Une langue venue d'ailleurs Akira Mizubayashi

Une langue venue d'ailleurs de Akira Mizubayashi

Catégorie(s) : LittĂ©rature => Francophone , LittĂ©rature => Asiatique

Critiqué par Cyclo, le 7 avril 2011 (Bordeaux, Inscrit le 18 avril 2008, 80 ans)
Critiqué par Cyclo, le 7 avril 2011 (Bordeaux, Inscrit le 18 avril 2008, 80 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 Ă©toiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 7 Ă©toiles (1 811ème position).
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Qui a dit : étranger ?

Je viens de lire Une langue venue d'ailleurs, d'Akira Mizubayashi, paru dans la collection L'un et l'autre, chez Gallimard.
Akira Mizubayashi a choisi notre langue au sortir du lycĂ©e et n'en est plus sorti. Il est venu en France poursuivre ses Ă©tudes supĂ©rieures, a Ă©pousĂ© une Française, est devenu professeur de littĂ©rature française au Japon, spĂ©cialiste de Rousseau en particulier. Il raconte dans cette belle autobiographie intellectuelle, Ă©crite directement en français (et dans une langue trĂšs belle) son itinĂ©raire. Je le cite : "Je suis Ă©tranger ici et lĂ  et je le demeure. Dans la conjoncture actuelle oĂč ĂȘtre Ă©tranger et le mot Ă©tranger mĂȘme deviennent suspects ou, pour tout dire, politiquement incorrects (qu'est-ce que c'est que ce piĂštre concert universel des identitĂ©s ?), je revendique sans honte ni tristesse mon Ă©trangĂ©itĂ© ; ce double statut d'Ă©tranger que je porte en moi qui me permet sans cesse de tendre vers une perspective sur le rĂ©el qui est celle de l'Autre, et donc de conserver le dĂ©sir brĂ»lant de sortir de moi..." Par double statut, il veut dire qu'il ne se sent plus japonais (il est donc Ă©tranger dans son pays), mais qu'il ne se sent et ne se sait pas davantage français. Paragraphe qui m'a beaucoup touchĂ©.
J'ai cette sensation d'ĂȘtre depuis fort longtemps (l'enfance ?) un homme de trop. Ce n'est que depuis quelque temps qu'elle a ressurgi avec force, cette sensation, sur laquelle je n'avais pas mis de mot (seulement l'expression homme de trop), et qui ressemble fort Ă  l'Ă©trangĂ©itĂ© de Mizubayashi. Certes, je n'ai pas eu, comme lui, Ă  me colleter avec une langue Ă©trangĂšre. Mais le fameux ascenseur social que j'ai pris, et qui m'a conduit Ă  frĂ©quenter des milieux intellectuels (et sociaux) fort Ă©loignĂ©s de mon milieu d'origine, a créé ce sentiment. Longtemps je suis restĂ© silencieux, comme le signale Mizubayashi : "Si je laissais ma pudeur l'emporter, ne serais-je pas obligĂ© de m'enfermer dans le silence, un silence bruissant de mots et d'Ă©motions certes mais un silence tout de mĂȘme ? Parler, c'est quelque part rĂ©sister Ă  la pudeur". Je ne savais que dire dans diverses situations auxquelles j'Ă©tais (je suis encore ?) confrontĂ©, y compris des situations professionnelles ou sentimentales. Oui, on peut parler de pudeur. Le langage n'Ă©tait pas le mĂȘme dans le milieu populaire oĂč je suis nĂ©, et que j'ai continuĂ© Ă  frĂ©quenter, mais oĂč finalement je me suis aussi senti mal Ă  l'aise. Je ressentais comme notre Japonais cette "petite douleur liĂ©e au sentiment d'une perte irrĂ©mĂ©diable et une grande honte gĂ©nĂ©ralisatrice d'une haine de soi", dont j'ai mis beaucoup de temps Ă  me dĂ©faire.
