La servante et le catcheur Horacio Castellanos Moya

La servante et le catcheur de Horacio Castellanos Moya
(La sirvienta y el luchador)

Catégorie(s) : LittĂ©rature => Sud-amĂ©ricaine

Critiqué par Septularisen, le 18 mars 2013 (Luxembourg, Inscrit le 7 aoĂ»t 2004, 0 ans)
Critiqué par Septularisen, le 18 mars 2013 (Luxembourg, Inscrit le 7 aoĂ»t 2004, 0 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 Ă©toiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 Ă©toiles (13 113ème position).
Visites : 7 358 

48 HEURES À SAN SALVADOR, EN PLEINE GUERRE CIVILE!..

San Salvador, capitale du Salvador en 1979-1980, nous vivons les signes avant coureur de la guerre civile qui va ravager le pays pendant plus de 12 ans (1980-1992) et faire plus de 100.000 morts. L’extrĂȘme gauche et la guĂ©rilla armĂ©e luttent contre la junte militaire de droite.

Le hĂ©ros (ou devrais-je dire un des hĂ©ros du livre puisque comme souvent chez CASTELLANOS-MOYA le roman est polyphonique et nous prĂ©sente le point de vue de plusieurs personnages
) est un ancienne «star» du catch, surnommĂ© «Le Viking» (comme souvent aussi dans les livres de l’écrivain Ă  aucun moment on ne saura le vrai nom du personnage
), il vit dans la nostalgie de son passĂ© glorieux, mais n’est plus aujourd’hui qu’un vieil homme malade du cancer et un policier, un tortionnaire, au service de la junte militaire en place, qui font rĂ©gner la terreur parmi la population civile.

Un matin on lui ordonne de participer Ă  une rafle. Avec quelques collĂšgues ils enlĂšvent un jeune couple dont ils ignorent tout. Direction les cachots du «Palais noir» le sinistre quartier gĂ©nĂ©ral des paramilitaires, oĂč torture, humiliations et viols sont monnaie courante
 Et plus spĂ©cialement, la salle dite «l’OpĂ©ra» (appelĂ©e ainsi par les paramilitaires car les prisonniers y «chantent» tous ce qu’ils ont Ă  dire
) et oĂč des «DĂ©coupeurs» sont chargĂ©s Ă  coup de machette de «faire parler» les prisonniers


Ce faisant, il vient d’enlever les nouveaux patrons de Maria Elena, Brita (d'origine Danoise) et Albertico, qui venaient juste de rentrer au pays. La vieille servante se rendait chez eux pour faire le mĂ©nage. Maria Elena modeste femme de mĂ©nage au service de la famille des deux jeunes depuis des lustres dĂ©cide de chercher le Viking (qui lui avait jadis fait la cour) et de lui demander son aide pour dĂ©couvrir ce qu’il est advenu de ses nouveaux employeurs. L’espace de deux journĂ©es leurs deux destins (et ceux de la famille de Maria Elena), ne vont pas cesser de se croiser et de se recroiser, le drame national va devenir leur drame familial, et ils vont, par la force du destin, devenir, chacun, l’alter ego de l’autre


Le livre comporte de quatre chapitres d'inĂ©gale longueur et un trĂšs court Ă©pilogue. Dans chaque chapitre, le point de vue d’un personnage domine, sans toutefois ĂȘtre exclusif. Celui du Viking, dans le premier chapitre, puis celui de Maria Elena la servante, puis celui de son petit-fils, Joselito, (et non pas Joselita, comme on peut le lire Ă  la page 136, «bravo» Ă  M. le correcteur pour avoir "bien fait" son travail, en passant
) et enfin Ă  nouveau celui de Maria Elena.

Les descriptions et les dialogues sont sans mĂ©taphores, et sans digressions, directs et parfois trĂšs trĂšs crus. Les rĂ©flexions des personnages sont dĂ©crites avec une vertigineuse prĂ©cision, comme leurs gestes et ce qu’ils font d’une maniĂšre minutieuse, presque clinique. La psychologie des personnages est trĂšs bien dĂ©crite et on apprendra au fur et Ă  mesure du rĂ©cit que mĂȘmes les personnages secondaires (la grosse Rita, le Chicharron, le gros Silva
 ) ont leur importance.

L’écriture de CASTELLANOS-MOYA est toujours pareille Ă  elle-mĂȘme, belle, neutre, rapide, nette, nerveuse, tranchante, envoĂ»tante et remarquablement sobre. Il ne nous passe rien, ne nous Ă©pargne rien. Il nous plonge dans la «fange» de l’humanitĂ© en nous dĂ©crivant les choses, les plus petites, les plus insignifiantes, les plus absurdes, le plus sordides, du quotidien d'une guerre civile...
Bien que ne nous dĂ©crivant aucune scĂšne "trĂšs dure" directement, (il n'y a p. ex. pas de scĂšne de torture...) l'auteur ne nous Ă©pargne rien de toute l'horreur d'une guerre civile... Certains passages font littĂ©ralement froid dans le dos!.. (Ce livre n’est d’ailleurs pas sans rappeler d’autres livres du mĂȘme auteur, comme «DĂ©raison», ou «L’homme en arme» ). Il nous dĂ©crit par les menus dĂ©tails, la vie des «petits gens» plongĂ©s malgrĂ© eux au cƓur d’une guerre civile qui les dĂ©passe, les phagocyte, les Ă©touffe peu Ă  peu, et dont le seul but est d’essayer, malgrĂ© tout, de vivre, de survivre...

