La réinvention de l'humanité: Comment quelques esprits rebelles ont révolutionné race, sexe et genre au XXe siècle Charles King

La réinvention de l'humanité: Comment quelques esprits rebelles ont révolutionné race, sexe et genre au XXe siècle de Charles King
(Gods of the upper air : how a circle of renegade anthropologists reinvented race, sex, and gender in the twentieth century)

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Scientifiques , Sciences humaines et exactes => Histoire , Arts, loisir, vie pratique => Voyages et géographie

Critiqué par Colen8, le 7 mars 2026 (Inscrite le 9 décembre 2014, 85 ans)
Critiqué par Colen8, le 7 mars 2026 (Inscrite le 9 décembre 2014, 85 ans)
La note : 9 étoiles
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Le cercle de Franz Boas, 1880-1940

Premiers pas de l’anthropologie, aventures exotiques lointaines, femmes et hommes de terrain en quête de théorie il y a là la trame d’un vrai roman(1). Ses plus illustres protagonistes ont ramé leur vie durant à contre-courant des thèses identitaires et raciales véhiculées par leurs contemporains, hélas toujours en vigueur. Ces anthropologues empiriques avant tout s’étant entraînés à la neutralité bienveillante face à leurs sujets d’études en ont conclu à un universalisme présent derrière la variabilité et la richesse intrinsèque des cultures indépendamment des lieux et des époques.
La pensée politique et sociale occidentale se percevait tellement certaine de la supériorité morale de sa propre civilisation qu’il lui avait fallu vouloir l’imposer au monde entier. Le détournement de l’évolution darwinienne par le puritanisme social prenant le chemin inverse des Lumières a ainsi encouragé toutes les pratiques de domination et de ségrégation à l’encontre des populations non blanches. A contrario l’humanisme ajouté à l’ouverture d’esprit avant-gardiste et à l’absence de préjugés de cette classe d’anthropologues a été désormais confirmée par la génétique et l’épigénétique.
- Franz Boas immigré allemand naturalisé américain a survécu tel un réfugié à la Clark University longtemps avant de devenir le chef de file de futures stars. Son intransigeance lui ayant valu nombre de rivalités et d’obstacles tout au long de sa carrière il n’en a pas moins appris à oublier ses préjugés pour laisser mûrir ses idées dès ses premiers travaux auprès des habitants de la grande île de Baffin, territoire du Nunavut de l’Arctique canadien, de leur suite sur la côte nord-ouest de la Colombie Britannique. Ses élèves et disciples se sont inspirés de sa méthode. A son actif figure également une étude des langues indo-américaines qui mettait en évidence le peuplement précoce des Amériques par les liens linguistiques identifiés de part et d’autre du détroit de Béring.
- L’intrépide Margaret Mead, première de ses disciples, dernière survivante du cercle, partisane de l’amour libre, mariée plusieurs fois, ayant entretenu une longue histoire d’amour avec Ruth Benedict. Après son doctorat obtenu à Columbia ses recherches menées dans le Pacifique à Tutuila île principale des Samoa sur l’adolescence pour commencer lui ont acquis la célébrité avant 30 ans. Là aussi lui est apparue la vie intime des femmes à l’opposé de sa propre expérience. Les années suivantes l’ayant conduite une fois accompagnée de son second mari Reo Fortune, une autre fois avec Gregory Bateson troisième époux et futur père de leur fille Mary Catherine Bateson, vers les vallées perdues de Nouvelle-Guinée ont élargi ses champs d’études.
- Ruth Benedict, élève de Franz Boas a débuté avec une interprétation des pratiques religieuses dans les tribus indiennes des Grandes Plaines de l’Ouest. Devenue son assistante indéfectible et enseignante universitaire elle s’est mobilisée dans la confirmation des thèses de son mentor et dans leur diffusion active ultérieure à la plus large communauté possible.
- Zora Hurston, Afro-américaine écrivaine et artiste haute en couleur a été partie prenante active du mouvement Renaissance de Harlem qu’elle a voulu promouvoir autrement que du point de vue d’un simple folklore. Elle a vite rejoint le cercle de Boas une fois inscrite à ses cours, puis connaissant bien la Floride et ses violences multiples pour y avoir vécu enfant elle s’y est retrouvée naturellement pour une recherche anthropologique difficilement finalisée avant de se focaliser avec plus de réussite sur les contes et chansons populaires locaux.
- L’Amérindienne Cara Deloria d’ascendance Sioux du Dakota par son père, européenne par sa mère a été engagée par Franz Boas dans la vérification des langues des Indiens des Plaines recueillies par les linguistes et voyageurs du siècle précédent, travail particulièrement délicat en vue d’une publication scientifique commune.
- Le cercle de Boas a compté aussi dans ses rangs nombre de fondateurs d’Instituts d’anthropologie universitaires à Yale, Chicago, Berkeley et ailleurs.
Par leurs témoignages et leurs publications ils se sont efforcés de comprendre in-situ les mentalités et les relations complexes des autres peuples, par là-même de changer le regard des sociologues américains et celui de leurs dirigeants. C’était l’époque(2) d’une opposition brutale du gouvernement à l’accueil des millions de migrants européens perçus comme une menace de submersion du peuplement américain.
Avec une rétrospective minutieusement documentée sur ces pionniers au travers de leurs archives universitaires et personnelles sans omettre les polémiques qu’ils ont affrontées Charles King ne manque pas d’inciter à une réflexion d’actualité : à quel point l’incrustation du racisme scientifique et de ses dérivés dans l’esprit de ses partisans – qualifiés de racialisme – peut avoir la vie dure.
(1) Les panoplies de relations sexuelles inhabituelles observées sur place par ce groupe non conformiste ne contredisaient en rien leurs propres amours compliquées. Leurs observations ont indéniablement influencé l’actuelle théorie des genres largement controversée par les antiprogressistes conservateurs aussi nombreux que puissants politiquement et financièrement.
(2) Référence aux Printemps des peuples révolutionnaires de 1848 et aux décennies suivantes tandis que les autorités étatsuniennes mettaient déjà en place toutes sortes de lois d’exclusion envers les allemands, italiens, polonais et autres européens orientaux, portés par l’espoir d’une vie meilleure au sortir des empires centraux, ces même lois jamais complètement abolies et réinstaurées violemment par Donald Trump.
Site de l'auteur : https://charleskingauthor.com/about/

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Les éditions

La réinvention de l'humanité[Texte imprimé], Charles King traduit de l'anglais (États-Unis) par Odile Demange
de King, Charles Demange, Odile (Traducteur)
Albin Michel
ISBN : 9782226452061 ; 26/01/2022 ; 512 p. Broché
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