Et cependant, j'Ă©tais, comme l'auteur, "un jeune homme animĂ© par une soif de connaissances, un frĂ©missant dĂ©sir d'apprendre, une folle envie d'accĂ©der au royaume du savoir". Mais ce royaume n'est pas celui de la vie en sociĂ©tĂ©, celui des conventions sociales, et la lutte des classes (un gros mot aujourd'hui, mais qui me semble garder toutes ses significations) Ă©tait toujours, certes discrĂšte et comme en filigrane derriĂšre chacune de mes conquĂȘtes intellectuelles, mais grosse comme une montagne dans la plupart des situations sociales oĂč j'Ă©tais embarquĂ©. Et, avant tout, je restais sĂ©parĂ© par les gouffres de diffĂ©rences venues de mon passĂ© d'enfant. Oh ! je n'en ai pas pas Ă©tĂ© particuliĂšrement malheureux, j'ai appris Ă  faire avec, Ă  composer, et Ă  constater que mon Ă©trangĂ©itĂ© me poursuivait tout de mĂȘme, voire s'Ă©tait accentuĂ©e, puisque Ă©tranger aux milieux nouveaux que je frĂ©quentais, je devenais peu Ă  peu Ă©tranger Ă  mon ancien milieu, avec la haine de soi qui naĂźt de la honte et de la perte des repĂšres.
Et puis j'ai fini par, quand mĂȘme, grĂące Ă  la pratique de l'amitiĂ©, Ă  la simplicitĂ©, Ă  l'humilitĂ©, Ă  l'empathie, aux activitĂ©s associatives, aux voyages, aux accueillants pour tout dire, par retrouver "ce sentiment enfin de se trouver Ă  cĂŽtĂ© de ceux qui vous accueillent et non pas en face d'eux sĂ©parĂ© par un abĂźme de diffĂ©rences". Et par me sentir trĂšs bien avec des Ă©trangers venus d'autres pays (avec qui je me lie trĂšs facilement) ou avec des hommes et des femmes bien plus jeunes ou bien plus vieux que moi, donc Ă©trangers Ă  ma gĂ©nĂ©ration : Ă  bien des Ă©gards, nos Ă©trangĂ©itĂ©s se rejoignent dans une sorte de communautĂ©, oĂč l'on dĂ©couvre le "sentiment de n'ĂȘtre l'objet ni d'une indiffĂ©rence totale ni d'une attention excessive" que signale Mizubayashi.
Je reviens Ă  notre auteur. Car il a dĂ©couvert la langue française par le biais de la musique et, curieusement, de l'opĂ©ra : Les noces de Figaro, de Mozart (bientĂŽt projetĂ© sur grand Ă©cran au cinĂ©ma Ă  Poitiers), l'ont portĂ© vers le XVIIIĂšme siĂšcle et la dĂ©couverte de Rousseau. Et il a vĂ©cu la langue française comme une musique, l'apprenant d'abord oralement, par ses sonoritĂ©s, grĂące aux Ă©missions radio. Il chante en quelque sorte notre langue, et ça se sent dans son Ă©criture, fluide, modulĂ©e. Son livre est aussi un magnifique hommage au pĂšre, qui l'a fortement encouragĂ©, poussĂ© Ă  partir en France, et qui lui "disait : – Aucune marchandise n'est meilleur marchĂ© qu'un livre, Ă  condition qu'on le lise. Tu achĂšteras autant de livres que tu voudras si tu en as besoin et si tu les lis. Rien de plus cher, par contre, qu'un livre, si on le lit pas puisqu'on ne peut pas s'en servir mĂȘme comme papier hygiĂ©nique".
Un trĂšs beau livre qui nous fait vivre, le temps de la lecture, "un instant sans durĂ©e, un jour peut-ĂȘtre hors des jours, une seule nuit plus aimable que l'aube", que rapporte Philippe Jaccottet dans Ce peu de bruits.

