Les petits de la guenon Boubacar Boris Diop
Catégorie(s) : Littérature => Africaine , Littérature => Francophone
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Quand les mythes familiaux africains éclairent le réel
Nguirane Faye est un vieil homme qui remplit des carnets qu’il compte laisser à son petit-fils Badou afin qu’il découvre les mythes familiaux. Il vit à Niarela, un quartier de Dakar, et souhaite transmettre à Badou des informations sur sa famille, sur son père qui vient de mourir, sur sa mère restée dans leur quartier et sur cette Yacine Ndiaye qui vient d’arriver au pays avec ses deux enfants. Elle vient de Marseille où le père de Badou faisait carrière de footballeur. Le retour au pays ne se fait pas avec une grande facilité.
Ce roman est ambitieux et intelligemment construit. Dans ce roman, Boubacar Boris Diop interroge ce qu’est le Sénégal après la décolonisation, les traces laissées par les Français dans l’esprit des habitants et l’emprise qu’ils ont encore de façon souterraine, ne serait-ce que par les présidents qui ont été au pouvoir. Certains épisodes fondamentaux dans la culture africaine sont aussi évoqués dans ce roman, comme cette révolte de femmes ou le triste et monstrueux sort réservé à Lumumba. Le roman ne se veut pas historique, la transmission passe par l’écrit mai surtout par l’oralité dans la culture africaine. Nguirane s’adresse régulièrement à son petit-fils, ce qui peut donner l’impression qu’il a une discussion avec lui, comme s’il lui confiait des anecdotes familiales.
La réalité et les mythes semblent s’entremêler jusqu’à faire douter parfois le lecteur dans son approche du roman. Quand Yacine Ndiaye arrive au Sénégal, elle est traitée de guenon. Au milieu du roman, figure un récit presque légendaire où il est réellement question d’une guenon avec ses deux bébés. Ce récit est ample et couvre plusieurs pages si bien que le lecteur essaie d’interpréter et de déduire quel lien l’écrivain a voulu établir entre Yacine Ndiaye et cet animal. De plus, l’écrivain semble utiliser certains clichés du colonialisme et les détourner. Ce sont les blancs qui emploient souvent ce vocabulaire animal pour désigner de façon raciste l’homme noir. Ici, ces termes sont utilisés par l’homme noir et interroge évidemment le lecteur. Le roman questionne donc sur la mémoire et les stigmates de l’histoire.
Le récit est fluide et se régénère continuellement. Il y a ce personnage marginal, Ali Kaboye, que beaucoup redoutent, qui meurt, puis resuscite. Il prend le relai de la narration à la fin du roman. Le roman a donc sa propre logique, sème des interrogations tout en mettant le lecteur face à la réalité. L’Histoire apparaît derrière la petite histoire. Boubacar Boris Diop a changé le nom des présidents sénégalais dans ce roman, mais le lecteur pourra deviner de qui il est question. Les carnets rédigés par Nguirane permettent de sauver les mythes familiaux. Le narrateur multiplie les récits, certains sont enchâssés, d’autres imaginaires et ce sont peut-être ces derniers qui en disent le plus sur le réel. Cette fracture entre la modernité et la tradition est bien rendue et questionne sur la jeunesse sénégalaise, celle qui reste au pays, celle qui est exilée, ailleurs, en Europe. Les personnages de ce roman sont tous intéressants. Boubacar Boris Diop est un grand conteur, un grand écrivain et ce texte est réussi et fascinant par sa construction.
Les éditions
Les petits de la guenon[Texte imprimé], roman, Boubacar Boris Diop
de Diop, Boubacar BorisISBN : 9782848761459 ; 20/08/2009 ; 442 p. Broché
Les petits de la guenon[Texte imprimé], roman, Boubacar Boris Diop traduit du wolof par l'auteur
de Diop, Boubacar BorisLes livres liés
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