Cahiers Albert Camus, tome 1 : La Mort heureuse Albert Camus
Catégorie(s) : Littérature => Francophone
Moyenne des notes :
(basée sur 6 avis)
Cote pondérée :
(28 380ème position).
Visites : 19 766 (depuis Novembre 2007)
Une recherche vers " l'étranger "
Il s’agit ici d'un roman publié dans les « Cahiers Albert Camus » après la mort de l’auteur et jamais terminé par lui.
Il est considéré comme une première réflexion ayant préparé « l'Etranger », tout en étant fortement différent.
L'histoire en est fort simple. Le héros, Patrice Mersault, tue Zagreus, homme impotent cloué dans un fauteuil d'infirme depuis des années, mais très riche et ayant son argent chez lui. Zagreus provoque presque son assassinat en développant sa théorie que le meurtre est acceptable dans la mesure où il pourrait amener au bonheur. Patrice Mersault va se dire que cet homme n'a plus rien de sa vie et que le tuer n’est donc pas si grave. En plus, l’argent que celui-ci possède va lui permettre à lui d'atteindre le bonheur. Le bonheur c’est le temps, et pour avoir le temps qui mène au bonheur, il faut l’argent. La boucle est fermée. Patrice Mersault tue donc Zagreus, part à Prague et voyage un peu en Europe. Il reviendra en Algérie où il vivra son « bonheur ».
Camus écrit : « Sans colère et sans haine, il ne connaissait pas de regret. » Il jouira donc pleinement de l'argent de Zagreus, à sa façon, et cet argent lui permettra d’atteindre ce que lui estime être le but final : une certaine mort. Après tout, mourir est la finalité pour tous mais toute les morts ne se ressemblent pas. Il y a « La mort heureuse » !
On sent bien que ce livre est inachevé, mais beaucoup d'auteurs auraient aimé en avoir écrit un comme celui-là…
Les éditions
La Mort heureuse [Texte imprimé] Albert Camus introduction et notes de Jean Sarocchi
de Camus, Albert Sarocchi, Jean (Editeur scientifique)ISBN : 9782070277896 ; 24,00 € ; 15/04/1971 ; 240 p. Broché
La mort heureuse [Texte imprimé] Albert Camus
de Camus, AlbertLes livres liés
- Cahiers Albert Camus, tome 1 : La Mort heureuse
- Albert Camus, éditorialiste à L'Express, mai 1955-février 1956
- Le premier homme
- Camus à Combat
Enregistrez-vous pour créer ou modifier une série
Les critiques suivantes (5) » Enregistrez-vous pour publier une critique !
La quête du bonheur
Critique de Pucksimberg (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 46 ans) - 8 juillet 2026
Camus a écrit ce roman à seulement 23 ans. Le texte est resté inachevé et abandonné car l'auteur ne comptait pas l'éditer. Cela reste déjà une oeuvre avec de grandes qualités littéraires. Les discussions sur le bonheur et la réflexion de Mersault sont intéressantes car qui ne songe pas à être heureux ? L'antihéros défend parfois la solitude qui permet de se recentrer sur ses objectifs, sans pour autant qu'il souhaite une vie d'ermite bien évidemment. Il faut aussi décider d'être heureux, cela résulte d'une volonté. Et il faut vivre aussi intensément pour créer une satisfaction. La communion avec le monde permet aussi de se rapprocher du bonheur. Les personnages reconnaissent aussi qu'il faut se dégager des problèmes financiers pour pouvoir s'investir pleinement dans la quête du bonheur. C'est pour cette raison que le vol d'argent au début du roman a permis au personnage principal de se concentrer davantage sur le bonheur, sans s'installer dans cet état de satisfaction.
Le lecteur voit dans ce roman les germes de l'oeuvre à venir de Camus. Il y a le lyrisme de "Noces" et "L'été" dans les évocations de la nature qui émerveillent le lecteur par le caractère poétique de la prose camusienne. Il y a aussi les éléments qui nourriront "L'Etranger" : Mersault deviendra Meursault avec l'ajout de la mort de façon plus prégnante dans son nom, il y a aussi la mort de la mère ( pas pour les mêmes personnages ), la ville d'Alger, le nom de Cardona, le meurtre, la femme qui demande à être aimée et qui ne l'est pas au sens espéré, l'homme au chien malodorant ... Et pourtant, au fil des pages "La mort heureuse" prend son envol et l'on mesure que ce texte est tout de même bien différent de "L'étranger" dont la langue sera blanche, plus épurée. Dans " La mort heureuse", Camus se montre aussi plus sensuel et plus précis dans les blessures infligées au corps.