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Les éditions

Une langue venue d'ailleurs [Texte imprimé] Akira Mizubayashi préface de Daniel Pennac
de Mizubayashi, Akira
Gallimard / L'Un et l'autre (Paris)
ISBN : 9782070130184 ; 22,90 € ; 13/01/2011 ; 268 p. BrochĂ©
Une langue venue d'ailleurs [Texte imprimé] Akira Mizubayashi préface de Daniel Pennac
de Mizubayashi, Akira
Folio / Collection Folio
ISBN : 9782070450367 ; 7,50 € ; 24/01/2013 ; 272 p. Poche
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« Ma langue paternelle »

10 étoiles

Critique de Isis (Chaville, Inscrite le 7 novembre 2010, 81 ans) - 28 janvier 2025

Cette autobiographie, trĂšs Ă©loignĂ©e du nombrilisme et du voyeurisme dont est parfois imprĂ©gnĂ© ce genre littĂ©raire, a Ă©tĂ© Ă©crite, bien sĂ»r Ă  la gloire de la langue française que cet auteur aura fait sienne en sept ans d’étude au total en France, mais aussi et surtout en hommage Ă  ceux qui la lui ont enseignĂ©e ou l’ont encouragĂ© dans cette dĂ©marche.

C’est Ă  son pĂšre, au premier chef, qu’il doit d’avoir pu mener Ă  bien ce cursus impressionnant dont il sortira avec une thĂšse sur Jean-Jacques Rousseau, son auteur favori et un diplĂŽme lui permettant d’enseigner le français Ă  l’universitĂ© de Tokyo.
Ce pĂšre qui lui aura achetĂ© un magnĂ©tophone Sony (10 kg Ă  l’époque
) reprĂ©sentant un quart de son salaire pour enregistrer des Ă©missions radiophoniques et se familiariser avec la langue ; ce pĂšre qui aura acceptĂ© sans sourciller que son fils, avant de s’expatrier pour deux ans en France, prenne des leçons de français Ă  Tokyo moyennant 14 heures de train pour s’y rendre

Autant de circonstances qui permettent Ă  l’auteur d’écrire.
« Quand je parle cette langue étrangÚre qui est devenue mienne, je porte au plus profond de mes oreilles toutes nuances de la voix de mon pÚre. Le français est ma langue paternelle »

MĂȘme reconnaissance indĂ©fectible vouĂ©e par Akira Mizubayashi Ă  l’un de ses professeurs auquel il confie son projet de thĂšse et Ă  l’attention duquel il Ă©crit : « Je ne vous oublierai pas Monsieur Proust, non je ne vous oublierai pas ».
Ne pense-t-on pas d’ailleurs immĂ©diatement en lisant cette phrase Ă  la lettre de reconnaissance adressĂ©e Ă  son instituteur Monsieur Germain par Albert Camus aprĂšs avoir reçu son prix Nobel de la littĂ©rature en 1957 ?

La transmission des enseignants Ă  leurs Ă©lĂšves, ou d’une gĂ©nĂ©ration Ă  l’autre constitue d’ailleurs pour Akira Mizubayashi, un thĂšme rĂ©current dans ses romans ; on y retrouve l’amour de la musique si bien Ă©voquĂ© dans « Âme brisĂ©e » et transmis d’un pĂšre Ă  son fils ; la musique, une autre corde Ă  son arc lorsqu’il Ă©crit dans le prĂ©sent ouvrage : « Wolfgang et Jean-Jacques s’étaient dĂ©finitivement installĂ©s chez moi »
D’ailleurs, notre auteur Ă©tablit un rapport constant entre le français et la musique : « le français Ă©tait un instrument de musique –et il l’est toujours – que j’essayais de faire chanter et rĂ©sonner au grĂ© de mes Ă©motions quotidiennes »
Une ode vibrante Ă  la francophonie et un livre couronnĂ© en 2011 par l’AcadĂ©mie française.

Amusant, bien raconté, bien écrit.

6 étoiles

Critique de Saint Jean-Baptiste (Ottignies, Inscrit le 23 juillet 2003, 90 ans) - 4 octobre 2024

On savait que Akira Mizubayashi Ă©crit trĂšs bien ; son livre « Une langue venue d’ailleurs » a reçu le prix de l’AcadĂ©mie Française et, pour l’écriture, c’est mĂ©ritĂ©. Il s’agit d’une autobiographie oĂč il raconte son goĂ»t pour la langue française et son laborieux apprentissage, d’abord au Japon puis en France Ă  Montpellier. C’est plaisant Ă  lire, ça raconte beaucoup de petites anecdotes et des rencontres amusantes avec des Français et des Françaises. J’ai trouvĂ© que le plus amusant Ă©tait de voir comment il compare le savoir vivre français et japonais. Par exemple, il nous dit que quand un Français entre dans une boulangerie il clame bien fort : bonjour m’sieurs dames, ce qui au Japon, serait de la pire grossiĂšretĂ©.

