Qu'importe la porte Isabelle Bielecki
Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Théâtre et Poésie => Poésie
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Ouvrir la porte avec des vers
Isabelle a publié deux recueils dans la même période, j’en ai déjà lu et commenté un, « De cendre et de songe » publié par Edern éditions, il ne ressemble en rien à celui que je viens de lire tant dans la forme que dans le fond. Il évoque des problème très personnels, des états d’âme, des douleurs, des angoisses propres à l’auteure alors que celui que je viens de lire ressemble plus à un exercice littéraire comprenant certaines contraintes et une forme fort rigoureuse. Il est composé de dizains construits de vers très courts souvent un ou deux mots seulement qui sonnent ensemble pour donner un joli rythme à ces poèmes. Dans une excellente préface, très littéraire et très brillante, Eric Allard évoque le sens qu’Isabelle a voulu donner à ce recueil qui se compose de deux parties : « Une cage » et « Le labyrinthe ». Dans la première partie, en quelques mots, Isabelle construit une saynète qui se joue au moment où la personne pousse la porte pour sortir, pour s’aventurer dans le monde. « Elle ouvre prudemment la porte du palier ». On imagine une personne seule chez elle qui veut sortir, on la sent craintive, peu aventureuse, (un petit lien avec le précédent recueil). « Elle ouvre prudemment la porte du monde / Sur un ailleurs / Plein / Alors que / Son vide / Résiste / Le retient /Entre / Ses murs nus / Où se meurt / Une pensée ».
La seconde partie de ce recueil évoque les portes qui donnent sur d’autres univers qui ne sont pas tous matériels, on y trouve des portes qui s’ouvrent vers l’intérieur (porte d’entrée), de portes qui s’ouvrent sur des sensations, des impressions, des atmosphères, des ambiances, des rêves, … Et aussi des portes qui s’ouvrent sur la mémoire, les souvenirs de l’enfance et même le monde et son au-delà. Il y a la porte que personne ne devrait pousser mais qui existe tout de même : « la porte interdite. Ces portes qui donnent accès à d’autre aventures, à d’autres inquiétudes, à d’autres souvenirs chargés d’angoisse.
Ainsi ces poèmes très carrés, très littéraires, contiennent eux aussi, cachés sous leur forme rigide, des sentiments, des émotions et des craintes nichés au creux de la mémoire de l’auteure qui en écoutant les informations du monde actuel retrouvent toutes les angoisses qui ont encombrées sa mémoire enfantine. Ces deux recueils qui paraissent si différents, comportent tout de même chacun un peu des états d’âme de l’auteure. Si ces dizains évoquent un exercice de style, où l’auteure joue avec les mots pour créer une ambiance littéraire, une saynète pour faire jouer les mots, un univers sans sentiments, on voit tout même poindre au détour de certains poèmes des bribes de peur ou d’inquiétude comme l’auteure en a beaucoup mis dans son précédent recueil. « Elle ouvre prudemment la porte à la Mort / Si polie / Bien élevée / Son tronc / A la main / Elle espère /Une piécette / Un sourire / Lui suffirait / Pas la porte / En plein nez ».
Je ne saurais conclure ce propos sans évoquer les Illustrations de Pierre Moreau qui, en accord avec la sobriété des textes d’Isabelle, ouvrent elles aussi sur des univers froids et inquiétants.
Les éditions
Qu'importe la porte
de Bielecki, Isabelle Allard, Éric (Préfacier) Moreau, Pierre (Illustrateur)Les livres liés
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