Le lecteur curieux aimera découvrir ce roman qui est touchant parce qu'il marque les débuts de Camus. L'histoire ne repose pas sur de multiples rebondissements, mais le personnage de Mersault intrigue et l'on se plaît à savoir quelles réflexions sur le bonheur l'écrivain transmet. Après d'autres relectures, Camus aurait peut-être fait des coupures, aurait sans doute simplifié certaines phrases, mais peu importe. Le roman est désormais ainsi et possède des qualités qui ne plairont pas qu'aux lecteurs de Camus.
Mortellement ennuyeux
Critique de Tetef (Tarare, Inscrit le 24 février 2013, 53 ans) - 31 mai 2015
Le passage du livre que je retiens : "Ne me faites pas dire que l'argent fait le bonheur. J'entends seulement que pour une certaine classe d'être le bonheur est possible (à condition d'avoir du temps) et qu'avoir de l'argent c'est se libérer de l'argent.".
Autre version de L'Etranger
Critique de Stradivarius (, Inscrite le 7 février 2015, 84 ans) - 17 mai 2015
Le bonheur à quel prix !
Critique de Dudule (Orléans, Inscrite le 11 mars 2005, 0 ans) - 12 janvier 2010
Un bref résumé : Patrice Mersault, employé pauvre, fait la connaissance d’un riche infirme, Zagreus, présenté par Marthe, leur maîtresse commune. Mersault tue Zagreus dans des circonstances qui lui assurent l’impunité et s’empare de sa forturne. Il part en voyage, visite Prague et revient à Alger par Gênes. Là, il vit heureux. Il va s’installer seul dans le Chenoua dans une maison face à la mer. Il y tombe malade et meurt. Il a appris que le bonheur est volonté, et il meurt heureux.
La volonté du bonheur
Critique de Kinbote (Jumet, Inscrit le 18 mars 2001, 67 ans) - 16 août 2005
Le roman est encadré par deux morts, celle de la victime qui décède de mort violente et celle de son assassin, Meursault, qui meurt de maladie, mais comme l’annonce le titre, de manière heureuse car il était parvenu à un état de bonheur que même la mort ne pouvait entamer. Etrange roman car on ne comprend pas de suite ce que gagne Mersault à commettre ce crime, sinon pour l’argent qu’il substitue à sa victime. Après le meurtre (maquillé en suicide) d'un ami handicapé, pour lequel il n’est pas le moins du monde inquiété, il fait un voyage en Europe centrale et revient à Alger via l’Italie. Il fréquente alors une maison (la « Maison devant le monde ») occupée par trois étudiantes, la quitte, décide de se lier avec une femme et tombe malade.
Ciel, mer, monde, ces vocables sont présents à chaque page ; ils maintiennent Mersault comme en élévation ; leur constant rappel atteste que rien de la vie matérielle, sentimentale (il est peu sensible aux marques d’affections amoureuses ; Mersault est ce qu’on peut appeler un homme à femmes : « Je risquerais d’être aimé, et ça m’empêcherait d’être heureux. ») ou amicale (le meurtre de son ami ne lui procure aucun sentiment de culpabilité) ne peut vraiment le toucher. « Conscient et pourtant étranger, dévoré de passion et désintéressé » comme le qualifie Camus.
Ce qui le retenait d’apprécier pleinement la nature, sa solitude, son rapport constant au monde et à soi, c’était ces huit heures de travail, littéralement tuantes, et rien d’autre. En ce sens, ce roman possède une puissante charge politique car le meurtrier n’est pas puni pour son crime, il trouvera même le bonheur.
« Avoir de l’argent, c’est avoir du temps. Je ne sors pas de là. Le temps s’achète. Tout s’achète. Etre ou devenir riche, c’est avoir du temps pour être heureux quand on est digne de l’être. »
Une bonne dose de condescendance est présente, ai-je trouvé, dans les critiques de ses amis au sujet de ce roman non publié. On peut penser que leurs réactions auraient été autres si le livre avait été publié... J’ai relevé cette note à propos de la fin assortie de quelques corrections sur le manuscrit : « Les dernières phrases du roman ont fait l’objet d’une mise au point laborieuse ». Laborieuse !? Comme si toute fin de roman n’était pas un moment à soigner particulièrement.
Certes on a le sentiment que le roman est difforme, mal dégrossi même au niveau du style qui multiplie à l’envi les vocables cités plus haut et un modèle de phrase récurrent.
Galop d’essai pour l’écriture de ses romans suivants ? Pas seulement. Même s’il est établi que, par la suite, Camus parviendra à l’essentiel.
Forums: Cahiers Albert Camus, tome 1 : La Mort heureuse
Il n'y a pas encore de discussion autour de "Cahiers Albert Camus, tome 1 : La Mort heureuse".


haut de page