Derrière chaque chute : une revanche, un rêve Estelle Galant-Marsa

Derrière chaque chute : une revanche, un rêve de Estelle Galant-Marsa

Catégorie(s) : Arts, loisir, vie pratique => Santé et sport

Critiqué par Agnesfl, le 23 mars 2026 (Paris, Inscrite le 14 janvier 2015, 62 ans)
Critiqué par Agnesfl, le 23 mars 2026 (Paris, Inscrite le 14 janvier 2015, 62 ans)
La note : 9 étoiles
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Handicap et metamorphose

ESTELLE GALANT-MARSA

Avant de chuter dans son escalier, et d’intégrer l’équipe de France de volley assis handisport, Estelle Galant-Marsa brigadier , faisait du sport qu’elle a toujours aimé pour entretenir sa forme. Notamment de la course à pied mais ni à haut niveau ni en compétition. Sélectionnée pour les Jeux Paralympiques, cette belle aventure lui a permis de s’affirmer et l’a transformée côté personnalité.
Voici son témoignage tiré de son livre «  Derrière chaque chute : une revanche, un rêve »
Paru aux éditions «  Les Impliqués ».


En 2013 vous avez chuté dans votre escalier. Que s’est-il passé par la suite?
Suite à cette chute, j’ai fait une fracture bi-malléolaire de la cheville droite avec une luxation de mon pied. Le ligament a été un peu touché et une fois la pression retombée, j’ai horriblement souffert et j’ai été opérée le lendemain. J’ai toujours eu relativement mal, mais la plus forte douleur est survenue en 2016 lorsqu’on a décidé de faire une arthrodèse donc d’immobiliser la totalité de la cheville. J’aurais préféré une prothèse histoire d’avoir l’espoir de recourir, mais on m’a signifié que j’étais trop jeune. Et puis que cette prothèse n’était pas encore bien au point. De plus, étant donné mon âge, il aurait fallu recommencer l’opération tous les cinq ans… Avec l’arthrodèse, j’ai commencé à avoir une chondropathie avec effritement du cartilage. Les os étaient en train de se coller et j’ai souffert pendant au moins deux ans. Je pleurais déjà avant de poser mon pied par terre.



Est-ce normal que vous ayez eu si mal après l’arthrodèse?
Le corps médical me disait tout le temps que c’était psychologique. Or, il y a eu une petite faute médicale avec l’oubli d’un corps étranger en plein milieu de ma cheville. On a recommencé l’opération, on m’a enlevé le fil, on m’a remis le pied un peu plus droit car il était vraiment en équin à 30°. Maintenant j’en suis à 10° et je vis quand même mieux. Avant, je marchais sur la pointe des pieds.



Par la suite la douleur a t-elle disparu?
Non. Je ne le savais pas mais avec l’arthrodèse on compense beaucoup et maintenant j’ai mal un peu partout au lieu d’avoir mal juste au pied. Je marche avec une béquille et j’ai appris à vivre avec. Je ne peux plus courir, ni sauter. Toute la journée, j’ai ,des douleurs chroniques au niveau de la cheville et la béquille m’aide à moins souffrir. Mon cerveau commande toujours mon côté droit, je suis droitière et c’est la cheville droite qui est abîmée. . J’ai beaucoup de mal à utiliser ma partie gauche. Malgré les compensations, la partie gauche devient plus faible que ma partie droite.


Vous avez pu reprendre le travail assez vite?
Ma chute est un accident de travail et je suis restée à peu près 9 ans sans activité professionnelle. De plus, pour pouvoir monter en grade, il faut passer des examens et évidemment je ne pouvais plus aller sur le pas de tir. Ma carrière se finissait donc en étant brigadier. Par la suite, des réformes ont été mises en place et j’ai pu avec mon ancienneté obtenir le grade de brigadier chef sans passer d’examens. Mais je n’irai pas au-delà. Au début de cette inactivité, ce fut très difficile car je suis tombée quelque peu en dépression. Se rendre compte que l’on est plus capable de faire des choses que l’on faisait avant, cela met un coup au moral. Pourtant j’ai du caractère et un bon mental mais j’ai traversé plusieurs épreuves coup coup sur coup. Un divorce, une grossesse difficile, cet accident, . J’avais pris beaucoup de poids et je ne sortais plus de chez moi. Puis un jour j’ai eu droit à la bienveillance du président de mon club de volley où j’étais bénévole. Il a fait une initiation au volley para assis où il m’a conviée. J’ai vu un jeune homme qui avait un bras coupé et qui réalisait des choses extraordinaires. J’ai souri, cela faisait longtemps que ça ne s’était pas produit. J’ai également beaucoup transpiré et retrouver cette sensation de grande dépense physique m’a rappelé l’époque où je courrais. Ce sport ne m’a plus lâchée…


Pourriez-vous nous parler du volley assis?
On est vraiment assis au sol et on utilise ses bras pour se déplacer. Je pousse avec ma bonne jambe et mes bras pour avancer. Je n’avais jamais fait de volley auparavant et assimiler le déplacement, la technique du ballon fut difficile. Il faut de l’endurance mais principalement de la niaque. IL faut avoir envie de se donner. Ce sont exactement les mêmes règles que le volley valide, mais nous avons forcément des adaptations par rapport à notre handicap. Le terrain est plus petit (6m sur 10), le filet est plus bas . Contrairement au volley valide, on a le droit de contrer le service de l’adversaire.


