L'appel du crapaud Günter Grass

L'appel du crapaud de Günter Grass
( Unkenrufe)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Tistou, le 14 février 2009 (Inscrit le 10 mai 2004, 70 ans)
Critiqué par Tistou, le 14 février 2009 (Inscrit le 10 mai 2004, 70 ans)
La note : 2 étoiles
Moyenne des notes : 5 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 1 étoiles (62 204ème position).
Visites : 5 967 

Je ne l’ai pas entendu !

Mon Dieu, je ne me souvenais pas, de longtemps, avoir eu autant de mal à lire un roman ! Près de trois semaines à lire 250 malheureuses pages … Je ne sais pas si vous avez déjà connu cela … ? Vous commencez à lire un bouquin et puis … vous trouvez n’importe quel prétexte pour ouvrir un journal, un magazine, … bref tout sauf « L’appel du crapaud ». Pour vous dire, j’ai entamé depuis « Voyage au bout de la nuit » et c’est comme une véritable friandise !
C’est quoi ? Le style d’abord. Et là, je n’exclus pas que ce soit un problème de traduction … Mais non, de toutes façons, pas que …
C’est lourd, c’est alambiqué, ce n’est pas séduisant. Ca ne donne pas envie.

« Ensuite, Reschke parla du besoin qu’a l’homme de trouver le repos final où il a eu son cadre avant d’être expulsé ou transféré par force, cadre supposé qu’on cherche, qu’on trouve, retrouve, qu’on a toujours eu depuis qu’on est né. Il dit : « Ce que nous nommons « pays natal » est plus perceptible que les simples concepts de patrie ou de nation, c’est pourquoi tant de gens, pas tous évidemment, mais en vieillissant un nombre croissant d’êtres humains, désirent pour ainsi dire rentrer chez eux sous terre. »
…/…
Grâce à l’entregent de Marczak, le ton des échanges entre conseillers de surveillance assemblés ne tournait pour ainsi dire jamais en mêlée, bien que le dialogue en deux langues, plus l’anglais, offrît souvent de l’amadou. La quarantaine plus cinq, toujours soigné dans sa vêture, le front élargi par la chute des cheveux comme poli sous les lumières, il s’entendait, en animateur plurilingue, à désarmer toute contradiction ; de ses gestes comparables à ceux d’un chef d’orchestre il calmait ici, estompait là, occasionnellement en français. Il tronçonnait par des questions incidentes la prolixité de Wrobel. »

Un allemand, Alexander Reschke, une polonaise, Alexandra Piatkowska, veuf et veuve lambdas, se rencontrent inopinément, au détour d’un étal de fleurs et voient naître entre eux une affection commune qui devient rapidement de l’amour. Amour cimenté par une idée autant géniale qu’étrange ; créer à Dantziz (ancien nom allemand), maintenant Gdansk (puisque polonais depuis la guerre) un « cimetière de la réconciliation » où l’on permettrait aux natifs allemands maintenant émigrés en Allemagne de revenir se faire enterrer sur le terre natale.
Et là, il faut bien se placer dans le contexte sinon on a toutes les chances de rater beaucoup d’arrière-plans qui font la complexité de l’affaire … Gdansk est dorénavant polonais (notre Alsace-Lorraine à l’envers pour nous Français), l’histoire se déroule peu avant la chute du Mur, et l’Allemagne de l’Est existe encore. Mais ceux qui vont venir se faire enterrer sont à l’ouest, et à l’ouest il y a … des Marks. Une monnaie diablement forte comparée au Zloty !
Et l’histoire que nous raconte Günter Grass est finalement celle de beaucoup de belles histoires, qui débutent sur un beau concept généreux, et qui au fil des avancées, des personnes qui se joignent au projet peuvent la voir leur échapper, devenir un monstre incontrôlable, au moins pour eux.
C’est intéressant, c’est original et j’aurais aimé aimer ce roman. Mais … je me suis senti repoussé par l’écriture … ou la traduction ?
Je vais voir avec mon prochain Grass.
A noter qu’écrit en 1992, il y a déjà de la part de Grass des allusions, des références déjà très pertinentes et admises que depuis peu sur les effets du réchauffement climatique et l’implication sur nos vies à venir. Notamment une hallucinante affaire de rickshaws qui se greffe sur ceci.
Mais Günter, pourquoi es-tu si aride ? !

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Les éditions

L'appel du crapaud [Texte imprimé], roman Günter Grass trad. de l'allemand par Jean Amsler
de Grass, Günter Amsler, Jean (Traducteur)
Seuil
ISBN : 9782020177207 ; 18,36 € ; 08/03/1999 ; 256 p. Broché
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BNF
L'appel du crapaud[Texte imprimé], roman, Günter Grass trad. de l'allemand par Jean Amsler [présentation par Jean-Pierre Lefebvre]
de Grass, Günter Lefebvre, Jean-Pierre (Préfacier) Amsler, Jean (Traducteur)
Points
ISBN : 9782020235211 ; 03/02/1995 ; 280 p. Poche
Autre identifiants: 2020235218
Amazon FR
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MAIS QUEL TALENT CE M. GRASS!

