La malédiction du vainqueur: Pourquoi croyons-nous que que l'Occident est décadent ? Pierre Bentata
Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Essais
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Inégalable humanisme
L’Occident et sa démocratie se portent bien, merci ! La liberté individuelle leur a donné une force et une cohérence que ne cessent de dénigrer leurs adversaires. Qu’ils apparaissent essoufflés au regard de la récente progression de l’autocratie ne les menacent aucunement de disparition. Liberté pour tous régulée par la stabilité d’institutions équitables est ainsi la cause première de la prospérité occidentale, celle qui attire encore et toujours à sa frontière les millions de migrants issus des régimes autoritaires, celle qui par la force d’internet fait rêver le reste de l’humanité.
L’Occident chargé de tous les maux de la terre, bouc émissaire tout trouvé est donc seul responsable des faillites politiques, sociales, économiques d’Etats qui s’en estiment victimes. Au sentiment de culpabilité instillé chez les occidentaux s’ajoute une illusion collective de déclin. Il faut y voir un biais négatif du cerveau devenu par l’évolution sensible à la moindre menace et ainsi prompt à oublier un passé malheureux sitôt remplacé par l’idéal inventé du « c’était mieux avant ». Un tel essai provocateur s’il en est appelle à un sursaut pour la défense des valeurs humanistes.
Les éditions
La malédiction du vainqueur: Pourquoi croyons-nous que que l'Occident est décadent ?
de Bentata, PierreISBN : 9791032933633 ; 21,00 € ; 29/01/2025 ; 238 p. Broché
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Un plaidoyer pro-démocratie (bienvenu mais hélas trop simpliste) célébrant le libéralisme économique et politique
Critique de Eric Eliès (, Inscrit le 22 décembre 2011, 52 ans) - 8 mars 2026
Certes, les Européens jouissent d’un niveau de vie et d’un confort matériel sans équivalent sur la planète (même aux USA, pays très inégalitaire où une part très importante de la population vit dans la pauvreté) mais cela suffit-il à dire que la démocratie se porte bien ? A titre personnel, je suis bien plus convaincu par les analyses et arguments de Marcel Gauchet et Gilles Lipovestsky sur la crise des démocraties et la perte de sens induite par l’économie libérale qui réduit le citoyen à un consommateur. Bentata, lui, n’en est pas gêné et va jusqu’à affirmer que le meilleur levier de la démocratie reste le marché : « chacun votant avec ce qui est le plus cher, son porte-monnaie, la sanction est aussi immédiate que claire ». Ce genre d’affirmation m’irrite : ce qui m’est le plus cher n’est pas mon porte-monnaie et je ne considère pas que le but de ma vie est d‘atteindre la plus grande richesse matérielle...L’auteur a une conception de la liberté qui me semble bien trop étriquée. Il la décline en libertés de dire, de faire et d’entreprendre mais il n’y a aucune dimension ontologique. Il vante à juste titre les contre-pouvoirs, qui permettent l’exercice des libertés individuelles en empêchant la concentration de tous les pouvoirs entre les mains d’une autorité totalitaire, mais il considère trop que le niveau de vie est le seul critère de valeur. Par exemple, il trouve injuste les sanctions et protestations de la population contre Macron alors que le niveau de vie en France est très élevé grâce à notre modèle d’économie libérale, pilier de la démocratie.
En fait, l’auteur considère que la frustration des citoyens dans les démocraties libérales n’est pas le reflet d’un dysfonctionnement des démocraties libérales mais simplement le reflet du décalage permanent entre le monde réel et nos attentes à en vouloir toujours plus. Ce désir n’est pas mauvais en soi car il est un des moteurs de la consommation, de la croissance et du progrès mais aujourd’hui, pour l’auteur, il est trop exacerbé et nous empoisonne car nous conduit à déprécier la réussite éclatante de notre modèle démocratique et libérale. Sur ce point, il n’a pas tort mais il omet trop d’éléments importants (le glissement de la démocratie vers la ploutocratie, l’impact écologique de ce modèle, la désagrégation de la société, etc.). Je n’envie pas les autres modèles mais même si nous nous portons mieux qu’ailleurs, non, les démocraties ne se portent pas bien. Au final, l’ouvrage n'est pas inintéressant, mais il est à mon avis trop réducteur et simpliste dans son approche qui se contente de célébrer le libéralisme économique comme vecteur d’un meilleur niveau de vie grâce à une profusion de biens et services. Certes, je préfère - et de loin - vivre en Europe plutôt qu'en Chine ou en Russie (et même qu'aux USA) et, ayant la chance de beaucoup voyager dans ma vie, je sais que les Européens sont bien lotis par rapport au reste du monde... mais l’auteur a tort de déclarer que les choses vont bien en Europe juste parce que c’est pire ailleurs !
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