Combien de temps avez-vous mis pour avoir un bon niveau?
Au tout début, je ne parvenais pas à passer le filet quand je faisais un service. Maintenant j’arrive à mettre la balle en dehors du terrain adverse. J’ai aussi beaucoup plus d’endurance et beaucoup moins de poids. Je travaille la technique toutes les semaines, j’ai du mal à coiffer le ballon, je n’ai pas beaucoup de souplesse dans les poignets mais par rapport à mes débuts, il existe une sacrée différence. Mais pour être considérée comme une vraie volleyeuse avec de la technique , il faut entre 10 et 15 ans. Il existe deux types de handicapas : Les VS1 et les VS2. Les VS1 sont des handicaps irréversibles comme les amputations. Les VS2, ma catégorie représentent des handicaps plus légers et davantage basés sur les articulations ou les zones musculaires. La aussi il existe des critères. IL ne fallait pas que je dépasse plus de 5% de mobilité de ma cheville , la mienne est à zéro.


Pourriez-vous parler de votre préparation aux JO paralympiques de Paris 2024!
Un mois de préparation non stop avec entraînements tous les jours et un planning bien réglé. C’est la première fois où l’on s’est retrouvées toutes ensemble si longtemps. On aurait pu imaginer des crêpages de chignon, beaucoup d’engueulades. Bien au contraire; ça nous a vraiment soudées. L’objectif final était tellement important qu’il fallait se donner. On a eu des moments de repos, où il fallait prendre soin de son corps, apprendre à récupérer. J’ai beaucoup de mal à m’arrêter car je suis toujours speed, et j’ai besoin d’activité tout le temps. Il y avait cette histoire de bain froid, or le froid je déteste. J’ai eu tellement de mal à entrer que c’en est devenu une compétition. Toutes les filles m’encourageaient et comme j’aime bien les défis, on pariait des bonbons que je prenais plaisir à déguster… Et finalement je suis rentrée dans ce bain. Je crois que ça durait 9mn et il faut rester le même temps et ainsi de suite…Les premiers temps, , j’ai juste traversé le bassin, je suis ressortie. J’ai fait souvent ces allers-retours. Après j’ai réussi à rester mais avec mon pied malade en dehors de l’eau. En effet, si je trempe mon pied, se produit une réaction chimique accompagnée d’ une sensation de brûlure . On a fini par trouver une solution, je mets une chaussette et j’arrive à laisser le pied un moment dans l’eau froide.

Après les J0 paralympiques, vous avez repris le travail
Je n’ai repris qu’en 2023 en mi-temps thérapeutique pendant un an. Sur le plan sportif, j’étais rentrée en Equipe de France avec le projet d’aller jusqu’aux jeux olympiques . Au début c’était un peu flou et beaucoup de doutes m’ont envahi. C’est une nouvelle discipline, et je me demandais si nous serions suffisamment prêtes. Pour moi la notion d’athlète de haut niveau impliquait beaucoup de travail, de sacrifices, de concessions. Serais-je à la hauteur, aurais-je suffisamment de temps ?. Mais finalement plus le temps passait, plus le projet se concrétisait, et plus je sentais que je progressais. Et puis le volley assis me plaisait tellement que si j’avais arrêté, je me serais sentie mal. Comme une addiction. A un moment donné, j’ai eu un problème au dos et je n’ai pas pu participer à un des stages et j’en ai pleuré pendant des jours et des jours. Ensuite, il y a eu la sélection interne, je me suis donnée à fond. Si j’ai un objectif je fais tout pour l’atteindre, si je n’y parviens pas je n'aurais rien à me reprocher ayant tout fait pour l’atteindre.


