Erik Satie Christian Wasselin

Erik Satie de Christian Wasselin

Catégorie(s) : Arts, loisir, vie pratique => Musique , Littérature => Biographies, chroniques et correspondances

Critiqué par Poet75, le 27 mars 2026 (Paris, Inscrit le 13 janvier 2006, 70 ans)
Critiqué par Poet75, le 27 mars 2026 (Paris, Inscrit le 13 janvier 2006, 70 ans)
La note : 8 étoiles
Visites : 303 

Le plus excentrique des compositeurs

Sur Erik Satie (1866-1925), bien des ouvrages avaient déjà été écrits, mais ce livre de Christian Wasselin, sorti en 2025 à l’occasion du centenaire de la mort du compositeur, n’a rien de superflu. Il se lit agréablement et se veut à la portée de tout lecteur, y compris ceux qui ne sont pas de grands connaisseurs en ce domaine. Ce n’est pas pour autant un ouvrage de simple vulgarisation mais plutôt (et c’est ce qu’on peut demander de mieux à un livre de cette sorte) une biographie qui suscite l’envie ou le désir d’écouter les œuvres dont il est question, celles de Satie et des quelques autres compositeurs qui le fréquentèrent.
« Satie a pu passer, écrit Christian Wasselin, tour à tour ou simultanément, pour une figure héroïque ou un personnage loufoque, pour un masque dissimulant le vide ou au contraire pour un artiste pourvu d’un trop plein d’imagination… » C’est dire à quel point l’homme tout comme sa musique déconcertèrent et déconcertent encore aujourd’hui, même si l’on s’est plus ou moins familiarisé avec ses œuvres les plus célèbres, les Gymnopédies et les Gnossiennes. Christian Wasselin se garde d’enfermer le personnage dans des formules toutes faites, au contraire il prend soin de préserver le mystère d’un homme qui échappe à tous les raccourcis et à toutes les catégorisations faciles.
Cela étant, si Christian Wasselin retrace soigneusement toutes les étapes de la vie de Satie, il n’en garde pas moins la liberté d’oser quelques digressions et de proposer des réflexions qui m’ont paru de bon aloi. En compagnie de son fidèle ami Contamine, Satie s’implanta d’abord à Montmartre, joua du piano au Chat noir ou dans d’autres cabarets de la Butte et, à l’instar de Verlaine, ne tarda pas à user et abuser de « la fée verte », l’absinthe. Néanmoins, c’est à vingt-deux ans à peine qu’il composa les Gymnopédies et, peu de temps après, les Gnossiennes. En dépit de ce qu’il composa plus tard, il est déjà, écrit Christian Wasselin, « tout entier lui-même ».
Il y eut, dans la vie de Satie, des périodes très déconcertantes, à commencer par celle où il fréquenta assidûment un autre excentrique, Joséphin Peladan dit le Sâr Peladan pour qui il se ravala au rang de « compositeur utilitaire ». Cela ne dura pas longtemps, même si, séparé de Peladan, Satie ne trouva rien de mieux que de fonder son « Église métropolitaine d’art de Jésus conducteur » ! « Que d’énergie perdue ! », s’exclame Christian Wasselin.
La suite est plus intéressante. Satie, qui vécut toute sa vie dans une extrême pauvreté, fut, un peu comme Léon Bloy, un mendiant qui dut d’ailleurs quitter Montmartre pour emménager dans une simple chambre à Arcueil. Il eut pourtant des amis, se lia à Debussy (avec qui il se brouilla plus tard), se résolut à suivre des cours alors qu’il approchait de la quarantaine, en particulier les cours de contrepoint d’Albert Roussel.
De 1911 à 1914, il composa des pièces dites « humoristiques », du fait de leurs titres farfelus. Quand survint la guerre, il ne fut pas mobilisé du fait de son âge, la guerre dont il disait qu’elle était « une sorte de fin du Monde plus bête que la véritable ». D’autres amitiés survinrent, celle du romancier Henri-Pierre Roché, l’auteur de Jules et Jim (qu’aima beaucoup Truffaut), celle de Milhaud et de quelques autres membres du groupe des Six (mais pas tous !). Il composa pour l’orchestre, d’abord à la demande de Jean Cocteau pour le fameux ballet Parade auquel collaborèrent également Picasso et Massine, puis pour d’autres œuvres. Il y eut aussi Francis Picabia et le dadaïsme. Satie fut parfois récupéré par certains mouvements ou certaines écoles, mais lui-même se refusa à appartenir à aucune d’entre elles. Par contre, dès 1920, il prit sa carte du Parti communiste, mais il n’était pas à une contradiction près.
À la fin de sa vie, il devint célèbre mais ne fut pas plus riche pour autant : « Satie, écrit Christian Wasselin, est en passe de devenir une célébrité mondiale, lui qui déteste voyager et continue de dépérir dans sa chambre d’Arcueil. » Étrange personnage s’il en fut, parfois incroyablement déroutant, lui qui prôna pendant un temps la « musique d’ameublement », mais personnage attachant et dont les œuvres les plus réussies gardent tout leur pouvoir de fascination. Laissons, pour finir, la parole à un témoin, Stravinski en personne (cité par Christian Wasselin) : « C’est sans doute l’être le plus excentrique qu’il m’ait été donné de rencontrer, mais en même temps le plus rare et le plus spirituel. (…) Avec son pince-nez, son parapluie et ses galoches, il était le portrait craché de l’instituteur ; d’ailleurs, on aurait pu dire la même chose de lui sans ces accessoires. Il parlait très doucement, en ouvrant à peine la bouche, tout en prononçant chaque mot de manière inimitable. »

Connectez vous pour ajouter ce livre dans une liste ou dans votre biblio.

Les éditions

Erik Satie[Texte imprimé], par Christian Wasselin
de Wasselin, Christian
Folio / Collection Folio
ISBN : 9782072993893 ; 15/05/2025 ; 352 p. Poche
Amazon FR
Amazon BE
BNF
» Enregistrez-vous pour ajouter une édition

Les livres liés

Pas de série ou de livres liés.   Enregistrez-vous pour créer ou modifier une série

Forums: Erik Satie

Il n'y a pas encore de discussion autour de "Erik Satie".


En achetant chez nos partenaires, vous nous aidez.
Mais faire vivre les libraires indépendants est important aussi