Les bons ressentiments - Essai sur le malaise postcolonial Elgas
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Les ressentiments africains à l'encontre de la France
Cet essai d’Elgas explique les ressentiments du peuple africain à l’encontre de la France. Ce « malaise post-colonial » est étayé par l’auteur et relié à de nombreux paramètres qu’il détaille. La réflexion d’Elgas pourra éclairer le lecteur, voire déconstruire certaines idées figées. A certains égards, le texte prend des allures polémiques tout en dénonçant l’emprise française sur le continent. Elgas évoque certains intellectuels africains que nous admirons. Senghor est un poète remarquable à nos yeux, mais il n’a apparemment pas le même statut au Sénégal. En effet, il est jugé trop proche des français et a exercé une forme d’oppression sur l’opposition. Cheikh Anta Diop incarne davantage une rupture avec la France, tout comme Boubacar Boris Diop. D’autres figures littéraires sont évoquées aussi et semblent ne pouvoir exister sans obtenir l’aval des académies françaises. Mohamed Mbougar Sarr souffrirait aussi de critiques dans son pays depuis l’obtention du Goncourt. Les rappeurs, les écrivains et autres artistes semblent toujours exister qu’en obtenant la bénédiction française. Elgas aborde aussi l’afro-pessimisme, puis l’afro-optimisme, cette exigence aussi de s’opposer à la France …
L’essai est très bien écrit. La langue est riche, le vocabulaire précis et c’est un vrai plaisir de lire une réflexion claire et riche. Elgas doit être passionné par la littérature. Son essai contient de nombreux exemples littéraires dont il mesure la réception en Afrique. Certains épisodes qu’il narre sont vraiment intéressants, tout en révoltant parfois. Je pense à Ouologuem par exemple. Elgas s’appuie aussi sur de nombreux articles et ouvrages de référence sur la question africaine. En le lisant, le lecteur a l’impression que la France est toujours aux manettes même à distance dans la plupart des domaines. On le sentait sur le plan politique, mais le domaine culturel n’est pas épargné. On aurait même l’impression qu’elle s’est immiscée dans les esprits empêchant de réfléchir librement l’homme noir. Elgas affirme clairement que les Africains ne peuvent pas tourner la page de l’esclavage et de la colonisation comme parfois nous le leur suggérons. Et ce fait est totalement compréhensible. Notre comportement passé a aussi ouvert la porte à l’islamisme et à l’emprise des Russes et de leur ingérence.
Le lecteur blanc pourra parfois trouver certains passages inconfortables ou éprouvera peut-être le besoin de nuancer certains propos et cet essai est là aussi pour ouvrir le débat, pour faire entendre ce que l’on ignorait ou refusait de voir. Elgas évoque aussi certaines figures héroïques africaines que l’européen a réduit au silence comme Lumumba et Thomas Sankara. L’analyse n’est pas superficielle et est nourrie par des lectures variées et pertinentes qui alimentent avec justesse cet essai. L’on se sent impuissants face à certains constats. Certains refuseront d’entendre certains arguments ou brandiront des réponses rassurantes, il n’empêche que cet essai fait réfléchir tout en donnant l’impression qu’il sera très difficile de sortir de ce malaise.
Les éditions
Les bons ressentiments[Texte imprimé], essai sur le malaise post-colonial, Elgas préface de Sophie Bessis
de Elgas, Bessis, Sophie (Préfacier)Les livres liés
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