Il avait appris le français dans des Ă©coles et on lui reproche de parler comme un livre. Alors il note les expressions qu’il entend et il essaye de s’en servir Ă  propos, ce qui lui fait commettre quelques impers. Le verbe « foutre » par exemple, le tracasse : il a foutu le camp – foutez moi la paix – il se fout de ma gueule
 ce sont des expressions qu’il n’arrive pas Ă  replacer au bon moment. C’est plus drĂŽle encore quand il note dans son carnet : « le dimanche pour bouffer, il faut se dĂ©merder, les restos U sont fermĂ©s » ou « attends j’ai un bordel pas possible dans ma voiture ». ou « merde alors, j’ai que dalle dans mon frigo, de la flotte seulement ». On se rend compte que pour un Japonais tout ça n’est pas facile Ă  replacer dans une conversation, alors il se sent parfois marginalisĂ© en sociĂ©tĂ©. Mais, selon l’expression qu’il a notĂ©e dans son carnet : pas de quoi casser pas les pattes Ă  trois canards.

Ceci dit, si l’auteur qui est japonais a beaucoup de mĂ©rite d’écrire son pĂ©riple en français, j’ai trouvĂ© que son contenu ne va pas trĂšs loin et, Ă  l’encontre des critiques prĂ©cĂ©dentes, je n’y ai pas trouvĂ© beaucoup de profondeur. Je suis peut-ĂȘtre passĂ© Ă  cĂŽtĂ© de quelque chose mais j’ai nĂ©anmoins passĂ© un bon moment de lecture avec un auteur qui Ă©crit trĂšs bien.

dévotion

10 étoiles

Critique de Jfp (La Selle en Hermoy (Loiret), Inscrit le 21 juin 2009, 78 ans) - 17 juillet 2023

Comment vivre avec une langue que l’on a apprise sur le tard, en tout cas pas dans la prime enfance, mais Ă  laquelle on s’est si profondĂ©ment attachĂ© qu’elle est devenue l’affaire de toute une vie ? Tel est le dilemme auquel est confrontĂ© l’auteur, avant de dĂ©finitivement se tourner vers cette langue venue d’ailleurs qu’est le français. Devenu professeur universitaire de français au Japon, mariĂ© Ă  une française, il a entamĂ© une Ɠuvre littĂ©raire dans cette langue qui l’a Ă©veillĂ© au monde des lettres. Dans cette premiĂšre publication, un essai se lisant comme le roman d’une (re)naissance, Akira Mizubayashi nous conte par le menu, et Ă  l’aide de citations de ses auteurs favoris, comment il a rĂ©ussi Ă  vivre entre deux mondes, celui relativement contraignant de la culture nippone et la libertĂ©, une fois franchies les innombrables difficultĂ©s de l’apprentissage, que lui a octroyĂ© la connaissance d’auteurs majeurs tels que son trĂšs cher Jean-Jacques Rousseau. Quelques rencontres solaires ont aussi parsemĂ© son chemin, tel ce Jacques Proust, dont il suivra les cours Ă  l’UniversitĂ© de Montpellier, et un court Ă©change avec Louis Althusser, Ă  l’École Normale SupĂ©rieure de la rue d’Ulm Ă  Paris. Le plus intĂ©ressant, et le plus novateur Ă  mon goĂ»t, dans cet essai d’une profonde sincĂ©ritĂ© et dĂ©barrassĂ© de tout pĂ©dantisme acadĂ©mique, ce sont les liens trĂšs particuliers entre musique et langue, une rĂ©sonance toute particuliĂšre faisant appel Ă  la mĂ©moire que l’on retrouve du cĂŽtĂ© de chez Proust, pas Jacques, l’autre. Mais notre auteur reste tellement imprĂ©gnĂ© du SiĂšcle des LumiĂšres, avec une petite, toute petite incursion dans le dix-neuviĂšme siĂšcle commençant, qu’il n’en parle mĂȘme pas. Tout est dĂ©jĂ  prĂ©sent chez Rousseau et Mozart, comme chacun le sait