8 étoiles

Critique de Septularisen (Luxembourg, Inscrit le 7 août 2004, 0 ans) - 7 juin 2026

Au début de l’histoire nous sommes à Gdansk (autrefois Dantzig) en Pologne, à la Toussaint 1989. Alors que le mur et les frontières tombent, au marché aux fleurs, un allemand Alexander Reschke, historien de l’art (spécialiste des inscriptions funéraires), veuf de 62 ans, croise une polonaise, Alexandra Piatkowska, doreuse d’art, veuve de 59 ans.

Si au début il n’y a entre eux qu’une grande sympathie, puis une grande amitié, celle-ci va bientôt se muer en histoire d’amour, «cimentée» par un grand et généreux projet que nos deux veufs imaginent… En effet, ils ont l’idée de concevoir un cimetière «de la réconciliation», destiné à donner aux allemands nés à Dantzig, - quand celle-ci était une ville Allemande, et exilés après la Deuxième Guerre Mondiale, quand celle-ci est devenue polonaise -, le droit au repos éternel en terre natale, et ainsi favoriser la réconciliation entre les des deux nations.

Si au départ l’idée plaît beaucoup et a beaucoup de succès, - un torrent de Deutschemarks se déverse en effet sur la Pologne -, qu’elle se développe très vite et très bien, d'autres intérêts, bien plus puissants et bien moins désintéressés financièrement entrent bientôt en jeu, et bien sûr prennent le pas!

Nos deux amoureux sont bientôt, et bien malgré eux, complètement dépossédés de leur idée…

Que dire sur ce livre?
Contrairement à l’autre avis exprimé sur ce site, - au moment où j’écris ces lignes -, je dois dire que j'ai bien aimé ce roman! Comme toujours avec Günter GRASS (1927 – 2015), c’est une écriture très exigeante, très pointilleuse, très recherchée, très «précieuse»… Cela requiert une attention de tous les instants à la lecture. Disons qu’il faut bien être «dans» sa lecture, pour bien profiter de l’histoire. Je conseille donc une lecture par petites doses «homéopathiques» pour en profiter un maximum…
L'auteur ne nous facilite pas le tout, puisque au fait qu'Alexandra parle un français (Allemand en VO, bien sûr...), très basique, très spécial, s'ajoute le fait que toute l'histoire nous est reportée par une tierce personne, un ancien collègue d'école et ami d'Alexander, dont nous ne saurons d'ailleurs jamais son nom au cours de la lecture du livre.
Il faut aussi un minimum de connaissance des évènements historiques de l’époque et du contexte géopolitique de l’Allemagne à ce moment-là, pour bien comprendre l’histoire qui nous est donnée à lire. Sinon, comme je dis toujours, gardez votre Wiki a portée de clavier!

L’écrivain allemand, dont on connaissait à l’époque les réticences à la réunification «à marche forcée», et à grands coups de Deutschemarks de son pays, nous met en garde dans cette histoire contre l'hégémonie économique de l'Allemagne. C’est une sorte de long «conte philosophique» mais, je pense aussi qu’il ne faut pas prendre ce roman uniquement au premier degré. Oublions le cimetière (sans oublier toutefois que c’est l’histoire principale de ce roman…), restons-en juste à l’histoire de la réconciliation germano-polonaise, et surtout à la très belle histoire d’amour, qui bien que tragique (non, n’insistez pas, je ne dirai pas pourquoi, la réponse est dans le livre…), est vraiment magnifique. On aura alors une toute autre «vision» à la lecture de ce livre…

Si le roman et l’histoire sont très crédibles et très bien construits, - notamment sur le plan historique et sur un plan sociologique -, il y a bien sûr quelques défauts! P. ex. tous les personnages secondaires, - à part un ou deux -, sont à peine évoqués, sans nous être jamais vraiment présentés, ni décrits… Même leur psychologie est juste survolée… Sur la fin, il y a aussi quelques longueurs et quelques digressions vraiment inutiles, mais bon, l’écriture et l’histoire sont tellement belles, que je suis prêt à tout pardonner à M. GRASS...

En conclusion, je dirais que, si ce n’est certainement pas le meilleur roman de l'écrivain allemand, c’est certainement une très bonne introduction à son œuvre, je dois d’ailleurs dire que j’ai terminé ma lecture avec une phrase qui revenait avec insistance dans la tête : «Mais quel talent ce M. GRASS»!

P. S. : Rappelons que M. Günter GRASS a été le lauréat du Prix Georg-Büchner en 1965, et des prix Princesse des Asturies et Nobel de Littérature, en 1999.

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