de tout. C'est un acte de préservation.
Les poèmes de Quarantaine furent écrit au temps du confinement, où nous étions contraints de nous tenir à l’écart des autres (et de nous-mêmes ?) et d’être à soi seul notre seule compagnie.
Mais, précise assez radicalement Jean-Pierre Otte, « Ce n’est pas vous qui nous avez mis en quarantaine; c’est nous, résolument, de notre propre chef. Nous avons davantage à nous préserver de vous
que vous, de vous prémunir de nous. »
Il s’agit d’être son propre refuge. D’opter pour l’écart et l’absence, cet écart et cette absence où nous retrouvons notre propre densité, notre asile intérieur, tissé de nos silences, nos rêveries et nos libres réflexions. Si l’isolement, au départ, était pesant, éprouvant, angoissant, frustrant, au gré des jours, cet isolement prit une forme familière: l’absence se fit accueillante, même lorsque le présent manquait de sens ou de satisfaction :
On voyage dans la face cachée des choses,
très lentement, très longuement, en pensée.
Les miroirs sont sans reflets dans le repli
ombreux qui confère au présent sa profondeur,
L’esprit est au sein d'une chambre noire
où la lumière survient, intermittente.
Par-delà le confinement, dans une réouverture en même temps que dans un excès de réel, Jean-Pierre Otte, de son écriture de grand style, unique en son genre, entraîne son lecteur dans toutes sortes de ravissements érotiques, « où l’on se plaît beaucoup en d’agréables vilaines manières » :
Emportée par le flot d’un désir contagieux,
elle s’offre à l’amant d’occasion,
lequel la couvre avec une célérité experte ou pas,
après qu’elle l’a obligé assez longuement,
en faisant montre de conviction et d’avidité,
à la dégustation de ses liqueurs intimes
d’un parfum fort capiteux et d’un goût plus
plus prononcé et faisandé à la période des amours.
LOUTRE
Jean-Pierre Otte, Quarantaine et quelques érotiques, éditions Sans Escale :
https://sansescale.com/a-acheter/…
Message de la modération : Probable présentation du livre par l'auteur
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