Horacio CASTELLANOS MOYA, (actuellement enseignant dans l’Iowa aux Etats-Unis d’AmĂ©rique), aprĂšs avoir Ă©tĂ© Ă©ditĂ© chez "Les Allusifs" arrive maintenant chez "MĂ©tailiĂ©". Nouvelle maison d’édition, nouveau traducteur, mais, et je dois le reconnaĂźtre, avec toujours autant de talent!...

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Les éditions

La servante et le catcheur [Texte imprimé] Horacio Castellanos Moya traduit de l'espagnol (Salvador) par René Solis
de Castellanos Moya, Horacio Solis, René (Traducteur)
Métailié / BibliothÚque hispano-américaine.
ISBN : 9782864248965 ; 14,56 € ; 17/01/2013 ; 235 p. BrochĂ©
La servante et le catcheur [Texte imprimé] Horacio Castellanos Moya traduit de l'espagnol (Salvador) par René Solis
de Castellanos Moya, Horacio Solis, René (Traducteur)
Métailié / Suites (Paris).
ISBN : 9791022604437 ; 10,00 € ; 03/09/2015 ; 237 p. Poche
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auteur sud américain

10 étoiles

Critique de Faby de Caparica (, Inscrite le 30 décembre 2017, 64 ans) - 6 janvier 2020

"La servante et le catcheur" d'Horacio Castellanos Moya (240P)
Ed.Métaillé

Bonjour les fous de lectures.....
Oui, Horacio Castellanos Moya fait sans aucun doute partie des auteurs sud américains qu'il faut avoir lu.
Ici, Castellanos Moya met en scÚne un catcheur, une servante et des tortionnaires au début de la guerre civile...
C'est parti pour quatre chapitres et un épilogue funÚbre.
Années 70
Le San Salvador est en pleine guerre civile.
"Viking" est un ex catcheur recyclé dans les troupes de police.
Il est au bout du rouleau mais veut prouver à sa hiérarchie qu'il peut encore assurer.
Il part en opĂ©ration commando arrĂȘter un jeune couple de " subversifs".
Maria Elena, employée de maison se rend compte de la disparition de ce jeune couple pour lequel elle devait commencer à travailler et elle décide de partir à leur recherche.
Elle sera amenée à rencontrer le "Viking", et fera d'étranges découvertes sur sa fille et son petit-fils.
Voici l'histoire d'un voyage sans espoir.
Malgré son écriture brutale sur fond de violence, Horacio Castellanos Moya parvient à nous captiver dÚs les premiÚres pages.
Ce livre n'est pas un plaidoyer anti-régime.
L'auteur ne prend pas parti, il raconte les faits tout simplement.
Il raconte les gens .. ceux qui sont dans un camp, ceux qui sont dans l'autre, ceux qui sont blasés, ceux qui veulent s'en sortir.
Tout comme " DĂ©goĂ»t" du mĂȘme auteur, j'ai trouve ce livre excellent.
Coup de coeur.. à découvrir

Brutalité policiÚre au Salvador

8 étoiles

Critique de Dirlandaise (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 71 ans) - 5 juillet 2013

Ce roman de Moya a pour thĂšme principal la brutalitĂ© policiĂšre au Salvador pendant la guerre civile Ă  la fin des annĂ©es 1970. Un jeune couple est arrĂȘtĂ© par la police alors qu’il Ă©tait sorti faire des courses. Leur servante, une amie de longue date de la famille, s’inquiĂšte de trouver la maison vide. Elle interroge l’entourage et apprend leur arrestation. DĂšs lors, elle entreprend une enquĂȘte afin de savoir ce qu’ils sont devenus et surtout, s’ils sont encore en vie car les mĂ©thodes de la police salvadorienne ne laissent pas beaucoup d’espoir en ce sens.

Un livre terrible, hallucinant, comme seul Moya est capable d’en Ă©crire. Je suis une inconditionnelle de cet Ă©crivain. Je trouve ses romans bien construits, rĂ©glĂ©s comme une machine bien huilĂ©e oĂč tout s’enchaĂźne et rien n’est laissĂ© au hasard. Les personnages sont toujours trĂšs typĂ©s en particulier les hommes vieillissants aux prises avec la maladie et dont la mort approche inexorablement. C’est le cas du « Viking », un ancien catcheur reconverti dans la police et dont la brutalitĂ© est au diapason de ses collĂšgues. Mais le Viking n’en a plus pour longtemps, tout le monde le sait et personne n’ose le dire. Moya dĂ©crit avec force dĂ©tails rĂ©pugnants l’agonie lente et douloureuse du vieil homme souffrant d’un ulcĂšre et dont les douleurs terribles viennent le torturer et l’empĂȘchent de plus en plus d’accomplir son travail correctement. C’est un personnage trĂšs fort, qui malheureusement, s’efface lors de la deuxiĂšme partie du rĂ©cit. Par contre, j’ai moins aimĂ© la servante, un personnage assez terne et dĂ©cevant.

Je ne m’attendais pas Ă  un roman Ă  l’eau de rose mais je dois avouer que j’ai Ă©tĂ© souvent choquĂ©e par les scĂšnes de viol et de liquidation dont les policiers se rendent coupables presque Ă  chacune de leurs opĂ©rations. La fin est du grand art, du Moya dans toute sa splendeur. Pas le meilleur mais j’ai lu sans pouvoir m’arrĂȘter tellement le rythme du rĂ©cit tient en haleine du dĂ©but Ă  la fin.

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