Au niveau fatigue physique et sensations internes est-ce très différent du sport que vous pratiquiez avant?
Il existe beaucoup de différences. Le volley l’air de rien c’est cardio. Auparavant, je n’avais pas l’habitude d’utiliser mon membre supérieur, je faisais de la course à pied basique. Le volley sollicite beaucoup les épaules, les poignets. Je découvre encore des muscles que je ne connais pas. On recherche la performance et côté déplacement on essaye toujours de trouver une technique supplémentaire pour aller plus vite. Au niveau des lombaires, ça tire pas mal. La fatigue n’est pas la même. Après un entraînement, je suis vidée

Avec la reprise du travail vous avez actuellement moins de temps pour vous entrainer!
Oui. Avant les JO, j’avais été détachée à 100% de mon activité professionnelle pour préparer les JO. Je m’entrainais tous les soirs avec préparation physique plus les compétitions internes . Ce n’est plus possible car mon corps ne répond plus de la même manière. Je souffre un peu plus, j’ai des douleurs différentes d’avant, c’est un peu plus compliqué. Je travaille beaucoup l’attaque et le service et j’ai une épicondilyte dont j’ai du mal à me séparer car mon bras n’est jamais au repos. Je m’entraîne le mercredi et le samedi et j’essaye en plus de faire deux heures de renforcement musculaire. Beaucoup d’élastique notamment pour le travail des jambes. Et puis pour la force physique je porte de lourdes charges mais plus en ce moment à cause du mal de dos. Je suis suivie par un centre anti-douleur mais malgré tous les médicaments que je prends je ressens encore des douleurs. Quand je retourne au centre, on fait quelques modifications. On enlève une molécule, on en ajoute une autre, on voit ce que cela donne comme résultat, mais on ne veut pas me donner quelque chose de plus fort. Les douleurs supportables? Cela dépend des jours



Etes-vous épanouie professionnellement?
Je ne me sens plus très bien dans mon activité professionnelle, le travail à la police des frontières. Je me sens oppressée dans ce petit bureau. Travailler dans un bureau pourquoi pas mais en faisant un travail qui me plaît. Comme par exemple dans le domaine du sport ou du handicap. Mon travail est important pour la police mais avec mon expérience passée, et la nouvelle femme que je suis devenue, ce job ne me correspond plus. Il existe tellement d’activités dans la police nationale que l’on peut trouver son bonheur. Ma réinsertion professionnelle n’a pas été réalisée correctement.Heureusement que j’ai le sport car je pense que je pourrais très vite retomber en dépression.


En quoi avez-vous changé?
Je suis plus humaine. Avant, j’étais dans la répression et dans mon travail quelqu’un qui ne déviait pas. Je respectais toujours les règles, avec une mentalité très carrée. C’ est toujours le cas mais avec une adaptation. Je prends davantage de temps, je suis plus patiente, plus ouverte aux autres, plus sociable. Avant, j’aurais eu du mal à faire du bénévolat. J’ai découvert beaucoup de choses, notamment le handicap. Avant peut-être que je n’aurais pas prêté attention à quelqu’un qui a une prothèse, qui stationne sur une place handicapée. Je ne savais pas qu’il existait la Fedération handisport, la Fédération du sport adapté. En tant que mère, je suis aussi devenue plus patiente. Mon handicap a permis à mes enfants de devenir autonomes plus rapidement. Ils ont vu que j’étais dans la difficulté, ils ont du prendre des responsabilités. Ils ont peut-être découvert aussi la bienveillance. En ce qui me concerne, je l’ai apprise, l’empathie aussi.


Vos projets?
Etre sélectionnée pour la Golden au mois de mai. Une compétition interne la Silver League, où nous avons réussi cette année à obtenir la 1ère place ce qui nous fait accéder au rang supérieur.
On a aussi la chance d’être qualifiées pour les championnats du Monde en Chine en juillet avec la sélection au mois de juin. Et puis au programme également les tournois de qualif pour les JO de Los Angeles. Je me projette jusqu’en 2028 en espérant que mon corps tiendra le coup. J e souffre beaucoup avec un corps qui se dégrade de plus en plus. J’ai besoin de ces objectifs , et j’ai envie de montrer ma progression aux équipes qui étaient avec nous aux JO .

Avez-vous un message à délivrer côté handicap?
Je pense que mon expérience pourrait aider à ce que d’autres personnes ne subissent pas autant leur handicap. Se dire "Oui on a un handicap, oui ça fait un changement dans la vie de tous les jours", mais derrière peut s’envisager une vie qui peut être très belle, en tout cas c’est mon cas. On peut redécouvrir des passions, se mettre au sport pour quelqu’un qui n’en a jamais fait. Par exemple côté handisport , sont présentes beaucoup d’opportunités, d’activités pouvant permettre de devenir plus sociable, de redécouvrir son corps. On perd quelque chose mais on peut retrouver autre chose.

Donc tout ce qui ne tue pas rend plus fort!
Exactement. Si on me proposait de redevenir la femme d’avant, je refuserais. Malgré des moments difficiles, je suis plus épanouie et la passion du volley assis me motive et me stimule…

Agnes Figueras-Lenattier

Message de la modération : Editeur à compte très participatif

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Les éditions

Derrière chaque chute : une revanche, un rêve
de Galant-Marsa, Estelle
l'Harmattan
ISBN : SANS000073152 ; 11/12/2025
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