Un autre homme

9 étoiles

Critique de Christian Palvadeau (, Inscrit le 19 janvier 2011, 62 ans) - 30 mai 2011

Le jeune japonais Akira Mizubayashi prend conscience qu’il est emprisonnĂ© dans des frontiĂšres qui l’étouffent et avant tout celle de la langue. Qui dit frontiĂšres dit nĂ©cessitĂ© de trouver des passages. AprĂšs le passage Ă  vide c’est le passage Ă  l’acte. Akira dĂ©cide de devenir français non pas comme un simple changement de nationalitĂ©, une dĂ©marche administrative, une simple passade, mais comme une conquĂȘte d’ĂȘtre supplĂ©mentaire. Un bouleversement profond, radical, extrĂȘme. Sa langue maternelle le limite, le corsĂšte, ne lui suffit plus pour penser, pour exprimer aussi ce qu’il pense, pour se rĂ©aliser pleinement.

Il passe donc d’une langue Ă  une autre, de sa langue maternelle, le Japonais, Ă  celle qu’il veut comme langue paternelle, le Français. Il travaille cette langue comme un fou, en apprend toutes les subtilitĂ©s, perd totalement son accent. InstallĂ© en France oĂč il poursuit des Ă©tudes, il passe d’une culture Ă  une autre et au passage de la frontiĂšre gĂ©ographique il ajoute le passage temporel puisqu’il est un fervent admirateur de la langue et de la littĂ©rature du siĂšcle des LumiĂšres. Il Ă©pousera, comme une Ă©vidence, une Ă©tudiante française avant de finalement retourner vivre au Japon oĂč il sait qu’il n’est plus japonais sans avoir totalement rĂ©ussi son expĂ©rience de devenir français. Pour autant, il est bien devenu un autre, un authentique mĂ©tis culturel.

C’est un livre absolument fascinant dans les mĂ©canismes et la dĂ©marche mis en Ɠuvre pour parvenir Ă  un total dĂ©racinement afin de mieux se rĂ©vĂ©ler Ă  soi-mĂȘme, d’aller au bout de ses potentialitĂ©s. On serait presque tentĂ© de parler d’« autoviol » si ce n’est que la vraie violence est celle qui consiste Ă  ne pas remettre en questions ses acquis, son hĂ©ritage, ce qui Ă©quivaut pour le coup Ă  un prĂ©cis de dĂ©composition quand Mizubayashi, lui, se construit chaque jour un peu plus. Dans « Un Cercle de lecteurs autour d’une poĂȘlĂ©e de chĂątaignes », dernier livre de Jean-Pierre Otte, et dans un chapitre Ă©videmment intitulĂ© « Le passage », on trouve cette phrase bien appropriĂ© : « Un sage chinois a dit que notre vie en ce monde n’aura servi Ă  rien si nous n’avons su crĂ©er notre propre monde » et plus loin encore, citant les propos d’un inconnu : « DĂ©truire les idĂ©es reçues, les façons, les fabrique-façons, se dĂ©sĂ©duquer, se libĂ©rer du connu ou retrousser son sang. » Il est difficile de ne pas penser Ă  travers ce livre Ă  des Ă©crivains, et en premier lieu Emil Cioran, qui s’inscrivent dans un parcours proche et qui affirment que les contraintes, le carcan, imposer par leur nouvelle langue a Ă©tĂ© une source de libertĂ© prodigieuse.

L’auteur de ce livre, Ă©crit directement en français, est prĂ©sent aux Petites fĂȘtes de Dyonisos qui ont lieu du 7 au 10 juillet 2011 Ă  Arbois (Jura).


Christian Palvadeau

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